vendredi, 27 janvier 2012
L'intervention américaine dans la guerre de 1914-1918
Écrit par SG (Webmaster) dans > 1ère Guerre Mondiale, > États-Unis, > Europe, GÉOPOLITIQUE, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : yankee, guerre 14-18, wilson, géopolitique, impérialisme |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
dimanche, 26 décembre 2010
Jomini, Mahan : Les origines de la stratégie militaire américaine
Dans les années 1880, la situation de la marine américaine n'était guère brillante. Ses vaisseaux étaient pour la plupart de vieux croiseurs en bois datant de la guerre de Sécession et quelques cuirassés "monitors" qui avaient subi de multiples réparations. L'avancement était extrêmement lent et l'existence même de l'US Navy était mise en question. Quelques officiers entreprirent alors de réformer la marine en poursuivant un double objectif. Ils voulurent d'abord développer leur profession en lui donnant une science et une pratique spécifiques. En même temps, ils entendirent prouver la nécessité de la marine en montrant qu'elle jouait un rôle crucial dans le bien-être de la nation. Le chef de file de ces réformateurs s'appelait Stephen Bleecker Luce.
Luce fut le premier penseur américain de la stratégie navale. Il voulait combattre le "technicisme" de la marine. Si celle-ci voulait vraiment devenir professionnelle, pensait-il, les officiers devaient cesser d'être exclusivement des navigateurs, des hydrographes ou des ingénieurs. Ils devaient devenir des spécialistes dans leur domaine propre, c'est-à-dire la conduite de la guerre. Leur champ d'études principal devait être la stratégie navale. Or celle-ci n'existait pas à l'époque. Il fallait donc, selon Luce, étudier l'art de la guerre tel qu'il était enseigné dans les écoles de l'armée et ensuite l'appliquer aux opérations sur mer : les "principes de la stratégie" étaient "toujours les mêmes" et s'appliquaient "également à l'armée sur terre et à l'armée sur mer". Luce croyait fermement aux leçons de l'histoire et était partisan d'une méthode comparative.
Écrit par SG (Webmaster) dans > États-Unis, > France, > Marines, > Stratégie, > Textes de réflexion, GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mahan, jomini, géopolitique, theatrum belli |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
vendredi, 14 novembre 2008
Chine - USA : la guerre sans limite (1/3)
Les rapports entre la Chine et les États-Unis marqueront sans nul doute le XXIe siècle. Si l'affrontement militaire demeure le maître mot entre les deux puissances, il y a une autre façon de gagner la guerre sans effusion de sang, une nouvelle forme de conflit dans laquelle la Chine est passée experte.
Si celle-ci s'arme militairement, son économie envahit le monde dans le même temps. Si partout où la planète s'embrase les deux puissances s'opposent en coulisses, les armes de la République Populaire de Chine sont aussi financières, informatiques, technologiques, commerciales ou médiatiques. Dans ce grand combat des empires pour diriger le monde, la Chine s'appuie sur les faiblesses de ses concurrents. Elle a engagé une guerre sans limites, qui si elle aboutissait, forcerait l'adversaire à faire sa volonté. Car il faut méditer la phrase de Deng Xiaoping : '' Il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline''
Écrit par SG (Webmaster) dans > Chine, > États-Unis, > Vidéo Belli | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, géopolitique, usa, guerre, theatrum belli |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 08 septembre 2008
Qu'est-ce que la géopolitique ?
L'enseignement des relations internationales à l'université ressemble souvent à de l'histoire événementielle des relations internationales. Les faits y sont privilégiés au détriment de l'analyse. La connaissance des événements, présentés dans le détail, au détriment de leur intelligibilité. Les déterminants idéologiques y comptent plus que déterminants géographiques, c'est-à-dire le territoire et les identités. Cette surdétermination idéologique s'explique largement par le fait que les relations internationales sont le plus souvent enseignées, au sein de l'Université française, dans le cadre plus général de la science politique et non dans celui de la géographie. L'approche géopolitique amène au contraire à une autre manière d'enseigner les relations internationales. Elle accorde primauté à la compréhension des phénomènes plutôt qu'à leur description en détail. Elle se concentre sur les dynamiques de puissance en cherchant à comprendre les volontés de puissance des acteurs internationaux, qu'ils soient étatiques ou non.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Références, > Textes de réflexion, GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chauprade, géopolitique |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
jeudi, 14 août 2008
La route de l’Ossétie du Sud passe par le Kosovo
La tragédie que vivent aujourd’hui Géorgiens et Ossètes du Sud est à l’aune du drame yougoslave et des bouleversements territoriaux qu’il a entraînés.
Que s’est-il passé dans le palais présidentiel de Tbilissi le soir du 7 août, lorsque Mikhaïl Saakachvili décida d’en finir avec les "séparatistes" de Tskhinvali ? Le président géorgien s’est-il lancé à corps perdu dans une aventure dont il n’envisageait pas les conséquences ? Avait-il pris la mesure des terribles dégâts collatéraux que des bombardements nocturnes provoqueraient au sein de la population civile, élargissant encore le fossé entre Ossètes et Géorgiens ? Serait-il tombé, comme le laissent entendre certains, dans un piège délibérément tendu par Moscou : on lui aurait laissé entendre que la Russie était excédée par l’extrémisme des dirigeants de Tsinkhvali qui multipliaient les affrontements avec les forces géorgiennes de sécurité ?
Écrit par SG (Webmaster) dans > Caucase, > Kosovo, > Otan, > Points de vue, > Russie, GÉOPOLITIQUE, GUERRES (Typologies) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : caucase, ossétie du sud, georgie, guerre, kosovo, russie, géopolitique |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
samedi, 05 avril 2008
Pour une politique de défense au cœur des équilibres euro-atlantiques
"Il y a l’OTAN. Qu’est-ce que l’OTAN ? C’est la somme des Américains, de l’Europe et de quelques accessoires. Mais ce n’est pas la défense de l’Europe par l’Europe, c’est la défense de l’Europe par les Américains. Il faut une autre OTAN. Il faut d’abord créer une Europe qui ait sa défense, que cette Europe soit alliée à l’Amérique".
Charles De Gaulle, 1961
Écrit par SG (Webmaster) dans GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : otan, de gaulle, géopolitique, défense, europe, occident |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
mardi, 01 avril 2008
La Russie, l’OTAN et la "Missile Defense"
On sait combien Vladimir Poutine et les dirigeants russes se sont violemment opposés, au fil des mois, à l’installation de systèmes antimissiles américains en Pologne et en République tchèque. Pourtant, George W. Bush a proposé au président russe un mémorandum d’accord indiquant les lignes de force d’une coopération entre les Etats-Unis et la Russie (19 mars 2008). Le déploiement de la Missile Defense en Europe centrale pourrait être accompagné de mesures de confiance et de garanties. Cet apaisement des relations russo-occidentales intervient à quelques jours du sommet atlantique de Bucarest (2-4 avril 2008). De fait, la question des antimissiles intéresse au premier chef les alliés européens des Etats-Unis, l’OTAN demeurant la seule instance collective de défense de l’Europe. Il nous faut donc comprendre la perception russe de la Missile Defense et les représentations géopolitiques dans lesquelles cette perception s’insère.
Écrit par SG (Webmaster) dans GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : otan, géopolitique, europe |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
mercredi, 20 février 2008
Réflexions sur la proclamation unilatérale de l’indépendance du Kosovo
Écrit par SG (Webmaster) dans > États-Unis, > Europe, > Islam, > Textes de réflexion, GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Kosovo, Balkans, géopolitique, Albanie, Islam |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
jeudi, 22 novembre 2007
Relations internationales : une époque de rude concurrence se profile
Etats-Unis dans l'espace post-soviétique : expulsion réciproque ou coopération ? Tel a été le thème d'une discussion organisée récemment dans les locaux de la fondation Unité au nom de la Russie. Mais pour évaluer la politique eurasiatique des deux pays, il faut d'abord essayer de comprendre les processus globaux qui caractérisent le monde contemporain.
Ces quinze dernières années, une nouvelle époque a commencé à se mettre en place, lentement mais inévitablement. Le monde bipolaire, dans lequel le système socio-politique mondial était l'otage des relations entre Moscou et Washington et où la stabilité globale dépendait de la capacité des deux superpuissances à s'entendre, appartient désormais à l'histoire, laquelle ne se répètera plus jamais. Le monde unipolaire, qui a failli se former, avec les Etats-Unis à sa tête, démontre aujourd'hui son incapacité à faire face efficacement aux défis contemporains. D'autre part, toutes les tentatives pour lui opposer une alternative compliquent encore davantage l'application des tâches concrètes sur la scène internationale.
