vendredi, 23 mars 2012
La vertu guerrière, par Clausewitz
La vertu guerrière est distincte du courage, bien que celui-ci en constitue une partie essentielle. On saurait encore moins la confondre avec l’enthousiasme pour la cause de la guerre.
Dans l’homme, en général, le courage est une qualité naturelle, un don de naissance ; chez le soldat, membre de l’armée, il peut, en outre, s’acquérir par l’exercice et par l’habitude. Dans ce dernier, d’ailleurs, le courage suit une direction très différente, et, perdant tout instinct d’allure libre et de dépense déréglée de forces, doit se soumettre aux exigences de la discipline, de l’ordre, du règlement et de la méthode.
Quant à l’enthousiasme pour la cause de la guerre, bien que ce ne soit nullement l’un des principes constitutifs de la vertu guerrière, il est incontestable qu’il en augmente considérablement le degré et la puissance effective, lorsqu’il anime les troupes d’une armée.
À quelque point de vue qu’on la considère, et alors même que, dans une nation, la totalité des citoyens en état de porter les armes seraient appelés à y prendre part, la guerre est et restera toujours une fonction spéciale, absolument distincte et séparée des autres fonctions de la vie sociale.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Textes anciens, > Valeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clausewitz, vertu guerrière |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
mercredi, 19 octobre 2011
Qu'est-ce que la guerre ?

Écrit par SG (Webmaster) dans > Concepts et définitions, GUERRES (Typologies) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : theatrum belli, guerre, john keegan, clausewitz |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
jeudi, 27 janvier 2011
L'interprétation schmittienne de Clausewitz
Chez Carl Schmitt (1), la référence implicite ou explicite à Carl von Clausewitz se retrouve tout au long des écrits qu’il consacre à l’armée, au politique et à la guerre, de 1916 à 1971. Mais ce n’est qu’en 1967 qu’il publie un article spécifique sur l’auteur du Vom Kriege : “Clausewitz als politischer Denker” (“Clausewitz, penseur politique”) (2). C’est ce texte réédité en 1980 qu’on présentera.
Dans cet article, Carl Schmitt interprète Clausewitz dans son contexte historique. Cette interprétation le conduit à associer le théoricien de la guerre nationale - l’officier Clausewitz- au théoricien du nationalisme - le philosophe Fichte. Les guerres napoléoniennes, la réforme militaire prussienne, la formation du nationalisme allemand : autant de thèmes liés à travers lesquels Schmitt confirme son attrait pour la “politologie de l’exception”. La façon dont il les traite confirme également son militantisme.
Loin d’être purement historique, ce voyage aux sources du nationalisme outre-Rhin permet au Kronjurist de la konservative Revolution (3) de participer indirectement au débat - lancinant depuis 1945 - sur l’identité allemande dans la République de Bonn. “L’Allemagne est Hamlet”, disait-il (4) à Julien Freund. Devant “l’indécision” d’une nation divisée, aliénée et culpabilisée (5), l’auteur du Begriff des Politischen - réédité en 1963 avec la Theorie des Partisanen (6) - et du Clausewitz als politischer Denker en appelle à une prise de conscience politique. Qu’auraient dû faire les Allemands contre Napoléon ? Qui était l’ennemi réel de la Prusse ? La France ou la Russie ? Voilà les questions qui traversent l’article de 1967. En les posant, il n’est guère pensable que le contempteur du système “Weimar-Genève-Versailles” (7) puis, par analogie, du système “Bonn-Nuremberg-Potsdam” n’ait pas songé à d’autres questions, similaires mais contemporaines : que doivent faire les Allemands dans la situation qui est la leur ? L’hostis est-il à l’Ouest ou à l’Est ? Comme 150 ans plus tôt, la solution ne peut être que la résistance nationale : dans une situation d’impuissance politique, au moins la résistance intellectuelle. Du Nomos de la Terre (8) à la Théorie du partisan, tel est le message implicite. Le théoricien de la relation ami-ennemi fut un représentant du nationalisme allemand - “nationalisme de conquête” (9) ou “de libération” (10), selon la conjoncture. Mais ce n’est qu’en 1967 qu’il procède à la généalogie de ce nationalisme : Clausewitz et Fichte en sont, dit-il, les deux figures inaugurales. Alors que la Prusse a été rayée de la carte et que le nationalisme a été banni de la RFA, notre juriste parle de la “gloire de la Prusse”, qu’il associe à la “protestation allemande”. Mais son argumentation - où résonnent les maîtres mots de la konservative Revolution, résistance et protestation- ne s’en tient pas à l’éloge des vertus conservatrices, nationales ou martiales attachées à l’ancien État militaire prussien. Dans la décennie 1960, le juriste contre-révolutionnaire va sur le terrain de la révolution, qui lui est familier depuis la décennie 1920 (11). D’après lui, c’est en effet dans le Berlin des années 1808 à 1813 - capitale du Reich devenue l’épicentre de la guerre froide - qu’a été pensé le Partisan.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Textes de réflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clausewitz, carl schmitt, ennemi, julien freund, révolution conservatrice, conflits, guerres, hostilités, partisan, fichte, prusse, prussien, nationalisme, révolution |
|
|
Facebook | |
Imprimer |
jeudi, 28 janvier 2010
Entretien avec le colonel Benoît Durieux, commandant du 2e REI
Comment un général prussien qui a combattu Napoléon, à l'époque où le nombre faisait la principale force des armées et où la bataille générale était la quintessence de la guerre entre Etats, peut-il encore inspirer les stratèges d'aujourd'hui, aux prises avec les guerres "asymétriques" et le terrorisme ?
De la guerre est une œuvre théorique d'une grande portée philosophique, riche et nourrissante. Des œuvres similaires sur l'art de la guerre sont rares ; il n'y a guère que celle de Sun Tzu, des siècles plus tôt. En outre, Clausewitz l'a écrite dans un contexte de changement historique : après les guerres très réglées, un peu compassées du XVIIIe siècle, viennent les guerres napoléoniennes, qui annoncent celles, totales, du XXe siècle, où l'on vise à anéantir l'ennemi. Il est bon de recourir à quelqu'un qui, pour comprendre un bouleversement, a dû élever son point de vue. Car un changement d'ampleur comparable est en cours. La guerre froide est terminée, les conflits entre Etats de plus en plus rares.
Aujourd'hui, Clausewitz est prépondérant dans la façon dont les Américains, qui dominent la pensée militaire mondiale, conçoivent leurs guerres. Ils se sont tournés vers lui en analysant leur défaite au Vietnam, notamment dans l'ouvrage du colonel Harry G. Summers, On Strategy. Par réaction à une façon de penser la guerre de façon très rationnelle, certains ont alors rappelé son caractère imprévisible. Des notions clausewitziennes telles que le "centre de gravité" (le point dur de l'ennemi, qu'il faut atteindre), la "friction" (l'aléa, la malchance), le "brouillard de la guerre" (l'incertitude) ont ainsi été réintroduites par les Américains, depuis les années 1970, dans la pensée stratégique. Ils ont interprété l'auteur d'une façon qui leur est propre. Il peut être utile aux Européens, s'ils veulent faire valoir leur propre point de vue sur l'action militaire, de revenir au texte original.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Armées | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : clausewitz |
|
|
Facebook | |
Imprimer |

































































