mardi, 13 janvier 2009

L'armée israélienne utiliserait une arme peu connue, selon des médecins norvégiens

Deux médecins norvégiens qui viennent de passer 10 jours dans la bande de Gaza ont déclaré lundi soupçonner l'armée israélienne d'utiliser une arme peu connue appelée DIME (Dense Inert Metal Explosive), qui produit une explosion très puissante sur un rayon limité.

G.jpg"C'est une nouvelle génération d'explosifs très puissants sous un faible volume, qui détonnent avec une extrême puissance et dont la puissance se dissipe sur une zone de 5 à 10 mètres", a expliqué à des journalistes l'un des deux médecins, Mads Gilbert, sur l'aéroport Gardermoen d'Oslo.

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mardi, 30 décembre 2008

Gaza : Destruction par Tsahal d'un camion (transportant des rockets ?)

dimanche, 27 janvier 2008

Le Hamas montre l'incapacité d'Israël à dompter Gaza

c545c178e3cf8b585ab638b96f34c701.jpgLes islamistes du Hamas ont démontré l'incapacité d'Israël à mettre au pas la bande de Gaza en déverrouillant la frontière avec l'Egypte et en transformant le blocus israélien en désastre pour l'image de l'État juif.

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vendredi, 28 septembre 2007

Le Hamas affirme avoir 50.000 hommes armés pour affronter Israël

78a03b8b0e60d2818389c67f0b7c9585.jpg50 000 hommes armés et des centaines de kamikazes sont prêts à repousser ou entraver une opération militaire israélienne d'envergure dans la bande de Gaza, a affirmé le Hamas qui contrôle le territoire. 

Israël menace de mener une offensive à grande échelle pour faire cesser les tirs de roquettes d'activistes palestiniens que l'armée n'a pas réussi à réduire fortement par ses frappes aériennes ou ses opérations commando. 

Mais le bilan humain d'une telle attaque sur un territoire aussi densément peuplé que la bande de Gaza serait très lourd, et il explique les hésitations du gouvernement israélien, au regard des pertes limitées dues aux tirs de roquettes.

Une opération d'envergure dans les prochaines semaines compliquerait en outre la conférence de novembre sur le Proche-Orient organisée par les Etats-Unis. 

"Il y a beaucoup de choses à prendre en compte avant d'entreprendre une telle opération et le sommet est sans nul doute l'un des éléments que l'on ne peut se permettre d'ignorer",a déclaré le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnai à la radio militaire. 

Nizar Rayyan, haut dirigeant du Hamas, a en tout cas prévenu que le mouvement islamiste était prêt à répliquer. Sur un site internet affilié au mouvement, il a affirmé que 50.000 combattants et 400 candidats à des attentats suicide étaient prêts à la riposte. 

200 femmes se sont également portées volontaires pour s'attacher des ceintures d'explosifs et affronter ainsi les blindés israéliens, ce qui a surpris le commandement du Hamas, a ajouté Rayyan.

Les services de renseignement israéliens estiment que le Hamas a réuni au moins 20.000 combattants qui savent se servir d'armes légères de toutes sortes.

En partie financé par l'Iran, le Hamas prend le Hezbollah pour modèle. Le mouvement chiite libanais a fait subir d'importants revers à l'armée israélienne lors de leur confrontation armée durant l'été 2006.

Source du texte : REUTERS

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mardi, 11 septembre 2007

Enfants de guerre

5206a5728e54a2f56d56168d45d611ca.jpgDe nouveau des enfants. Cinq enfants de Gaza tués en huit jours. L’insensibilité du public face à ces meurtres - les trois derniers, par exemple, n’ont eu droit qu’à un entrefilet en marge de la page 11 du Yediot Aharonot, ce qui est en soi écœurant - ne peut estomper le fait que l’armée israélienne mène une guerre contre des enfants.

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jeudi, 23 août 2007

Palestine : Les membres de la Force exécutive du Hamas vont devenir policiers

97cd14493a8bb5997f31963fc8376d58.jpgLe gouvernement du Hamas en place à Gaza annonce que la majeure partie des 6.000 miliciens de la Force exécutive, son unité d'élite, vont remplacer les policiers officiels fidèles à Mahmoud Abbas.

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vendredi, 15 juin 2007

Le Hamas contrôle la majeure partie de la bande de Gaza

fb95b192e32faad722989c7838dfe0e9.jpgDes pillards se sont joints vendredi aux combattants du Hamas pour mettre à sac le siège de la présidence de l'Autorité palestinienne à Gaza • La bande de Gaza est devenue dans les faits un territoire indépendant aux mains du mouvement islamiste • L'aide internationale à destination d'une Autorité palestinienne désormais cantonnée en Cisjordanie pourrait être débloquée.

Un air de chaos règne à Gaza. Alors que des pillards se sont joints vendredi aux combattants du Hamas pour mettre à sac le siège de la présidence de l'Autorité palestinienne à Gaza, symbole de leur victoire sur leurs rivaux du Fatah, la bande de Gaza devenue dans les faits un territoire indépendant aux mains du mouvement islamiste. Malgré les tirs d'activistes du Hamas en liesse, paradant au volant de véhicules pris aux fidèles du Fatah, des civils ont défilé dans ce qui était encore jeudi le dernier bastion des forces soutenues par les puissances occidentales, emportant frigidaires, antennes satellite et même des portes. Plusieurs bâtiments de la présidence, sur laquelle flotte désormais le drapeau vert du Hamas, ont également été incendiés.

Au siège de la présidence, les portraits d'Abbas et de son prédécesseur Yasser Arafat ont été arrachés. Des combattants islamistes ont montré à des journalistes des pièces tachées de sang où, disent-ils, des membres de la garde présidentielle se sont suicidés plutôt que de se rendre. Le Fatah accuse les islamistes de les avoir exécutés. «Nous avons livré bataille à ceux qui mettent en oeuvre la politique de l'Amérique», a affirmé un représentant du mouvement à la télévision. «Les brigades Kassam (la branche armée du hamas, ndlr) ont décidé d'accorder une amnistie aux chefs des services de sécurité et aux instigateurs du coup d'Etat», a par ailleurs déclaré à la presse Abou Oubeïda, porte-parole de la banche armée du mouvement islamiste. 

Après six jours d'intenses combats, la bande de Gaza est désormais coupée de la Cisjordanie non plus seulement par l'Etat juif, qui sépare physiquement les deux territoires, mais par un gouffre politique. «C'est notre argent, l'argent du peuple, et nous en récupérons une partie», a lancé l'un des pillards de la présidence, tandis que des combattants se prenaient en photo dans le fauteuil d'Abbas et dans sa chambre à coucher.  «C'est un coup d'Etat, a déploré Abou Khaled, un habitant de Gaza. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui préfigure l'avenir; le chaos va s'imposer». «Le Hamas pourra-t-il mettre fin à la criminalité ? Saura-t-il nous nourrir ? Que va-t-il se passer si Abou Mazen (Mahmoud Abbas) arrête d'envoyer de l'argent à Gaza ?», s'interroge un autre habitant.

a48e3118b5f934d4041d45cad5bc187e.jpgAprès avoir décrété jeudi l'état d'urgence et limogé le gouvernement d'union formé en mars, Abbas devait de son côté nommer dans la journée un cabinet de crise. Les Etats-Unis, qui ont contribué à la formation et à l'équipement des forces défaites par le Hamas, ont renouvelé leur soutien au président de l'Autorité palestinienne, ce qui pourrait se traduire par un assouplissement des sanctions imposées après le triomphe électoral du Hamas en janvier 2006. L'aide internationale à destination d'une Autorité palestinienne désormais cantonnée en Cisjordanie pourrait ainsi être débloquée, de même que les fonds gelés par Israël, tandis que l'embargo serait maintenu pour la bande de Gaza.