Aujourd'hui, nous nous heurtons directement au problème de la direction du système mondial qui se forme. Ceci est la conséquence de plusieurs facteurs.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Points de vue, > Textes de réflexion, GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Relations internationales, géopolitique, Eurasie |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 13 août 2007
La thalassocratie américaine
Écrit par SG (Webmaster) dans > Documents PDF, > États-Unis, GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mahan, CID, géopolitique, thalassocratie |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
dimanche, 01 octobre 2006
HALFORD JOHN MACKINDER (1861-1947)
Né à Gainsborough dans le Lincolnshire le 15 février 1861, Halford John Mackinder se sentira attiré par les études géographiques dès son plus jeune âge. Formé à l'Epsom College, puis, à partir de 1880, à Oxford, il étudie successivement la biologie (sous la direction de H.N. Moseley, un anatomiste s'inscrivant dans le sillage de Darwin et de Huxley), l'histoire, la géologie et le droit. Il sera reçu au barreau de Inner Temple en 1886, après avoir acquis une expérience en droit maritime, c'est-à-dire, à ses yeux, la branche du droit la plus proche de la géographie. De 1887 à 1905, il enseigne la géographie à Oxford, notamment dans le cadre de la Oxford University Extension, qui prodiguait un enseignement itinérant, ouvert à tous mais plus particulièrement aux instituteurs et aux enseignants des écoles secondaires.
La géographie était, à l'époque, une discipline négligée dans le monde universitaire britannique. Depuis le XVIè siècle, au temps où enseignait le géographe Richard Hakluyt, plus aucune chaire de géographie n'avait été attribuée à Oxford. Mackinder a donc été le premier successeur de Hakluyt, après une parenthèse de quatre siècles. L'objectif premier de Mackinder était de réhabiliter la géographie aux yeux du monde académique britannique en suivant l'exemple allemand (Ritter, Richthofen, Ratzel). Pour réaliser cette tâche, il reçut l'appui de Sir John Scott Keltie, qui avait ramené d'Allemagne une collection impressionnante de matériels didactiques (cartes, atlas, etc.), puis de la Royal Geographical Society. Entre 1892 et 1903, il sera le directeur du University College de Reading, une université qu'il créera presque de toutes pièces. De 1903 à 1908, Mackinder est directeur de la London School of Economics and Political Sciences, où il avait commencé à enseigner dès 1895. En 1899, il avait été nommé directeur de l'école de géographie d'Oxford. La même année, il s'embarque pour l'Afrique afin d'explorer les abords du Kilimanjaro au Kenya et l'escalader. A son retour, il entame une carrière politique dans les rangs des "libéraux-impérialistes". Cette carrière ne lui rapportera un siège aux Communes, celui de Glasgow, qu'en 1910 et qu'il conservera jusqu'en 1922. Les "libéraux-impérialistes" soutenaient la politique impériale britannique mais souhaitaient des réformes sociales. Leur chef de file était Lord Rosebery et, parmi leurs membres les plus illustres, on a compté Haldane, Grey et Asquith. Mais, quand le 15 mai 1903, Joseph Chamberlain renonce officiellement à la politique de libre-échange libérale au profit d'une politique tarifaire préférentielle autarcisante, interne à l'Empire, de façon à fermer celui-ci aux concurrences américaine et allemande, les "libéraux-impérialistes" se scindent en deux groupes: ceux qui donnent la préséance au libéralisme économique et ceux qui accordent davantage d'importance à la consolidation de l'Empire en tant qu'entité politique homogène. Mackinder rejoint les seconds, plus sensibles aux argumentations d'ordre géopolitique (parmi eux: Hewins, Amery, Maxse). Il rejoint par la suite les Unionistes, puis les Conservateurs. En 1904, Mackinder amorce ses réflexions géopolitiques proprement dites en rédigeant un texte très important sur le "pivot géographique de l'histoire", c'est-à-dire le fameux heartland, la "Terre du Milieu", inaccessible aux instruments de mobilité dont dispose la puissance thalassocratique britannique: les navires de guerre et leurs canons à longue portée, les fameux dreadnoughts. A partir de 1906, Mackinder, sous l'impulsion de Haldane devenu Secrétaire d'Etat à la Guerre, commence à dispenser ses cours aux officiers d'état-major. En 1908, il accompagne le Prince de Galles au Canada et en revient convaincu de l'impérieuse nécessité d'appliquer les tarifs préférentiels dans le domaine céréalier en Amérique du Nord, de façon à ce que le dominion du Canada ne soit pas absorbé par la puissance montante des Etats-Unis. Une absorption du Canada signifierait la création d'un grand espace nord-américain autonome, capable de se substituer à l'Angleterre comme première puissance maritime du globe.
La guerre mondiale accentue sa germanophobie, latente depuis la politique maritime du Kaiser, commencée pendant la dernière décennie du XIXè siècle. Dans le débat sur la décentralisation des institutions en Grande-Bretagne, qui reprend en 1919, Mackinder suggère un plan de partition de l'Angleterre en trois régions, de façon à obtenir des entités égales en dimensions et en poids démographique. La même année, paraît à l'attention des diplomates qui négocient à Versailles, un ouvrage incisif et capital, concis comme tous les ouvrages de base de la discipline géopolitique: Democratic Ideals and Reality. Mackinder y remet en exergue l'importance du territoire russe, masse continentale compacte impossible à contrôler depuis la mer et à envahir complètement. Ce petit livre attire l'attention des diplomates du Foreign Office : Lord Curzon nomme Mackinder Haut Commissaire britannique en "Russie du Sud", où une mission militaire anglaise appuyait les Blancs de Denikine. Ceux-ci reculent. Les Britanniques les obligent à reconnaître de facto la nouvelle république ukrainienne et à forger une alliance entre Blancs, Polonais, Bulgares et Ukrainiens contre les Rouges. Cette ébauche d'alliance jette les bases du fameux "cordon sanitaire", destiné à séparer les Allemands des Russes et à empêcher l'union de la "Terre du Milieu" sous la double impulsion du génie technique germanique et de la "brutalité élémentaire" des Bolchéviks. Mackinder, en élaborant cette stratégie, crée la politique anglo-saxonne de containment, reprise plus tard par les Américains. Les puissances thalassocratiques anglo-saxonnes doivent tout mettre en oeuvre, explique Mackinder, pour empêcher l'unification eurasienne sous la double égide allemande et russe. Pour parvenir à cet objectif, il faut balkaniser l'Europe orientale, priver la Russie de son glacis baltique et ukrainien, empêcher la domination d'une et une seule alliance sur les mers intérieures (Mer Baltique et Mer Noire), contenir la Russie et le bolchevisme en Asie de façon à ce que les peuples cavaliers de la steppe ne puissent pas débouler en Perse et en Inde, zones d'influence britanniques. La leçon sera aussitôt retenue mais inversée par les géopoliticiens (l'école de Haushofer) et les diplomates allemands (von Seeckt, Groener, Rathenau, von Brockdorff-Rantzau) et par les idéologues nationaux-révolutionnaires et nationaux-bolchéviques (Niekisch, Paetel, Schauwecker, les frères Jünger, Hielscher, etc.), tous partisans d'une alliance germano-russe dirigée contre les thalassocraties et le capitalisme anglo-saxons. Plus tard, après la seconde guerre mondiale, les principes de Mackinder, soit organiser les rimlands (les zones littorales bordant la "Terre du Milieu") pour contenir les forces issues du heartland (la "Terre du Milieu"), seront instrumentalisés par les Américains, qui entoureront l'URSS et la Chine d'un réseau d'alliances défensives et "contenantes" (OTAN, OTASE, ANZUS, CENTO). Sous Reagan, l'idéologie est remise au goût du jour pas Colin S. Gray. Mackinder meurt à l'âge de 86 ans à Bournemouth le 6 mars 1947.
