dimanche, 19 juin 2011

Sparte, l'Etat militaire

Lorsque Platon conçut son Utopie, il s'inspira des institutions réelles d'une communauté hellénique, L'Etat-cité de Sparte qui était la plus grande des grandes puissances de son temps. Si l'on examine les origines du système lacédémonien, on constate que les Spartiates se trouvèrent acculés à la nécessité d'accomplir leur tour de force et de se doter, en vue de cette tâche, de leur "institution originale" parce qu'à une époque antérieure, ils avaient une orientation particulière : les Spartiates, en effet, s'étaient séparés à un certain moment de leur histoire de l'ensemble des Etats-cités helléniques.

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Les Spartiates eurent une réaction toute particulière au danger commun qui menaça toutes les communautés helléniques au VIIIè siècle av. J.-C., lorsque, du fait du cours immédiatement antérieur du développement social, les rendements de surfaces cultivées dans la Grèce péninsulaire et dans l'Archipel, patries de la Société hellénique, se mirent à diminuer, tandis que la population de l'Hellade se multipliait rapidement. La solution "normale" trouvée à ce problème commun de la vie hellénique du VIIIè siècle consista en une nouvelle extension de la surface cultivable totale possédée par les Grecs grâce à la découvete et à la conquête de nouveaux territoires outre-mer. Dans la galaxie des nouvelles cités helléniques qui virent le jour à la suite de ce mouvement général d'expansion outre-mer, il y en avait une, Tarente, qui se réclamait d'une origine spartiate mais, même si cette prétention était conforme au fait historique, son cas fut unique. Tarente fut la seule cité hellénique d'outre-mer qui ait prétendu être une colonie de Sparte, et cette tradition tarentine ne fait que confirmer le fait que dans l'ensemble les Spartiates ont cherché à résoudre à leur manière, et non, comme les autres, par la colonisation d'outre-mer, le problème démographique commun à toutes les cités helléniques du VIIIè siècle.

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dimanche, 08 mai 2011

Sous le feu : réflexions sur le comportement au combat, par le lieutenant-colonel Michel GOYA

La peur règne sur le champ de bataille. Cette peur est commune et même nécessaire pour mobiliser les ressources nécessaires à la survie. Elle présente cependant des visages divers qui créent une structure psychologique se superposant à la structure classique de commandement. La connaissance de cet état de fait permet de développer des méthodes tactiques s’efforçant d’utiliser au mieux les ressources de l'homme et de prendre l’ascendant sur celles de l’adversaire.

dimanche, 25 avril 2010

Bravoure

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jeudi, 21 janvier 2010

LEGIO PATRIA NOSTRA : British army reject earns France's highest military honour

A soldier who joined the French Foreign Legion after he was rejected by the British army on medical grounds is in line to be received into the Légion d'honneur for his bravery.

rowe.jpgAlex Rowe, from Gloucestershire, was turned away by British recruiters as a teenager because he had a detached retina but, determined to follow a military career he signed up for the Légion étrangère ,which accepts troops from any country.

Now 43, Rowe has served in the Gulf, the former Yugoslavia and has just returned from Afghanistan, where he earned his award after fierce fighting against the Taliban.

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lundi, 13 octobre 2008

La lutte anti-guérilla du futur se prépare à Mourmelon, à 5.600 km de Kaboul

Drones, blindés high tech, jumelles infra-rouges, mortiers de précision ou "internet sécurisé du champ de bataille" : industriels et armée de terre ont "joué" pendant une dizaine de jours les scénarios de la lutte anti-guérilla du futur sur le camp de Mourmelon.

Un monde et 5.600 km séparent les longues plaines de la Marne, choisies par Napoléon III pour abriter l'un des plus vastes camps militaires de France, et les vallées afghanes.

L'exercice Phoenix 2008, conduit du 1er au 10 octobre, visait cependant à mesurer l'impact des nouvelles technologies sur la protection et la force de frappe des troupes engagées "au contact" de l'ennemi dans des opérations contre-insurrectionnelles.

