lundi, 18 juin 2007

Feu vert tacite de l'Otan au bouclier américain

Réunis hier à Bruxelles, les ministres de la Défense de l'Otan ont appuyé le projet de bouclier antimissile américain.

À l'issue de la réunion des ministres de la Défense de l'Otan, qui s'est achevée hier, à Bruxelles, l'Europe se retrouve dans le collimateur de trois projets de défense antimissile : le bouclier américain défendu par Washington, son complément Otan, et un système de radars russes, basé en Azerbaïdjan. Malgré l'opposition de Vladimir Poutine, le projet américain de bouclier antimissile, à construire en Pologne et en République tchèque, reste sur la table. D'après Robert Gates, le secrétaire d'État à la Défense, les négociations entre Washington, Prague et Varsovie, se poursuivent, avec l'accord tacite de l'Alliance atlantique. À Bruxelles, aucun des ministres de l'Otan n'a proposé de « geler » le projet américain, comme l'exige Moscou. « Nous estimons qu'il s'agit avant tout d'une affaire bilatérale entre Washington et certains pays de l'Est », explique-t-on côté français. Malgré les protestations du Parti social démocrate, l'Allemagne s'est également montrée discrète.

Défense mutuelle

Loin de bloquer le projet américain, l'Alliance atlantique a franchi une étape importante en donnant son feu vert officiel, jeudi soir, à une étude de faisabilité sur la construction d'un système de défense antimissile propre à l'Otan. Ce bouclier allié serait complémentaire du bouclier américain, auquel il serait relié. Il protégerait les pays du flanc sud-est de l'Alliance, notamment la Turquie, la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie, qui exigent le même niveau de protection que leurs alliés tchèques ou polonais. Au titre de la défense mutuelle, l'Otan leur doit cette protection. L'Alliance planche sur un projet de défense antimissile depuis 2002. En 2006, un rapport de 10 000 pages avait conclu à l'existence d'une menace balistique sur le Vieux Continent et à la nécessité de protéger les populations et les troupes en opération.

Les Alliés n'y avaient pas donné suite, estimant trop élevé le coût d'un bouclier protégeant les 26 pays alliés. La perspective de partager le fardeau financier avec les États-Unis a remis ce projet au goût du jour. Les résultats de la nouvelle étude sont attendus pour février 2008. Ils seront soumis aux dirigeants de l'Alliance à leur prochain sommet, en avril, à Bucarest. En attendant, la proposition russe, lancée par Vladimir Poutine au G8, de faire profiter le sud de l'Europe de son système de radars, basé en Azerbaïdjan, reste, elle aussi, sur la table. «  Nos experts vont évaluer l'offre russe », a indiqué Robert Gates, à Bruxelles. « Nous considérons le radar azerbaïdjanais comme un outil supplémentaire de notre projet », a ajouté le secrétaire à la Défense, refusant de considérer l'offre russe comme une alternative à l'installation du bouclier antimissile américain en Europe de l'Est.

Dans ce dossier ultrasensible, les États-Unis s'efforcent de ménager les susceptibilités des Russes. À Bruxelles, ils ont réussi à éviter l'affrontement, sans modifier leur position. Mais l'Europe, elle, se retrouve sous le coup de trois projets de bouclier antimissile.

Source du texte : FIGARO.FR 

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Mise au pied du mur par les Américains et l'Otan à Bruxelles sur le thème du bouclier antimissile, la Russie a riposté à Vienne en menaçant de sortir du traité sur les armes conventionnelles en Europe.

C'est par un lourd silence que Moscou a accueilli hier le soutien apporté par l'Otan au projet de bouclier antimissiles américain en Europe centrale. La question n'a même pas été abordée lors de la rencontre qui a réuni le secrétaire à la Défense américain Robert Gates et son homologue Anatoli Serdioukov, en marge d'une réunion de l'Alliance atlantique.

Était-ce que les Russes étaient trop furieux pour s'exprimer ou qu'ils espéraient encore infléchir les Américains lors de la rencontre qui doit se tenir entre Vladimir Poutine et George W. Bush dans la résidence familiale des Bush à Kennenbunkport les 1er et 2 juillet prochains ? Ou simplement qu'en raison d'un processus de décision très centralisé au Kremlin, le ministre Serdioukov, pas vraiment politique, a préféré s'abstenir ? « J'avoue que j'ai été un peu étonné, je ne sais pas trop comment interpréter (ce silence), pour être honnête », a rapporté Gates.

Jeudi, un porte-parole du Kremlin avait seulement émis le souhait « que l'ensemble du processus en Europe orientale soit gelé le temps que nous voyions pleinement si l'initiative de Poutine est acceptée ou non ». Un ton très en deçà de la virulence avec laquelle le président russe était monté au créneau avant le G8, en déclarant au Figaro que la Russie envisageait de « pointer des missiles sur des cibles en Europe » si le bouclier antimissiles venait à se mettre en place. Poutine avait ensuite sorti de sa manche une contre-proposition suggérant de remplacer le dispositif prévu par les Américains en Europe centrale par l'utilisation d'une base radars louée par la Russie en Azerbaïdjan. Bien qu'habile diplomatiquement, la ligne de Bush, qui consiste à maintenir son projet initial tout en ouvrant des négociations avec les Russes sur « une capacité additionnelle » ne peut vraiment satisfaire la Russie, crispée sur ses réflexes soviétiques et une mentalité de forteresse encerclée qui croît au rythme de la montée de l'influence américaine à ses frontières.

Constat d'échec

La mauvaise humeur russe s'est clairement fait sentir à Vienne hier, où une conférence extraordinaire convoquée par la Russie sur le traité pour les armes conventionnelles (CFE) s'est conclue sur un constat d'échec. Reflétant le climat de tension entre la Russie et les États-Unis, le chef de la délégation russe, Anatoly Antonov a reproché aux pays de l'Otan de « poursuivre leurs remontrances » sans écouter les demandes russes. Le traité CFE dans sa version originale de 1990 « n'est plus viable... », a-t-il dit.

Ces tensions sont implicitement liées au projet de bouclier américain, que la Russie perçoit comme un motif de relance de la course aux armements. Le 31 mai, Vladimir Poutine avait explicitement lié les essais récents réalisés par l'armée russe sur de nouveaux missiles tactiques et stratégiques aux projets antimissiles de Washington, parlant de ces nouvelles armes comme d'une « réponse aux actions unilatérales de nos partenaires ». La diplomatie moscovite, qui exige une modification du CFE signé en 1990 en raison du nouveau contexte stratégique apparu à ses frontières (terrorisme, élargissement de l'Otan), menace de sortir du traité. Mais les pays de l'Alliance attendent de la Russie qu'elle retire au préalable ses troupes des provinces séparatistes des Républiques de Moldavie et de Géorgie, pour bouger sur le CFE. Un vieux sujet de brouille qui vient s'ajouter aux multiples sujets de tension actuels.

Source du texte : FIGARO.FR 

Écrit par SG (Webmaster) dans > Armes et armement, > États-Unis, > Europe, > Otan, > Russie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ABM, bouclier antimissiles | | |  Facebook | |  Imprimer |