Les Iles Britanniques et les mers britanniques (Britain and the British Isles) 1902
Livre de géographie pure, cet ouvrage consiste en une exploration méthodique de la géologie des Iles Britanniques. Le sol britannique est né de plissements géologiques successifs et d'un abaissement du niveau de l'Océan. Résultat: les Iles Britanniques sont reliés au Continent pas le promontoire du Kent, le Pas-de-Calais et l'estuaire de la Tamise; la Manche permet à un courant chaud, le Gulf Stream de réchauffer le climat et de libérer les eaux des glaces en hiver. Le Nord-Est de la grande île est ouvert aux influences venues de la Scandinavie et de la zone baltique. Le Sud-Est, situé juste en face de la frontière linguistique entre langues romanes et langues germaniques, reçoit les influences venues d'Europe centrale par le Rhin et celles venues du Midi méditerranéen et hispanique. Géologiquement, les Iles Britanniques ont été formées par des terrains ayant glissés le long d'un axe nord-ouest. Politiquement, le Royaume-Uni s'est formé à partir du promontoire du Kent, situé dans le Sud-Est. Historiquement, la communauté britannique est passée d'une dépendance européenne, due au poids du Sud-Est, à une maîtrise du large, affranchie de l'Europe, qui a permis le peuplement britannique de l'Amérique du Nord. Terminus de beaucoup d'invasions venues d'Europe, les Iles Britanniques ont été le tremplin du peuplement multi-ethnique de l'Amérique du Nord. Les Iles Britanniques sont donc à la fois la pointe terminale du Vieux Monde et l'amorce du Nouveau Monde. L'addition de ces deux qualités a donné à l'Angleterre du XIXè siècle un maximum de puissance. Dans sa conclusion, Mackinder écrit que cette position dominante ne sera pas éternelle car de nouvelles puissances sont en train de s'organiser sur de vastes étendues continentales, dotées d'immenses ressources. Pour conserver une position honorable, l'Angleterre doit organiser méthodiquement son empire, de façon à bénéficier d'autant de ressources que les puissances continentales montantes et permettre à ses dominions de disposer d'une flotte, de façon à ce qu'elles puissent, de concert, damer le pion des challengeurs (allemands et russes).
Le pivot géographique de l'histoire (The Geographical Pivot of History) 1904
Article paru dans le Geographical Journal en 1904, ce texte capital contient toute la pensée géopolitique de Mackinder. Pour ce dernier, à l'aube du siècle, l'Europe vivait la fin de l'âge colombien, qui avait vu l'expansion européenne sur tout le globe, sans résistance sérieuse de la part des autres peuples. A cette ère d'expansion succèdera l'âge postcolombien, caractérisé par un monde désormais fermé dans lequel "chaque explosion de forces sociales, au lieu d'être dissipée dans un circuit périphérique d'espaces inconnus, marqués du chaos du barbarisme, se répercutera avec violence depuis les coins les plus reculés du globe, si bien que les éléments les plus faibles au sein des organismes politiques du monde seront ébranlés en conséquence". Mackinder, en écrivant ces phrases prophétiques, demandait à ses lecteurs de se débarrasser de leur européocentrisme et de considérer que toute l'histoire européenne dépendait de l'histoire des immensités continentales asiatiques. La perspective historique de demain, écrivait-il, sera "eurasienne" et non plus confinée à la seule histoire des espaces carolingien et britannique.
Pour étayer son argumentation, Mackinder esquisse une géographie physique de la Russie, ce qui le conduit à constater que l'histoire russe est déterminée par deux types de végétation, la steppe et la forêt. Les Slaves ont élu domicile dans les forêts tandis que les peuples de cavaliers nomades règnaient sur les espaces déboisés des steppes centre-asiatiques. A cette mobilité des cavaliers, se déployant sur un axe est-ouest, s'ajoute une mobilité nord-sud, prenant pour pivots les fleuves de la Russie d'Europe. Ces fleuves ont été empruntés par les guerriers et les marchands scandinaves qui ont créé l'empire russe et donné leur nom au pays. La steppe centre-asiatique, zone de départ des mouvements des peuples-cavaliers, est la "Terre du Milieu", entourée de deux zones en "croissant": le croissant intérieur (inner crescent) qui la jouxte territorialement et le croissant extérieur (outer crescent), constitué d'îles de diverses grandeurs. Ces "croissants" sont caractérisés par une forte densité de population, au contraire de la Terre du Milieu. L'Inde, la Chine, le Japon et l'Europe sont des parties du croissant intérieur qui, à certains moments de l'histoire, subissent la pression des nomades cavaliers venus des steppes de la Terre du Milieu. Telle a été la dynamique de l'histoire eurasienne à l'ère pré-colombienne et partiellement aussi à l'ère colombienne où les Russes ont progressé en Asie Centrale.
Cette dynamique perd de sa vigueur au moment où les peuples européens se dotent d'une mobilité navale, inaugurant ainsi la période proprement "colombienne". Les terres des peuples insulaires comme les Anglais et les Japonais et celles des peuples des "nouvelles Europes" d'Amérique, d'Afrique australe et d'Australie deviennent des bastions de la puissance navale inaccessibles aux coups des cavaliers de la steppe. Deux mobilités vont dès lors s'affronter, mais pas immédiatement: en effet, au moment où l'Angleterre, sous les Tudor, amorce la conquête des océans, la Russie s'étend inexorablement en Sibérie. A cause des différences entre ces deux mouvements, un fossé idéologique et technologique va se creuser entre l'Est et l'Ouest, dit Mackinder. Il écrit: "C'est sans doute l'une des coïncidences les plus frappantes de l'histoire européenne que la double expansion continentale et maritime de cette Europe recoupe, en un certain sens, l'antique opposition entre Rome et la Grèce... Le Germain a été civilisé et christianisé par le Romain; le Slave l'a été principalement par le Grec. Le Romano-Germain, plus tard, s'est embarqué sur l'océan; le Greco-Slave, lui, a parcouru les steppes à cheval et a conquis le pays touranien. En conséquence, la puissance continentale moderne diffère de la puissance maritime non seulement sur le plan de ses idéaux mais aussi sur le plan matériel, celui des moyens de mobilité".
Pour Mackinder, l'histoire européenne est bel et bien un avatar du schisme entre l'Empire d'Occident et l'Empire d'Orient (an 395), répété en 1054 lors du Grand Schisme opposant Rome à Byzance. La dernière croisade fut menée contre Constantinople et non contre les Turcs. Quand ceux-ci s'emparent en 1453 de Constantinople, Moscou reprend le flambeau de la chrétienté orthodoxe. De là, l'anti-occidentalisme des Russes. Dès le XVIIième siècle, un certain Kridjanitch glorifie l'âme russe supérieure à l'âme corrompue des Occidentaux et rappelle avec beaucoup d'insistance que jamais la Russie n'a courbé le chef devant les aigles romaines. Plus tard, Mackinder dira que la Russie a choisi le communisme parce que ses réflexes religieux étaient collectifs, tandis que l'Ouest a opté pour le capitalisme parce que ses religions évoquent sans cesse le salut individuel.
Le chemin de fer accélerera le transport sur terre, écrit Mackinder, et permettra à la Russie, maîtresse de la Terre du Milieu sibérienne, de développer un empire industriel entièrement autonome, fermé au commerce des nations thalassocratiques. L'antagonisme Terre/Mer, héritier de l'antagonisme religieux et philosophique Rome/Byzance, risque alors de basculer en faveur de la terre, russe en l'occurrence.
Idéaux démocratiques et réalité (Democratic Ideals and Reality) 1919
Ouvrage de base de la géopolitique anglo-saxonne, Democratic Ideals and Reality part d'un constat: les guerres sont les cataractes du fleuve de l'histoire; elles sont le résultat, direct ou indirect, de la croissance inégale des nations. Cette croissance inégale est due à l'inégale distribution des terres fertiles et des atouts stratégiques entre les nations.
Face à cette inégalité incontournable, l'idéalisme démocratique connaît des tragédies successives: il retombe toujours, tarabusté, à pieds joints dans la réalité par l'impulsion de grands organisateurs (Napoléon après 1789, Bismarck après 1848). Dans ce constat, posé par Mackinder, on retrouve la marque de Hobbes: le Léviathan gère le réel en limitant le zèle libertaire, en refroidissant les espoirs extatiques d'aboutir à une liberté illimitée et définitive. Grâce au travail politique, au modelage de léviathans, la liberté s'ancre dans de "bonnes habitudes". C'est pourquoi la pensée des grands organisateurs est essentiellement stratégique tandis que celle des purs démocrates est éthique. Bismarck, que Mackinder, pourtant germanophobe, admire beaucoup, a été supérieur à Napoléon. Il a réussi son travail d'organisateur/unificateur en ne menant que de petites guerres périphériques contre le Danemark pour acquérir la position de Kiel et contre l'Autriche-Hongrie pour asseoir la prééminence de la Prusse dans le monde germanique. Bismarck a été plus psychologue que Napoléon: il n'a jamais accepté les annexions susceptibles de froisser l'ancien adversaire. Il a refusé d'annexer la Bohème après Sadowa et c'est à contre-coeur qu'il a dû accepter, sous la pression des militaires, la réincorporation de l'Alsace et de la Lorraine thioise dans le Reich. Bismarck se disait qu'il allait avoir besoin, plus tard, de l'alliance autrichienne et du concours de la France. Bismarck a réussi ainsi une politique d'équilibre inégalée, en fâchant la France contre l'Angleterre et celle-ci contre la Russie. Avec Bismarck, explique Mackinder, il n'y aurait pas eu 1914, ou la crise d'août 1914 n'aurait été qu'un orage passager.