"Les scénarios de reconnaissance offensive, de réduction d'une résistance isolée, de sécurisation d'un village ou des troupes, que nous avons joués ici sont typiques de ce que rencontrent les soldats en Afghanistan", expliquait jeudi Patrick Curlier, un spécialiste de Sagem Défense Sécurité.

Pour le "pilote" industriel de Phoenix 2008 (associé à MBDA, EADS, Nexter, Thales, Panhard, Renault Trucks et Bohemia Interactive), il y a un "lien évident entre cet exercice et l'embuscade tendue par les talibans le 18 août" à l'est de Kaboul, qui a coûté la vie à dix soldats français.

Phoenix 2008 visait à tester la mise en réseau des "capteurs" et des armes du champ de bataille, essentielle pour recueillir et traiter rapidement les "renseignements" recueillis sur le terrain et réduire les temps de réaction.

De la lunette d'un fusil d'assaut au poste de tir d'un missile en passant par les GPS ou les caméras embarquées des drones ou des blindés, tous sont désormais susceptibles de renvoyer photos, vidéos ou positions géographiques au commandement.

Dans les PC opérationnels, ce flot d'images et de données prend des airs de jeu vidéo grandeur nature. Les écrans plats affichent la position des éléments amis et ennemis sur des cartes d'état-major numérisées ainsi que les images "live" du terrain, façon CNN.

Comptes-rendus, ordres et demandes de renforts sont pianotés sur les claviers d'ordinateur portables ou les écrans tactiles d'assistants personnels "durcis". Ils s'échangent à la manière de SMS ou de mails.

Ce flot d'informations exige cependant des réseaux de communication toujours plus puissants ainsi qu'une hiérarchisation rigoureuse afin de ne pas submerger les opérateurs, du général au fantassin.

Si certains de ces développements sont encore futuristes, d'autres sont dès à présent déployés sur le terrain. Parallèlement à Phoenix 2008, la 6ème Brigade légère blindée conduisait à Mourmelon un exercice dit de "Numérisation de l'espace de bataille (NEB)".

Quelque 3.000 hommes et plus de 600 véhicules dont 250 "numérisés" ont été mobilisés pour cet exercice de grande ampleur.

Mais certaines unités sont d'ores et déjà opérationnelles.

Ainsi, lorsque quatre soldats français d'une section d'infanterie ont été blessés dans un accrochage avec les talibans le 28 septembre en Kapisa (est), les légionnaires du 1er régiment étranger de cavalerie (1er REC) appelés en renfort s'appuyaient sur des équipements numériques.

Disposant d'une vue précise de la situation sur les ordinateurs de bord de leurs blindés, la patrouille a ouvert le feu au canon de 105mm sur les positions des talibans, disposant les véhicules d'évacuation sanitaire hors de portée de leurs tirs.

"On ne pourrait plus s'en passer", assurait vendredi à Mourmelon le colonel Jérôme Dupont, patron du 1er REC.

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jeudi, 24 avril 2008

Chants patriotiques et militaires français

Volontaire
  

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mardi, 08 avril 2008

Opérations spéciales à Sadr City (Troupes US et irakiennes)

 

 
Cinq ans après la chute de Saddam Hussein, renversé par l'armée américaine, les factions chiites se déchirent autour du contrôle des revenus pétroliers.

Des grilles de fer et des gardes armés défendent l'accès au mausolée de l'imam Ali. Le dôme d'or du sanctuaire de Nadjaf, où est enterré le gendre du Prophète, est sous haute surveillance alors que la communauté chiite irakienne se déchire. Car le premier lieu saint du chiisme est aussi un puissant symbole temporel : celui du contrôle d'une communauté devenue la clef du pouvoir dans le nouvel Irak, premier État arabe moderne dominé par les chiites, grâce à l'invasion américaine. 

