dimanche, 19 juin 2011
Sparte, l'Etat militaire
Lorsque Platon conçut son Utopie, il s'inspira des institutions réelles d'une communauté hellénique, L'Etat-cité de Sparte qui était la plus grande des grandes puissances de son temps. Si l'on examine les origines du système lacédémonien, on constate que les Spartiates se trouvèrent acculés à la nécessité d'accomplir leur tour de force et de se doter, en vue de cette tâche, de leur "institution originale" parce qu'à une époque antérieure, ils avaient une orientation particulière : les Spartiates, en effet, s'étaient séparés à un certain moment de leur histoire de l'ensemble des Etats-cités helléniques.

Les Spartiates eurent une réaction toute particulière au danger commun qui menaça toutes les communautés helléniques au VIIIè siècle av. J.-C., lorsque, du fait du cours immédiatement antérieur du développement social, les rendements de surfaces cultivées dans la Grèce péninsulaire et dans l'Archipel, patries de la Société hellénique, se mirent à diminuer, tandis que la population de l'Hellade se multipliait rapidement. La solution "normale" trouvée à ce problème commun de la vie hellénique du VIIIè siècle consista en une nouvelle extension de la surface cultivable totale possédée par les Grecs grâce à la découvete et à la conquête de nouveaux territoires outre-mer. Dans la galaxie des nouvelles cités helléniques qui virent le jour à la suite de ce mouvement général d'expansion outre-mer, il y en avait une, Tarente, qui se réclamait d'une origine spartiate mais, même si cette prétention était conforme au fait historique, son cas fut unique. Tarente fut la seule cité hellénique d'outre-mer qui ait prétendu être une colonie de Sparte, et cette tradition tarentine ne fait que confirmer le fait que dans l'ensemble les Spartiates ont cherché à résoudre à leur manière, et non, comme les autres, par la colonisation d'outre-mer, le problème démographique commun à toutes les cités helléniques du VIIIè siècle.
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dimanche, 28 novembre 2010
Le fardeau de l'hoplite : les armes et l'armure (partie I)

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lundi, 05 février 2007
Polémologie spirituelle : Le retour des dieux ?
"ZEUS tout-puissant et Gaïa, nous implorons votre protection. Ô, toi Héra, reine de tout, épouse heureuse de Zeus, qui procure aux hommes la satisfaction de l'âme... accepte nos prières avec joie !"
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jeudi, 16 novembre 2006
les Grecs sont la nation la plus "anti-américaine"
Comme il ressort d'un sondage international, les Grecs sont la nation la plus anti-américaine, informe jeudi la presse grecque.Le sondage effectué conjointement par Gallup International et TNS ICAP intègre les avis d'un millier de citoyens grecs interrogés par téléphone à l'automne 2006.
D'après les résultats du sondage, 90 % des Grecs considèrent les Etats-Unis comme un "facteur négatif" pour la stabilité internationale. 76 % des Grecs jugent inefficace la lutte des Américains contre le terrorisme. Huit Grecs sur dix estiment que les Etats-Unis n'aident pas les pays pauvres à surmonter leurs problèmes économiques. A peu près autant de Grecs estiment que les Etats-Unis jouent un rôle négatif dans la protection de l'environnement.
La Grèce est membre de l'OTAN, mais des états d'esprit anti-américains s'y manifestent nettement depuis plusieurs décennies. Ainsi, les Grecs n'ont pas pardonné à Washington son soutien au régime des "colonels noirs" renversé en 1974. La majorité des Grecs réprouvent la politique internationale des Etats-Unis, notamment au Proche-Orient et à l'égard des pays dits "voyous".
La Grèce est l'unique pays de "l'ancienne" UE, dont les habitants doivent obtenir un visa pour se rendre aux Etats-Unis. Les manifestations et défilés antimilitaristes organisés dans la capitale grecque sont organisés, traditionnellement sous des mots d'ordre anti-américains, devant l'ambassade américaine. La manifestation organisée à l'occasion de l'anniversaire de l'insurrection des étudiants du 17 novembre 1973 contre les "colonels noirs" ne fera pas exception à la règle.
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dimanche, 27 août 2006
XENOPHON : Thrasybule bat les troupes des Trente
Thrasybule, à Phylé, bat les troupes des Trente. Ceux-ci s’emparent d’Eleusis. Thrasybule au Pirée. Bataille de Munychie, ou Critias est tué. Les Trente se réfugient à Eleusis. Lysandre vient à leur secours mais le roi Pausanias réconcilie les deux partis athéniens, qui font serment de n’exercer aucunes représailles l’un contre l’autre (années 404-403 av. J.-C.).

- C’est ainsi que mourut Théramène. Les Trente, désormais sûrs de pouvoir exercer sans crainte leur tyrannie, interdirent l’entrée de la ville à ceux qui n’étaient pas inscrits sur la liste et les évincèrent de leurs domaines pour s’approprier leurs terres, eux et leurs amis. Les malheureux s’enfuyaient-ils au Pirée, on les ramenait à Athènes ; aussi Mégare et Thèbes se remplirent de réfugiés.
- Sur ces entrefaites, Thrasybule partit de Thèbes avec environ 70 hommes et s’empara de la place forte de Phylé. Les Trente accoururent de la ville avec les 3000 et leur cavalerie par un temps magnifique. A peine arrivés, un certain nombre de jeunes gens s’enhardirent à donner l’assaut à la place ; mais ils ne réussirent qu’à se faire blesser inutilement et ils se retirèrent.
- Comme les Trente voulaient investir la place pour la réduire en lui coupant les vivres, la neige tomba en abondance pendant la nuit et la journée du lendemain ; alors, couverts de neige, ils retournèrent en ville, non sans avoir perdu un grand nombre de leurs goujats enlevés par les gens de Phylé.
- Prévoyant que ceux-ci feraient aussi des razzias dans les champs, s’ils n’y plaçaient pas de gardes, ils envoyèrent sur la frontière, à quinze stades environ de Phylé, la garnison lacédémonienne, à l’exception de quelques hommes, et deux tribus de cavaliers. Ces troupes campèrent dans un lieu boisé et gardèrent le pays.