Un accord en ce sens pourrait être scellé à l'occasion de la visite d'Ehud Olmert, chef du gouvernement israélien, aux Etats-Unis mardi prochain. «S'il y a un gouvernement de crise sans la participation du Hamas, alors les fonds pourront être débloqués, a déclaré un responsable israélien. De notre point de vue, le gouvernement Hamas n'existe plus», a-t-il ajouté à propos du cabinet d'union formé en mars après l'accord de La Mecque.  Abbas «a ardemment souhaité le soutien de l'Union européenne (...) Je pense que nous allons globalement soutenir cette idée, sous quelle forme, je ne peux vous le dire», a déclaré un diplomate européen.   

Après la dissolution du gouvernement d'union, Ismaïl Haniyeh, chef de ce gouvernement issu du Hamas, a dénoncé une «décision hâtive» et affirmé que son équipe poursuivrait sa mission. Il a en outre exhorté les islamistes à cesser la traque de leurs adversaires nationalistes du Fatah, auxquels il impute la responsabilité des violences. Ivres de leur succès, les activistes du Hamas se sont mis à traquer leurs rivaux du Fatah. L'un des dirigeants des Brigades des martyrs d'Al Aqsa, émanation du Fatah, a été tué et sa dépouille a été brandie comme un trophée dans les rues d'un camp de réfugiés. D'après des responsables médicaux, les combats ont fait au moins 30 morts jeudi, ce qui porte à plus de 110 tués le bilan des affrontements depuis samedi.
 

Source du texte : LIBERATION.FR 

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jeudi, 17 mai 2007

L'armée de l'air israélienne attaque un édifice au centre de Gaza

Une personne a été tuée et trente ont été blessées jeudi dans un raid aérien israélien contre le quartier général de la Force exécutive du mouvement islamiste Hamas dans le centre de Gaza, ont indiqué des sources médicales.

Selon un correspondant de l'AFP, l'attaque a détruit le bâtiment du quartier général dans le quartier de Rimal. Des ambulances ont été vues évacuant des personnes blessées sous les gravats alors que des hommes armés tiraient en l'air.

L'armée israélienne a confirmé un raid contre la ville de Gaza sans donner plus de précisions.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a ordonné mercredi à l'armée de lancer une "riposte sévère" face aux tirs de roquettes palestiniennes contre le sud d'Israël, qui ont fait quatre blessés depuis dimanche.

Plus tôt, des sources palestiniennes ont indiqué qu'un premier raid avait eu lieu contre une autre position de la Force exécutive du Hamas à Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza.

Ces attaques israéliennes contre des positions du Hamas interviennent au moment où le mouvement islamiste est engagé dans des combats meurtriers avec les services de sécurité loyaux au président Mahmoud Abbas.

Source : Romandie News 

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jeudi, 28 décembre 2006

DES ARMES POUR LE FATAH

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" En coordination avec Israël, l'Egypte a livré une importante quantité de fusils et de munitions aux forces d'Abbas ", a annoncé jeudi un responsable israélien sous le couvert de l'anonymat. Selon le quotidien israélien Haaretz, " un chargement de 2.000 fusils Kalachnikov AK-47 ainsi que 20.000 chargeurs et deux millions de balles ont été transférés aux groupes armés relevant du Fatah dans la bande de Gaza, en coordination avec l'armée israélienne ". Toujours selon ce journal, le chargement a été transporté par un convoi de quatre camions depuis l'Egypte via un terminal routier situé sud de la bande de Gaza, jusqu’à leur réception par des services de sécurité de l'Autorité palestinienne fidèles à la présidence. Son porte-parole a toutefois catégoriquement démenti l’information qu’il qualifie de " propagande israélienne destinée à aggraver la situation entre le Fatah et le Hamas".
 
Contrer le Hamas
 
Décidé lors du sommet qui a réuni samedi, le premier ministre israélien Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas, ce transfert d'armes est une des conséquences directes des discussions officielles entre l’Etat hébreu, l'Egypte et les Etats-Unis. Selon le Haaretz, des responsables du Fatah se seraient en effet plaints de leur faible force de frappe, face aux miliciens du Hamas, qui bénéficient des armes de contrebande transitant par le Sinaï.
 
Selon la radio publique israélienne, une prochaine livraison d'armes et de munitions en provenance de Jordanie devrait être effectuée aux forces du Fatah en Cisjordanie.

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dimanche, 26 novembre 2006

Les armes expérimentales de Tsahal en accusation

medium_tsahal_2.2.jpgSelon un rapport d'experts italiens, Israël a utilisé dans la bande de Gaza des armes expérimentales provoquant d'horribles blessures
 
Abdel Khader Jawouda n’oubliera jamais le 4 novembre 2006. À 8 h 15, un drone israélien tire une roquette sur ce lieutenant des services de sécurité palestiniens, actif dans les groupes de militants armés. Il soulève le drap de son lit d’hôpital, pour montrer le résultat : deux jambes amputées. Ses médecins de l’hôpital Chiffa de Gaza affirment que Jawouda est l’une des nombreuses victimes d’un nouveau type d’armes expérimentales utilisées par les forces israéliennes dans la bande de Gaza.
 
« Lorsque je me suis réveillé après l’explosion, j’ai trouvé mes deux jambes à côté de moi, raconte Jawouda. Elles avaient été coupées net. » Son orthopédiste, le docteur Sadek, affirme que ce type de blessure est le résultat typique des nouvelles armes au phosphore et au tungstène utilisées par Tsahal. « Les membres ne sont pas tranchés directement par les éclats, explique-t-il. Les éclats qui touchent le corps provoquent des brûlures tellement sévères, que celles-ci entraînent souvent une amputation des membres, parce que les chairs et les os fondent. Si les victimes n’ont pas de chance, elles sont touchées à la tête ou à l’abdomen, et là, nous ne pouvons plus rien pour elles. »
 
Un rapport d’experts italiens, récemment rendu public, a révélé l’utilisation par Israël de ces armes expérimentales, ces derniers mois, dans la bande de Gaza. Selon ces experts, qui se fondent sur des témoignages de médecins à Gaza et des analyses en laboratoire, ces armes sont similaires aux DIME (Dense Inert Metal Explosive) utilisées par l’armée américaine, qui provoquent une explosion très puissante et meurtrière, mais dans un rayon très limité. L’équipe d’experts italiens avait déjà révélé, il y a plusieurs mois, que les forces améri­caines en Irak avaient utilisé des bombes au phosphore contre les insurgés de Faloudja.
 
« L’idée est de cibler plus précisément les personnes visées, sans occasionner de dommages sur les passants innocents », explique le général Yitzhak Ben-Israël, général de l’armée de l’air et ancien responsable du programme de développement d’armes de Tsahal. Ces armes projettent des particules de tungstène - un métal conducteur de très hautes températures - mortelles dans un rayon de quatre mètres. Les chercheurs italiens ont trouvé de fortes concentrations de tungstène, de carbone, de cuivre et d’aluminium dans les échantillons prélevés sur les blessures inhabituelles.
 