Les combats qui opposent le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki à l'Armée du Mahdi, la puissante milice de Moqtada al-Sadr, ont débuté il y a quinze jours à Bassora. Ils ont enflammé la plupart des villes du sud de l'Irak, jusqu'à Bagdad. Après un match nul sur le terrain, et un calme relatif, les combats ont repris ces deux derniers jours autour de Sadr City. Ce vaste faubourg chiite, collé à Bagdad, est assiégé par l'armée irakienne, soutenue par les Américains. Aux portes de ce bastion de l'Armée du Mahdi, plusieurs dizaines de combattants des deux camps et des civils sont morts dans des tirs de mortiers et d'armes automatiques dans le secteur de Jamila, un marché de gros situé à la lisière de Sadr City. 

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jeudi, 01 novembre 2007

Le choc des armes

032c46bd85929cf565434f7aebcd66a2.jpgLivre sacré des guerriers grecs, l'Iliade est le premier traité de chevalerie, en même temps que la plus profonde des introductions à l’esprit européen.

Il n'est pas difficile de se faire une idée de ce qu'était la guerre au temps d'Ulysse et d'Achille. Il suffit de se souvenir de la Chanson de Roland, du cycle arthurien et des sagas scandinaves. A quelques minces différences près, le même homme y est décrit, porté par les mêmes sentiments et les mêmes valeurs, pratiquant à grands coups d'épée le même mode de combat bruyant, héroïque et désordonné. Ici, nous sommes dans la jeunesse d'une époque féodale qui n'a rien de commun avec le combat rangé des phalanges hoplitiques de l'époque des cités-Etats.

Au VIIIe siècle de notre ère, le preux Roland semble la réplique exacte du divin Achille qui mourut dans la fleur de son âge, plus de vingt siècles avant lui, sur un autre site du monde européen. Si l'on compare les poèmes qui ont éternisé leurs noms, il est impossible de ne pas être saisi de leur étonnante parenté, comme si, à 2000 ans de distance, les deux épopées décrivaient sous une forme voisine le même homme, doté de la même intériorité. Nous savons aussi qu'ils se ressemblaient physiquement, venant d'une même souche. En dehors des particularités de l'intrigue et de la forme littéraire, le Franc et l'Achéen sont quasiment interchangeables. L'héroïsme tragique de Roland, n'ignorant rien de son destin, c'est celui d'Achille. Et les courses initiatiques de Lancelot et Perceval ne sont-elles pas celles d'Ulysse ? Chacun à sa façon décrit un type spécifique réapparaissant d'âge en âge, figures européennes primordiales de l'aventureuse chevalerie, dont les époques suivantes conservent la nostalgie.

Comme les anciens chevaliers francs dans l'Europe moderne et jusqu'à une époque toute récente, mais avec plus de force encore, les preux, les kouroï, dont Achille est le type achevé, restent pour les Hellènes de l’époque classique source d’inspiration et modèles éthiques. Pendant près d’un millénaire, jusqu'à l'extinction du monde qui l'a vue naître, l'Iliade sera le livre sacré de tous les Grecs, le fondement de leur éducation et d'une vision intérieure sans laquelle un peuple meurt. Cette influence perdurera même au-delà, puisque nos rois francs, qui connaissaient un peu l’Énéide, se voulaient descendants des Troyens à l'égal des Romains. Le roi de France Charles VIII se donnait Hector comme ancêtre. Il ne fut pas le dernier à sacrifier au mythe. Édifiant une ville nouvelle sur la mer Noire au XVIIIe siècle, Catherine la Grande lui donna le nom d'Odessa, qui est celui d’Ulysse en russe. Et l'impératrice Elizabeth d'Autriche, en 1891, choisit d’appeler Achilleion la villa néoclassique qu’elle se fit construire à Corfou.