- Mais Thrasybule, qui avait déjà réuni à Phylé près de 700 hommes, se met à leur tête et descend dans la plaine pendant la nuit ; il fait halte à trois ou quatre stades des gardes et ne bouge pas.
- A l’approche du jour, au moment où les ennemis se levaient et s’écartaient de la place d’armes pour se rendre où chacun d’eux avait affaire, et où les palefreniers faisaient du bruit en étrillant leurs chevaux, les gens de Thrasybule, saisissant leurs armes, fondent sur eux au pas de course ; ils en culbutent un certain nombre, puis les mettent tous en fuite et les poursuivent l’espace de six ou sept stades, et ils leur tuent plus de 120 hoplites, et parmi les cavaliers Nicostratos, surnommé le beau, et deux autres, qu’ils avaient surpris encore au lit.
- En revenant, ils dressèrent un trophée et empaquetant les armes et les bagages qu’ils avaient pris, ils regagnèrent Phylée. La cavalerie accourut d’Athènes à la rescousse, mais elle ne vit plus aucun ennemi, et, après avoir attendu que les parents eussent relevé leurs morts, elle s’en retourna à la ville.
- Dès ce moment, les Trente, voyant chanceler leur situation, voulurent s’assurer d’Eleusis, afin d’y trouver un refuge en cas de besoin. Aussi, après avoir donné leurs instructions aux cavaliers, Critias et ses collègues se rendirent à Eleusis. Ils y firent, sous la protection des cavaliers, une revue des habitants, sous prétexte de connaître leur nombre et le renfort qu’il faudrait ajouter à la garnison, et ils ordonnèrent à tout le monde de s’inscrire. Après s’être inscrit, chacun devait sortir par la poterne qui donnait sur la mer. Ils avaient placé les cavaliers sur la plage à droite et à gauche de la poterne, et, au fur et à mesure que les habitants sortaient, les valets des Trente le enchaînaient. Quand ils se furent saisis de tous les habitants, ils ordonnèrent à l’hipparque Lysimachos de les emmener et de les livrer aux Onze.
- Le lendemain, ils convoquèrent à l’Odéon les hoplites qui étaient sur la liste et les cavaliers ; puis Critias se leva et prit la parole : « Citoyens, dit-il, c’est dans votre intérêt tout autant que dans le nôtre que nous organisons le gouvernement. Vous devez donc, comme vous participez aux honneurs, avoir aussi votre part des dangers. Il faut donc que vous votiez la condamnation des habitants d’Eleusis que nous avons rassemblés ici, afin que vous partagiez nos espérances et nos craintes ». Puis il leur indiqua un emplacement où il leur ordonna d’apporter leur vote à découvert.
- Pendant ce temps les gardes lacédémoniens, armés jusqu’aux dents, occupaient la moitié de l’Odéon. Ces mesures furent approuvées aussi par ceux des citoyens qui n’avaient souci que de leur intérêt personnel. A la suite de ces évènements, Thrasybule se mettant à la tête des troupes qu’il avait ramassées à Phylé et qui atteignaient déjà près de 1000 hommes, arrive de nuit au Pirée. Lorsque les Trente en furent informés, ils accoururent aussitôt avec les Laconiens, la cavalerie et les hoplites, et ils prirent la grande route qui mène au Pirée.
- Ceux de Phylée essayèrent d’abord de les repousser : mais comme l’étendue de l’enceinte paraissait demander une grosse garnison et qu’ils étaient encore peu nombreux, ils se concentrèrent sur Munychie. Ceux de la ville, parvenus à la place d’Hippodamos, se rangèrent d’abord en bataille de manière à remplir la route qui mène au temple d’Artémis de Munychie et au Bendidéon ; ils n’avaient pas moins de 50 boucliers de profondeur. Ainsi rangés, ils se mirent à monter.
- Ceux de Phylé remplissaient aussi la route, mais ils n’avaient pas plus de 10 boucliers de profondeur. Il est vrai que derrière ils étaient soutenus par des peltastes, des acontistes armés à la légère après lesquels venaient des frondeurs, et ces gens venus de l’endroit même étaient un sérieux renfort. Pendant que les ennemis avançaient, Thrasybule ordonna aux siens de déposer leurs boucliers ; lui-même déposa le sien tout en gardant ses autres armes, puis se plaçant au milieu d’eux, il leur dit :
- « Citoyens, je veux apprendre aux uns et rappeler aux autres que, parmi ces gens qui s’avancent, ceux qui tiennent l’aile droite sont ceux que vous avez mis en déroute et poursuivis il y a quatre jours, et que ceux qui sont à l’extrémité de l’aile gauche, ceux-là sont les Trente, qui nous ont privés de notre patrie, sans que nous ayons fait aucun mal, qui nous ont chassés de nos maisons, et qui ont proscrit nos amis les plus chers. Ils se trouvent aujourd’hui dans une situation où nous avons toujours souhaité de les voir.
- Car c’est avec des armes que nous bous trouvons en face d’eux, et les dieux, qui les ont vus se saisir de nous à table, dans nos lits ou au marché, ou nous exiler en dépit de notre innocence, en dépit même de notre absence, les dieux combattent aujourd’hui manifestement pour nous. Ils font la tempête dans un ciel serein, quand la tempête peut nous servir, et, quand nous attaquons, malgré notre petit nombre des ennemis nombreux, c’est à nous qu’ils accordent la gloire de dresser des trophées.
- Aujourd’hui encore ils nous ont amenés sur une position où nos adversaires ne pourront lancer ni traits ni javelots par-dessus leurs premiers rangs, à cause de l’escarpement qu’ils ont à gravir, au lieu que nous, lançant nos piques, nos javelots et nos pierres en contre-bas, nous les atteindrons et en blesserons un grand nombre.
