mardi, 08 août 2006

les Israéliens poussent chrétiens et musulmans à une guerre civile

medium_liban_8.jpg BEYROUTH, 5 août

RIA Novosti.

De nombreux Libanais sont convaincus qu'en dirigeant ses frappes aériennes contre des régions majoritairement chrétiennes, Israël souhaite déclencher une guerre civile dans le pays du Cèdre.

Après le début, il y a trois semaines et demie, de l'agression israélienne - ici on ne l'appelle pas autrement - contre le Liban, les chrétiens libanais vivaient dans la peur. En regardant détruire méthodiquement les quartiers chiites à Beyrouth, au Liban-Sud et dans la vallée de la Békaa, ils craignaient que ne vienne leur tour.

Et voilà, vendredi matin, que l'aviation israélienne a bombardé cinq ponts dans la région des villes chrétiennes Jounyeh, Byblos et Batroun situées au nord de Beyrouth, en faisant cinq morts et dix-neuf blessés et en coupant la dernière route reliant le pays à la Syrie voisine.

Mais, bizarrement, les frappes portées sur le nord du Liban n'ont pas ajouté à la peur, et les gens s'en sentent même libérés. "Nous n'avons plus peur. Tout est clair maintenant: Israël veut mettre aux prises chrétiens et musulmans pour déclencher une guerre civile dans le pays", estime Nabil, peintre originaire de Bikfaya, petite ville chrétienne située dans les montagnes du Kesrouan, interrogé par RIA Novosti.

Selon Nabil, la politique n'étant pas sa tasse de thé, il n'avait jamais eu envie d'en parler. Mais aujourd'hui, quand on voit "tuer des enfants, des femmes et de la beauté" au Liban, il ne peut plus garder le silence. "J'adore cet endroit, près du Casino du Liban, où un pont élégant est perché au-dessus d'une vallée pittoresque. J'ai été là-bas tout récemment pour faire une étude, j'y voyais des visages heureux, et j'étais heureux moi-même", se souvient l'artiste.

Mais la première nouvelle que Nabil a entendue en se réveillant vendredi matin était que des avions israéliens venaient de bombarder le pont à proximité du Casino du Liban. "En l'apprenant, j'ai senti avoir perdu quelque chose de très cher, et Israël est apparu à mes yeux comme une bête affamée prête à avaler tout. Je prononce ses paroles, et j'en ai horreur, mais cela est vrai", raconte le peintre avec émotion.medium_Beyrouth.gif

Israël a commencé par les quartiers chiites, mais il se met à bombarder des quartiers chrétiens où il n'y a pas de militants du Hezbollah, où on ne trouve pas un seul chiite. "Moi-même, je n'ai jamais été partisan du Hezbollah. Mais je dis aujourd'hui que ces gens-là se battent sur leurs propres terres, qu'ils défendent leurs maisons, leurs familles, leur Patrie. Cela est sacré pour n'importe quel peuple", insiste Nabil.

La "bête" israélienne ne se calmera qu'après avoir versé du sang des musulmans et des chrétiens, comme cela a été le cas pendant la dernière guerre civile (1975-1990).

"L'armée israélienne n'arrive pas à s'imposer au Liban-Sud, les politiques sont incapables de tenir les promesses données au peuple israélien, et ils procèdent à la tactique de la terreur au Liban et se mettent à tuer des chrétiens", renchérit Odette, une femme de ménage originaire elle aussi de Bikfaya.

La femme est également persuadée que l'Etat hébreu voulait terroriser les chrétiens libanais pour les mettre aux prises avec les musulmans. Israël "serait alors en toute sécurité et observerait calment les événements au Liban", explique-t-elle.

"Mais cela n'aura pas lieu. La guerre civile ne se répétera plus", reprend Nabil, avec conviction. A son avis, les Libanais ne combattront pas les uns contre les autres, qu'on le veuille ou non en Israël. "Nous ne permettrons pas à Tel-Aviv et à Washington de redessiner la carte du Proche-Orient avec notre sang", résume-t-il.

Pavel Davydov

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dimanche, 28 mai 2006

La Reconquista

medium_reconquista.gifEntreprise de récupération par les chrétiens de la Péninsule ibérique conquise par les musulmans entre 711 et 720, la reconquista est d'abord une "idée" mobilisatrice et légitimatrice. Formulée bien avant le mot par les chroniques asturiennes de la fin du IXè siècle, elle est reprise et développée par toutes les chroniques et histoires générales postérieures.

Le mythe d'une "Espagne confiée par Dieu aux Espagnols, perdue à cause de leurs péchés à l'époque des Wisigoths et qui serait un jour restaurée par eux", conditionne fortement l'expansion chrétienne à laquelle il confère ses caractères spécifiques. La guerre contre les musulmans est toujours présentée comme une mission divine et un devoir historique imposés à tous et plus particulièrement aux souverains. Son objectif n'est jamais de chasser et d'éliminer les musulmans, mais de restaurer le pouvoir politique des chrétiens sur tous les habitants de la Péninsule. L'idée que toute la terre appartenait à leurs ancêtres implique que pour les chrétiens l'Hispania constitue leur héritage, qu'ils doivent entièrement récupérer. Elle donne à la frontière son caractère de front provisoire dont la stabilisation ne peut être qu'un arrêt momentané.

