mardi, 25 septembre 2007
L'excellence d'Epaminondas
D’après Montaigne, un des plus grands esprits de la littérature française du XVIème siècle, il n'existe que trois grands hommes au monde. Ces hommes "excellents", comme on peut le lire dans ses Essais, datent de la Grèce Antique et nul ne leur est arrivé à la cheville depuis.
Parmi eux, l'on trouve bien évidemment Alexandre le Grand, l’un des personnages les plus célèbres de l’Histoire ; et également Homère, poète connu de tous pour avoir écrit les merveilleux chef-d’œuvres que sont l’Iliade et l’Odyssée. Mais le premier des trois meilleurs hommes au monde est un certain Epaminondas. On ne le connaît pas autant que les deux précédents, certains peut être n’en ont jamais entendu parler, mais pour Montaigne, cet homme est "l’excellence" même.
Epaminondas est né à Thèbes en 418 avant Jésus-Christ. Né d’une famille assez pauvre, bien que de sang noble, il ne se fera remarquer qu’à ses 40 ans. Alors que nul ne le connaissait avant, on dira alors de lui qu’il descend des "Spartois"». Les Spartois sont ces hommes mythiques, nés de la dent d’un dragon enfanté par Arès, le dieu de la brutalité et du carnage. Il est dit que Cadmos, frère d’Europe, tua le serpent et planta ses crocs dans la terre. Du sol jaillira des hommes armés que l’on appellera les Spartois. Ce sont ces guerriers, d’après la mythologie grecque, qui auraient fondé la ville de Thèbes.
C’est donc en 379 avant Jésus-Christ, lors de l’insurrection des Béotiens, l’expulsion des Spartiates et le rétablissement de la démocratie en Béotie, que l’on entendra parler d’Epaminondas pour la première fois. Devenu magistrat béotien, il décide de renforcer la puissance de sa ville natale et capitale de Béotie : Thèbes. Il réorganise les phalanges et crée une unité d’élite thébaine que l’on appellera le "bataillon sacré" ou "bataillon de la cité" qui ne regroupait que 300 hommes, réputés invincibles et combattant en binômes. Ses phalanges lui permettront de remporter de nombreuses batailles, pourtant jugées perdues d’avance. Ainsi, Sparte lui demandera de conclure une paix entre leurs deux cités. Epaminondas se rendra au congrès de Sparte. Il acceptera un traité de paix entre Sparte et Thèbes, mais à la seule condition que la paix concerne la Béotie entière. Agésilas, roi de Sparte, furieux à l’idée qu’il ne pourrait envahir le reste de la Béotie, refuse et ordonne à Epaminondas de reconnaître l’indépendance de la Béotie. A cela, il répondra aux spartiates qu’il faudra tout d’abord qu’eux-mêmes reconnaissent l’indépendance de la Laconie. C’est là que Sparte s’en retourne en guerre, voulant conquérir toute la Béotie. Malgré leur infériorité numérique mais grâce aux talents de stratège d’Epaminondas, les phalanges thébaines vaincront à la bataille de Leuctres en l’an 371 avant J-C, anéantissant les spartiates, par des stratégies encore jamais vues et jamais testées. Après son écrasante victoire, il décide d’envahir la Laconie à son tour. Il bâtira, non loin de Sparte, la célèbre forteresse de Messène.
De retour à Thèbes, on le poursuivra en justice pour avoir outrepassé ses fonctions. Mais grâce à son talent d’orateur et son charisme extraordinaire le procès se changera rapidement en triomphe pour le général, acclamé par tous. Mais un certain Alexandre, celui que nous connaissons tous mais qui n’était alors que le jeune roi de Macédoine, veut conquérir la Grèce et s’attaque aux troupes d’Epaminondas. A partir de ce moment, ses troupes d’élite seront anéanties et les terres béotiennes seront de nouveau envahies par les arcadiens et les spartiates. Les Thébains vaincront tout de même une grande bataille en 362 avant Jésus Christ, mais perdront leur plus grand atout : Epaminondas. Ayant appris juste avant de s’éteindre la victoire de son armée, il déclarera sur son lit de mort : "J’ai suffisamment vécu … car je meurs invaincu." Sous cet homme, pour la première et unique fois, Thèbes et la Béotie étaient libres et puissantes. Sans lui, leur hégémonie n’était plus. Général doué et bon, homme politique altruiste et honnête, il est, d’après Montaigne, le "Premier Homme du Monde".
Arthur LORC'H
Écrit par SG (Webmaster) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Theatrum Belli, Epaminondas, Thèbe |
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