- On aurait pu croire qu’il nous faudrait combattre avec les premiers rangs à armes égales ; mais si vous lancez vos traits avec entrain, comme il convient, tous vos coups porteront sur ces gens dont la route est remplie, et, pour s’en protéger, ils se cacherons constamment sous leurs boucliers, en sorte que nous pourrons frapper où nous voudrons, comme sur des aveugles, puis fondre sur eux et les mettre en fuite.
- Maintenant, camarades, il faut que chacun de vous se persuade de la victoire. Or cette victoire, si Dieu le veut, nous rendra notre patrie, nos maisons, notre liberté, nos honneurs, nos enfants, si nous en avons, et nos femmes. Bienheureux en vérité ceux de nous qui après la victoire verront le plus agréable des jours ! Heureux aussi ceux qui mourront ! Jamais homme, si riche qu’il soit, n’obtiendra un monument si glorieux. Moi, j’entonnerai le péan, quand le moment sera venu, et quand nous aurons invoqué Enyalios (1), tous alors, d’un même cœur, vengeons sur ces gens-là les outrages qu’ils nous ont faits. »
- Cela dit, il se retourna face à l’ennemi et resta en repos ; car le devin avait recommandé aux hommes de ne pas attaquer avant que l’un d’eux eût été tué ou blessé. « Mais aussitôt après, dit-il, nous vous conduirons. Suivez-nous, et vous obtiendrez la victoire, et moi, la mort, je le pressens. »
- Il ne se trompait pas ; car quand ils eurent repris leurs armes, il bondit le premier hors des rangs, comme s’il eût été poussé par le destin, fondit sur les ennemis et fut tué. Il est enterré au gué de Céphise. Les autres furent vainqueurs et poursuivirent l’ennemi jusqu’à la plaine. Dans ce combat périrent deux des Trente, Critias et Hippomachos, un des dix archontes du Pirée, Charmidès, fils de Glaucon , et soixante-dix autres environ. Les vainqueurs s’emparèrent des armes, mais ils ne dépouillèrent de leur tunique aucun de leurs concitoyens. Cela fait, et les morts rendus en vertu d’une trêve, un grand nombre d’hommes des deux parties s’approchèrent et s’abouchèrent les uns avec les autres.
- Cléocritos, le héraut des initiés, qui avait une forte voix, fit faire silence et cria : « Citoyens, pourquoi nous chassez-vous ? Pourquoi voulez-vous nous tuer ? Nous ne vous avons jamais fait aucun mal, nous avons prit part avec vous aux cérémonies religieuses les plus solennelles, aux sacrifices, aux fêtes les plus belles ; nous avons dansé dans les mêmes chœurs, fréquenté les mêmes écoles, fait la guerre ensemble et affronté les mêmes dangers sur terre et sur mer pour le salut commun et la liberté de tous.
- Au nom des dieux paternels et maternels, au nom de la parenté et des alliances de nos familles, au nom de la camaraderie, respectez les dieux et les hommes, cessez de manquer à vos devoirs envers la patrie et n’obéissez plus aux Trente, les plus impies des hommes, qui pour leur intérêt personnel, ont tué en huit mois presque plus d’Athéniens que tous les Péloponnésiens en dix ans de guerre.
- Nous pouvions nous gouverner en paix et ces misérables ont allumé entre nous la guerre la plus déshonorante, la plus terrible, la plus impie, la plus odieuse aux dieux et aux hommes. Mais sachez bien pourtant que, parmi ceux que nous venons de tuer, il en est que vous n’êtes pas seuls à pleurer ; nous les pleurons aussi amèrement que vous ». Tel fut son discours. Les chefs survivants, voyant que leurs hommes prêtaient l’oreille à ces propos, s’empressèrent d’autant plus de les ramener à la ville.
- Le lendemain, les Trente, humiliés et abandonnés, se réunirent dans leur salle de conseil. Quant aux 3 000, en quelque endroit qu’on les eût détachés, partout ils se disputaient entre eux. Tous ceux en effet, qui avaient commis quelque violence et qui avaient peur soutenaient avec force qu’il ne fallait point céder à ceux du Pirée; tous ceux au contraire qui avaient conscience de n’avoir fait de mal à personne se disaient en eux-mêmes et représentaient aux autres qu’on avaient nul besoin de ces maux et ils déclaraient qu’il ne fallait pas obéir aux Trente ni leur permettre de perdre la ville. A la fin, ils votèrent leur déchéance et de nouvelles élections, ils choisirent dix nouveaux, un par tribu.
- Les Trente se réfugièrent alors à Eleusis, et les Dix, de concert avec les hipparques, veillèrent sur les gens de la ville qui étaient fort troublés et de défiaient les uns des autres. Les cavaliers eux-mêmes montaient la garde la nuit à l’Odéon, avec leurs chevaux et leurs boucliers et, dans leur défiance, ils patrouillaient dès le soir le long des murs avec leurs boucliers, et le matin avec leurs chevaux, redoutant toujours une attaque à l’improviste des gens du Pirée.
- Ceux-ci, devenus nombreux et recrutés de toutes parts, se fabriquaient des boucliers, les uns en bois, les autres en osiers, et les peignaient en blanc. Puis au bout de dix jours à peine, après avoir garanti l’isotélie (2) à tous ceux qui auraient combattu avec eux, même s’ils étaient étrangers, ils sortirent avec un grand nombre d’hoplites et un grand nombre de gymnètes ; ils avaient aussi environ 70 cavaliers. Ils fourrageaient, ramassant du bois et des fruits, et rentraient au Pirée pour y passer la nuit.
- Ceux de la ville ne sortaient jamais en armes, sauf les cavaliers qui de temps à autre mettaient la main sur des maraudeurs du Pirée et maltraitaient le gros de leurs troupes. Ces cavaliers rencontrèrent un jour quelques Aixoniens, qui se rendaient dans leurs champs pour chercher des provisions. L’hipparque Lysimachos les fit égorger aussi, malgré leurs supplications et la répugnance de plusieurs de ses hommes.
