mardi, 06 juillet 2010

La Serbie au cœur de la Grande Guerre, avec l'historien Frédéric Le Moal

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lundi, 07 avril 2008

La guerre en Yougoslavie

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jeudi, 20 mars 2008

La vieille Serbie et les Albanais

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(l’arrière-fond historique des évènements au Kosovo et Métochia)   
 
                            
Les événements contemporains touchant les Balkans ont suscité ces derniers temps, un intérêt accru à l'égard de l'histoire des peuples de cette péninsule. On peut néanmoins déplorer que cette partie de l'Europe, très souvent présentée et décrite comme s'il s'agissait de quelque contrée exotique du monde, ne fasse l'objet d'une attention plus grande de la part des milieux culturellement plus développés qu'à l'occasion de crises ou conflits armés. Le cours de l'histoire a voulu que cet espace, relativement étroit du point de vue géographique, voit se rencontrer plusieurs grandes religions et des traditions culturelles fortement différentes. II en résulte aujourd'hui, dans certains problèmes historiques ou processus à long terme, une complexité et une superposition d'aspects qui, malheureusement se voient souvent négligées, voire encore plus souvent simplifiées au point de déformer la vérité historique, lors de l'interprétation des phénomènes propres aux Balkans. Afin de Comprendre et d'expliquer le monde intérieur des Balkans et son imbrication complexe de situations politiques, sociales et religieuses, puis l'histoire des mentalités et des cultures des peuples balkaniques au sens le plus large de ce terme, il s'avère indispensable de partir du matériel historique, de la multitude des témoignages divers sur le passé de cette région. A défaut de s'appuyer sur les documents et sources historiques, toute discussion de certains aspects de la question balkanique ne peut que se réduire à une démonstration de thèses politiques, préétablie ou à un rabâchage de certains préjugés et stéréotypes.
 
Les rapports serbo-albanais constituent un des thèmes "brûlants" de la nouvelle histoire des Balkans. Ces dernières années les milieux scientifiques internationaux se sont largement penchés sur la "question albanaise" dans la Vieille Serbie, autrement dit sur les rapports serbo-albanais au Kosovo et en Métochia — contrées méridionales de la Serbie. Dans bien des cas, il y allait toutefois d'une connaissance insuffisante des choses, ou d'une interprétation de l'histoire considérée sous le seul angle politique contemporain, avec une nette tendance à soumettre la vision du passé aux besoins de la politique du moment. Une explication plus approfondie des événements touchant le Kosovo et la Métochia exigerait beaucoup plus de place que ne peut en offrir la rubrique d'une revue. Pour cette raison, nous n'attirerons ici l'attention que sur certains aspects relatifs à l'origine des rapports serbo-albanais dans la Vieille Serbie, aspects que l'on doit avoir en vue si l'on désire arriver à une interprétation objective et une compréhension et explication correctes de ces rapports.

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jeudi, 21 février 2008

Le peuple serbe proteste à Belgrade contre l'indépendance du Kosovo

e716dc4e4df3b5dc3af4f607d40fea40.jpegDes centaines de milliers de Serbes se rassemblent jeudi au centre de Belgrade pour une manifestation monstre organisée par les autorités contre l'indépendance du Kosovo.

La manifestation qui aura pour slogan "le Kosovo est la Serbie" doit débuter à 17h00 (16h00 GMT) au cœur de la capitale, devant le Parlement. Son but est de démontrer pacifiquement l'unité de tout un peuple face à une "injustice" orchestrée par les Etats-Unis et l'Union européenne (UE). 

Le principal orateur devrait être le Premier ministre nationaliste Vojislav Kostunica, qui a fait de la lutte contre l'indépendance kosovare la pierre angulaire de sa politique. 

Mais le président Boris Tadic, opposé lui aussi à l'indépendance tout en étant favorable à l'intégration de son pays à l'UE, sera vraisemblablement absent en raison d'une visite en Roumanie, un des quelques pays de l'UE à avoir refusé de reconnaître le nouvel Etat kosovar. 

L'ultranationaliste Tomislav Nikolic, rival malheureux de M. Tadic à la présidentielle de février, et chef du Parti radical serbe (SRS), la formation la plus représentée au Parlement, doit également intervenir. 

Le célèbre metteur en scène Emir Kusturica, lauréat de deux palmes d'Or au Festival de Cannes, figure parmi les orateurs prévus tandis que la gloire du tennis serbe, le numéro 3 mondial Novak Djokovic, devrait s'adresser à la foule par téléphone. 

Des leaders des Serbes de Bosnie et du Monténégro ont également été invité. 

Conduite par MM. Kostunica et Nikolic la foule doit ensuite se rendre jusqu'à l'imposante cathédrale blanche de Belgrade, Saint Sava, pour une "prière pour le Kosovo" avec les dignitaires de l'Eglise orthodoxe serbe. 

Les compagnies nationales de chemin de fer et d'autocars transporteront gratuitement de diverses villes de province ceux qui souhaitent assister au rassemblement dont les dirigeants espèrent qu'il prendra une dimension historique. 