Les médecins font état d’un nombre anormalement élevé d’amputations et de corps entièrement brûlés. Le docteur Jouma Saka, chirurgien à l’hôpital Chiffa, fait défiler sur son ordinateur les photographies insoutenables de corps d’hommes, mais aussi de femmes et d’enfants brûlés ou déchiquetés. « Nous n’avions jamais vu cela auparavant, affirme-t-il. Certaines victimes arrivent ici sans que nous comprenions de quoi elles souffrent. À la radio, on ne voit pas le moindre éclat métallique. Mais lorsqu’on ouvre les patients, on trouve de terribles dégâts. Une poudre se répand dans leur corps et calcine les organes et les tissus. On retrouve des fois, des reins ou des intestins entièrement carbonisés. Ce sont de nouveaux types d’armes au tungstène et au phosphore. Des armes expérimentales, interdites par la convention de Genève. »
 
Selon le docteur Saka, les forces israéliennes ont commencé à utiliser ces armes de façon très agressive, début juillet, après le lancement de l’opération « pluies d’été », qui a suivi l’enlèvement du caporal Gilad Shalit. « Lors des trois premières semaines, 60 % des blessures de nos patients à Chiffa ont été provoquées par ce type d’arme, assure-t-il. Maintenant, cela représente 40 % des blessures, y compris en comptant les 19 personnes tuées par des obus traditionnels, la semaine dernière à Beit Hanoun. »
 
Source du texte : FIGARO.FR 
 

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jeudi, 28 septembre 2006

LA CATASTROPHE HUMAINE DE GAZA EST UNE BOMBE A RETARDEMENT

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Alors que l'attention mondiale est toujours centrée sur le Liban, à moins de 200 km au sud, Gaza constitue une bombe à retardement. Quelque 1,4 million de personnes, pour la plupart des enfants, sont ­entassées dans l'une des régions les plus densément peuplées du monde, sans liberté de mouvement, aucune place pour courir et nul endroit pour se cacher. Virtuellement sans accès extérieur depuis juin, Gaza connaît une montée de la pauvreté, du chômage, des pé­nuries et du désespoir. Tristement, ce dont Gaza a le plus besoin aujourd'hui est précisément ce dont il manque le plus : l'espoir.
 
Plus tôt en septembre, 35 pays, auxquels se sont joints l'ONU, le mouvement de la Croix-Rouge et les ONG, se sont réunis à Stockholm pour contribuer à restaurer quelques petites mesures d'espoir pour la population de Gaza. Les pays donateurs ont annoncé 116 mil­­lions de dollars supplémentaires pour les besoins humanitaires urgents dans les territoires palestiniens occupés, dont la moitié en réponse à l'appel de 384 millions de dollars de l'ONU. S'il faut féliciter les donateurs de leur initiative constructive, la population de Gaza a besoin de beaucoup plus, et rapidement. L'appel humanitaire de l'ONU nécessite toujours 42 % des fonds malgré les mises en garde d'une situation se dégradant rapidement, susceptible de déstabiliser de nombreuses familles.
 
Depuis que l'opération israélienne « Pluie d'été » a commencé fin juin en réponse à l'enlèvement d'un soldat des forces de défense israéliennes, un soldat israélien a été tué. Mais durant la même période, 235 Palestiniens ont été tués, dont 46 enfants. Chaque perte de vie humaine doit être déplorée. Mais il ne fait aucun doute que la réponse, mesurée en termes de victimes civiles, est disproportionnée. Pour les Palestiniens comme pour les Israéliens, les conséquences des affrontements de l'été sont dévastatrices de la même façon qu'elles sont néfastes pour les perspectives de paix dans cette région troublée.
 
L'accès par air, mer et terre a été virtuellement coupé à Gaza. Les mouvements de biens et de personnes ont presque cessé. L'approvisionnement en électricité et en eau, perturbé par l'attaque des forces de défense israéliennes sur les principales centrales électriques, est irrégulier et insignifiant. Les infrastructures civiles ont été affectées. Gaza demeure aujourd'hui dépendante de sources extérieures pour son approvisionnement alimentaire et commercial. Les conditions sanitaires se dégradent alors que l'accès à l'eau potable est insuffisant. Avec une économie palestinienne en chute libre continue, il faut s'attendre à une détérioration plus poussée des conditions sanitaires.
 
Imaginez : vous êtes une mère ou un père de Gaza, vivant sur une superficie inférieure au quart du grand Londres (1,620 km²) avec une population de la taille de Leeds (1,49 million d'habitants). Vous ne pouvez pas quitter ce territoire, ni importer ou exporter de produits. Vos enfants vivent dans la peur continue de la violence. La pénurie de l'essentiel, dont l'eau, augmente la propagation des maladies contagieuses et renforce encore les problèmes de la vie quotidienne. Chaque jour, jusqu'à 185 obus d'artillerie frappent votre territoire. Chaque nuit, vous assistez à des tirs de roquette aveugles sur Israël par des groupes militants. Vous savez que lorsque les représailles viendront, vous et votre famille ne serez pas épargnés par leurs effets.
 
Maintenant, imaginez que vous vivez en Israël, chaque nuit, des roquettes tombent. Des groupes armés minent votre pays, votre vie quotidienne et votre existence. Nous pensons qu'il n'est de l'intérêt d'aucune des parties que la violence prévale à Gaza ou en Cisjordanie, situées au carrefour de toutes les grandes cultures et religions du monde. Pour aider à désamorcer la bombe à retardement à Gaza, nous avons besoin d'une action sur trois fronts : humanitaire, économique et politique. En premier lieu, les civils et les infrastructures civiles doivent être protégés par toutes les parties. Nous demandons au gouvernement israélien, en tant que puissance occupante, à l'Autorité palestinienne, et à tous les groupes armés à s'acquitter de leurs responsabilités au regard du droit international.
 
Une cessation des hostilités doit s'accompagner de la liberté de mouvement pour les civils et les travailleurs humanitaires. Pour la population de Gaza, la perception d'être piégée, confinée, de vivre en cage est intolérable et alimente encore le désespoir. L'accord sur le mouvement et l'accès du 15 novembre 2005 doit maintenant être pleinement mis en oeuvre.
 
La liberté de mouvement est aussi essentielle pour permettre aux personnels humanitaires d'atteindre ceux dans le besoin à Gaza et en Cisjordanie. Le passage de Karni, le principal point de passage entre Israël et Gaza, doit être transformé en zone de non-conflit, une zone protégée, ouverte aux flux de produits essentiels pour la population palestinienne. Une tierce partie indépendante pourrait être désignée pour surveiller cette zone pour répondre aux attentes d'Israël en matière de sécurité. La majorité de la population de Gaza dépendant de l'aide extérieure pour sa survie de base, restreindre l'accès humanitaire devient une question de vie ou de mort. Sur le front économique, nous demandons à Israël de libérer les 500 millions de dollars environ de revenus des impôts et droits de douane qu'il retient.
 
Ces fonds sont indispensables pour répondre de toute urgence aux besoins humanitaires et économiques. Mais l'argent seul n'est pas la réponse bien sûr, pas plus que des « plâtres humanitaires sur une plaie ouverte ». À la fin, seuls un retour au processus de paix et une solution durable, avec deux États, peuvent apporter l'espoir et la guérison dans cette région troublée. Le besoin est urgent. Le moment est maintenant. C'est une question de solidarité et une question de sécurité pour nous tous.
 
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Par Jan Egeland et Jan Eliasson [Secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence ; ministre des Affaires étrangères de la Suède et ancien secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires (1992-1994)].
 
Source du texte : LE FIGARO.FR 

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mardi, 18 juillet 2006

La folie brutale d'Israël

 

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Aucun mot n’est assez fort pour décrire les horreurs perpétrées quotidiennement par Israël depuis tant d’années contre les Palestiniens. La tragédie de Gaza a été décrite plus de cent fois, tout comme les tragédies de 1948, de Qibya, de Sabra et Shatila, de Jenin – 60 ans d’atrocités perpétrées au nom du judaïsme. Mais cette horreur tombe généralement dans les oreilles des sourds qui abondent en Israël, sur la scène politique et dans les principaux médias états-uniens. Ceux qui sont horrifiés, et il y en a beaucoup, n’ont pas le pouvoir de percer le mur de passivité qui empêche l’élite politique et médiatique en Israël, et plus encore aux États-Unis et maintenant au Canada et en Europe, de voir la réalité et de s’en soucier.