- Par représailles, ceux du Pirée tuèrent le cavalier Lysistratos, de la tribu Léontide, qu’ils avaient capturé dans les champs ; car ils avaient déjà une telle confiance qu’ils allaient attaquer le mur de la ville. Peut-être faut-il rapporter l’idée que les ennemis devaient approcher leurs engins de siège par l’allée qui part au Lycée, il employa tous ses attelages à transporter des pierres énormes et à les décharger sur l’allée à l’endroit qui plaisait au conducteur. Ce travail achevé, chaque pierre était une grande gêne pour les assaillants.
- Cependant les Trente envoyèrent d’Eleusis des députés à Lacédémone, et les citoyens inscrits sur la liste en envoyèrent aussi de la ville, pour demander du secours, sous prétexte que le peuple s’était révolté contre les Lacédémoniens. Lysandre, calculant qu’il était possible de réduire promptement les gens du Pirée en les bloquant par terre et par mer pour leur couper les vivres, s’entremit pour les oligarques, leur fit prêter cent talents et se fit envoyer sur terre comme harmoste et Libys, son frère, comme navarque.
- Il partit lui-même pour Eleusis, où il rassembla un grand nombre d’hoplites péloponnésiens. Sur mer, le navarque veillait à ce qu’aucun convoi de ravitaillement n’entrât dans le port. Aussi les gens du Pirée ne tardèrent pas à connaître de nouveau la détresse, tandis que ceux de la ville relevaient la tête à l’arrivée de Lysandre. Les choses en étaient à ce point quand le roi Pausanias, jaloux de Lysandre, et craignant que, s’il venait à bout de son dessein, il ne se couvrit de gloire et du même coup ne soumît Athènes à sa domination personnelle, gagna trois éphores et sortit avec l’armée.
- Il était suivi de tous les alliés, à l’exception des Béotiens et des Corinthiens, qui prétextèrent qu’ils croiraient manquer à leurs serments en marchant contre les Athéniens, qui n’avaient en rien violé les traités ; mais le motif de leur abstention, c’est qu’ils savaient que les Lacédémoniens voulaient s’approprier et s’assurer le territoire d’Athènes. Pausanias vint camper près du Pirée dans un endroit appelé Halipédon ; il commandait l’aile droite, Lysandre l’aile gauche avec ses mercenaires.
- Puis il envoya des députés aux gens du Pirée pour leur enjoindre de retourner chez eux. Ils refusèrent. Alors il fit mine de les attaquer, pour ne pas laisser voir qu’il leur était favorable. Il se retira sans avoir obtenu le moindre résultat de son attaque. Le lendemain, prenant avec lui deux mores (3) de Lacédémoniens et trois tribus de cavaliers athéniens, il s’approcha du port Silencieux, pour examiner à quel endroit le Pirée pourrait être le plus facilement investi.
- Comme il s’en retournait, quelques ennemis accoururent et le harcelèrent. Irrité, il ordonna aux cavaliers de les charger à toute bride et aux soldats des dix plus jeunes classes de le accompagner. Lui-même les suivit avec le reste de ses troupes. Ils tuèrent une trentaine d’hommes armés à la légère et poursuivirent les autres jusqu’au théâtre du Pirée.
- Ils trouvèrent là tous les peltastes et les hoplites du Pirée, qui revêtaient leurs armes. Les troupes légères, s’avançant aussitôt, se mirent à lancer des javelots, des traits, des flèches, et des pierres avec la fronde. Les Lacédémoniens, voyant que beaucoup d’entre eux étaient blessés et se sentant vivement pressés, battirent en retraite pied à pied : alors l’adversaire les chargea bien plus vivement encore. Là périrent Chairon et Thibrachos, tous deux polémarques, Lacratès, vainqueur aux jeux olympiques et d’autres Lacédémoniens, qui sont enterrés devant les portes du Céramique.
- Voyant cela, Thrasybule et le reste de ses troupes, c’est-à-dire les hoplites, accoururent et se rangèrent rapidement en avant des autres, sur huit rangs. Pausanias, vivement pressé, recula de quatre ou cinq stades vers une colline et fit passer l’ordre aux Lacédémoniens et à leurs alliés de l’y rallier. Là, il forma sa phalange en grande profondeur et la conduisit contre les Athéniens. Ceux-ci soutinrent le choc, mais ensuite les uns furent repoussés dans le marais de Hales (4) et les autres mis en déroute ; ils perdirent environ 150 hommes.
- Pausanias fit dresser un trophée et se retira ; puis, comme malgré tout il ne leur en voulait pas, il leur dépêcha secrètement des émissaires pour leur dire de lui envoyer des parlementaires, à lui et aux éphores présents, et leur indiquer en même temps quelles propositions ils devaient apporter. On suivit son conseil. Il sema en même temps la division parmi les Athéniens de la ville et leur enjoignit de venir à son camp en aussi grand nombre que possible et de déclarer qu’ils n’avaient aucune envie d’être en guerre avec ceux du Pirée, qu’ils désiraient au contraire se réconcilier avec eux et être les uns comme les autres amis des Lacédémoniens.
- L’éphore Naucleidas entendit ces propositions avec le même plaisir que le roi. C’est en effet l’usage que deux des éphores accompagnent le roi à la guerre et c’est Naucleidas qui cette fois l’avait suivi avec un autre, et tous deux étaient pour la politique de Pausanias plutôt que pour celle de Lysandre. Aussi s’empressèrent-ils d’envoyer à Lacédémone et à ceux du Pirée, chargés de négocier avec les Lacédémoniens, et ceux de la ville qui se rendaient à Sparte à titre privé, Cèphisophon et Mélètos.
- Quand ces députés furent partis pour Lacédémone, les gouverneurs de la ville envoyèrent de leur côté des ambassadeurs pour déclarer qu’eux-mêmes remettaient les murs, qu’ils possédaient encore, et leurs personnes aux Lacédémoniens, pour en user à leur discrétion, mais qu’ils estimaient juste aussi que ceux du Pirée, s’ils prétendaient être amis des Lacédémoniens, leur livrasse le Pirée et Munichie.