Les écoles seront fermées et certaines compagnies publiques ont accordé un jour férié à leurs employés. 

L'indépendance du Kosovo, proclamée dimanche dernier par les leaders kosovars, a donné lieu à des manifestations violentes à Belgrade et dans la partie nord du Kosovo, majoritairement serbe. 

Mais les dirigeants serbes ont mis en garde contre tout débordement lors du rassemblement de jeudi. "Les seuls arguments qui nous donnent le droit de défendre notre Kosovo sont la paix et des actions raisonnables", a dit M. Tadic.

Source du texte : AFP

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mardi, 11 décembre 2007

Fallait-il démembrer la Serbie ?

0d0f8e35ffdbd8b3e4867973908c9de6.jpgLe rôle historique de la Serbie a été celui de rempart face à l'expansion de l'islam en Europe, rappelle un chercheur russe. L'indépendance du Kosovo va achever sa dislocation. Et ouvrir définitivement la voie à l'islamisation de l'UE.

L'association Kosovo-Abkhazie est un lieu commun incontournable dès que l'on aborde la question des Etats non reconnus en Occident et en Russie. Cette vision simpliste des choses nous est-elle venue de l'étranger ou nous la sommes-nous imposée nous-mêmes ? Le problème n'est pas d'agir (de voter, par exemple) contre [au Conseil de sécurité de l'ONU]. Ce qu'il faut, c'est comprendre le rapport entre les pertes et les gains, sans forcément penser en termes de symétrie. 

L'Abkhazie est depuis longtemps indépendante de fait, tout comme le Kosovo. Dans la pratique, leur reconnaissance officielle, qu'elle soit totale et croisée ou partielle et asymétrique, ne changera pas grand-chose. L'OTAN et l'UE gagneront un nouveau bastion dans leur progression vers l'Est. La Russie et l'Organisation du traité de sécurité collective [une alliance politico-militaire au sein de la CEI] en concevront une nouvelle raison d'édifier une barrière pour endiguer cette expansion. Ensuite, durant cinq à sept ans (en fonction de la capacité des consommateurs de gaz en Europe de l'Ouest à économiser l'énergie), nous connaîtrons une période d'échange de critiques sans conviction et de prétendue tension politique, qui sera suivie d'une phase de détente et de rêves d'intégration. Du travail en perspective pour les diplomates, et les militaires ne seront pas lésés non plus. 

Il y a des moments où l'on a envie de paix, d'autres où l'on réclame de la tension. Bush et Poutine n'y sont pour rien. Les hommes politiques ont réussi à changer plus de choses qu'ils ne croient dans les relations internationales. Ils ont besoin d'une pause pour que les esprits se calment, et c'est ce qui provoque le refroidissement des relations. C'est là la source de cette irritation réciproque de l'Occident et de la Russie, et du désarroi que cette irritation sert à masquer. Avant d'aller plus loin, il serait bon de penser à ce que nous avons déjà accompli. 

Etait-il intelligent de détruire la Serbie ? Evidemment non. De même qu'il a été stupide de laisser la Géorgie éclater. Même fragile, une Géorgie unie aurait pu être plus réceptive aux discours russes. Encore aurait-il fallu, dès la fin des années 1980, prendre la peine de "chouchouter" ses dirigeants, capricieux, contents d'eux et (Chevardnadze mis à part) incapables de gérer un Etat. Il aurait fallu les persuader, les flatter, ruser, manœuvrer, leur offrir de l'aide. Nous avons négligé tout cela. Aujourd'hui, ce sont les Américains qui s'en chargent. 

Les riches voisins occidentaux de la Serbie n'ont pas fait preuve de plus de sagesse à son égard. Ce pays, malgré toutes les difficultés qu'ont posées ses gouvernants dynastiques, a été un rempart européen dans les Balkans, la ligne avancée de contact avec l'Orient islamique. Les Serbes et les Monténégrins ne sont pas des gens de compromis, mais ils sont combatifs, excessivement courageux, et ils ont le sens du sacrifice. C'est ce qui leur a permis, même sans aide occidentale, de contenir la pression de la Sublime Porte ottomane sur l'Europe, aux frontières où se dessine le basculement ethnique. Une Serbie forte, en dépit de tous ses défauts, était dans les Balkans un facteur de cohésion, rôle que les autres pays de la région ne pouvaient jouer pour de nombreuses raisons, géopolitiques entre autres. 

La "stratégie de démembrement de la Yougoslavie" que l'Allemagne a adoptée à la fin des années 1980 [en prenant l'initiative de reconnaître l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie], suivie par les autres Etats de l'Union européenne, la Russie voisine (alors dirigée par Eltsine, avec Andreï Kozyrev en chef de la diplomatie) et les Etats-Unis, a tout bouleversé. La Serbie a dès lors commencé à être "grignotée" de toutes parts, perdant des terres peuplées de Serbes. La Croatie en a avalé une partie, la Bosnie, officiellement devenue un Etat musulman à hauteur d'un tiers, en a absorbé une autre. Après cela, le projet de "Grande Albanie", islamique elle aussi, est revenu sur le devant de la scène. Enlever définitivement le Kosovo à la Serbie pour le transformer en Etat indépendant constitue une étape supplémentaire dans la réalisation de ce projet. 