 

Mais il est grand temps de le dire haut et fort : ceux qui élaborent et mettent en pratique la politique israélienne ont transformé Israël en un monstre et le moment est venu pour nous tous, tous les Israéliens, tous les Juifs qui autorisent Israël à s’exprimer en leur nom, tous les Américains qui ne font rien pour mettre fin au soutien accordé par les États-Unis à la politique meurtrière d’Israël, de reconnaître qu’en restant passifs pendant qu’Israël ne cesse de commettre des atrocités contre les Palestiniens, l’éclaboussure morale de ces crimes rejaillit sur nous.

 

Une nation qui revendique la primauté d’une ethnie ou d’une religion sur toutes les autres finit éventuellement par être victime de troubles psychologiques. Obsédée narcissique par sa propre image, elle s’efforce de maintenir sa supériorité raciale à tout prix en percevant inévitablement dans toute résistance à sa supériorité imaginaire une menace existentielle. En effet, tout autre peuple devient automatiquement une menace existentielle du simple fait de son existence, En tentant de se protéger contre ces dangers imaginaires, l’État raciste devient de plus en plus paranoïaque, il se referme dans une insularité morbide, se limite intellectuellement. Tout échec l’enrage, toute humiliation le rend fou. Un tel État réagit avec une force démentielle et tout à fait disproportionnée, lui permettant d’être sûr de sa propre force.

 

Ce schéma psychologique fonctionnait dans l’Allemagne nazie lorsqu’elle tentait de maintenir la supériorité mythique des Aryens. Il fonctionne actuellement en Israël. « Cette société ne reconnaît plus aucune frontière géographique ou morale » écrit l’intellectuel israélien et activiste anti-sioniste, Michel Warschawski dans son livre Towards an Open Tomb : The crisis of Israeli Society (2004). Israël ne se donne aucune limite dans sa riposte parce qu’il découvre que sa tentative de soumettre les Palestiniens et d’avaler la Palestine tout entière échoue face à l’attitude courageuse et digne du peuple palestinien qui refuse de se soumettre tranquillement et de cesser toute résistance à l’arrogance d’Israël.

 

Aux États-Unis, nous nous sommes blindés  face à la tragédie infligée par Israël, et nous tombons facilement dans la spirale qui transforme automatiquement, par un artifice d’imagination, les atrocités israéliennes en exemples de victimisation d’Israël. Mais une autorité militaire qui autorise le lâcher d’une bombe de 250 kg sur un immeuble résidentiel au milieu de la nuit et tue 14 personnes civiles dans leur sommeil comme cela s’est produit il y a quatre ans, n’est pas une armée qui respecte les conventions civilisées.

 

Une autorité militaire qui autorise le lâcher d’une bombe de 250 kg sur une maison en pleine nuit, tuant un couple et sept de leurs enfants, comme cela s’est produit à Gaza, il y a quatre jours, n’est pas l’armée d’un pays qui respecte la morale.

 

Une société qui peut accepter comme un fait divers sans importance le meurtre brutal d’une fillette de 13 ans par un officier sous prétexte qu’elle menaçait les soldats d’un poste militaire – l’un des quelques 700 enfants palestiniens assassinés par des Israéliens depuis le début de l’Intifada –  n’est pas une société dotée d’une conscience.

 

Un gouvernement qui emprisonne une adolescente de quinze ans – une parmi les centaines d’enfants dans les prisons israéliennes – pour le crime consistant à avoir repoussé et fui un soldat tentant de la fouiller au corps alors qu’elle entrait dans une mosquée, n’est pas un gouvernement agissant selon des principes moraux. (Cette histoire, qui n’appartient pas à la catégorie de faits divers retenus par les médias états-uniens, fut publiée dans le Sunday Times à Londres. En fait, la jeune fille fut abattue par trois balles alors qu’elle s’enfuyait, et elle fut condamnée à 18 mois de détention lorsqu’elle est revenue de son coma.)

 

Les critiques d’Israël s’accordent de plus en plus sur le constat que la politique d’autodestruction suivie par le pays confine à la catastrophe. Le journaliste israélien Gideon Levy parle d’une société caractérisée par un « effondrement moral ».

 

Michel Warschawski parle de la « folie israélienne », d’une « brutalité malsaine », de la « putréfaction » de la société civilisée qui a poussé ce pays vers une spirale suicidaire. Il prévoit la fin de l’entreprise sioniste, qualifiant l’État juif de « bande de voyous faisant fi de la légalité et de la moralité civile. » Or, « Un État fondé sur le mépris de la justice perd la force nécessaire à sa propre survie ».


Comme le souligne Warschawski avec amertume, Israël a désormais jeté bas toute retenue morale, si tant est qu’il en ait jamais eue. Ceux qui continuent d’appuyer l’État d’Israël, qui lui trouvent des excuses alors qu’il s’enfonce dans la corruption, ont perdu tout sens de la morale.

 

medium_Christisons.jpegPar Kathleen Christison

Counterpunch, 17 juillet 2006

Kathleen Christison est une ex-analyste politique de la CIA qui travaille sur les questions du Moyen Orient depuis 30 ans. Elle est l’auteur de Perceptions of Palestine and the wound of Dispossession. On peut lui écrire à

mailto: kathy.bill@christison-santafe.com

 


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dimanche, 16 juillet 2006

Les relations Etats-Unis-Israël : origines et maturation

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Inutile d'être un fin connaisseur des affaires du monde pour prédire que le chaudron du Moyen-Orient va continuer à bouillir. Le passage du monde industriel, à partir de la Première Guerre mondiale, à une économie fondée sur le pétrole et la découverte des incomparables gisements pétroliers moyen-orientaux ont exacerbé les conflits internes de la région. Après la Seconde Guerre mondiale, l'une des grandes priorités de la politique américaine a été d'assurer la mainmise des Etats-Unis sur cette zone si riche en ressources et si importante stratégiquement.

A l'apogée de sa gloire, la Grande-Bretagne contrôlait la région en déléguant l'autorité à des clients, les forces britanniques restant à l'arrière-plan. Il convenait de laisser la gestion locale - pour user de la terminologie du Foreign Office - à une "facade arabe" de monarques faibles et complaisants: "l'absorption" de ces colonies virtuelles par la Grande-Bretagne serait "voilée par des fictions constitutionnelles", solution jugée moins coûteuse que la colonisation directe. Avec des variantes, le système est familier dans d'autres régions aussi.

Le Moyen-Orient ne s'est pas soumis sans résistance. Heureusement pour les stratèges impériaux, on disposait désormais de la puissance aérienne pour contrôler les populations civiles, malgré la fascination de certains, tels que Winston Churchill, pour les gaz toxiques comme instruments de mise au pas des "Arabes récalcitrants" (essentiellement les Kurdes et les Afghans). L'entre-deux-guerres a vu des efforts pour interdire ou limiter la guerre, mais la Grande-Bretagne a fait en sorte qu'ils n'interfèrent pas avec l'impérialisme, fixant ainsi un précédent pour son successeur en hégémonie mondiale. Londres a saboté, notamment, les tentatives de restreindre l'usage de la puissance aérienne contre les civils, pour des raisons exprimées succintement par l'éminent homme d'Etat Lloyd George: il a félicité le gouvernement britannique "d'avoir gardé le droit de bombarder les nègres" (1).