Cette faculté d'organiser, d'harmoniser et d'équilibrer provient de la Kultur allemande, dont l'essence est stratégique, dynamique et dialectique. C'est une leçon que l'esprit allemand-prussien a retenu de la défaite d'Iéna : la belle mécanique du despotisme éclairé s'était effondrée devant le dynamisme révolutionnaire français. La France, pays d'artistes, est la terre de l'idéalisme (Mackinder donne au terme "idéalisme" le sens de "non réaliste"), qui offre l'enthousiasme mais non l'endurance. Fichte est le philosophe qui a su doser correctement idéalisme et organicisme, souci du détail et sens de l'organisation dans la pensée allemande et dans l'appareil prussien brisé par Napoléon. Pour répondre à la France et au militarisme bonapartiste, les Prussiens, galvanisés par les discours et la pensée de Fichte, ont repensé le service militaire universel, ont imposé l'éducation obligatoire pour tous et fusionné l'université avec l'état-major (ce est vrai pour la géographie puisque Carl Ritter enseignait à la fois à l'Université de Berlin et à l'Ecole de guerre).
En Prusse, cette collusion de l'université et de l'armée a permis d'élaborer une géographie pratique redoutable qui permettait aux diplomates, aux négociants et aux militaires de visualiser le monde et de voir en idée les axes possibles de développement économique ou les opportunités de manoeuvre qu'offre le terrain. C'est ainsi que la géographie prussienne a permit l'éclosion d'une intuition géostratégique très efficace et vu ce que rapporterait un renforcement des communications par air, fer et eau entre Berlin et Bagdad, Berlin et Hérat, Berlin et Pékin. Trois générations de Prussiens se sont essayées à ce Kriegspiel sur carte, crayon en main. C'est ce qui explique les succès de la politique commerciale allemande avant 1914.
Mackinder conclut: l'Allemagne produit une pensée qui pense la vie en détail; la Grande-Bretagne produit, elle, une pensée absorbée par le principe négatif du "laisser-vivre". C'est ce qui a conduit Guillaume II à dire: "1914 est une guerre entre deux visions du monde". L'utilisation du mot "vision" implique "voir de haut", comme le géographe regarde le monde et le met en cartes. C'est, dit Mackinder admiratif, une vision « d'organisateur ». Le conflit qui vient de se dérouler oppose l'idéaliste, qui refuse la stratégie et l'action dans un but précis, et l'organisateur, qui planifie puis observe et analyse le réel, comme l'architecte trace son ébauche et tient compte de la résistance des matériaux. Pour sauver la démocratie de mouture anglo-saxonne, il faut donc se donner une stratégie à la mode prussienne et devenir "organisateur".
Dans un second chapitre, Mackinder explique comment le marin voit le monde. Pour lui, la première réalité géographique, c'est l'unité de l'océan, fait que Mahan avait déjà mis en exergue. L'océan est aujourd'hui une unité connue et close comme le Nil était une unité connue et fermée pour les Egyptiens et comme la Méditerranée l'était pour les Romains. L'Italie s'est transformée au cours des Guerres Puniques en base navale. Elle a d'abord conquis le bassin occidental de la Méditerranée puis le bassin oriental. Dès l'achèvement de cette clôture, Rome est redevenue une puissance militaire essentiellement terrestre. L'objet de la Guerre des Gaules a été d'empêcher le rassemblement d'une flotte ennemie de Rome dans le Golfe de Gascogne, la Manche et la Mer du Nord, qui aurait pu pénétrer par Gibraltar dans le bassin occidental de la Méditerranée. La défaite navale des Veneti (côte sud de l'Armorique) et le débarquement de César en Grande-Bretagne sont les événements les plus saillants de cette campagne, aux yeux du marin contemporain. Sans s'attarder sur les tentatives de Carausius, des Saxons et du Vandale Genséric, Mackinder démontre que les Normands réalisent ce que César a empêché: ils ferment à leur profit la Mer du Nord, contrôlent la côte atlantique jusqu'au Cap Saint Vincent, pénètrent en Méditerranée occidentale et, plus tard, conquièrent la Sicile et Malte. Les Sarazins, nomades dont les instruments de mobilité sont le cheval et le chameau, s'emparent de la Sicile et de l'Espagne mais non des voies maritimes qui restent aux mains des Normands. La Méditerranée se transforme en douve, en barrière séparant deux mondes hostiles. Dans ce cadre naissent les cinq grands "royaumes" héritiers de Rome et de Charlemagne (Angleterre, Allemagne, France, Italie, Espagne). Mackinder regrette la décision romaine de ne pas avoir entrepris la conquête et la latinisation de la Germanie, auquel cas l'Europe aurait été unifiée, serait devenue une péninsule homogène ouverte sur le monde. La logique de l'histoire romaine a été de contenir les Germains au-delà de la ligne Rhin/Danube. Cette logique était méditerranéenne et non européenne.
L'Europe est un promontoire eurasien fermé au Nord (Arctique), à l'Est (steppe; à l'exception de la trouée mésopotamienne, route des caravanes, verrouillée par les Arabes puis les Turcs) et au Sud (désert saharien) mais ouvert à l'Ouest (Atlantique). Les Portugais ont été les pionniers du renouveau européen: ils ont contourné les Arabes par le Cap et ont surgi dans leurs dos, dans l'Océan Indien. Ils inauguraient de la sorte l'ère de la domination du marin européen sur les "continentaux" africains et asiatiques. Le rôle de l'Angleterre, seule base navale européenne isolée et sans ennemis immédiats à ses frontières, a été de participer à l'aventure à la suite des Portugais, puis, à partir de Trafalgar, d'envelopper la péninsule ibérique comme l'avaient fait les Normands et de contrôler les deux bassins de la Méditerranée pour maîtriser la route des Indes dès l'ouverture du Canal de Suez. En bout de course, l'Angleterre ferme l'Océan Indien comme Rome avait fermé la Méditerranée: l'Inde, pièce centrale, y est devenue son Italie. La seule menace qui pesait sur cet Océan Indien, devenu mer britannique, était l'installation d'une base navale non britannique au fond du Golfe Persique, relié au coeur de l'Europe par chemin de fer et par voie fluviale (Danube). Si Trafalgar a donné à l'Angleterre la faculté d'être ubiquitaire, de débarquer des troupes partout, la clef de sa puissance réside dans la division de l'ex-oekoumène latin/carolingien entre plusieurs puissances antagonistes. La capacité navale d'envelopper toute la péninsule gallo-hispanique a donné la victoire aux Franco-Britanniques en 1918. Mais les Etats-Unis, depuis la guerre de 1898 qui les a opposés à l'Espagne dans les Caraïbes et le Pacifique, sont en train de devenir une puissance maritime égale sinon supérieure à l'Angleterre, vu l'inaccessibilité de leurs bases navales métropolitaines, situées dans le Nouveau Monde panaméricain transformé en île. Mais si l'Allemagne avait vaincu, elle aurait transformé, grâce à son alliance avec les Ottomans et le retournement des Russes, l'Eurasie/Afrique en une île gigantesque, que Mackinder appelle la World Island. Cette île aurait de surcroît été organisée par un réseau interne de chemin de fer, accentuant à l'extrême la mobilité sur terre. Les Etats-Unis croient qu'ils lieront leur sort à l'Europe au sein d'un grand Occident mais ne voient pas que l'Europe est indissolublement liée à l'Afrique et à l'Asie.