L'Union européenne s'accommode de sa propre islamisation. Il y a des raisons à cela. Il y a trois ans, la Russie a trouvé le moyen de s'associer à l'Organisation de la conférence islamique (OCI). A l'époque, de nombreux pays de l'UE avaient exprimé leur perplexité à ce sujet. Aujourd'hui, l'UE elle-même pourrait rejoindre l'OCI. La prochaine entrée de la Turquie dans l'Union, l'absorption du "giron balkanique" et de ses enclaves islamiques, l'afflux d'immigrants en provenance de pays musulmans d'Afrique et d'Asie rendent irréversible l'islamisation des Etats européens. 

Fatalité, sens de l'Histoire et paradoxe culturel. L'UE que les Russes voulaient rejoindre au début des années 1990, l'UE actuelle et celle qu'elle sera dans dix ou quinze ans n'ont rien à voir entre elles, que ce soit du point de vue de la culture, du mode de vie ou de la politique. Combien de temps encore Paris, Berlin et Londres continueront-ils par inertie à susciter chez les Russes un vrai désir d'adhérer aux valeurs européennes ? Autre grande question, les rapports de la Russie et de l'UE deviendront-ils plus chaleureux ou plus distants lorsque l'Europe se sera complètement "islamisée" ?


Alexeï BOGATOUROV

Directeur adjoint de l’Institut des problèmes de sécurité internationale de l’Académie des sciences de Russie

Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL

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jeudi, 06 décembre 2007

Kosovo : l'UE et l'OTAN prendront la relève de l'ONU

6006c5962b07527420619e3537280ff3.jpgLa Russie bloquant les décisions des Nations Unies, le question du statut du Kosovo sortira du cadre de l'ONU et devra être prise en charge par l'UE et l'OTAN, estime Charles A. Kupchan, expert du Conseil des relations étrangères (CFR), un organisme américain indépendant.

"La fermeté de la position de la Russie rend impossible le règlement du statut du Kosovo par le Conseil de sécurité de l'ONU, où toute décision est bloquée. C'est pourquoi, en cas de proclamation unilatérale de l'indépendance, la région sera placée sous la tutelle et la responsabilité de l'Union européenne et de l'OTAN",a indiqué M. Kupchan lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes mercredi. 

L'expert n'exclut pas une reprise des violences interethniques dans la région entre la majorité albanaise et la population serbe massée dans le nord de la province de Mitrovica, en admettant également la possibilité d'une partition du Kosovo en cas d'indépendance. 

Selon lui, les forces de l'ONU cèderaient la place à des contingents de l'OTAN, qui ont la capacité réelle d'empêcher de nouveaux affrontements interethniques au sein de cette province.

Pour M. Kupchan, la proclamation de l'indépendance de cette région administrée depuis 1999 par l'ONU est inévitable. 

Selon les estimations de l'expert, au moins 20 Etats de l'UE sont prêts à reconnaître la souveraineté du Kosovo et la Serbie ne devrait pas engager d'actions militaires. 

"Les menaces ne sont que rhétoriques. Certes, aucun dirigeant serbe ne peut se séparer de la sorte du Kosovo, qui est comme Jérusalem pour Israël. Ce serait un suicide politique. Mais en réalité Belgrade est déjà consciente qu'elle a perdu le Kosovo", a déclaré M. Kupchan. 

"La reconnaissance internationale du Kosovo constituera une tâche ardue après la mise à l'écart de l'ONU et de ses décisions. Le Kosovo se contentera d'une indépendance de facto, reconnue par l'UE et les Etats-Unis, qui garantiront sa sécurité",a poursuivi le spécialiste. 

Le règlement de cette question hors du cadre de l'ONU compliquera selon lui les relations déjà tendues entre la Russie et l'Occident. 

"Cela va envenimer la situation. Mais cela ne changera en réalité pas grand-chose, car la Russie et l'Occident sont déjà opposés sur les questions clés, qu'il s'agisse du Kosovo, de l'Iran ou de l'élargissement de l'OTAN", a poursuivi M. Kupchan. 

Le 9 décembre prochain à Vienne, les médiateurs internationaux soumettront au Groupe de contact leur rapport sur les résultats des négociations sur le statut du Kosovo entre les délégations de Belgrade et de Pristina. Ensuite, le document sera envoyé au secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies Ban Ki-moon. 

Le 19 décembre, le rapport sera examiné au Conseil de sécurité de l'ONU avec la participation du premier ministre serbe Vojislav Kostunica, du chef de la diplomatie serbe Vuk Jeremic et du ministre serbe pour le Kosovo-Metohija Slobodan Samardzic.

Source du texte : RIA NOVOSTI

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jeudi, 29 novembre 2007

Le Kosovo vers la sécession après l’échec des négociations

9a3fdef6376204d77d4bd7c38308ccf2.gifL’indépendance de la province serbe est au centre d’un bras de fer international entre les États-Unis, la Russie et l’Union européenne.