La reconquête est aussi une réalité militaire qui connaît plusieurs phases. De 711 à 1031, le rapport de forces est écrasant en faveur de l'islam. Dans les zones montagneuses du Nord et de l'Est de la Péninsule les chrétiens luttent pour leur survie et progressent difficilement jusqu'au Duero, profitant des divisions des musulmans. La colonisation spontanée et anarchique est encouragée et stimulée par les autorités des "Etats" qui émergent et s'affirment avec l'expansion: royaumes d'Iviedo, puis de Léon, et de Pampelune, comtés de la Marche d'Espagne et de Castille.

Entre 1031 et 1266, la guerre entre chrétiens et musulmans s'intensifie et change de nature. Côté chrétien, l'essor démographique, la supériorité militaire de la cavalerie lourde, le zèle religieux et la soif de butin des combattants, le développement d'une classe qui acquiert les privilèges de la noblesse par le métier des armes, l'intervention en nombre croissant de chevaliers "français", et côté musulman, les rivalités entre les royaumes issus de la dislocation du califat, constituent autant de facteurs qui expliquent l'expansion inéxorables des armées chrétiennes dans la Péninsule. Cette progression est seulement retardée et compromise momentanément par des conflits endémiques entre souverains chrétiens et deux contre-offensives de troupes maghrébines. Les interventions de croisés "français" modifient le caractère de la lutte en ajoutant la haine religieuse à la soif de butin et d'exploits chevaleresques. Face à la Croisade, à laquelle la guerre en Espagne est assimilée par la papauté en 1102, les mouvements maghrébins des Almoravides, puis des Almohades prêchent le djihâd. L'affrontement entre chrétiens et musulmans se transforme en guerre religieuse entre islam et chrétienté.

0c753b3d6dc8bd895a3f7eb3ad3f4ae7.jpgLa reconquête chrétienne progresse considérablement, mais par à-coups avec des spectaculaires avancées, suivies de coups d'arrêt brutaux et de reculs temporaires. Au milieu du XIè siècle, profitant de l'implosion du califat en une vingtaine de royaumes de taïfas, les chrétiens font une percée du Duero à Tolède, conquise par Alphonse VI en 1085. Leur expansion est bloquée par la contre-offensive des Almoravides qui écrasent l'armée chrétienne à Zallâqa en 1086 et refont l'unité d'al-Andalus. Les chrétiens reprennent l'initiative dans la première moitié du XIIè siècle, quand l'empire almoravide se fractionne en une deuxième génération de taïfas; elle est marquée surtout par la conquête, d'une part, de la fertile vallée de l'Ebre par Alphonse Ier le Batailleur qui reprend Saragosse en 1118 et, d'autre part, du bas Tage par Alphonse Enriquez du Portugal.

Les Almohades proclament la guerre sainte, écrasent à Alarcos, en 1195, l'armée d'Alphonse VIII et réunifient al-Andalus. La victoire éclatante des chrétiens "espagnols", unis et mobilisés dans une croisade, à Las Navas de Tolosa en 1212, brise définitivement l'offensive musulmane. Jacques Ier d'Aragon conquiert les Baléares entre 1229 et 1235 et le royaume de Valence en 1238. Ferdinand III prend Cordoue en 1236, Séville en 1248 et Cadiz en 1263. Le royaume de Murcie passe sous protectorat castillan en 1243. Alphonse III du Portugal achève la conquête de l'Algarve en 1242. En 1266, la formidable avancée chrétienne n'a laissé subsiter que l'émirat de Grenade qui ne tombe qu'en 1492.

Par sa durée, des années 720 à 1492, et ses conséquences, la Reconquista constitue un évènement majeur de l'histoire hispanique au Moyen Age, à un moindre degré en Catalogne. Elle a limité la féodalisation et conforté le pouvoir royal auquel l'Eglise est soumise. Elle a aussi permis, soutenu et orienté l'expansion économique en procurant l'or et l'argent et en ouvrant de vastes espaces aux déplacements des troupeaux. Elle a provoqué une hiérarchisation de la société en fonction de critères militaires. Elle a renforcé la puissance de la noblesse qui a imposé ses valeurs et imprimé aux sociétés ibériques une mobilité exceptionnelle, un dynamisme inhabituel, un style de vie particulier et une mentalité différente en orientant l'esprit d'entreprise vers la conquête. Elle a renforcé l'importance des villes et fait de l'Espagnol un conquistador. La Reconquête ne pouvait finir avec la prise de Grenade et l'expulsion des non-chrétiens. Elle trouva son prolongement au Nouveau Monde.

 

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Denis MENJOT

in Dictionnaire du Moyen Age

 

 

 

Pour de plus amples informations sur la Reconquista, vous pouvez vous reporter sur l'ouvrage de Marie-Claude GERBET : L'Espagne au Moyen Age (VIIIè - XVè siècle), édité en 1992 chez Armand Colin, ISBN 2-200-21141-4. Nous ne savons pas si cet ouvrage universitaire a été réédité.

Vous pouvez également consulter l'ouvrage sorti en format poche de Bartolomé Bennassar : Histoire des Espagnols du VIè au XVIIIè siècle, édité chez Perrin, collection Tempus.

Écrit par SG dans > Concepts et définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, espagne, chrétiens, musulmans | | |  Facebook | |  Imprimer | |