Les parentés ne sont pas seulement celles de l'âme. Au temps de la guerre Troie, l'organisation politique, sociale et militaire des Grecs ressemble près à celle de la féodalité post-carolingienne. Les Achéens qui font le siège de Troie ne sont pas une armée sens moderne, mais un rassemblent de bandes autonomes, chacune suivant un chef renommé, en vue d'un raid de représailles et dans l'espoir d'un gros butin. Ils sont venus par mer à bord de légères et rapides galères birèmes, selon une méthode qui fera le succès des Vikings, une vingtaine de siècles plus tard. A la façon des jarls norvégiens ou des chevaliers francs de la première croisade, les seigneurs achéens pratiquent entre eux une farouche égalité. La position dominante d'Agamemnon, roi d'Argos et de Mycènes, tient seulement au fait qu'il commande le contingent le plus nombreux. Mais, avant toute décision, il doit consulter les autres seigneurs et rois, ses pairs, réunis en conseil. Et son conflit avec Achille pour la possession d'une belle captive, incident qui forme le nœud de l'intrigue, montre les limites de son pouvoir.

Avec ces Achéens du XIIIe ou du XIIe siècle avant notre ère, nous avons affaire à des féodaux sur le mode celte ou germanique, commandant chacun une suite de libres guerriers qui les reconnaissent pour chefs. Chacun de ces seigneurs et rois s'attache ses compagnons d'armes par des liens de vassalité personnelle. S'y ajoutent les liens du sang. Ils sont tous fils du même peuple, contrairement aux Troyens dont Homère dit qu'ils étaient des Pélasges, ces anciens habitants de l’Égée, et qu’ils parlaient entre eux des langues différentes. Pour toute affaire grave, les guerriers sont réunis en assemblée, exactement comme le feront les Francs et les chevaliers arthuriens. Bien que la royauté soit héréditaire et d'origine divine, chaque chef doit mériter son rang par sa prudence au conseil et sa vaillance au combat, ce qui est encore un trait celte ou germanique.

f6365fa10b8d5ed5e26425eaea7ecfcf.jpgCédant à l'exagération épique, l'Iliade et la Chanson de Roland décrivent d'immenses armées se faisant face. La réalité est différente. Les batailles les plus importantes de l'époque n'opposent que quelques centaines d'hommes, tout au plus quelques milliers.

Compagnon d'aventure de tous les peuples indo-européens, le cheval est présent dans le récit d'Homère, non comme monture, mais comme attelage. Il ne deviendra monture de guerre qu'à l'époque classique, avec une efficacité d'ailleurs toute relative. Il faudra attendre le VIIe siècle de notre ère pour qu’apparaissent les trois accessoires qui changeront la place du cheval dans la guerre. Le fer pour la protection du sabot, la selle et les étriers pour la stabilité du cavalier.

Les chefs arrivent au combat sur un char léger, tiré généralement par deux chevaux et conduit par un cocher. Eventuellement utilisé comme instrument de rupture contre quelques fantassins, le char est avant tout le moyen de transport prestigieux de l'aristocratie guerrière.

L'armement du guerrier est décrit avec un grand luxe de précisions par Homère. La protection du corps est assurée par une sorte de plastron et une dossière d'épais tissus empesés, cuirassés de plaques métalliques. Les jambes sont protégées par des grèves (cnémides) et les pieds munis de sandales. Le bouclier, de forme semi-cylindrique ou rond, est en cuir durci. Il est capable d'arrêter un javelot en pleine force, comme cela est rapporté plusieurs fois dans l'Iliade. Le casque, l'épée et les pointes de javelot sont en bronze, métal plus lourd, plus fragile, moins souple et moins tranchant que l'acier qui ne se généralisera qu'aux siècles suivants avec les Doriens. Au cours du combat qui oppose Pâris à Ménélas, ce dernier découvre les inconvénients de l'épée de bronze. Après avoir raté son antagoniste d'un coup de javelot, Ménélas tire l'épée à clous d'argent, la lève et l'abat sur le casque (de son adversaire), mais voici que, brisée en quatre morceaux, elle échappe à sa main... (Iliade, III, 360-363). Fou de rage, il saisit Pâris par son casque et, l'ayant terrassé, le traîne vers son camp, l'étranglant avec sa jugulaire. Comme Homère ne répugne pas aux scènes comiques, la jugulaire cède et Ménélas se retrouve avec un casque vide, Pâris ayant filé.

