lundi, 09 avril 2012

Soldat irrégulier : exemple espagnol

La guérilla espagnole contre l'armée napoléonienne sous l'éclairage de Carl Schmitt

Hussard.jpgC’est dans le contexte des guerres napoléoniennes, et plus précisément à l’occasion de la guerre de résistance espagnole contre l’occupation française, entre 1808 et 1813, que va émerger pour le juriste politique allemand Carl Schmitt (1888-1985) la figure conceptuelle du "partisan" moderne, à savoir d’un "soldat irrégulier" pensé en tant que tel ; à cette occasion, pour la première fois, un cadre juridico-politique explicite lui est conféré. Ce qui ne sera pas sans conséquences quant au droit de la guerre classique qui avait prévalu jusque-là.

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mardi, 21 juin 2011

La guérilla espagnole dans la guerre contre les armées napoléoniennes (2/2)

Sur la composition socio-professionnelle des guerrilleros, l’on ne dispose jusqu’à présent que de l’ébauche d’étude de Nicolas Horta Rodríguez (39), mais des avancées importantes sont attendues aussi bien du côté de la prochaine publication de Ronald Fraser (40), que des recherches en cours de Charles Esdaile et Leonor Hernández Enviz, visant à la constitution d’une vaste base de données incluant la totalité des guerrilleros pour lesquels on détient au moins un témoignage documentaire.
 

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Comme le soulignait l’ambassadeur de France à Madrid, les problèmes de communication à l’intérieur du territoire espagnol ou avec la France se posent dès 1808. Les attaques contre tous les types de messagers avaient commencé avant même le Dos de Mayo ; il est bien connu que l’Empecinado initia son activité contre les impériaux en avril 1808 comme caza-correos (chasse-courrier) ; en février de cette même année, la guérilla interceptait une lettre à Guadalajara (41). Couper ou rendre difficiles les communications postales, mais aussi le passage des personnes et des marchandises d’un lieu à l’autre de l’Espagne, fut, dès le début de la résistance anti-napoléonienne, une des tâches prioritaires confiées à la guérilla. Les Prevenciones, texte diffusé par la Junte de Séville le 6 juin 1808, donnent des instructions aux provinces sur les moyens de défense à utiliser contre l’invasion française, et précisent déjà très clairement qu’il conviendra d’entreprendre : 

"una guerra de partidas, de embarazos de consumir los Exército enemigos por falta de víveres, de cortar Puentes, hacer cortaduras y demas en los puntos que convenga, y otros medios semejantes. Convida á ello la situacion de España, sus muchos montes y desfiladeros, que ofrecen estos, sus Rios y Arroyos, la colocacion misma de las Provincias para hacer esta guerra con felicidad." (42)

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dimanche, 28 mai 2006

La Reconquista

medium_reconquista.gifEntreprise de récupération par les chrétiens de la Péninsule ibérique conquise par les musulmans entre 711 et 720, la reconquista est d'abord une "idée" mobilisatrice et légitimatrice. Formulée bien avant le mot par les chroniques asturiennes de la fin du IXè siècle, elle est reprise et développée par toutes les chroniques et histoires générales postérieures.

Le mythe d'une "Espagne confiée par Dieu aux Espagnols, perdue à cause de leurs péchés à l'époque des Wisigoths et qui serait un jour restaurée par eux", conditionne fortement l'expansion chrétienne à laquelle il confère ses caractères spécifiques. La guerre contre les musulmans est toujours présentée comme une mission divine et un devoir historique imposés à tous et plus particulièrement aux souverains. Son objectif n'est jamais de chasser et d'éliminer les musulmans, mais de restaurer le pouvoir politique des chrétiens sur tous les habitants de la Péninsule. L'idée que toute la terre appartenait à leurs ancêtres implique que pour les chrétiens l'Hispania constitue leur héritage, qu'ils doivent entièrement récupérer. Elle donne à la frontière son caractère de front provisoire dont la stabilisation ne peut être qu'un arrêt momentané.

La reconquête est aussi une réalité militaire qui connaît plusieurs phases. De 711 à 1031, le rapport de forces est écrasant en faveur de l'islam. Dans les zones montagneuses du Nord et de l'Est de la Péninsule les chrétiens luttent pour leur survie et progressent difficilement jusqu'au Duero, profitant des divisions des musulmans. La colonisation spontanée et anarchique est encouragée et stimulée par les autorités des "Etats" qui émergent et s'affirment avec l'expansion: royaumes d'Iviedo, puis de Léon, et de Pampelune, comtés de la Marche d'Espagne et de Castille.