- Quand les éphores et les membres de l’assemblée les eurent tous entendus, ils dépêchèrent quinze hommes à Athènes, avec mission d’accommoder les deux partis le mieux possible, de concert avec Pausanias. Ils les accommodèrent en effet aux conditions suivantes : les deux partis devaient être en paix l’un avec l’autre et chacun devait rentrer chez soi, à l’exception des Trente, des Onze et des Dix qui avaient gouverné le Pirée. Ils décidèrent en outre que, si quelqu’un du parti de la ville avait peur, il irait habiter Eleusis.
- Ces arrangements terminés, Pausanias licencia l’armée, et ceux du Pirée montèrent en armes à l’acropole et offrirent un sacrifice à Athèna. Quand ils furent descendus, les généraux convoquèrent l’assemblée, où Thrasybule prononça ce discours :
- « Je vous conseille, à vous qui êtes demeurés dans la ville, de vous connaître vous-mêmes ; et le meilleur moyen de vous connaître, c’est de vous demander sur quoi se fonde la haute opinion que vous avez de vous-mêmes, au point de vouloir nous commander. Etes-vous plus justes que nous ? Mais le peuple, plus pauvre que vous, ne vous a jamais fait tort pour de l’argent, tandis que vous, qui êtes les plus riches de tous vous avez fait en vue du gain mille vilaines actions. Et puisque vous ne pouvez vous réclamer de la justice, voyez si c’est pour votre courage que vous avez droit d’être hautains.
- Qu’est-ce qui peut le mieux décider cette question que la manière dont nous vous avons combattu les uns contre les autres ? Prétendez-vous l’emporter par l’intelligence, vous qui, ayant des remparts, des armes, de l’argent et les Péloponnésiens pour alliés, avez été battus par des gens qui n’avaient aucun de ces avantages ? Est-ce possible, quand ils s’en vont après vous avoir livrés à ce peuple opprimé par vous, comme on livre muselés les chiens qui mordent ?
- Cependant, camarades, je vous demande de ne rien violer de vos serments, mais de montrer qu’outre vos autres vertus, vous êtes encore fidèles à votre parole et que vous craignez les dieux. » Quand il eut dit cela et d’autres propos du même genre, puis qu’il fallait répudier tout désordre et se gouverner sur les anciennes lois, il renvoya l’assemblée.
- Les Athéniens formèrent alors le gouvernement et créèrent des magistrats. Dans la suite, ayant appris que les réfugiés d’Eleusis prenaient à leur solde des étrangers, ils marchèrent contre eux avec toutes leurs forces et mirent à mort leurs généraux qui étaient venus parlementer. Ils envoyèrent aux autres leurs amis et leurs parents qui leur persuadèrent de se réconcilier. Ils jurèrent de ne point garder rancune des maux soufferts et aujourd’hui encore ils prennent par ensemble au gouvernement et le peuple reste fidèle à ses serments.
Xénophon
Les Helléniques, livre II, chap. IV
Traduction de Pierre Chambry
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Notes :
(1) Enyalios : proprement Le Belliqueux est un surnom d’Arès.
(2) L’isotélie était le privilège des étrangers domiciliés qui étaient dispensés de la taxe sur les étrangers et de l’obligation de se choisir un patron. Ils pouvaient, à la différence des métèques, être propriétaires, mais ne jouissaient pas plus qu’eux des droits actifs des citoyens.
(3) L’armée lacédémonienne se composait de six mores, dont l’effectif variait suivant que la levée d’hommes avait été plus ou moins forte.
(4) Il y avait deux Hales. Hales Araphénides, dème de la tribu AEgèide, sur la côte orientale de l’Attique, et Hales Aixonides, dème de la tribu Cécropide, au nord du Pirée. C’est de cette dernière qu’il est question.
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dimanche, 14 mai 2006
La guerre dans la Grèce antique
La guerre occupe une place importante dans la vie des Grecs. Historiens, poètes, philosphes, peintres, sculpteurs ont voué une part considérable de leur oeuvre à des thèmes ayant pour sujet la guerre sous toutes ses formes. Les constructions défensives ont laissé des traces visibles dans le paysage: d'imposants murs d'enceinte, parfois excellement conservés aujourd'hui encore, attestent la volonté de défense des communautés de citoyens. La guerre embrasse tous les aspects de la vie humaine: le politique, l'économie, la religion. Les peuples de la Grèce antique et ceux des royaumes hellénistiques consacrent des ressources, une énergie et une attention considérables à des activités militaires, soit pour parer des menaces extérieures, soit pour mener des campagnes ou des invasions, soit encore pour résoudre des conflits internes. La plus ancienne oeuvre littéraire de l'Occident, l'Illiade, dépeint la lutte sans merci que se livrent les Grecs et les Troyens, conflit qui met aux prises les dieux de l'Olympe eux-mêmes, et qui sert de référence, poétique, artistique ou morale, à bien des conflits ultérieurs.
Le monde mycénien
Même si l'image que l'on peut retirer des vestiges archéologiques suggère que les principautés de la Crète minoenne (IIè millénaire av. J.-C.) ne connaissaient pas l'état de guerre, la tradition rapportée par Thucydide fait d'une "thalassocratie" ou empire maritime du roi Minos (Thucydide, I, 4). La civilisation mycénienne, du nom de la place fortifiée de Mycènes en Argolide, a laissé quelques-uns des vestiges les plus frappants de mesures prises pour écarter la menace qui pouvait peser sur une agglomération dans la seconde moitié du IIè millénaire av. J.-C. Les Anciens déjà avaient à l'appareil de la muraille de Mycènes le nom de "cyclopéen", car, selon eux seuls des Cyclopes étaient capables de déplacer des blocs d'une telle masse. Mycènes, Tirynthes, Athènes, l'île de Gla offrent des témoignages de l'énorme effort de défense consenti pour protéger la sécurité des habitants. Les citadelles succombèrent néanmoins à des attaquants qui, paradoxalement, restent des inconnus. Les Mycéniens ont laissé des armes offensives (poignards, rapières), une cuirasse de bronze, des casques, ainsi que des fresques et des reliefs représentant des chars. Des tablettes d'inventaire inscrites mentionnent l'existence de réserves de matériel, peut-être de chars de guerre. Le lien archéologique entre le monde mycénien et celui de la Grèce des Cités est marqué par la tombe de Lefkandi, en Eubée, où le mort, incinéré et enseveli dans un édifice imposant, était accompagné de quatre chevaux sacrifiés et enterrés à côté de lui. On peut reconnaître dans le mort l'ancêtre des "éleveurs de chevaux" ou "chevaliers" eubéens de Chalcis et d'Erétrie.