8 ans après l’intervention de l’Otan contre les forces serbes au Kosovo, l’ancienne province de Serbie, administrée depuis 1999 par la communauté internationale, s’apprête à déclarer dans les mois qui viennent son indépendance de manière unilatérale. Les ultimes pourparlers serbo-kosovars se sont achevés hier à Baden, en Autriche, sur une impasse totale, ni les autorités de Belgrade, ni les responsables albanophones n’acceptant de faire le moindre geste. 

Les États-Unis et la plupart des pays de l’Union européenne (22 sur 27) se sont déjà prononcés pour l’indépendance, mais ils imposeront sans doute au nouveau premier ministre du Kosovo la date à laquelle l’événement devra avoir lieu. "Ici, malheureusement, ce ne sont pas les Albanais qui décident, mais la communauté internationale. Le destin du Kosovo nous échappe", regrette Albin Kurti, jeune contestataire kosovar. 

Car l’indépendance, pour laquelle tous les partis politiques kosovars luttent depuis des années, est au cœur d’une bataille politique entre les grandes puissances. États-Unis, Russie et Union européenne règlent leurs différends au Kosovo, objet de marchandages internationaux qui dépassent, et de loin, les problématiques balkaniques. 

La Russie de Vladimir Poutine a choisi le Kosovo et la Serbie pour montrer ses nouveaux muscles sur la scène politique internationale. Elle a apporté son plein soutien à Belgrade, qui dit redouter qu’une sécession du Kosovo ne conduise à un "effet domino" dans une région encore fragilisée par les guerres d’indépendance des années 1990. Moscou a menacé d’opposer son veto à une éventuelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’indépendance de la province. Puis elle a poussé les autorités serbes de Belgrade à bloquer leur rapprochement avec l’Otan. Hier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a jugé la situation "très alarmante". "Nous ne pouvons accepter les incantations selon lesquelles il s’agirait d’une situation exceptionnelle et que l’indépendance serait inévitable", a ajouté Lavrov. 

L’attitude russe est un peu la réponse du berger à la bergère. "L’utilisation de la Serbie pour tenter de bloquer l’extension de l’Otan à l’est de l’Europe est une réplique directe au projet de bouclier antimissile que les Américains ont l’intention d’installer dans la région, notamment en Pologne", explique Misa Brkic, directeur du magazine Economist à Belgrade. 

Les États-Unis ont pour l’instant réagi avec modération. À Pristina, les Kosovars redoutent que le soutien américain à l’indépendance du Kosovo finisse par pâtir, si les choses venaient à traîner, d’éventuelles concessions que Moscou et Washington pourraient s’accorder sur les dossiers internationaux. "Il n’y aura pas de solution au Kosovo tant que les États-Unis et la Russie n’auront pas trouvé une entente et réduit leurs divergences sur les grands problèmes du moment", commente Moma Trajkovic, un leader serbe modéré de la province.

Quant à l’Union européenne, elle est bien trop dépendante du gaz russe pour pouvoir ignorer l’opposition moscovite à l’indépendance du Kosovo. 

La querelle sur la province balkanique permet aussi à Moscou de préserver ses intérêts dans l’ancien espace soviétique. La Russie a en effet affirmé qu’elle considérerait l’indépendance du Kosovo comme un précédent qu’elle pourrait reproduire dans sa sphère d’influence, notamment en Abkhazie et en Transnistrie, deux républiques indépendantistes très proches de Moscou. "Le Kosovo, redoute l’analyste kosovar Lulzim Peci, risque de devenir le centre d’un nouveau clash des idéologies entre l’Occident et la Russie. Il faut nous préparer à une nouvelle guerre froide".

Source du texte : FIGARO.FR

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jeudi, 20 septembre 2007

Le pouvoir serbe s'éloigne d'une adhésion à l'Otan

93942c0e543c97666d268a1740cc378c.jpgBelgrade et Moscou ont uni leurs forces pour tenter d'empêcher l'indépendance du Kosovo et faire pression sur l'Union européenne.

Pas de doute, la Serbie est bien l'héritière de l'ancienne Yougoslavie. Sous Tito, elle était considérée comme un pont entre l'Est communiste et l'Occident libre. Le communisme et l'URSS se sont effondrés, mais la Serbie continue d'hésiter entre l'Est et l'Ouest, entre Moscou et Washington. En accusant l'Otan de vouloir établir "un État militaire", qui lui serait affilié, au Kosovo, et en affirmant que Belgrade n'a "pas d'intérêt" à rejoindre l'Alliance atlantique, le premier ministre, Vojislav Kostunica, a encore accru le sentiment antioccidental qui se développe en Serbie.

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vendredi, 07 septembre 2007

La Serbie menace de déclencher une nouvelle guerre pour le Kosovo

6ab28e743cd655099fa690906dfbf639.jpgUne déclaration redoutable a été faite par Dusan Prorokovic, secrétaire d'Etat du ministère serbe chargé du Kosovo-Metohija. Il a prévenu dans une interview au New York Times qu'une reconnaissance unilatérale du Kosovo par les pays occidentaux justifierait le redéploiement des troupes serbes dans cette province.
 