Entre 1031 et 1266, la guerre entre chrétiens et musulmans s'intensifie et change de nature. Côté chrétien, l'essor démographique, la supériorité militaire de la cavalerie lourde, le zèle religieux et la soif de butin des combattants, le développement d'une classe qui acquiert les privilèges de la noblesse par le métier des armes, l'intervention en nombre croissant de chevaliers "français", et côté musulman, les rivalités entre les royaumes issus de la dislocation du califat, constituent autant de facteurs qui expliquent l'expansion inéxorables des armées chrétiennes dans la Péninsule. Cette progression est seulement retardée et compromise momentanément par des conflits endémiques entre souverains chrétiens et deux contre-offensives de troupes maghrébines. Les interventions de croisés "français" modifient le caractère de la lutte en ajoutant la haine religieuse à la soif de butin et d'exploits chevaleresques. Face à la Croisade, à laquelle la guerre en Espagne est assimilée par la papauté en 1102, les mouvements maghrébins des Almoravides, puis des Almohades prêchent le djihâd. L'affrontement entre chrétiens et musulmans se transforme en guerre religieuse entre islam et chrétienté.

0c753b3d6dc8bd895a3f7eb3ad3f4ae7.jpgLa reconquête chrétienne progresse considérablement, mais par à-coups avec des spectaculaires avancées, suivies de coups d'arrêt brutaux et de reculs temporaires. Au milieu du XIè siècle, profitant de l'implosion du califat en une vingtaine de royaumes de taïfas, les chrétiens font une percée du Duero à Tolède, conquise par Alphonse VI en 1085. Leur expansion est bloquée par la contre-offensive des Almoravides qui écrasent l'armée chrétienne à Zallâqa en 1086 et refont l'unité d'al-Andalus. Les chrétiens reprennent l'initiative dans la première moitié du XIIè siècle, quand l'empire almoravide se fractionne en une deuxième génération de taïfas; elle est marquée surtout par la conquête, d'une part, de la fertile vallée de l'Ebre par Alphonse Ier le Batailleur qui reprend Saragosse en 1118 et, d'autre part, du bas Tage par Alphonse Enriquez du Portugal.

Les Almohades proclament la guerre sainte, écrasent à Alarcos, en 1195, l'armée d'Alphonse VIII et réunifient al-Andalus. La victoire éclatante des chrétiens "espagnols", unis et mobilisés dans une croisade, à Las Navas de Tolosa en 1212, brise définitivement l'offensive musulmane. Jacques Ier d'Aragon conquiert les Baléares entre 1229 et 1235 et le royaume de Valence en 1238. Ferdinand III prend Cordoue en 1236, Séville en 1248 et Cadiz en 1263. Le royaume de Murcie passe sous protectorat castillan en 1243. Alphonse III du Portugal achève la conquête de l'Algarve en 1242. En 1266, la formidable avancée chrétienne n'a laissé subsiter que l'émirat de Grenade qui ne tombe qu'en 1492.

Par sa durée, des années 720 à 1492, et ses conséquences, la Reconquista constitue un évènement majeur de l'histoire hispanique au Moyen Age, à un moindre degré en Catalogne. Elle a limité la féodalisation et conforté le pouvoir royal auquel l'Eglise est soumise. Elle a aussi permis, soutenu et orienté l'expansion économique en procurant l'or et l'argent et en ouvrant de vastes espaces aux déplacements des troupeaux. Elle a provoqué une hiérarchisation de la société en fonction de critères militaires. Elle a renforcé la puissance de la noblesse qui a imposé ses valeurs et imprimé aux sociétés ibériques une mobilité exceptionnelle, un dynamisme inhabituel, un style de vie particulier et une mentalité différente en orientant l'esprit d'entreprise vers la conquête. Elle a renforcé l'importance des villes et fait de l'Espagnol un conquistador. La Reconquête ne pouvait finir avec la prise de Grenade et l'expulsion des non-chrétiens. Elle trouva son prolongement au Nouveau Monde.

 

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Denis MENJOT

in Dictionnaire du Moyen Age

 

 

 

Pour de plus amples informations sur la Reconquista, vous pouvez vous reporter sur l'ouvrage de Marie-Claude GERBET : L'Espagne au Moyen Age (VIIIè - XVè siècle), édité en 1992 chez Armand Colin, ISBN 2-200-21141-4. Nous ne savons pas si cet ouvrage universitaire a été réédité.

Vous pouvez également consulter l'ouvrage sorti en format poche de Bartolomé Bennassar : Histoire des Espagnols du VIè au XVIIIè siècle, édité chez Perrin, collection Tempus.

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