Dans un troisième chapitre, Mackinder explique comment l'homme de la terre voit le monde. La conscience de l'unité territoriale eurasienne, écrit notre géographe, est arrivée après la conscience de l'unité océanique. En Angleterre et aux Etats-Unis, poursuit-il, on pense toujours en termes de côtes et on n'a qu'une vague idée de ce qu'il y a derrière ces côtes. On ne perçoit pas le mouvement d'unité eurasien. Il faut donc cesser de penser le continent en dehors de lui, mais commencer à le penser en dedans de lui. Le grand continent eurasien/africain se compose de six régions naturelles:
1) l'Europe (avec le Maghreb non saharien et l'actuelle Turquie) avec une population de marins et de paysans;
2) le Heartland sibérien, avec sa côte arctique inaccessible, territoire des nomades cavaliers;
3) le Rimland des moussons (sub-continent indien, Indochine, Chine, Mandchourie, Corée, Kamtchatka, Malaisie), également avec une population de marins et de paysans;
4) la zone vide du Sahara;
5) la péninsule arabique (avec l'Egypte à l'Est du Nil, le Sinaï et la Mésopotamie), avec ses nomades cavaliers et chameliers;
6) le Heartland méridional, soit toute l'Afrique au Sud du Sahara, peuplée d'éleveurs nomades sans chevaux ni chameaux. Cette énorme masse continentale est animée par une dialectique nomadisme/sédentarité, où les conquérants mobiles, chameliers arabiques et cavaliers persiques et hunniques conquièrent les terres des sédentaires paysans (Mésopotamie). Le chemin de fer va organiser les zones occupées par ces nomades, tant en Sibérie qu'en Arabie. L'Eurasie pourra devenir une si elle s'organise à partir du Heartland et englobe tout de suite la Baltique et la Mer Noire, soit par une alliance germano-russe (dans laquelle basculeront très vite la Suède et la Turquie), soit par une conquête bolchevique. La "Terre du Milieu" disposera alors de masses humaines suffisantes pour vivre en totale autarcie et pour fermer le Grand Continent aux influences et au commerce britanniques et américains.
Dans un quatrième chapitre, Mackinder traite de la rivalité entre les empires. Le fait saillant des dernières décennies a été l'avance des cosaques sur tout le territoire du heartland (de la Terre du Milieu), avance renforcée par l'extension du réseau des chemins de fer en Asie centrale. Devant cette lente unification de la masse continentale eurasiatique, l'Europe est divisée en un Ouest et un Est, fondamentalement opposés de part et d'autre d'une ligne Hambourg/Trieste, ce qui place Berlin et Vienne à l'Est. C'est l'opposition entre le conservatisme organisateur, concrétisé par la ligue des trois empereurs de Bismarck, et l'idéalisme démocratique. La Rhénanie, qui est occidentalisée et a opté pour un droit basé sur le Code Napoléon, est devenue le glacis avancé de l'Est en Europe de l'Ouest. Bismarck, de surcroît, a réussi à diviser entre eux les peuples latins, en déviant les énergies de la France vers le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, que convoitaient l'Espagne et l'Italie. Cet enferrement de la France en Méditerranée occidentale l'éloigne du Rhin, laissant le champ libre aux Allemands et aux Russes dans le reste de l'Europe. A l'Est de la ligne Hambourg/Trieste, Bismarck doit jouer l'arbitre entre les volontés divergentes de la Russie et de l'Autriche-Hongrie. L'Occident français et britannique doit empêcher la Russie de franchir les Dardannelles, comme pendant la guerre de Crimée, de débouler au Proche-Orient (en Syrie et en Mésopotamie) et de menacer ainsi les positions britanniques en Egypte (Suez) et dans le Golfe Persique (Koweit).
Dans un dernier chapitre, Mackinder tire le bilan de la guerre mondiale. Pourquoi Guillaume II a-t-il envahi la France? Pour deux motifs:
1) pour occuper l'éventuelle tête de pont britannique et américaine en Europe;
2) pour gérer, les mains libres, l'accroissement démographique allemand en pleine croissance et le dévier vers l'Est russe et ottoman, où il y avait encore des marchés, des débouchés et des terres arables.
Mais l'Allemagne a été contrainte de pratiquer une double politique, vu son écartèlement entre l'Est et l'Ouest. Hambourg, port atlantique, est un défi à l'Angleterre et ouvre à l'Allemagne des possibilités à l'Ouest, en direction de l'Afrique et de l'Amérique latine. Pour Mackinder, Guillaume II aurait dû choisir ou l'Est ou l'Ouest, entre Hambourg et les colonies, d'une part, et Bagdad et la Russie, d'autre part. L'indécision allemande a donné la victoire à la Grande-Bretagne mais cette victoire ne tient qu'à un fil, surtout depuis les accords germano-bolcheviks de Brest-Litovsk. D'où, afin de pouvoir gagner du temps pour consolider l'Empire britannique, il faut séparer l'Allemagne de la Russie par un "cordon sanitaire", politique que suivra à la lettre Lord Curzon.
Robert Steuckers
Écrit par SG (Webmaster) dans > Textes de réflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : MACKINDER, géopolitique, heartland, rimland |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
dimanche, 03 septembre 2006
Des conséquences géopolitiques à prévoir du désastre écologique (Aymeric Chauprade)

Dans l'analyse géopolitique, les conflits entre communautés humaines (qu'elles soient étatiques ou non), sont essentiellement expliqués par deux types de facteurs : les facteurs conservatifs (sortes de constantes de l'histoire en somme), et les facteurs de changement. La géographie physique considérée à travers ses situations (enclavement, insularité...), sa topologie (nature du relief), ou la distribution de ses ressources essentielles (eau, pétrole...), est en intéraction avec la géographie identitaire (disposition des clans, des ethnies et des nations par rapport à la disposition des Etats; fractures linguistiques, religieuses...). Le progrès des sciences et des techniques contribue, quant à lui, à modifier la nature de l'intéraction entre ces deux géographies et fonde ainsi les inégalités de puissance. En usant de ses moyens techniques, l'homme modifie les écosystèmes; il provoque ou accélère les dynamiques de transformation de la géographie physique, localement par des dégradations ponctuelles, globalement par les effets de la modernité sur les grands cycles de l'hydrogène de notre planète (cycle de l'eau et cycle sédimentaire, cycles de l'hydrogène, du carbone, de l'oxygène, de l'azote, du phosphore et du soufre).
Nous nous attacherons premièrement à montrer qu'il existe deux faits géopolitiques principaux, le recul des forêts (déforestation) et la centralité énergétique du pétrole, qui, parce qu'ils constituent l'essentiel de la consommation d'énergie fossile, donc de l'aggravation de l'effet de serre naturel, donc un possible changement climatique de la planète, forment bien un risque écologique global; deuxièmement, que ce changement climatique global, résultant de rejets de la consommation d'énérgie fossile et de la déforestation, pourrait demain engendrer à son tour de nouveaux conflits géopolitiques. Il y aurait, en quelque sorte, une spirale infernale de la relation géopolitique / écologie, certains enjeux géopolitiques génèrant du risque écologique, ce dernier augmentant à son tour les risques géopolitiques.
La construction géopolitique intérieure de plusieurs Etats du monde est indissociable du recul des forêts (1) qu'elle engendre. Certes, le phénomène de déforestation sous l'action de l'homme est ancien: il date du Paléolithique, période durant laquelle se répand l'usage du feu. Plus tard, Platon s'inquiète du dépouillement forestier de la Grèce antique. Puis les Romains, s'inscrivant (notamment) en cela dans la continuité des Phéniciens et des Grecs, s'attaquent largement aux arbres du pourtour méditerranéen, comme les Vénitiens qui usent sans limite du bois pour servir leur expansion maritime. Entre le début du Xè siècle et la fin du XIXè siècle, la couverture sylvestre de l'Europe occidentale passe de 90 % à moins de 20 % (2). Aujourd'hui, le Vieux Monde est dépouillé: ses peuples s'inquiètent que ceux d'Afrique, d'Asie, d'Amérique fassent à leur tour disparaître les forêts restantes, pour la plupart tropicales. Car, contrairement à une idée reçue, l'agriculture locale et sa culture sur brûlis (et non les multinationales du bois) est le premier facteur de recul des forêts: 70% de la déforestation en Afrique, 50% en Asie, 35% en Amérique. La deuxième cause est l'utilisation locale du bois comme énergie de chauffage: bois dans les campagne, charbon de bois dans les villes. Sachant que le passage du bois au charbon de bois consomme la moitié de la capacité énergétique initial, cela implique que, pour un même besoin de chauffage,le citadin consomme deux fois plus de bois que le rural. Or, dans le Tiers-Monde, les villes ne cesse de grossir au détriment de la population des campagnes. Dans les PVD où se trouve l'essentiel des forêts tropicales, le bois est donc, (exactement comme il l'était dans l'Europe du Moyen Age) un élément fondamentale de l'économie (3). Résultat : au rythme de la consommation actuelle, il n'y aura plus de forêts tropicales dans cent ans (4).