La guerre de Troie
La guerre de Troie n'a vraisemblablement pas eu lieu dans la forme dépeinte par Homère. Les héros de l'Illiade et de l'Odyssée n'ont sans doute pas eu d'existence historique. Toutefois, les deux poèmes, et surtout l'Illiade, contiennent des éléments qui permettent de se faire une idée du mode de combat prédominant à l'époque de leur composition. Les héros se combattent le plus souvent en duel, mais plusieurs allusions suggèrent l'affrontement de guerriers en formations de combat. Le char de guerre semble principalement utilisé pour le transport des héros jusqu'au champ de bataille. Les armes décrites dans l'Illiade comprennent des éléments mycéniens et d'autres plus proches du VIIIè siècle. Le poème fait la part belle au corps à corps, mode de combat qu'il tient pour plus noble que l'usage d'armes servant à frapper à distance, comme le javelot et la flèche. Les poèmes reflètent les réalités sociales de la guerre, les raids de pirates ou les razzias permettant la capture d'esclaves et de bétail, le sort réservé aux vaincus: la mort, l'esclavage, l'échange contre rançon.
La guerre à l'époque archaïque et classique
Le premier conflit attesté historiquement est celui qui oppose deux coalitions emmenées par les deux cités eubéennes de Chalcis, d'une part, et d'Erétrie, de l'autre. L'objet de la guerre est la plaine lélantine, qui sépare les deux cités. C'est à cette occasion que semblent se dessiner les règles d'un code de combat, proscrivant l'usage d'armes de trait. Les cités de l'amphictionie pyléo-delphique (cités exerçant leur tutelle sur le sanctuaire de Delphes) s'interdisant de couper le ravitaillement en eau de places assiégées. C'est à la même époque (VIIè siècle?) que se développent l'armement de l'hoplite et le combat en phalange hoplitique, qui constituent l'élément dominant des batailles jusqu'à la victoire de la phalange macédonienne à Chéronée en 338 av. J.-C.
Alors que durant l'époque archaïque (VIIè - VIè siècle), les conflits se limitent à des affrontements entre cités voisines, les deux tentatives perses de débarquement (490) et d'invasion (480-479) donnent une dimension plus large à la guerre. La victoire de Marathon (490), les hauts faits d'une petite troupe principalement composée de Spartiates, au défilé des Thermopyles (490), puis, la même année, la victoire navale de Salamine, enfin la bataille de Platées (479), sonnent le glas des ambitions perses à l'ouest du bassin égéen. Les Athéniens s'appuient sur ces succès pour établir une "paix athénienne" dans l'Egée par la création d'une ligue opposée aux Perses.
Le grand conflit qui fait pendant aux guerres médiques entre Grecs et Perses est la guerre du Péloponnèse (431-404). Ce conflit peut apparaître comme une guerre civile. Mais les contemporains, en particulier Thucydide, utilisent la guerre du Péloponnèse pour mettre en évidence l'opposition entre deux coalitions, l'une terrestre, autour de Sparte et de sesalliés, l'autre maritime, emmenée par Athènes. La victoire revient aux Spartiates.
Dans un survol des principales guerres intenes au monde grec, il faut état de la montée en puissance de Thèbes, qui culmine avec la défaite d'une armée spartiate à Leuctres (371), suivie de l'invasion de la Laconie. Enfin, c'est notamment à la suite de différends nés autour du sanctuaire de Delphes que le roi de Macédoine Philippe II parvient en 357, date de son avènement, et 338, date de sa victoire à Chéronée sur une coalition des cités, à imposer sa loi sur la Grèce. Avec l'expédition d'Alexandre, la guerre change à nouveau de territoire, puisqu'elle implique l'ensemble du Proche-Orient jusqu'à l'Indus. Les guerres et les conflits mettent désormais principalement aux prises de grandes puissances, les royaumes hellénistiques, et plus tard Rome. Ils impliquent des régions entières de la Méditerranée et du Proche-Orient, et non plus seulement les petites cités-Etats de la Grèce propre. Avec l'extension du théatre géographique des opérations, ce sont aussi les dimensions humaines de la guerre qui se modifient, notamment en raison de l'ampleur des effectifs en présence.
Les soldats grecs, ces "hommes de bronze" (Hérodote, II, 152), sont employés dans des armées étrangères, et ce dès le VIè siècle. av. J.-C., comme le prouvent des graffitis déchiffrés en Egypte. Voulant renverser le pouvoir royal perse, Cyros le jeune en 401 une troupe de soldats grecs et les conduit jusqu'au coeur du royaume, où l'usurpateur subit une défaite. La retraite des Dix Mille est relatée par Xénophon, qui propose du même coup dans son Anabase une sociologie des soldats professionnels des années 400 av. J.-C. La guerre du Péloponnèse (431-404) jette en effet sur le marché un certain nombre de combattants aguerris et sans emploi. Le IVè siècle est marqué par l'augmentation dans les armées de nombreuses cités de ces soldats professionnels, hoplites ou soldats légèrement armés (archers, frondeurs, "peltastes" armés de l'arc, de la courte épée courbe et du bouclier en forme de croissant). A l'époque héllénistique, des mercenaires d'origine grecque se retrouvent dans toutes les armées et sur tous les théatres d'opérations des pourtours de la Méditerranée.