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jeudi, 30 août 2007

Statut du Kosovo : Vuk Jeremic rappelle les propositions serbes

b6122ddebe13010f505091f084a22dce.jpgLes discussions sur l’avenir du Kosovo reprennent aujourd’hui à Vienne. Le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Vuk Jeremic, rappelle les positions de Belgrade, en détaillant ce que serait le contenu de l’autonomie accordée au Kosovo et ce que pourrait signifier le maintien de la souveraineté serbe... Une chose est en tout cas certaine : Belgrade se félicite de la reprise des négociations, qu’elle considère comme un premier succès diplomatique.

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vendredi, 17 août 2007

La Serbie propose de redéployer ses forces de sécurité au Kosovo

ec667ad746ebced06353b3581527a289.jpgLes autorités serbes estiment que le moment est venu de redéployer leurs forces de sécurité au Kosovo, initiative qui pourrait compromettre des pourparlers prévus fin août sur l'avenir du territoire à majorité albanaise administré par l'Onu.

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mardi, 14 août 2007

Kosovo : la Serbie ferme, même au risque de se voir refuser l'entrée à l'Union européenne

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La Serbie n'acceptera jamais la sécession du Kosovo, même au risque d'affecter son rapprochement avec l'Union européenne, a déclaré Branislav Ristivojevic, porte-parole du Parti démocratique de Serbie (DSS) du président Vojislav Kostunica, cité par l'agence Tanjug.

"La Serbie n'abandonnera pas un pouce de son territoire, même si elle doit être pour cela évincée des processus d'intégration européenne", a-t-il souligné, réagissant aux propos de Wolfgang Ischinger, représentant européen dans la "troïka" des médiateurs sur le dossier du Kosovo, qui avait affirmé que l'avenir européen de Belgrade et de Pristina dépendait de leur capacité à faire des compromis.

Formée par le Groupe de contact et composée du Russe Alexandre Botsan-Khartchenko, de l'Américain Frank Wisner et de l'Allemand Wolfgang Ischinger, la "troïka" des médiateurs a achevé dimanche dernier sa visite de trois jours à Belgrade et à Pristina. Lors de cette visite, les trois diplomates ont rencontré des dirigeants serbes ainsi que des représentants albanais et serbes du Kosovo.

Source du texte : RIA NOVOSTI 

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samedi, 07 avril 2007

La dernière bataille du Kosovo : y aura-t-il des gagnants?

La remise du "plan Ahtisaari" au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies marque le début de la dernière bataille du Kosovo. Reste seulement à savoir s'il y aura dans cette bataille des gagnants et des perdants. Et que signifient au juste dans ce cas précis la victoire et la défaite ?

medium_Kosovo_ethnic_map-_HCIC.jpgLes Etats-Unis à qui revient justement l'initiative d'octroyer au plus vite l'indépendance au Kosovo, l'Alliance de l'Atlantique Nord et l'Union européenne (UE) soutiennent le projet de nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, basé sur le "plan Ahtisaari". Quoi qu'il en soit, en Europe, cette initiative américaine a provoqué une réaction plutôt mitigée. Tel n'est cependant pas le cas de l'Union européenne où des efforts énergiques sont déployés pour arriver à l'unanimité concernant l'avenir même de l'organisation et où l'on craint, par conséquent, toute manifestation de nouvelles divergences sur n'importe quelle question. Qui plus est, Bruxelles n'est pas prêt à se quereller sur ce plan avec Washington. C'est que la décision de confier à l'Union européenne le contrôle du Kosovo pendant la période de transition et de charger l'UE de la stabilisation de l'ensemble des Balkans a été adoptée il y a déjà longtemps. A l'heure actuelle, la seule chose dont l'UE a besoin, c'est un acte de droit international à défaut duquel la surveillance extérieure sur la province perdrait sa légitimité, et l'évolution de la situation pourrait tout simplement échapper à tout contrôle.

Somme toute, la crainte d'un nouveau regain de violence au Kosovo est sans doute le principal mobile des Européens. En effet, si des pogroms antiserbes éclatent au Kosovo, les Européens seront acculés à un choix extrêmement désagréable: soit apparaître aux yeux du monde entier en observateur passif et encourageant même la violence, soit user de la force contre les fauteurs des troubles, en reconnaissant ainsi la faillite de sa politique dans la région avec en prime une sorte de mini-Irak dans l'arrière-cour de l'Europe. D'où les tentatives de rejeter d'avance sur Moscou et Belgrade toute la responsabilité pour le cas où le "plan Ahtisaari" ne serait pas adopté. Néanmoins, une telle approche rappelle le comportement du policier vénal qui impute le crime à la victime: les bandits ont, selon lui, proposé à la victime de leur donner "gentiment" son porte-monnaie, alors que celle-ci, refusant de coopérer, s'est mise à résister.