Trois principales batailles sont décrites par Homère. Elles se déroulent suivant un rituel immuable. Tout commence par des sacrifices aux dieux, après quoi les chefs arrivent sur leurs chars, majestueux. Avant le contact de l'ennemi, ils descendent et confient la garde des chevaux au cocher pour qu'il puisse les recueillir en cas de défaite ou de blessure.

Les deux troupes, maintenant, se font face dans la plaine. Deux héros sortent des rangs et s'interpellent, échangeant des invectives et des répliques bien senties. Puis ils se jettent l'un sur l'autre, lançant leurs javelots avant de tirer l'épée. C'est le signal de la mêlée générale, dans un grand désordre, avec force hurlements, et sans autre tactique que l'assaut individuel pour tuer le maximum d'adversaires, éventuellement en capturer, dans l'espoir d'une rançon. Hormis l'usage du cheval, le mode de combat de la chevalerie médiévale ne sera pas différent. Cela n'exclut pas la ruse, comme le montre l'épisode du cheval de Troie rapporté par Virgile. Mais écoutons Homère : "En flots pressés, s'ébranlent les bataillons argiens. Chaque chef exhorte sa troupe, les soldats avancent en silence... Une clameur immense monte de l'armée des Troyens (...). Ils se joignent enfin et commencent la lutte heurtant leurs écus, leurs lances, leur fureur d’hommes bardés de bronze. Les boucliers bombés l'un l'autre s'entrechoquent. Un grand tumulte monte. Gémissements et cris de triomphe se mêlent. Les uns frappant à mort, les autres mourant. Le sang ruisselle... Antiloque attaque un preux Troyen qui lutte au premier rang. II atteint le cimier de son casque, et lui perce le front. L'airain traverse l'os. L'ombre couvre ses yeux. Ainsi qu'un mur, il s'effondre. Sitôt qu'il est tombé, Eléphénor, chef des Abantes, le saisit par les pieds, cherchant à le tirer hors de la mêlée, voulant le dépouiller de ses armes. Mais Agénor, le voyant entraîner le cadavre, le frappe sur son flanc découvert, l'atteignant de sa lance à pointe d'airain. La vie alors le quitte, et sur son corps s'engage entre Argiens et Troyens une rude bataille. On croirait voir des loups : l'un sur l'autre ils se ruent. Chaque homme abat son homme... " - (Iliade, chant IV).

Il y a de l'ironie dans l'évocation de cet Eléphénor, un peu trop pressé de ramasser du butin. Se découvrant le flanc, il y perd la vie. Le public averti, qui avait déjà entendu cette histoire dix fois, devait s'écrier, comme les enfants devant Guignol : "Bien fait !".

En ce temps, la guerre n'est pas seulement source de puissance, elle est une sorte de chasse sacrée, la plus belle occupation des hommes dignes de ce nom, celle qui, précisément, distingue les vrais hommes. La perspective d'une fructueuse razzia ajoute au plaisir. Sans doute se bat-on pour gagner, mais d'abord pour se battre. D'où la préférence marquée pour les armes nobles, épée ou lance, et le mépris affiché pour l'arc ou la fronde, ressentis comme des armes de lâches, que prisent en revanche les Asiatiques et les Orientaux. Imitée en cela par les guerriers celtes ou francs, la chevalerie homérique déteste les armes de jet qui permettent à un fourbe gringalet de tuer à distance le plus valeureux guerrier. Homère ne dissimule pas son mépris pour l'archer Pâris, celui qui enleva la belle Hélène, décrit comme lâche, faible, efféminé. Grâce à son arc, ce pâle guerrier va blesser le puissant Diomède. Il parviendra même à tuer Achille, le plus grand des héros. Les mêmes raisons conduiront la chevalerie des XVe et XVIe siècles à condamner l'usage des nouvelles armes à feu qui menaçaient son existence. Avant de périr lui-même d'une arquebusade, le chevalier Bayard faisait mettre à mort tout porteur d'arquebuse. Nul souci "humanitaire" bien entendu dans cette répulsion. Pas plus que le poète de la Chanson de Roland, Homère ne dissimule rien de la fureur et de la cruauté des combats, ni des blessures décrites avec une précision presque médicale. Le courage est à ce prix.