Les grands principes moraux ont la vie dure. Celui-ci ne fait pas exception.

Les Etats-Unis reprirent le cadre britannique, mais en y ajoutant un niveau de contrôle supplémentaire: des Etats périphériques, de préférence non arabes, pouvant servirde "flics du coin", selon la terminologie de l'administration Nixon. Le commissariat central restait bien sûr à Washington, avec une annexe à Londres. La Turquie fut dès le début un membre important du club, où l'Iran vint la rejoindre en 1953, lorsque le coup d'Etat militaire américano-britannique restaura le shah en renversant un gouvernement parlementaire conservateur qui prétendait contrôler les ressources naturelles du pays.

Ce qui intéressait les Etats-Unis, c'était de tenir les gisements, pas de consommer le pétrole. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Amérique du Nord était la plus grande région productrice du monde, même si nul ne pensait qu'elle le resterait longtemps. Puis les Etats-Unis commencèrent à importer quantité de pétrole du Venezuela. A en croire les projections actuelles du renseignement américain, ils vont continuer à puiser essentiellement dans les ressources du bassin de l'Atlantique - celles des Amériques et de l'Afrique occidentale -, plus stables et sûres que les ressources du Moyen Orient (2).  Mais, comme ce fut le cas tout au long de l'après-guerre, ils nen jugent pas moins nécessaire de conserver la haute main sur celui-ci.

Contrôler cette prise fabuleuse, les ressources naturelles du golfe, c'est faire des firmes énergétiques américano-britanniques les principales bénéficiaires d'immenses profits. La richesse est recyclée vers les économies américaines et britanniques par bien d'autres moyens aussi, dont les ventes de matériels militaires (qui irriguent le secteur des technologies de pointe en général), les grands travaux, les bons du Trésor. La "puissance stratégique fantastique"  reconnue à la région est un instrument de domination mondiale. Tout cela a été bien compris par les organisateurs du monde d'après guerre et reste vrai. Les services secrets américains estiment que les ressources énergétiques du Golfe vont jouer un rôle encore plus important dans les années qui viennent (3), autre raison d'agir pour en garder le contôle, que les Etats-Unis en soient ou non de gros consommateurs eux-mêmes.

Dans une très large mesure, le réseau planétaire des bases militaires américaines, du Pacifique aux Açores, a été conçu pour des opérations dans la région du Golfe. L'effort américain de contre-insurrection et de subversion en Grèce et en Italie dans les années 1940 était en partie motivé par le souci de maintenir la libre circulation du pétrole moyen-oriental vers l'Occident. Aujourd'hui, ce réseau de bases s'est étendu à deux ex-satellites soviétiques, la Bulgarie et la Roumanie. Depuis les années Carter, les principales forces d'intervention des Etats-Unis sont tournées vers le Golfe. Jusqu'à une date récente, la seule base militaire américaine totalement fiable dans la région était une île sous souveraineté britannique, Diego Garcia, dont les habitants avaient été expulsés. Les Etats-Unis leur refusent toujours le droit au retour, en dépit des jugements des tribunaux britanniques (4) - problème aussi inconnu de l'opinion publique américaine que celui d'Okinawa. La guerre d'Afghanistan a fourni à Washington des bases militaires dans ce pays et en Asie centrale. Elles contribuent à améliorer la position des firmes américaines dans la phase actuelle du "grand jeu" pour contrôler les ressources de cette région, mais aussi à prolonger l'encerclement d'une zone d'une tout autre importance, le golfe Persique. On avait compris depuis longtemps qu'obtenir des bases militaires au coeur même des régions productrices de pétrole était l'un des objectifs de Washington en Irak; il a été déclaré ouvertement à la fin de la guerre (5).

D'autres objectifs jugés probables ont aussi été affichés publiquement au même moment. "Les deux sujets dont on n'a jamais discuté ouvertement, qui n'ont jamais fait partie du débat national, sont le pétrole et l'argent, a résumé Bob Herbert. Ces questions cruciales ont été traitées discrètement par les très grands opérateurs. A présent, beaucoup reçoivent leur part "(6).

C'est au sein de ce cadre général que les relations des Etats-Unis avec Israël se sont développées (7). En 1948, les Joint Chiefs of Staff ont été impressionnés par les faits d'armes de ce pays: à leur avis, seule la Turquie était supérieure pour la puissance militaire dans la région. Israël, ont-ils suggéré, pourrait permettre aux Etats-Unis "de s'assurer un avantage stratégique au Moyen-Orient" pour compenser le déclin de la Grande-Bretagne. Dix ans plus tard, ces considérations ont pris une certaine importance pratique.

L'année 1958 fut d'une importance extrême en politique internationale. L'administartion Eisenhower voyait alors trois crises majeures: l'Indonésie, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Toutes concernaient des pays producteurs de pétrole et musulmans, ainsi que leurs forces politiques, qui étaient alors laïques.

medium_nasser.jpgComme Eisenhower et le secrétaire d'Etat Dulles l'ont souligné, les Russes n'étaient impliqués dans aucune. Le problème était le diable familier: le "nationalisme radical". En Afrique du Nord, il s'agissait de la lutte des Algériens pour leur indépendance, question que les Etats-Unis voulaient voir rapidement réglée. En Indonésie, le coupable était Sukarno, l'un des dirigeants du mouvement exécré des non-alignés, qui, de plus, une démocratie excessive: un parti de masse des paysans pauvres voyait son infleunce grandir. Au Moyen-Orient, le méchant était Nasser, qualifié de "nouvel Hitler" par les dirigeants américains et britanniques pris de panique. Lui aussi était un pilier du mouvement des non-alignés, et l'on redoutait que son influence n'incite d'autres pays à suivre une politique indépendante. Ces craintes semblèrent devenir réalité en 1958, lorsq'un coup d'Etat en Irak, que l'on supposait d'inspiration nassérienne, renversa le gouvernement soutenu par la Grande-Bretagne. Les conséquences de cet évènement se font sentir jusqu'à ce jour.

Le coup d'Etat en Irak provoqua d'intenses discussions américano-britanniques. Les stratèges politiques avaient peur. Et si le Koweit réclamait son indépendance? Et si l'Arabie Saoudite elle-même succombait à la maladie? L'économie britannique était très dépendante des profits de la production pétrolière du Koweit et de ses investissements dans ce pays. La Grande-Bretagne décida demedium_Eisenhower-L.jpg lui octroyer une indépendance formelle - mais "nous devons admettre que, si les choses tournent mal, il nous faudra intervenir sans merci, quel que soit le fauteur de troubles", précisa le secrétaire au Foreign Office Selwyn Lloyd. Les Etats-Unis prirent le même engagement d'intervention par la force s'agissant des plus grosses prises: l'Arabie Saoudite et les autres émirats du Golfe. Eisenhower envoya des troupes au Liban pour faire barrage à une menace nationaliste que l'on redoutait dans ce pays et assurer le contôle des pipelines. Il rappela son intérêt pour la "région stratégiquement la plus importante du monde" et souligna que sa perte "serait bien pire que celle de la Chine" - considérée comme le pire désastre stratégique et des ressources du Moyen-Orient" (8).