Il est tout à fait naturel que la Serbie ne soit pas prête à accepter avec résignation et sans aucune contrepartie la perte d'une terre qui compte énormément pour la conscience nationale serbe. Et ses arguments sont parfaitement fondés au regard du droit international. On comprend bien aussi que la plupart de l'élite serbe ne tient pas du tout à voir éclater une crise politique à Belgrade, en sauvant Washington et Bruxelles de l'échec de leur politique manifestement antiserbe. Aussi le désir de gagner du temps et de poursuivre les négociations, tout en modifiant leur format, est-il tout à fait logique. La proposition du délégué permanent russe à l'ONU Vitali Tchourkine de procéder à une évaluation approfondie de la mise en application de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU et d'envoyer à Belgrade et à Pristina une mission spéciale pour étudier la situation sur place vise justement à changer de thème de discussion et à attirer une fois de plus l'attention sur les problèmes qui ne sont toujours pas résolus.

Or, force est de reconnaître que la lutte pour la sauvegarde "sur le papier" de la souveraineté serbe sur le Kosovo ne peut être qu'une tactique de courte durée, alors que dans une perspective à long terme, cette province n'est, somme toute, qu'une "feuille détachée" pour la Serbie, sa réintégration effective étant impossible. Qui plus est, le Kosovo est un fardeau par trop lourd pour le pays, que ce soit pour des raisons démographiques, économiques ou politiques. Vu le taux de natalité très élevé parmi les Albanais kosovars, le surpeuplement et l'excès de main-d'oeuvre, le Kosovo dans les limites de l'Etat serbe représentera un foyer permanent d'expansion démographique, menaçant dans un avenir proche de modifier très sérieusement la composition nationale de la Serbie. Le subventionnement de la province la moins développée économiquement est un fardeau manifestement insupportable pour l'économie serbe. Le Kosovo qui a été un foyer permanent de conflits politiques et interethniques, tant dans le Royaume de Yougoslavie que dans la Yougoslavie titiste, le restera toujours.

medium_KFOR_regions.jpgEnfin, à défaut de régler le "problème kosovar", la Serbie ne pourra même pas compter adhérer à l'Union européenne. Voilà pourquoi le maximum qu'elle puisse espérer c'est de repousser à plus tard la solution de la question sur le destin définitif de cette province jusqu'à ce que son accès à l'UE cesse d'être une promesse vague et éloignée et ne prenne des contours bien précis. Un compromis plus probable serait sans doute la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo à condition que la Serbie en garde la partie nord et les enclaves où se trouvent les monuments de son histoire et de sa culture, et que de solides indemnisations soient versées aux réfugiés et aux déplacés.

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas seulement de la gravité du problème kosovar pour la Serbie et l'Europe. Il faut savoir, en effet, comment la solution de cette question se répercutera sur la sécurité internationale dans son ensemble.

Les partisans occidentaux de l'indépendance kosovare prétendent que "le Kosovo constitue un cas à part". Néanmoins, l'argument est faible, car toute l'histoire est littéralement tissée d'une multitude d'événements uniques en leur genre, ce qui n'exclut aucunement leur influence réciproque ni leur similitude. Mais du moment qu'on reconnaît tout de même la "particularité" de la situation dans cette province, il serait logique d'y adopter une solution particulière - un partage, par exemple, de la province qui soit satisfaisant tant pour les Albanais kosovars, qui revendiquent l'autodétermination, que pour les Serbes du Kosovo, qui veulent garder leur patrie sans perdre les lieux saints de son histoire et de sa culture.

C'est justement sur cela que repose la politique de Moscou en matière de règlement du problème kosovar. Intervenant contre la solution imposée aux Serbes, la Russie ne fait pas que renforcer ses propres positions dans les Balkans. L'enjeu y est beaucoup plus important, c'est tout le prestige international de la Russie qui est en jeu. On voit bien que les Américains et les Européens ne sont toujours pas prêts à s'entendre. Et céder à des partenaires qui ne sont pas disposés à des démarches réciproques est pour le moins désavantageux.

Toutefois, pratiquement n'importe quelle solution du problème kosovar ou son report peuvent être exploités par la Russie compte tenu de ses intérêts dans l'espace postsoviétique. Reste seulement à savoir si cela pourrait être utile et à quel moment. Washington et Bruxelles peuvent affirmer autant qu'ils veulent que l'indépendance du Kosovo ne constitue pas un précédent. En fait, cela signifie tout simplement que, tout en se rendant compte de la probabilité d'une telle évolution de la situation, les Etats-Unis et l'Union européenne refusent de reconnaître des solutions similaires dans de pareilles situations à l'avenir. Pourtant, la force de l'exemple ne dépend en règle générale que très peu de la volonté même des grandes puissances. Et si le Kosovo accède un jour à l'indépendance, cela se répercutera inévitablement sur la situation dans le monde entier - de la Catalogne et la Belgique jusqu'au Kurdistan. Et ce, sans parler d'une multitude d'Etats en Afrique et en Asie. Moscou a plus d'une fois mis en garde contre les éventuelles conséquences dangereuses d'une telle évolution de la situation. Certains soupçonnent même que la création d'un précédent pour un règlement avantageux des conflits postsoviétiques ne soit justement l'objectif dissimulé de la Russie. Mais ce n'est pas elle, mais ses opposants qui y contribuent.