A ceux qui ne s'en tiennent pas à la surface des choses, lire Homère introduit à l'esprit même de l'Europe. Un esprit qui, à trente siècles de distance, au lendemain des hécatombes de 14-18, revit par exemple dans Orages d'acier, cette Iliade moderne. Paroxysme de violence pendant le combat, déchaînement démoniaque de haine, mais une haine superficielle, circonscrite à l'instant, éphémère, née de la ruée d'un sang vif, jeune et violent. Une haine sans lendemain, ainsi que le montre Achille cédant aux prières du vieux Priam venu implorer la restitution de la dépouille d'Hector. Aucun jugement moral non plus sur l'ennemi. Les Troyens décrits par Homère sont aussi grands et nobles que les Anglais et les Français dans le récit de Jünger.
 
Dominique VENNER
Historien et Directeur de la NRH (Nouvelle Revue d'Histoire)


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vendredi, 18 mai 2007

Ernst Jünger : FEU

medium_Sturmtruppen.jpgBien qu'il fasse encore sombre, nos silhouettes se détachent nettement des parois crayeuses du boyau de liaison qui se glisse à travers la nuit comme un reptile blanc. Nous marchons en silence, précautionneusement, à la file indienne, tout un chacun captif du réseau de ses propres pensées. Dans une heure, notre bande projetée devant le corps de bataille se sera profondément enfoncée dans la position ennemie qui depuis si longtemps s'étire sous nos yeux, vaste et mystérieuse comme une côte étrangère et funeste.

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vendredi, 19 janvier 2007

TABERNA BELLI : l'échoppe guerrière de Theatrum Belli

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dimanche, 23 juillet 2006

Prophétie de Fedelm aux hommes d'Irlande à propos de Cuchulainn

 

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"Je vois un homme blanc qui fera de nombreux jeux,

avec une foule de blessures dans sa belle peau;

la lumière du héros est au sommet de sa tête;

une assemblée de triomphe est sur son front.

 

Ce sont les sept joyaux des héros de la valeur

au milieu de ses deux yeux;

c'est la mise à nu de ses pointes de lances;

Il a sur lui un manteau rouge avec des crochets.

 

Il a le plus noble visage,

il rend honneur aux femmes;

c'est un jeune garçon à la belle couleur;

il montre la forme d'un dragon au combat.

 

L'aspect de son courage ressemble

à celui de Cuchulainn de Murthemne,

mais ce que je sais,

c'est que cette armée-là sera rouge à cause de lui.

 

Les quatre petites épées d'un jeu brillant,

sont dans chacune de ses deux mains;

il viendra en jouer contre l'armée.

Dans une action spéciale chacune d'elles partira de lui.

 

Il utilisera son javelot-foudre

en plus de son épée et de sa lance.

L'homme enveloppé du manteau rouge

pose son pied sur chaque champ de bataille.

 

Ses deux épées au-dessus du char brillant,

il les séparera, le contorsionniste.

La forme sous laquelle il s'est jusqu'à présent montré à moi?

Je suis sûre qu'il va en changer.

 


Il a entrepris de se rendre au combat;

si l'on ne se garde pas de lui, ce sera la destruction.

Il vous cherche au combet,

Cuchulainn, fils de Sualtach.

 

Il abattra vos armées saines

jusqu'à vous conduire à votre massacre.

Vous lui laisserez toutes vos têtes.

La prophétesse Fedelm ne le cache pas.

 

Le sang dégouttera de la peau des héros;

le souvenir en restera longtemps.

Il y aura des corps hachés, des femmes pleureront

à cause du Chien du forgeron que je vois." 


 

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Anonyme 

In La Razzia des vaches de Cooley 

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