La déforestation massive des forêts tropicales résulte de la construction géopolitique intérieure de certains Etats récents: Indonésie, Malaisie et Philippines en Asie, Brésil en Amérique.
En Indonésie, la Transmigration (5), phénomène de déversement démographique de grande ampleur du centre politique (Java et Bali) sur ses périphéries implique la mise en valeur agricole des grandes îles forestières indonésiennes. Entre 1970 et 1990, environ six millions de Javanais et Balinais ont "transmigré" vers Bornéo, Sumatra, les Célèbes, l'Irian Jaya, partie indonésienne (occidentale) de l'île de Nouvelle-Guinée (20% de la superficie de l'Indonésie pour seulement 1% de la population totale) qui n'était peuplée originellement que de Papous et qui a vu sa population tripler sous le flux javanais.
Le résultat de cette dynamique géopolitique du centre vers la périphérie, est un recul massif de la forêt indonésienne (6).
En Malaisie, le phénomène est comparable à celui de l'Indonésie: pendant longtemps le pouvoir central affronta les rebelles chinois qui, réfugiés dans les forêts profondes de la péninsule, s'en prenaient aux plantations périphériques.Là encore, l'Etat avança par le biais de fronts pionniers qui firent reculer les guérillas forestières. Quant aux Philippines, elles ont perdu plus de 90% de leur forêt originelle depuis le début des années 1950 et importent désormais du bois. Les rébellions islamistes continuent de défier le pouvoir de Manille à partir de leurs bases forestières et défraient régulièrement l'actualité internationale par des prises d'otages.
En Amazonie brésilienne, le mouvemnt de prise de contrôle par l'Etat sur son territoire est organisé depuis les années 1970 par l'Institut de la colonisation et de la réforme agraire : plusieurs millions de brésiliens ont ouvert des fronts pionniers, faisant reculer la forêt amazonienne au rythme de 1 à 3 millions d'ha par an (c'est le rythme le plus soutenu dans le monde).
Par nature, la forêt est un espace gégraphique peu accessible au contrôle politique, une zone-refuge de toutes les rébellions (comme l'est aussi la montagne). Son recul accompagne la déconcentration démographique des zones denses en population et la construction de routes désenclavant les territoires périphérique.
La construction géopolitique intérieure "par déforestation" entraîne le plus souvent la disparition des ethnies forestières inclues dans les frontières de l'Etat mais exclues du pouvoir étatique : Pygmées en Afrique, Indiens en Amazonie, Papous de Nouvelle-Guinée occidentale (7). L'écocide (la destruction plus ou moins rapide des écosystèmes) revient en fait à l'ethnocide.
Jusqu'en 1992, année du Sommet de Rio sur l'environnement, les révoltes des peuples forestiers restaient isolées, comme celle des Sereingueros de Chico Mendes au Brésil. Depuis, s'est formée, à Penang (Malaisie) une Alliance des peuples indigènes et tribaux des forêts tropicales. Ce type de mouvement transnational peut être interprété comme une forme de ligue contestataire des dynamiques géopolitiques intérieures des Etats tropicaux en voie de déforestation; son émergence sur la scène des relations internationales se fait à la faveur d'une prise de conscience générale du thème écologique. Le risque écologique accouche donc d'un nouvel acteur géopolitique, de type transnational, qui conteste l'affirmation du centre étatique. Mais le centre étatique le lui rend bien, qui sait lui aussi exploiter le thème écologique pour justifier des épurations dirigées : ainsi, à force de protester contre le gouvernement indonésien, les "écologistes mondiaux" ont-ils déclenché de violentes actions orchestrées par Jakarta contre la "Transmigration spontanée" (celle qui accompagne la Transmigration officielle sans être contrôlée par celle-ci). Au-delà de l'alibi écologique dissimule souvent au Brésil, comme dans les Etats forestiers d'Asie-Pacifique, ou en Afrique, un interventionnisme étatique sur la question foncière.
Mais les forêts tropicales, si précieuses aux grands équilibres de la biosphère, ne font pas seulement l'objet de stratégies d'aménagement du territoire et d'affermissement du contrôle étatique sur le territoire. Souvent propriétés de l'Etat, elles sont un enjeu considérable pour les clans installés à la tête du pouvoir qui n'hésitent pas à les vendre par pan entier à des compagnies privées d'exploitation, et redistribuent les sols dégagés à leurs clientèles politiques.
Les groupes armés qui s'opposent au pouvoir central sont tout aussi responsables de la déforestation. Au même titre que la drogue, le bois de notre planète est un carburant de la guerre. En Birmanie, dans une région montagneuse située près du Tibet et d'où descend le grand fleuve birman, l'Irriwady, la Kachin Independance Army qui s'oppose aux troupes de Rangoon et contrôle plus de 40 000 km2 (soit 75 % de la superficie administrative de l'Etat kachin et le tiers de sa population), accélère dangereusement le déboisement du haut bassin de l'Irriwady en vendant de grandes quantités de bois à son alliée, la Chine. La déforestation birmane risque de dérégler (sécheresse, inondations) le cours d'un fleuve qui baigne les plaines birmanes et le delta situés en aval et dint dépend toute la construction géopolitique de l'Etat birman.
De manière analogue aux Kachins, les Khmers rouges ont financé (en partie) leur guérilla par la trafic de bois entre le Cambodge et la Thaïlande.
Sur le continent africain, le même phénomène est observé. Les milieux du bois du Liberia sont impliqués dans le trafic d'armes avec le Sierra Leone où se déroule l'une des pires guerres de décomposition étatique. La réalité du problème écologique n'exclut pas sa récupération à des fins géopolitiques : les intérêts américains, via des organisations non gouvernementales anglo-saxonnes, récupèrent habilement la situation pour discréditer Charles Taylor, président du Libéria. En 2000, après un rapport de Global Witness, les Etats-Unis et le Grande-Bretagne réclament un embargo sur le bois libérien aux Nations unies. Nouvel exemple de Realpolitik déguisée sous le masque de l'écologisme international, et d'autant plus efficace que la disparition de la moitié de la forêt libérienne originelle est un fait incontestable...
La déforestation humaine, qu'elle résulte des dynamismes géopolitiques internes d'Etats ou, au contraire d'oppositions périphériques aux centres étatiques, constitue un risque écologique à effet global pour notre planète. Certes, le phénomène de déforestation n'est pas totalement humain. Depuis 1997, les incendies sont la cause première de la déforestation en Asie et en Amérique latine : 2 millions d'hectares de forêts détruits en 1998 au Brésil; quasiment la même surface en Indonésie l'année précédente; durant les vingt dernières années, la moitié des forêts indonésiennes ont brûlé, soit 20 millions d'hectares. En apparence rien d'humain dans tout cela, sauf s'il était démontré un jour que le développement des incendies dans le monde tropical résulte de troubles climatiques occasionnés par l'activité humaine dans le monde. Où l'on voit encore que tout est lié...
La déforestation a des conséquences sur le cycle de l'eau. Rappelons que le transfert de l'eau vers l'atmosphère s'opère suivant deux dynamiques : l'évaporation de l'eau des océans (surtout), des lacs et des continents, et la transpiration des végétaux. Dans ces conditions, la réduction massive des forêts modifie le rythme de l'évapo-transpiration; tous les grands équilibres sont alors modifiés (8). L'un des effets, outre la baisse de l'absorption du dioxyde de carbone (dans la photosynthèse des plantes et des arbres) est d'augmenter le ruissellement des eaux de pluies à la surface des continents et de provoquer alors des inondations. Comme l'écrit Stephan H. Schneider, "le contrôle des inondations est l'un des services de l'écosystème assuré gratuitement par les forêts (9)". Ainsi, la déforstation fruit de logiques géopolitiques locales constitue-t-elle l'un des plus grave défi global pour notre planète. Mais elle ne saurait assumer toute la responsabilité, car elle partage son rang de "haut fait géopolitique à effet écologique grave" avec un autre acteur des relations internationales.