Pavel KANDEL

agrégé d'histoire,

chef du secteur des conflits ethno-politiques

à l'Institut de l'Europe de l'Académie des Sciences de Russie

Source du texte : RIA NOVOSTI 

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mercredi, 17 janvier 2007

Chants épiques serbes : la bataille de Kossovo

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La bataille se déroule dans la plaine de confluence du Lab et de la Sitnica, à peu près à mi-distance entre Pristina et Mitrovica. C'est là un point de passage important entre Salonique et la Macédoine, au coeur de la Serbie. Elle sera violente et restera longtemps indécise, les effectifs engagés étant considérables : 100 000 hommes du côté turc face aux 60 000 hommes de l'armée du roi Lazare selon les sources chrétiennes, exactement l'inverse si l'on se réfère aux sources turques. Si ces chiffres sont exagérés, ils traduisent bien l'importance de l'enjeu. Dans les deux camps, les armées sont composites et, en dépit de toute la symbolique qui se rattache à cette bataille de Kosovo Polje, il faut nuancer l'image traditionnelle d'un affrontement limité aux seuls Serbes et aux seuls Turcs. Dans l'armée du sultan Murad, à côté des Turcs on dénombre des contingents chrétiens, fournis par les vassaux bulgares et serbes dont très vraisemblablement les hommes de Marko Krajlevic, que Marguerite Yourcenar a évoqué dans ses Nouvelles orientales. Du côté du roi Lazare, l'armée apparaît encore plus composite : tous les peuples chrétiens de la région, Serbes, Bosniaques, Bulgares, Roumains, Albanais, Hongrois et même Polonais sont représentés. Seuls, les Grecs manquent à l'appel, mais il est vrai que le basileus Jean V Paléologue est devenu le vassal du sultan dans l'espoir de préserver les derniers vestiges de l'Empire d'Orient.

Dans un premier temps, le sort se montre favorable aux chrétiens. L'aile gauche de l'armée turque est enfoncée par la cavalerie serbe tandis qu'un noble de l'entourage du roi Lazare, Milos Obilic, qui est parvenu à s'introduire dans la tente du sultan Murad, le poignarde, privant ainsi l'armée turque de son chef. Dans le camp chrétien, on voit déjà l'ombre de la victoire se profiler à l'horizon et le roi Lazare s'empresse d'envoyer à son allié le roi de Bosnie, Tvertko Ier, un message annonçant prématurément la victoire. Tvertko répercute la nouvelle en Occident, si bien que peu après, le roi de France fait chanter un Te Deum d'actions de grâce. Mais au cours de l'après-midi, tout bascule avec l'intervention de renforts turcs conduits par le fils de Murad, Bajazet (Bayazid). Sans compter la trahison du propre neveu de Lazare, Vuk Brankovic qui abandonne le champ de bataille avec ses 12 000 hommes, et celle du chef bosniaque Vladko. Dès lors, la victoire change de camp. L'armée serbe démoralisée est taillée en pièces. Le roi Lazare tombe entre les mains de l'ennemi et Bajazet le fait décapiter ainsi que plusieurs nobles de son entourage. La défaite serbe est lourde de conséquences pour tous les peuples chrétiens des Balkans et, en premier lieu, pour le peuple serbe.

medium_lazar.jpgDans l'immédiat, la veuve du roi Lazare, Militsa, cherche à sauver la situation en négociant avec le nouveau sultan. Elle laisse entendre à Bajazet que les Serbes sont les alliés naturels des Turcs en face des autres peuples des Balkans et accepte de se reconnaître vassale et de fournir des contingents pour l'armée ottomane. Elle va même jusqu'à donner en mariage à Bajazet la plus jeune fille du roi Lazare. Tout ce qu'elle obtient en échange, c'est que le fils de Lazare, Etienne Lazarevic, soit nommé roi d'une Serbie devenue vassale des Turcs. La fiction d'une Serbie autonome sous suzeraineté turque se prolongera jusqu'en 1459. A ce moment-là, les Turcs prennent possession de la dernière forteresse encore tenue par les Serbes, Smederevo.

Au lendemain de la bataille de Kosovo Polje, les peuples des Balkans tombent les uns après les autres sous la domination turque, les Bulgares dès 1393, tandis que l'Empire byzantin, abandonné à ses seules forces, tente de résister. La chute de Constantinople le 29 mai 1453 met fin à un empire « romain » en pleine décadence.