Un autre pays d'importance cruciale risquait de tomber sous l'influence nassérienne: la Jordanie, alors base régionale de la puissance militaire britannique. Israël contribuait à assurer la mainmise de la Grande-Bretagne. Les stratèges de Washington ont constaté qu'Israël était la seule puissance locale à prendre des risques pour "alléger la pression dans la région". "Si nous décidons de combattre le nationalisme arabe radical et de garder le pétrole du golfe Persique par la force si nécessaire, conclut un mémorandum au Conseil de sécurité nationale, un corollaire logique serait de soutenir Israël, seule puissance prooccidentale forte qui demeure au Proche Orient" (9), ainsi que des puissances périphériques, la Turquie et l'Iran. Simultanément, en 1958, une visite en Turquie du Premier ministre David Ben Gourion donnait le coup d'envoi des relations turco-israéliennes. En 2000, écrit Efraim Inbar, celles-ci étaient devenues si étroites "qu'elles ne le cédaient pour l'intensité qu'aux liens israélo-américain" (10).

medium_usa_israel_flag_large.jpgEn 1967, l'alliance Etats-Unis-Israël était bien en place. Israël détruisit Nasser, protégeant ainsi la "façade" en péninsule arabique et portant un coup très rude au mouvement des non-alignés. Ce succès fut considéré comme une contribution majeure à la puissance des Etats-Unis. Il eut aussi un impact sensible dans le champ idéologique américain, point important qu'il me faut laisser de côté (11).

Souvenons-nous des trois crises majeures de 1958. La menace d'un nationalisme arabe indépendant au Moyen-Orient fut conjurée par la guerre de 1967. La crise nord-africaine se solda par l'indépendance de l'Algérie (12). En Indonésie, le dénouement fut un immense massacre, surtout des paysans sans terre, décrit par la CIA comme l'une des grandes tueries du XXè siècle, comparable à celles de Hitler, Staline et Mao.  Ce "massacre collectif ahurissant", selon les termes du New York Times, fut salué par une euphorie sans mélange en Occident. Il avait éliminé le parti de masse des pauvres et ouvert toutes grandes les portes aux investisseurs occidentaux. Comme au Moyen-Orient, un pilier du mouvement des non-alignés était abattu. Des processus à peu près similaires étaient en bonne voie en Amérique latine et, à un moindre degré, en Inde, dernier grand bastion du non-alignement. Partout, le rôle des Etats-Unis fut important, parfois crucial. Comme l'Angleterre avant eux, les Etats-Unis sont une puissance mondiale. On fait souvent des analyses erronées lorsqu'on ne regarde qu'une région du monde, en oubliant que la stratégie globale se décide à Washington.

Restons néanmoins au Moyen-Orient. Israël rendit un nouveau service en 1970, en dissuadant une possible intervention de la Syrie en faveur des Palestiniens qu'on massacrait en Jordanie. L'aide américaine à Israël quadrupla. Les services secrets des Etas-Unis, et des personnalités influentes qui s'intéressaient au Moen-Orient comme le sénateur Henry Jackson, voyaient dans l'alliance tacite Israël-Iran-Arabie Saoudite une base solide pour la puissance américaine dans la région - avec la Turquie, dont la participation, à leurs yeux, allait de soi.

En 1979, le shah tomba, et l'alliance israélo-turque devint encore plus importante pour fournir une base régionale. Elle s'élargit à un nouveau membre, qui remplaçait le shah: l'Irak de Saddam Hussein. En 1982, l'administration Reagan le retira de la liste officielle des Etats terroristes afin que les Etas-Unis puissent fournir librement de l'aide au dictateur.

Les choix faits par Israël au cours des trente dernières années ont considérablement réduit ses options;medium_Sadate.jpg sur sa lancée actuelle, il n'a pratiquement pas d'autre solution que de servir de base américaine dans la région et de se plier aux exigences des Etats-Unis. Cette situation est apparue sous le jour le plus cru en 1971, quand le président Anouar el-Sadate a offert à Israël un traité de paix en bonne et due forme en échange du retrait des troupes du territoire égyptien. Sadate ne donnait rien aux Palestiniens et ne faisait aucune mention des autres territoires occupés. Dans ses mémoires, Yitzhak Rabin, alors ambassadeur aux Etats-Unis, voyait dans la "célèbre" offre de Sadate un "jalon" sur le chemin de la paix, même si elle contenait aussi "de mauvaises nouvelles": la demande de retrait d'Israël du territoire égyptien - conforme, au demeurant, à la position officielle des Etats-Unis et au document diplomatique de base, la résolution 242 du Conseil de sécurité de novembre 1967.

Israël se trouvait devant un choix fatidique: accepter la paix et l'intégration dans la région, ou bien s'en tenir à l'affrontement, donc à une dépendance inévitable vis-à-vis des Etats-Unis. Il choisit la seconde voie, non par souci de sécurité mais par volonté d'expansion. Cela ressort clairement des sources israéliennes. Le général Haïm Bar Lev, grande figure du parti travailliste au pouvoir, exprimait le point de vue général quand il écrivit dans une revue de ce parti: "Nous pouvons avoir la paix, mais je crois que, si nous continuons à tenir, nous obtiendrons plus". Le "plus", d'un intérêt primordial à l'époque, était le nord-est du Sinaï, dont les habitants avaient été brutalement expulsés dans le désert pour faire place à la création d'une ville entièrement juive, Yamit. En 1972, le général Ezer Weizman, qui devint plus tard président, ajouta qu'un règlement politique sans expansion signifierait qu'Israël ne pourrait pas "exister à l'échelle, dans l'esprit et avec la qualité qu'il incarne désormais".

medium_kissinger.jpgMais le point capital était la façon dont Washington allait réagir. Après un débat interne, le gouvernement des Etats-Unis abandonna sa politique officielle en faveur du principe de "l'impasse diplomatique", cher à Kissinger: pas de négociations, seulement la force. Il faut se souvenir qu'on était dans une période de triomphalisme extrême, attitude plus tard fort regrettée e Israël. Il paraissait évident aux yeux américains et israëliens, après 1967, que les Arabes ne pouvaient représenter aucune menace militaire. Aux Etats-Unis, l'offre de paix égyptienne n'est pas "célèbre": elle y est plutôt inconnue - c'est le destin ordinaire des évènements non conformes aux exigences de la doctrine.

Sadate garda pourtant l'espoir d'obtenir l'aval de Washington: il expulsa ses conseillers russes et prit d'autres mesures à cet effet. Il adressa aussi des mises en garde: "Yamit, c'est la guerre". On ne le prit pas au sérieux. En 1973, il attaqua, et la guerre faillit tourner au désastre pour Israël. Elle provoqua aussi une alerte nucléaire aux Etats-Unis. Kissinger comprit alors que l'on ne pouvait ignorer superbement l'Egypte et entreprit sa "diplomatie de la navette", qui finit par aboutir au règlement de Camp David de 1978-1979. A Camp David, les Etats-Unis et Israël acceptèrent l'offre de Sadate de 1971, mais à des conditions bien moins favorables pour eux: à cette date, le sort des Palestiniens était devenu un problème, et Sadate rejoignit le reste du monde quasi unanime  pour exiger le respect de leurs droits.

Aux Etats-Unis, ces évènements furent salués comme un triomphe diplomatique américain. Jimmy Carter reçut le prix Nobel de la Paix essentiellement pour leur couronnement final. Mais l'enchaînement réel des faits était une catastrophe.. Le rejet de la diplomatie par les Etas-Unis et Israël avait provoqué une guerre terrible, beaucoup de souffrances, un affrontement entre superpuissances qui aurait pu échapper à tout contrôle. Cependant, l'une des prérogatives du pouvoir est la possibilité d'écrire l'histoire sans grand risque de contestation. Ce désastre est donc entré dans l'histoire comme un succès grandiose du "processus de paix" conduit par les Etats-Unis.medium_liban_1982.jpg

Israël comprit immédiatement que, l'hypothèque de la dissuasion arabe étant levée, il pouvait intensifier son expansion dans les territoires occupés et attaquer son voisin du nord, ce qu'il fit en 1978 et en 1982, après quoi il occupa des territoires libanais pendant près de vingt ans. L'invasion de 1982 et ses lendemains immédiats ont fait environ 20 000 morts; selon les sources libanaises, les pertes humaines dans les années suivantes se sont montées à 25 000 morts environ. Le sujet n'intéresse guère en Occident, en vertu d'un principe connu: il n'est pas besoin d'enquêter sur les crimes dont nous sommes responsables, et encore moins de punir les auteurs ou d'indemniser les victimes.