Les causes de la multiplication des soldats professionnels à partir du IVè siècle sont diverses. A Athènes, on constate une désaffection pour les obligations militaires imposées aux citoyens, alors que simultanément le recrutement de mercenaires sen voit facilité. Les cités et plus tard les royaumes hellénistiques sont heureux de confier leur défense à des professionnels aguerris, ce qui met les citoyens à l'abri des aléas des batailles et de la guerre. Mais cette tendance n'est pas sans présenter des inconvénients: les troupes rémunérées ne sont pas toujours stables ni dignes de toute confiance. Elles peuvent se retourner contre leurs employeurs, être à l'origines de troubles sociaux, voire livrer la place qu'elles sont censées défendre. Les mercenaires eux-mêmes, souvent en provenance de régions défavorisées, cherchent un moyen de créer un pécule qu'ils souhaitent rapporter dans leur patrie, pratique attestée par des trouvailles monétaires, en Crète notamment.
Les esclaves combattent-ils dans les armées? A Sparte, les hilotes, peuple dépendant et par définition non spartiates de souche, fournissent des valets d'armes et parfois des combattants. A Athènes, en revanche, les esclaves ne sont pas autorisés à porter des armes. Il apparaît cependant que dès le Vè siècle av J.-C., dans plusieurs cités, des combattants sont recrutés au sein de la classe servile, notamment comme rameurs dans les vaisseaux de guerre. Dans les cas d'extrême danger, certaines cités sont conduites à affranchir des esclaves et à les incorporer au sein de troupes combattantes.
Dans l'Illiade, les dieux participent activement à toutes les phases
du conflit et s'engagent même parfois dans la bataille. Les dieux sont tout aussi présents dans la vie des combattants, des armées et des Etats en guerre. Certains moment particuliers du jour, du mois ou de l'année, des rites et des actes influent sur la conduite ou l'attitude des combattants et des armées. Ainsi, les Spartiates ne peuvent être présents à temps à Marathon, car ils sont retenus à Sparte pour une fête religieuse. En 413, le corps expéditionnaire athénien retarde son départ de Syracuse en raison d'éclipse de lune. Avant le déaprt au combat, le guerrier offre une libation. Avant la bataille, des devins procèdent au sacrifice, étudient les entrailles des animaux sacrifiés et y déchiffrent la volonté des dieux. Le cri de guerre (le péan) comporte un aspect religieux. Les boucliers portent parfois des représentations à caractère apotropaïque. Après la bataille, le vainqueur dresse un trophée avec les armements pris à l'ennemi. Il en dédie souvent une partie à Apollon, à Zeus ou à d'autres dieux dans les grands sanctuaires panhelléniques, comme Olympie ou Delphes. Innombrables sont les édifices et les oeuvres d'art consacrés en ces lieux après une victoire. Enfin on réserve la dîme du butin aux dieux. Ces usages se maintiennent à l'époque hellénistique. Le grand autel élevé par les rois de Pergame commémore leur victoire sur les Galates d'Asie Mineure.
La guerre et l'économie
Les historiens anciens, et même Thucydide, n'accordent pas à la dimension économique des guerre une place centrale.Ce facteur joue néanmoins un rôle parfois important dans le déclenchement, l'évolution ou les suites d'un conflit. La cause de la lédendaire guerre de Troie elle-même est parfois attribuée à des motivations d'ordre économique. Les Troyens auraient en effet fait peser une menace sur les courants économiques en bloquant le détroit des Dardanelles. Ce casus belli aurait entraîné une riposte des Mycéniens. La dispute intervenue entre Chalcis et Erétrie pour la fertile plaine lélantine pourrait, elle aussi, avoir un arrière-plan économique. Les mesures prises par les Athéniens pour limiter l'accès au port de Mégare, que l'on ne connaît que par des allusions assez imprécises, pourraient avoir joué un rôle dans le déclenchement de la guerre du Péloponnèse. Quant à l'empire perse, il intervint plus d'une fois dans le conflit, notamment par des appuis financiers aux ennemis d'Athènes.
Inversemment, les succès militaires peuvent être une source importante de revenus et d'enrichissement pour les cités qui en sont les bénéficiaires. Le meilleur exemple est donné par Athènes qui, à la suite de ses succés contre les Perses, a su créer une confédération d'Etats alliés soumis au versement d'un tribut. La suprématie navale athénienne a pour conséquence un enrichissement considérable d'Athènes, perceptible par l'ambitieux programme de constructions conduit par Périclès et ses successeurs sur l'Acropole.
D'une manière plus immédiatement perceptible encore, lkes campagnes militaires, parfois très coûteuses, se concluent quelquefois par des résultats heureux pour les vainqueurs. La saisie de richesses en métal précieux ou e objets de prix, mais surtout la capture de butin "mobile", hommes, femmes ou enfants susceptibles d'être vendus en esclavage ou échangés contre une rançon, suivent parfois des victoires dans le terrain. C'est notamment en faisant entendre qu'ils possèdent des trésors que les habitants d'Egeste, en Sicile, parviennent à convaincre les Athéniens de lancer leur grande expédition de Sicile en 415. Et c'est dans l'espoir d'un enrichissement rapide que bien des hommes sans ressources se lancent dans la carrière de mercenaires, principalement au IVè et à l'époque hellénistique.
L'attribution des fruits de la victoire suscite d'âpres disputes tout au long de l'histoire grecque. Elle est pourtant réglée par des usages apparemment établis de longue date: dans l'Illiade déjà, une "part de choix" est assurée aux rois, plus particulièrement à Agamemnon, le chef suprême de l'expédition achéenne. Le mode de répartition des prises est défini dans les textes littéraires, ainsi que par des traités en bonne et due forme. Une règle assez généralement répandue veut que les biens immobiliers reviennent aux combattants locaux, originaires du territoire où s'est déroulé un conflit ou une bataille, et que les biens transportables, y compris les êtres humains et le bétail, soien divisés entre les autres membres d'une coalition.