Le peuple serbe, depuis cette journée tragique de juin 1389, va se souvenir de cette défaite qui le place sous la domination du Turc. Toute une littérature épique se développe autour du thème de la défaite d'un peuple abandonné de tous. Le souvenir du « champ des merles » est entretenu durant toute l'époque turque par ces chanteurs, généralement aveugles, qui vont de village en village et récitent des poèmes de leur composition en s'accompagnant de la guzla , une sorte de viole monocorde devenue le symbole de la nation. Leurs récits évoquent soit une jeune fille qui va sur le champ de bataille à la recherche de son bien-aimé, soit la mère des neuf frères Jugovic qui trouvent une mort glorieuse au cours de la bataille. Les Turcs aussi accordent une importance toute particulière à ce qu'ils considèrent comme une victoire décisive ; ils font élever, non loin du lieu des combats, un türbe , un tombeau où repose le sultan Murad. Ce sera pour eux pendant très longtemps un lieu de pèlerinage où l'on vient se recueillir sur la tombe du Ghazi.

medium_bataille_de_Kosovo.jpgDésormais, pendant plus de quatre siècles et demi, le peuple serbe va être soumis à la domination turque. Il n'en conserve pas moins sa langue, sa culture et sa foi orthodoxe, même si, pour mieux surveiller le clergé serbe, le pouvoir ottoman nomme le plus souvent à la tête des évêchés de Serbie des évêques grecs jugés plus sûrs. Dans les villes, des garnisons turques sont installées et à côté des Turcs viennent s'établir des Arméniens, des Grecs et des représentants des différentes ethnies de l'Empire ottoman. En revanche, les campagnes et les monastères demeurés intacts deviennent le véritable conservatoire de la tradition nationale serbe. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, on assiste à des migrations de population dont on mesure aujourd'hui les conséquences dramatiques. Les vieilles terres historiques du Kosovo - le nom de la bataille de 1389 désigne bientôt toute cette région qui s'étend de Pec à Pristina - sont progressivement abandonnées par les populations serbes qui trouvent un abri plus sûr face aux exactions des Turcs dans les régions forestières et montagneuses du Nord. A la fin du XVIIe siècle, après l'échec d'une révolte contre le pouvoir turc et dans la crainte de représailles, le gros des habitants serbes du Kosovo sous la conduite du patriarche de Pec, Arsinoé, environ 40.000 familles, vont se réfugier dans le sud de la Hongrie - l'actuelle Voïvodine devenue yougoslave en 1920 - d'où les armées de l'empereur Léopold Ier ont chassé les Turcs. Les terres qu'ils ont abandonnées au Kosovo sont aussitôt occupées par les Albanais devenus en majorité musulmans, davantage par opportunisme que par conviction. Ceux des Serbes qui se sont installés dans le sud de la Hongrie reçoivent des terres et y fondent la ville de Novi Sad. Ainsi, au début du XVIIIe siècle, les Albanais ont remplacé les Serbes et sont devenus majoritaires au Kosovo. Pour eux, il s'agit de reprendre un territoire qui leur a appartenu dans le passé, avant l'arrivée des Serbes au VIIe siècle. Au XIXe siècle, avec l'affaiblissement de l'Empire ottoman, la Serbie retrouve son indépendance par étapes successives et, à l'issue des guerres balkaniques de 1912-1913 dans lesquelles l'armée serbe joue un rôle décisif, la Conférence des ambassadeurs des grandes puissances attribue à la Serbie le territoire du Kosovo et une grande partie de la Macédoine, pour raisons essentiellement politiques sans tenir compte de la réalité ethnique. Compte tenu des mouvements de populations survenus depuis le XVIIe siècle, les Serbes sont minoritaires au Kosovo et dans l'ouest de la Macédoine, face à une majorité d'Albanais dont le désir profond est le rattachement à l'Etat albanais créé en 1912.

On a là tous les ingrédients pour provoquer un conflit longtemps occulté par la politique autoritaire des gouvernements qui se sont succédé à Belgrade depuis 1920. Déjà le recensement de 1921 donne pour le Kosovo une population de 65,8 % d'Albanais et de 6,3% de Turcs à côté de 20,5% de Serbes. La démographie plus vigoureuse des Albanais a fait passer leur pourcentage à 68,5% en 1948 et à 77,4% en 1981, le dernier recensement effectué en « temps de paix ». Mais pour les Serbes, le Kosovo est considéré comme le berceau de leur nation, même si « l'invasion » albanaise les a rendus minoritaires. « Une terre pour deux peuples » que tout sépare, tel est le drame de cette région. L'utilisation de la fibre nationale, voire nationaliste, du peuple serbe par Slobodan Milosevic pour se maintenir au pouvoir, a débouché en 1989 sur la mise en place d'une politique « grand-serbe » au Kosovo qui s'est exprimée au grand jour lors de la commémoration du 600e anniversaire de la bataille du « champ aux merles ». On a vu alors resurgir les vieux démons du passé : l'Albanais, volontairement assimilé à l'ennemi héréditaire turc, ne devait pas avoir droit de cité dans le sanctuaire national du Kosovo. Nous connaissons tous les conséquences dramatiques de ce retour à l'irrationnel, de cette incessante réminiscence d'un drame vieux de plus de six cents ans aujourd'hui.

Henry BOGDAN

Agrégé d'histoire, spécialiste de l'Europe centrale et orientale  

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