De multiples bombardements et autres provocations n'ayant pas suffi à créer un prétexte pour l'invasion prévue en 1982, Israël saisit finalement celui d'une tentative d'assassinat de son ambassadeur à Londres par le groupe terroriste Abou Nidal, qui avait été condamné à mort par l'OLP et lui faisait la guerre depuis des années. L'opinion américaine informée jugea ce motif acceptable, et ne vit aucun problème dans la riposte instantanée d'Israël: une attaque contre les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, qui fit 200 morts, selon un observateur américain fiable (13). Les tentatives des Nations Unies pour arrêter l'agression furent bloquées par des veto américains immédiats. Tout cela se poursuivit donc: dix-huit années sanglantes d'atrocités israéliennes au Liban, rarement justifiées ne serait-ce que par un semblant de prétexte d'auto-défense (14).

Le Chef d'état-major Rafael ("Rafoul") Eytan a exprimé l'opinion générale en Israël quand il a immédiatement déclaré que l'invasion de 1982 était un succès parce qu"elle avait affaibli le "statut politique" de l'OLP et compromis sa lutte pour un Etat palestinien. Des intellectuels en vue aux Etats-Unis se sont également réjouis de la "défaite politique" de l'OLP, admettant clairement que c'était le but de la guerre, à laquelle ils ont donné leur bénédiction en la qualifiant de "guerre juste" (Michael Walzer) (15). La plupart des commentateurs et des médias, cependant, ont préféré raconter des histoires de tirs de roquettes non provoqués contre des Israéliens innocents et d'autres inventions, bien qu'à présent la vérité soit parfois reconnue. L'objectif de l'invasion de 1982, écrit le correspondant du New York Times James Bennet, "était d'installer un régime ami et de détruire l'Organisation de libération de la Palestine de M. Arafat. Ce qui, pensait-on, contribuerait à persuader les Palestiniens d'accepter la domination israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza" (16). C'est, à ma connaissance, la première mention dans la grande presse américaine de ce que chacun savait en Israël et qui était publié aux Etats-Unis depuis vingt ans dans les cercles dissidents marginalisés. C'est aussi une parfaite illustation de cas où l'enquête sur un recours massif au terrorisme international, voire sur le crime le  plus grave de guerre d'agression, conduit tout droit à Washington, qui a fourni le soutien économique, militaire et diplomatique requis. Sans cet aval et sans cette aide, les possibilités d'action d'Israël sont très limitées. Il y a beaucoup d'illusions sur ce point dans les pays arabes et ailleurs. Pour les victimes tout particulièrement, vivre avec des illusions n'est pas prudent.

Sur le front diplomatique, vers le milieu des années 1970, l'isolement des Etats-Unis et d'Israël s'est accru avec l'inscription du problème palestinien à l'ordre du jour des institutions internationales. En 1976, les Américains ont opposé leur veto à une résolution 242 de 1967, appelait à la création d'un Etat palestinien au côté d'Israël. A partir de cette date et jusqu'à aujourd'hui, les Etats-Unis ont bloqué toute possibilité de règlement diplomatique sur la base acceptée par la quasi-totalité de la planète: deux Etats délimités par la frontière internationale avec des "ajustements mineurs et mutuels"; c'était aussi en principe, mais non en réalité, la position américaine officielle, jusqu'au jour où l'administration Clinton a abandonné ouvertement le cadre de la diplomatie internationale en déclarant les résolutions de l'ONU "obsolètes et anachroniques". Notons bien que cette attitude n'est pas celle de la grande majorité de la population des Etats-Unis. L'opinion américaine soutient le "plan saoudien", proposé début 2002 et accepté par la Ligue arabe, qui offre une reconnaissance et une intégration totale d'Israël dans la région en échange de son retarit sur ses frontières de 1967 - nouvelle variante du consensus international établi de longue date mais paralysé par les Etats-Unis. De larges majorités estiment aussi que les Etats-Unis doivent égaliser l'aide à Israël et celle accordée aux Palestiniens dans le cadre d'un règlement négocié, et qu'ils doivent suspendre l'aide à toute partie refusant de négocier - ce qui voulait dire, à la date du sondage, l'aide à Israël. Mais peu d'américains comprennent ce que tout cela signifie, et les médias ne leur expliquent pratiquement rien (17).

Après la première guerre du Golfe, Washington a eu le sentiment de pouvoir imposer sa propre solution. Si elle n'a jamais été pleinement formulée, sa version 1991 devait être plus ouverte que celle de décembre 1989, qui endossait sans réserve la position du gouvernement de coalition israélien Shamir-Peres: il ne pouvait y avoir aucun "Etat palestinien supplémentaire" (la Jordanie étant déjà "un Etat palestinien" de leur point de vue) et l'avenir des territoires serait déterminé "conformément aux principes directeurs fondamentaux du gouvernement (israélien)". Washington a donc convoqué la conférence de Madrid - avec une feuille de vigne d'internationalisme : la participation de la Russie.

Mais un problème s'est posé à la conférence. La délégation palestinienne, dirigée par Haïdar Abdel Chafi, nationaliste conservateur connu pour son intégrité et l'une des personnalités palestiniennes les plus respectées, refusait la poursuite des programmes de colonisation israéliens dans les territoires occupés. Cela condamnait les négociations à l'impasse, car les Etats-Unis et Israël n'entendaient pas accepter cette condition, ni même en discuter sérieusement. C'est alors que Yasser Arafat, constatant que le soutien populaire dont il jouissait était en train de s'effondrer dans les territoires et dans la dispora palestinienne, coupa l'herbe sous le pied de la délégation palestinienne en engageant des négociations secrètes avec Israël. Elles aboutirent au "processus d'Oslo", qui fut lancé officiellement en grande pompe en septembre 1993 à la Maison Blanche. La formulation des accords d'Oslo indiquait clairement qu'ils constituaient un mandat pour la poursuite du programme de colonisation d'Israël, et les dirigeants israéliens, Yitzhak Rabin et Shimon Peres, ne firent aucun effort pour le cacher. C'est pourquoi Abdel Chafi refusa absolument d'être mêlé au processus de paix officiel (18).

 Ainsi sont allés les choses pendant la décennie 1990: la colonisation et l'intégration des territoires à Israël ont progressé à bon rythme, avec le soutien total des Etats-Unis. L'année 2000, la derrnière du mandat Clinton (et du Premier ministre Israélien Ehud Barak), fut la plus active depuis 1992 en matière d'implantations israéliennes. Cela porta de nouveaux coups à la possibilité d'un règlement diplomatique du conflit.

 

 

medium_dominer_le_monde.2.jpgNoam CHOMSKY

In Dominer le monde ou sauver la planète?

Fayard 10/18

2004 

 

 

 

 

 NOTES

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(1) Lloyd George, cité par V.G. Kiernan, European Empires from Conquest to Collapse, 1815-1960, Leicester (G-B),        Leicester University Press-Fontana Paperbacks, 1982.

(2) National Intelligence Council, Global Trends 2015: A Dialogue about the future with Nongovernment Experts, Washington (DC), National Intelligence Council, décembre 2000.

(3) Ibid

(4) M. Curtis, Web of Deceit, op. cit., chap.22. 

