jeudi, 27 janvier 2011

L'interprétation schmittienne de Clausewitz

Chez Carl Schmitt (1), la référence implicite ou explicite à Carl von Clausewitz se retrouve tout au long des écrits qu’il consacre à l’armée, au politique et à la guerre, de 1916 à 1971. Mais ce n’est qu’en 1967 qu’il publie un article spécifique sur l’auteur du Vom Kriege : “Clausewitz als politischer Denker” (“Clausewitz, penseur politique”) (2). C’est ce texte réédité en 1980 qu’on présentera. 

schmitt.pngDans cet article, Carl Schmitt interprète Clausewitz dans son contexte historique. Cette interprétation le conduit à associer le théoricien de la guerre nationale - l’officier Clausewitz- au théoricien du nationalisme - le philosophe Fichte. Les guerres napoléoniennes, la réforme militaire prussienne, la formation du nationalisme allemand : autant de thèmes liés à travers lesquels Schmitt confirme son attrait pour la “politologie de l’exception”. La façon dont il les traite confirme également son militantisme.

Loin d’être purement historique, ce voyage aux sources du nationalisme outre-Rhin permet au Kronjurist de la konservative Revolution (3) de participer indirectement au débat - lancinant depuis 1945 - sur l’identité allemande dans la République de Bonn. “L’Allemagne est Hamlet”, disait-il (4) à Julien Freund. Devant “l’indécision” d’une nation divisée, aliénée et culpabilisée (5), l’auteur du Begriff des Politischen - réédité en 1963 avec la Theorie des Partisanen (6) - et du Clausewitz als politischer Denker en appelle à une prise de conscience politique. Qu’auraient dû faire les Allemands contre Napoléon ? Qui était l’ennemi réel de la Prusse ? La France ou la Russie ? Voilà les questions qui traversent l’article de 1967. En les posant, il n’est guère pensable que le contempteur du système “Weimar-Genève-Versailles” (7) puis, par analogie, du système “Bonn-Nuremberg-Potsdam” n’ait pas songé à d’autres questions, similaires mais contemporaines : que doivent faire les Allemands dans la situation qui est la leur ? L’hostis est-il à l’Ouest ou à l’Est ? Comme 150 ans plus tôt, la solution ne peut être que la résistance nationale : dans une situation d’impuissance politique, au moins la résistance intellectuelle. Du Nomos de la Terre (8) à la Théorie du partisan, tel est le message implicite. Le théoricien de la relation ami-ennemi fut un représentant du nationalisme allemand - “nationalisme de conquête” (9) ou “de libération” (10), selon la conjoncture. Mais ce n’est qu’en 1967 qu’il procède à la généalogie de ce nationalisme : Clausewitz et Fichte en sont, dit-il, les deux figures inaugurales. Alors que la Prusse a été rayée de la carte et que le nationalisme a été banni de la RFA, notre juriste parle de la “gloire de la Prusse”, qu’il associe à la “protestation allemande”. Mais son argumentation - où résonnent les maîtres mots de la konservative Revolution, résistance et protestation- ne s’en tient pas à l’éloge des vertus conservatrices, nationales ou martiales attachées à l’ancien État militaire prussien. Dans la décennie 1960, le juriste contre-révolutionnaire va sur le terrain de la révolution, qui lui est familier depuis la décennie 1920 (11). D’après lui, c’est en effet dans le Berlin des années 1808 à 1813 - capitale du Reich devenue l’épicentre de la guerre froide - qu’a été pensé le Partisan.

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vendredi, 16 novembre 2007

L'évolution des formes de guerre (1/2)

0ea20cf03ba318751051119c6da8b4c6.jpgToutes les menaces ne débouchent pas forcément sur des affrontements armés. Et les affrontements armés, à l'extérieur, ne sont pas forcément les nôtres. Pourtant, si vous ne vous intéressez pas à la crise, la crise risque fort de s'intéresser à vous. Si nous nous contentons d'observer la guerre depuis notre balcon, la crise, devant la porte, franchira vite son seuil. Pour éviter que la fournaise nous atteigne, il n'est d'autre solution que d'aller à son contact pour la contenir d'abord, la réduire ensuite puis tenter d'éradiquer enfin les racines de violence.

Il faut donc s'intéresser à la conflictualité, la comprendre : pour que les projets politiques l'intervention soient adaptés aux nouveaux contextes ; pour que les armées soient capables de réaliser leurs missions au service de ce projet politique.

    Il faut donc comprendre l'évolution des formes de guerre. Ce n'est pas si simple. Les structures étatiques, les grilles d'analyse, les appareils militaires restent aujourd'hui très largement héritiers de la guerre froide. En l'absence de preuve formelle de leur péremption, les conceptions qui les sous-tendent conservent une vertu rassurante. L'adaptation de nos visions, de nos systèmes militaires est fortement contrainte par la tyrannie de l'existant. Et pourtant, sans que beaucoup s'en aperçoivent, les formes de guerre ont fondamentalement changé, comme l'exemple récent du Liban le démontre une fois de plus de manière éclatante. C'est ce que je vais chercher à vous montrer en quelques idées.

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    L'évolution des formes de guerre (partie 2/2)

    ffda05aa05f324dfc2f8173f6f584d98.jpgD. TRANSFORMATION DU SOLDAT

    En premier lieu, observons que le métier de soldat n'a de sens qu'au service d'une société dans laquelle il est plongé, qu'il doit comprendre et connaître et dont il doit être compris et connu. 

    Trois notions paraissent ici essentielles dans notre monde : la sécurité, l'importance du droit et l'information.

    Sans toujours vouloir en mettre le prix, la société française est avide d'une sécurité croissante, individuelle et collective. L'aire des conflits asymétriques élargit les menaces possibles qui, en ne demeurant plus circonscrites aux seules forces militaires sur un théâtre d'opérations, accentuent les vulnérabilités de notre société. Dans le même temps, les risques naturels, technologiques ou sanitaires sont jugés inacceptables. Aussi, concitoyens et dirigeants attendent de plus en plus des forces armées qu'elles s'engagent au service de la sécurité sur le territoire national : sécurité civile ou générale avec le concours ou la participation de moyens militaires.

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