Le pétrole est un enjeu géopolitique mondial. L'hyperpuissance militaire permet à Washington le contrôle des principales sources d'approvisionnement mondial de ce précieux combustible, et leur exploitation par des sociétés américaines. Le pétrole est l'un des fondements de l'existence même de certains Etats de l'OPEP, comme l'Arabie Saoudite. Les Etats-Unis et les monarchies pétrolières du Golfe ont pour intérêt stratégique le maintien du pétrole dans son rang de source dominante d'énergie; le positionnement géopolitique des autres Etats dépend largement des solutions pétrolières qui s'offrent à eux : la dépendance du Japon ou de pays de l'Union européenne implique une bonne relation avec les Etats-Unis; la volonté d'indépendance de la Chine vis-à-vis de Washington conditionne la recherche de solutions pétrolières alternatives au monopole saoudo-américain, comme celles de la mer Caspienne (10); l'exception stratégico-pétrolière de l'Irak ne peut être acceptée par l'ordre de pétrolier américan-saoudien; Moscou a intérêt à la valorisation de ses ressources pétrolières (et plus encore gazières) dans sa relation avec les Etats-Unis et l'Union européenne (l'Allemagne tout particulièrement).
Participant à la hiérarchisation en puissance des Etats, le pétrole s'imposera donc encore longtemps comme source énergétique principale. Quant au charbon (mais le charbon, c'est d'abord le bois, et nous revenons à la déforestation...), il conserve également un avenir à moyen-terme : aux Etats-Unis, il représente 80 % des réserves en combustible fossile, tandis que 70 % de l'électricité est produite par des centrales au charbon.
Dans ce contexte, le monde est encore loin de la seule véritable solution énergétique "propre" et capable de répondre aux besoins énergétiques mondiaux : le nucléaire civil, illustré par la solution à la française. En France, si la part du nucléaire dans la production d'électricité n'était que de 3 % en 1970, elle est aujourd'hui de 75 %. La réduction des émissions de dioxyde de soufre et de poussières constatées dans notre pays durant ces dernières années trouve son explication dans ce choix énergétique, à propos duquel Bernard Wiesenfeld a pu parler "d'atome écologique (11)". C'est ce que confirme Stephane H. Schneider lorsqu'il écrit: "L'énergie en soi n'est pas le problème fondamental du réchauffement global; le problème fondamental, ce sont les émissions de carbone. Si la biomasse, solaire ou nucléaire, était la principale source d'énergie, la quantité de carbone émise par unité d'énergie serait très inférieure à ce qu'elle est lorsque l'on utilise le charbon, le pétrole, ou les combustibles de synthèse à base de carbone qui fournissent l'essentiel de l'énergie nécessaire à la société. En attendant, on peut utiliser le gaz naturel puisqu'il est beaucoup moins polluant que les autres combustibles fossiles (12)".
La question de l'énergie nucléaire est bien une question géopoplitique, et ce, à double titre : d'abord parce qu'elle remettrait en question la donne en puissance du monde, augmentant l'indépendance de nombreux pays européens à l'égard des Etats-Unis; ensuite parce que le nucléaire civil n'est pas exclusif du nucléaire militaire : si la technique nucléaire était généralisée à la planète, c'en serait finit de la suprématie du club des puissances nucléaires. Le nucléaire militaire se banaliserait, ce qui serait peut-être aussi un moyen de bannir définitivement les "armes du pauvre", chimiques et bactériologiques.
L'humanité vit une époque climatique stable de 10 000 ans à l'intérieur de l'ère quaternaire. La question soulevée par de nombreux scientifiques aujourd'hui est de savoir si l'accélération de l'activité humaine, depuis la Révolution industriell, et plus encore ces dernières décennies, n'a pas déséquilibré cette stabilité climatique. Les hommes ont, en effet, extrait et libéré des combustibles fossiles sur une durée très inférieure à celle qu'avait pris la formation de ces mêmes combustibles. Le gaz carbonique a augmenté de 20 à 30 % dans l'air au cours des cent cinquante dernières années (13). Une augmentation de 100 % n'est plus à exclure autour de 2050. Le taux d'un autre gaz à effet de serre, le méthane a lui augmenté de 150 % depuis la Révolution industrielle.
Si l'effet de serre naturel a permis la coévolution du climat et de la vie, ce qui est en cause aujourd'hui est la gravité éventuelle de l'augmentation anthropique de l'effet de serre naturel. Comprenons bien que ce ne sont pas les chiffres des quantités de gaz à effet de serrre se trouvant dans l'air qui effraient la communauté scientifique, mais la variation relative de taux de ces gaz sur un temps infime à l'échelle des cycles de la Terre; car cette variation courte et intense, inédite dans l'histoire de notre planète, est susceptible d'affoler les cycles fondamentaux (14).
Le pronostic fait par une majorité de scientifiques (pas tous cependant) (15) est que le peuplement, au cours du XXIè s., du taux de gaz carbonique (ou d'un équivalent type méthane pouvant aussi piéger la chaleur) prévu par les projections démographiques et économiques, devrait provoquer un réchauffement moyen allant de 1° C à 5° C d'ici à 2100. Le minimum de cette projection signifie un réchauffement de 1° C sur cent ans soit dix fois plus rapide que le taux moyen de changement de température de la Terre depuis la fin de la dernière période glacière jusqu'à l'actuelle période interglaciaire. La fourchette haute (5° C) signifie un changement climatique cinquante fois plus rapide que les conditions durables naturelles moyennes. Nombreuses seraient alors les espèces animales capables de s'adapter incapables de s'adapter en si peu de temps, et qui disparaîtraient ou migreraient, déréglant dans le même temps les chaînes alimentaires. Quant à l'humanité, dont plus de la moitié reste tributaire par son mode de vie local des conditions géographiques locales, elle serait aussi largement déstabilisée.
De nombreuses hypothèses sont avancées, parfois contradictoires, sur les effets possibles d'un forçage climatique provoqué par l'augmentation abrupte de l'effet de serre. On souligne par exemple la nouveauté du phénomène El Nino (surnommé l'enfant car il arrive, tel Jésus, autour de Noël), un récent changement de l'organisation des vents, responsable de plusieurs dérèglements climatiques, comme des pluies torrentielles et des inondations sévères au Pérou, et d'une sécheresse extrème en Australie et en Nouvelle-Guinée provoquant des incendies de grande ampleur.
L'objectif de cet article n'est évidemment pas de discuter de la validité scientifique d'hypothèses multiples en la matière et encore souvent très contradictoires (contrairement à la présentation courante des médias) mais de dessiner les conséquences géopolitiques qui pourraient résulter de certains scénarii climatiques proposés.
Dans l'histoire de l'humanité, la variation du niveau des mers a eu, au moins à un moment, une conséquence géopolitique considérable : il y a quelques dix mille ans, la dernière glaciation entraîna un abaissement du niveau des mers de 120 mètres qui permit aux populations d'Asie de passer en Amérique par le détroit de Béring. Au dernier optimum climatique de notre ère interglaciaire, en revanche, les deltas étaient inondés par la remonté marine consécutive à la fonte des glaces. En Chine, le delta du Yang-Tsé était envahi par les eaux, comme l'était le territoire de l'actuel Bangla-Desh, les îles Maldives et les atolls du Pacifique.
D'ici 2100, une étude de l'Agence de protection de l'environnement envisage une remontée du niveau de la mer de 50 cm, la cause étant une fonte de la calotte glaciaire provoquée par le réchauffement climatique attendu. Or, comme l'écrit J. Maurits de la Rivière, "pour les Etats du monde entier, la côte, donc la façade maritime, est le siègle d'une importante activité. Plus de la moitié de l'humanité vit le long des côtes, des deltas, des estuaires et des embouchures (16)". Qu'adviendra-il alors de la masse démographique du Bangla-Desh qui, pour éviter la submersion pousserait sur l'Inde? (17). Au-delà de ce seul exemple, le recul de l'ensemble des populations côtières ne serait pas sans conséquences majeure sur l'équilibre géopolitique intérieur des Etats fragilisés par des oppositions identitaires.
La variation du niveau de la mer pourrait aussi entraîner une reconfiguration des distributions de souveraineté, des zones économiques exclusives nées du droit maritime récent. Rappelons qu'un simple atoll, récif, ou rocher émergeant à fleur de peau, a son importance stratégique parce qu'il donne à l'Etat qui le possède une zone économique exclusive (18). C'est ainsi que des contentieux autour de la possession de rochers opposent la Grande-Bretagne et les Féroé (récif de Rockall en mer de Norvège), ou bien encore Bahreïn et Qatar.