Il convient de mentionner enfin l'enrichissment qui peut découler de programmes d'armement, ou même pour des individus isolés ou de petites entreprises, la fabrication d'armes. On sait que la découverte d'un filon argentifère particulièrement rentable à permis à Themistocle de lancer un programme de construction de vaisseaux de guerre sans précédent à Athènes vers 482. C'est la flotte construite à cette occasion qui a rendu possible la victoire de Salamine sur la flotte perse. Il est évident qu'un programme aussi ambitieux a permis la création de nombreux emplois dans plusieurs secteurs de l'économie athénienne. Nous savons par des plaidoyers d'orateurs attiques que les fabricants d'armes pouvaient être très prospères. Les travaux entrepris pour la défense de la plupart des villes, en particulier la construction dès la fin de l'époque archaïque de murailles de plus en plus longues, puissantes et techniquement évoluées représente pour les cités des dépenses considérables, mais aussi l'assurance de revenus pour tous les hommes impliqués dans leur construction: ingénieurs, tailleurs de pierre et ouvriers de tous les corps de métier.
La guerre et le droit
Ben que le terme "guerre" (polemos) corresponde à une notion claire, opposée à celle de "paix" (eirénê), et que l'on parle de "guerre non déclarée" (polemos akêruktos), les relations entre cités grecques relèvent d'une situation de "ni guerre, ni paix", n'excluant pas les surprises. Les relations entre Athènes et Sparte, en revanche, sont dominées au Vè siècle par des "trêves" (spondai), dont la durée est fixée par des traités. Cette situation juridique explique pour une large part la construction de coûteuses murailles, gages de sécurité et d'indépendance politique.
La guerre entre cités proprement dite est régléepar un certain nombre de lois et d'usages non écrits, mais néanmoins généralement respectés par l'ensemble des belligérants: les "lois des Grecs" ou, plus généralement, les "lois communess au genre humain". Parmi ces usages figurent le respect des traités et de la parole donnée sous serment, l'inviolabilité des sanctuaires, celle des ambassadeurs, des théores et délégations se rendant à des festivals panhelléniques comme les concours d'Olympie, voire l'interdiction de mettre à mort des prisonniers qui se seraient rendus. Le non-respect de ces lois et usages entraîne une réprobation dont l'expression se retrouve sous la plume des auteurs tragiques, des historiens et des philosophes, qui eux-mêmes se font l'écho de sentiments plus largement partagés.
Le traitement des morts et des vaincus
A l'issue d'une bataille, les vaincus sont autorisés, sous le couvert d'une trêve, à récolter leurs morts tombés sur le champ de bataille. Les combattants tués sont ensevelis ou enracinés sur place, si on se trouve en territoire ami. Les usages diffèrent en fonction des cités et des circonstances. Les Athéniens transportent les cendres de leurs morts à Athènes. Les dépouilles sont exposées (prothesis) avant d'être transportées (ekphora) à la nécropole officielle (dêmosion sêma). Un stratège prononce alors l'éloge funèbre, célébrant les vertus des morts et la gloire de la cité. Le plus célèbre de ces discours, attribué par Thucydide à Périclès, est prononcé par l'homme d'Etat à la fin de la première année de la guerre du Péloponnèse (Thucydide, II, 35-46). On connaît plusieurs sépultures decombattants destinéesà perpétuer la mémoire des exploits et celles des morts au champ d'honneur,ainsi à Marathon ou à Chéronée.
Si la bataille en rase campagne est meurtrière, la mise à mort des prisonniers capturés reste l'exception et non la règle. Les combattants tombés vivants aux mains de l'ennemi peuvent être vendus comme esclaves, échangés, utilisés comme otages ou libérés. Dans le cas du siège des villes, la situation est encore plus variable. Une ville assiégée a souvent le choix de se rendre moyennant une convention ou de lutter jusqu'à une prise de force. La convention passée avec les assiégeants garantit la vie sauve à la population, hommes, femmes et enfants; ceux-ci peuvent généralement quitter la place en emportant le strict minimum. En revanche, la règle veut qu'en cas de prise d'assaut, le vainqueur peut disposer à sa guise de tout ce qui tombe entre ses mains, y compris les hommes, les femmes et les enfants. Dans ce cas, les défenseurs peuvent être massacrés, les femmes emmenés en esclavage. Cette réalité est généralement admise, et, depuis la prise légendaire de Troie, on la considère comme faisant partie des aléas de la guerre, même si les pièces tragiques représentées à Athènes suggèrent qu'on la déplore.
Des sévices ou traitements particulièrement cruels à l'égard des captifs ne sont pas génralisés, mais ils sont attestés. Les cas de brutalités les plus extrêmes se produisent souvent à l'occasion de conflits internes aux cités, où, à des différends d'ordre politique, vient s'ajouter une hostilité profonde, motivée par des raisons historiques. La volonté de mater des soulèvements ou des rebellions peut elle aussi entraîner des mesures particulièrement violentes. C'est le cas après le soulèvement de certaines cités alliées des Athéniens, comme Samos ou Mytilène, ou après le soulèvement de Thèbes, qui est détruite par Alexandre en 335 av. J.-C. et dont trente mille habitants sont réduits en esclavage.
Les guerres entre les successeurs d'Alexandre le Grand se concluent parfois par le passage de troupes entières, avec armes, bagages et familles, dans le camp du vainqueur. Le siècle qui suit la mort d'Alexandre le Grand (323) ne voit plus d'asservissements en masses dans la Grèce propre. Et, dès le IVè siècle av. J.-C., on constate la généralisation de l'entraide entre victimes des circonstances. Des inscriptions témoignent de l'intervention généreuse de citoyens en faveur de prisonniers libérés par des bienfaiteurs compatissants.

Pierre Ducrey
auteur de : Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Paris, Hachette, 1999
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