lundi, 23 mai 2011
Témoignage : la bataille de Brunete (Espagne 1937)
Les témoignages de la guerre civile du côté franquiste, en langue française, sont rarissimes. Voici, écrite directement en français, une excellente chose vue : la résistance de troupes nationalistes clairsemées à la puissante offensive républicaine lancée pour dégager Madrid, autour de Brunete (ouest de la capitale), en juillet 1937. Une offensive dans laquelle les Brigades internationales, qui en étaient le fer de lance, virent périr leur élite. Les républicains, ramenés après une brève percée tout près de leurs positions de départ, perdirent 25.000 hommes et 100 avions, contre respectivement la moitié et le quart pour les franquistes. Comme Fabrice à Waterloo dans la Chartreuse de Parme, le jeune alférez (sous-lieutenant) Marcelo Goya y Delrue, de père espagnol et de mère française, et venu de Paris s'engager dans l'armée nationaliste, se voit d'abord happé par le tourbillon incompréhensible de la bataille. Voici son témoignage typique, tel que paru en 1964 dans son livre Combattre pour Madrid (Éditions de la Pensée moderne).
Dans la soirée du lundi 5 juillet le calme fut troublé par de fréquents vrombissements d'avions quelque part vers le Nord. De fortes escadrilles traversaient notre ciel, mais ne sachant à quoi attribuer ces déplacements insolites, nous pensâmes que les Rouges envoyaient des renforts dans la région de Santander et nous n'y attachâmes pas autrement d'importance.
Un peu avant 5 heures, un épouvantable concert
Toutefois, le lendemain, nous fûmes réveillés, un peu avant cinq heures, par un épouvantable concert de coups de feu en provenance de l'ouest : des canons de tous calibres, des mortiers, des fusils et des grenades donnaient ensemble. Il n'y avait aucun doute : une attaque, une forte attaque était déclenchée, mais par qui ?
Au cantonnement, tous mes hommes regardaient en direction du couchant, vers Brunete.
— C'est une attaque rouge, me dit l'un des sergents, un certain Agudelo, jeune encore, mais courageux et tranquille.
— Tu crois ? Bon. Ne bougez pas d'ici, je vais aux nouvelles.
Et je pris le chemin du château. Inquiets, les habitants s'abordaient déjà dans les rues et se mêlaient aux soldats. Tous me suivaient des yeux, cherchant à deviner mes pensées sur mon visage. Au château, le capitaine et le lieutenant étaient fort perplexes. Nous montâmes au donjon. Nous n'eûmes pas besoin de jumelles pour apercevoir, à 5 ou 6 kilomètres, un chapelet de panaches de fumée au-dessus d'une ligne partant en retrait de Sevilla la Nueva, gagnant Brunete, puis s'infléchissant derrière Boadilla del Monte en direction de Villafranca del Castillo. De toute évidence, les Rouges attaquaient, et attaquaient en force.
Le capitaine et moi nous nous rendîmes alors à la Commandance. Il y régnait le plus beau désordre que l'on pût imaginer: des officiers entraient et sortaient sans paraître savoir où ils allaient. Nous pénétrâmes dans la maison sans que personne nous demandât quoi que ce fût et, dans un bureau où nous entrâmes au hasard, nous découvrîmes un colonel et plusieurs officiers occupés à consulter fébrilement une carte de la région.
Dans la soirée du lundi 5 juillet le calme fut troublé par de fréquents vrombissements d'avions quelque part vers le Nord. De fortes escadrilles traversaient notre ciel, mais ne sachant à quoi attribuer ces déplacements insolites, nous pensâmes que les Rouges envoyaient des renforts dans la région de Santander et nous n'y attachâmes pas autrement d'importance.
Écrit par SG (Webmaster) dans > 2ème Guerre Mondiale, > Europe, > Guerre civile, GUERRES (Typologies) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bataille de brunete, franquistes, phalangistes, brigades internationales, rouges |
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