C'est sans doute l'Antarctique, continent polaire de 14 millions de km2 (l'équivalent du domaine maritime mondial de la France) et recouvert quasi complètement par une calotte glacière de 2 000 mètres d'épaisseur moyenne, que l'enjeu serait de taille, puisque les revendications d'une douzaine d'Etats dont la France, la Grande-Bretagne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Argentine, le Chili... restent à ce jour "gelées" par le Traité de Washington entré en vigueur en 1961. Le cas de l'Arctique pourrait aussi se poser : à ce jour, si la Russie et le Canada considèrent que la banquise est une terre ferme qu'il convient de partager en secteurs de souveraineté, les Etats-Unis estiment eux qu'il s'agit d'un océan libre de circulation maritime et y font croiser leurs sous-marins.
Outre la montée du niveau des mers, une autre hypothèse évoquée par certains climatologues est un dérèglement du système des moussons. Or, qu'adviendrait-il si le climat se déréglait dans cette Asie des moussons qui compte plus de 2 milliards d'hommes? Que deviendraient ces sociétés à forte démographie et à forte densité, chinoise, vietnamienne ou cambogienne que l'on a pu qualifier d'hydraulique tant leur développement fut lié à la maîtrise et à l'organisation politique des ressources en eau, et à la culture intensive (riziculture inondée)? Que la mousson soit retardée, qu'elle soit trop brève, et la catastrophe alimentaire est là, déstabilisant les équilibres géopolitiques intra et interétatiques de la région.
Nombreux sont encore les Etats du monde dont l'équilibre géopolitique interne est précaire (quand ils ne sont pas déjà plongés dans la guerre civile). Même si l'on est aujourd'hui loin de la théorie des climats de Montesquieu, par trop mono déterministe, force est de reconnaître que pour les 2/3 de l'humanité, l'équilibre alimentaire reste lié au climat alors même que l'équilibre politique dépend pour partie de l'équilibre alimentaire.
Enfin, comment ne pas rappeler que les facteurs objectifs de l'analyse géopolitique sont aussi des instruments subjectifs de l'action géopolitique, c'est-à-dire les moyens de forger des représentations géopolitiques pour défendre des intérêts? Pas plus que le religieux ou l'économique, le thème de l'écologie n'échappe-t-il à l'instrumentalisation à des fins de Realpolitik. Ainsi, l'écologie est-elle par exemple devenue, dans le domaine satellitaire, un "faux-nez", pratique car moral, derrière lequel se cache l'observation stratégique des zones sensibles des pays du Sud. Le programme Pathfinder développé à partir de 1992 (année du Sommet de la Terre à Rio) par la NASA et l'Agence américaine de protection de l'environnement et s'intégrant dans le projet "Carbone mondiale" explore les recoins des forêts tropicales d'Asie du Sud-Est, d'Afrique centrale et d'Amérique du Sud, à l'aide des images Landstat : il symbolise à lui seul cette interpénétration récente du risque écologique et des intérêts géopolitiques. La géopolitique doit savoir aussi derrière les lignes de l'idéologie écologique qui tend aujourd'hui à s'imposer dans un contexte de réelles menaces écologiques pour notre planète. Cette idéologie par essence transnationaliste se montre clairement ennemie des souverainetés étatiques; au-delà de la simple défense des écosystèmes elle vise à imposer une conception nouvelle des relations internationales dans laquelle les Etats perdent leur primauté.
Pour conclure, il est nécessaire de souligner que nous avons souvent raisonné à démographie constante, faisant de la statique géoplitique plutôt que dans la cinématique. Or l'ensemble des phénomènes décrits, dans leurs causes comme dans leurs effets, seront aggravés par l'accroissement mondial de la population humaine. Plus la démographie s'accroît, plus il y a de monde qui consomme de l'énergie, pollue, massacre les forêts, et plus l'effet de serre augmente. Plus nombreux seront alors ceux qui auront à subir les effets des changements climatiques éventuels.
![]()
Aymeric CHAUPRADE
In Revue Française de Géopolitique n°2 : Géopolitique de l'énergie
Editions Ellipses, 2004.
-------------------------------------------------
NOTES :
1. Définition de la déforestation : "suppression complète des forêts existantes et leur remplacement par d'autres formes d'utilisation au sol", Mari Palo, Jyrki Salmi, Deforestation and Development in the Third World, Helsinki, Finnish Forest Research Institute, 1987, p. 55.
2. G.-W. Woodewell, "Le problème du gaz carbonique", Pour la Science, 1978, n°5, p. 18.
3. Marie-Claude Smouts.
4. La déforestation le plus rapide est en Asie-Pacifique. En Afrique, la déforestation quoique soutenue est plus lente. Congo-Zaïre : sur une superficie étatique de 235 millions d'hectares, la forêt représente 170 millions. Chaque année cet Etat perd 500 000 ha de forêts dont 350 000 pour le défrichement agricole, 180 000 pour le bois de feu et 6 000 pour l'industrie.
5. Mouvement initié par le colonisateur hollandais qui avait déplacé plus de 200 000 personnes du centre vers les périphéries.
6. A titre d'exemple : dans le Sud de Sumatra, la couverture forestière est passée de près de 70 % du sol à moins de 20 %.
7. Lamy, p. 218.
8. Le transfert de l'eau vers l'atmosphère résulte donc de l'évapotranspiration; la condensation et la formation de gouttelettes provoquent ensuite le retour de l'eau sous forme de précipitations. Celles-ci entraînent le transport de matériaux des continents vers les mers : le cycle sédimentaire est induit par le cycle de l'eau. Il comprend l'érosion, le transport des éléments nutritifs, la formation de sédiments. Enfin, le cycle de l'eau et cycle sédimentaire sont inséparables de 6 autres cycles importants : hydrogène, carbone, oxygène, azote, phosphore et soufre, les 6 macro-éléments nutritifs constituant à eux seuls plus de 95 % tous les organismes vivants.
9. Stephan H. Schneider, La Terre menacée.
10. Mais par un hasard malheureux pour Pékin et hjeureux pour Washington, l'intervention américaine en Afghanistan, à la suite des attentas du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, a bloqué la route de l'Asie centrale à la Chine. Celle-ci voit ses projections vers la région caspienne et, plus loin, vers l'Union européenne, largement handicapées.
11. Bernard Wiesenfeld, L'atome écologique, EDP Sciences, 1998.
12. Stephan H. Schneider.
13. Le gaz carbonique est présent à l'état de trace dans l'atmosphère (0.035 % de l'air) ce qui représente environ 750 milliards de tonnes de carbone dans l'atmosphère. Il transmet l'essentiel de l'énergie rayonné par le Soleil mais absorbe une fraction beaucoup plus importante de la radiation infrarouge, celle qui est irradiée par la Terre et tente de repartir vers l'espace. En cela même, le gaz carbonique est un gaz à effet de serre.
14. En physique, l'idée de forçage d'un système non linéaire. Affolé par une variation brusque, le système "casse" ou fait preuve d'un comportement inattendu.
15. Il faut bien comprendre que la paramètres des cycles fondamentaux et de l'équilibre climatique qui en résulte sont très nombreux. Les "forceurs climatiques" ne se résument pas à l'effet de serre. Les variations de l'axe de rotation de la Terre, la dérive des continents, voire des variations de l'intensité solaire inhérentes au soleil lui-même, sont des paramètres extrêmement importants vis-à-vis desquels l'homme n'a aucune "culpabilité écologique" à avoir.
16. J. Maurits la Rivière, "L'eau en péril", Pour la Science, spécial "Gérer la planète" n° 145, nov. 1989, p. 56-64.
17. Le Bangla-Desh accuse l'Inde de le noyer sous le débit du Brahmapoutre et au contraire de tarir le débit du Gange. Voir A. Chauprade, Géopolitique, Constantes et changements dans l'histoire, Ellipses, 2001, p579-580.
18. L'exploitation des ressources maritimes et des fonds marins sur un rayon de 300 milles marins est accordée à L'Etat voisin ou l'Etat lointain qui s'est implanté le premier sur le rocher.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Textes de réflexion, GÉOPOLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecologie, géopolitique, déforestation |
|
|
Facebook | |
Imprimer |




































