(5) Thom Shanker et Eric Schmitt, "Strategic shift: Pentagon expects long-term access to key Iraq bases", New York Times, 20 avril 2003, section A, p. 1.

(6) Bob Herbert, "What is it good for?", New York Times, 21 avril 2003, section A, p. 23.

(7) Sur le contexte de la prévision stratégique, voir supra, chap. 6. Les points précis évoqués ici font l'objet d'une analyse bien plus appronfondie dans mes livres World Orders, Old and New, op. cit.; Fateful Triangle: The United States, Israel, and the Palestinians, éd. revue, Cambridge, South End Press, 1999; Pirates et Empereurs, op. cit.; et Middle East Illusions,  Including Peace in the Middle East? Reflections on Justice and Nationhood, éd. mise à jour, Lanham (Md), Rowman & Littlefield Publishers, 2003. Voir ces ouvrages pour les sources, quand elles ne sont pas citées, et pour des citations plus développées. Sur les problèmes généraux, il existe une abondante littérature. Un livre est particulièrement pertinent pour cadrer le sujet: Norman G. Finkelstein, Image and Reality of the Israel-Palestine conflict, éd. mise à jour, Londres et New York, Verso, 2003.

(8) Abraham Ben-Zvi, Decade of Transition: Eisenhower, Kennedy, and the Origins of the American-Israeli Alliance, New York, Columbia, 1998, p. 76. Voir I. Gendzier, Notes from the Minefield, op. cit, et William Roger Louis et Roger Owen (éd.), A Revlutionary Year : The Middle East in 1958, Londres et New York, I.B. Tauris Press, et Washington (DC), Woodrow Wilson Center Press, 2002. Pour un récit des évènements en Indonésie, voir Audrey R. Kahin et George McT. Kahin, Subversion as Foreign Policy: The Secret Eisenhower and Dulles Debacle in Indonesia, New York, New Press, 1995.

(9) A. Ben-Zvi, Decade of Transition, op. cit., p. 80 sq. Soit dit en passant, il attribue cette déclaration à Eisenhower. Voir aussi I. Gendzier, Notes from the Minefield, op. cit., et Ilan Pappé in W.R. Louis et R. Owen (éd.), A Revoltionary Year, op. cit.

(10) Efraim Inbar, The Israeli-Turkish Entente, Londres, King's College London Mediterranean Studies, 2001, p25, livre écrit d'un point de vue proche des positions officielles israéliennes.

(11) Sur ces questions, voir notamment N.G. Finkelstein, Image and Realiy, op, cit. Voir aussi mon livre Middle East Illusions, op. cit., chap. 5. 

(12) Sur les détails fort complexes de cette affaire, voir Irwin M. Wall, France, the United States, and the Algerian War, Berkeley (Calif.), University of California Press, 2001.

(13) On trouvera dans mon livre Fateful Triangle, op. cit., un récit des évènements et la façon dont les médias et les commentateurs ont réagi.

(14) Sur l'action d'Israël au Liban dans les années 1980 et 1990, voir mes livres Pirates et Empereurs, op. cit., et Fateful Triangle éd. mise à jour, op. cit.

(15) Michael Walzer, dans New Republic, 6 septembre 1982 (c'est lui qui souligne).

(16) James Bennet, "A long, bitter feud is tipping Sharon's way", New York Times, 24 janvier 2002, section A, p. 3.

(17) Mark Sappenfield, "Americans, Europeans differ on Mideast sympathies", Christians Science Monitor, 15 avril 2002, p. 1. Program on International Policy Attitudes (PIPA), Americans on the Israel-Palestinians Conflict, College Park (Md.), University of Maryland, 8 mai 2002. En ligne: http://www.pipa.org/OnlineReports/IsrPalConflict/contents.html

(18) Voir l'interview de Haïdar Abdel Chafi par Rashid Khalidi, "Looking back, looking forward", Journal of Palestine Studies, vol. 32, n°1, automne2002, p. 28-35.

Qui a commencé? (par Gidéon Lévy)

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"Nous sommes sortis de Gaza et ils tirent des roquettes Qassam" - rien n’exprime plus précisément l’opinion générale à propos de l’actuel cycle de confrontation ; "ils ont commencé": telle sera la réponse lancée à qui essaierait Néanmoins de soutenir que par exemple, quelques heures avant le premier Qassam tombé, sans faire de dégâts, sur une école à Ashkelon, Israël avait semé la destruction dans l’Université Islamique de Gaza. Israël plonge Gaza dans l’obscurité, lui impose un siège, bombarde, liquide et emprisonne, tue et blesse des civils, dont des enfants et des bébés en nombres terrifiants, mais : "ils ont commencé". Et puis aussi, ils "violent les règles" fixées par Israël : à nous, il est permis de bombarder comme cela nous chante, mais il leur est interdit de lancer un Qassam. Quand eux tirent un Qassam sur Ashkelon, on est tout de suite "un degré plus haut", alors que quand nous bombardons une université ou une école, c’est dans l’ordre des choses. Pourquoi? Parce que ce sont eux qui ont commencé. Et que dès lors, la justice est toute de notre côté, pense la majorité. Comme dans une dispute au jardin d’enfants, "qui a commencé?" est devenu la carte morale gagnante d’Israël pour tout crime commis.
  
Mais alors, qui a vraiment "commencé"? Sommes-nous réellement "sortis de Gaza"? Israël n’est sorti de Gaza que partiellement et de manière retorse. Le plan de désengagement, qui s’était qualifié sententieusement - "partage du pays", "fin de l’occupation" - a effectivement conduit au démantèlement des colonies et au départ de l’armée israélienne de la Bande de Gaza, mais il n’a quasiment rien changé aux conditions de vie de ses habitants. Gaza est encore une prison et ses habitants toujours condamnés à vivre dans la pauvreté et l’oppression. Israël les enferme de tous côtés - mer, air et terre ferme - à l’exception de la soupape de sécurité limitée du passage de Rafah. Ils ne peuvent rendre visite à des proches vivant en Cisjordanie ni chercher du travail en Israël dont l’économie de Gaza a été totalement dépendante pendant environ 40 ans. Faire passer des marchandises est parfois permis, parfois interdit. Gaza n’a aucune chance, dans de telles conditions, d’échapper à la pauvreté. Personne n’y investira, personne ne pourra développer Gaza. Nul ne peut s’y sentir libre. Israël est sorti de la cage, a jeté les clés et abandonné les habitants à l’amertume de leur sort. Maintenant, moins d’un an après le désengagement, Israël fait, dans la violence et la force, le chemin du retour.
  
Que pouvait-on espérer? Qu’Israël se retire unilatéralement, en ignorant ouvertement et outrageusement l’existence et les besoins des Palestiniens, et que ceux-ci portent en silence toute l’amertume de leur sort et ne poursuivent pas le combat pour leur liberté, leur honneur et un moyen de subsistance? Nous avions promis un accès sécurisé vers la Cisjordanie et nous n’avons pas tenu notre promesse. Nous avions promis de libérer des prisonniers et nous n’avons pas tenu notre promesse. Nous avons appuyé la tenue d’élections démocratiques pour ensuite boycotter les dirigeants légalement élus, confisquer l’argent qui revient à l’Autorité Palestinienne et déclarer la guerre à celle-ci. Nous aurions pu nous retirer de Gaza dans le cadre de négociations et d’une coordination, et tout en renforçant la direction palestinienne existante, mais nous avons refusé et nous voilà maintenant, à nouveau, à nous plaindre de "l’absence de dirigeants". Nous avons fait tout ce qui était possible pour écraser la société et la direction palestiniennes, nous avons veillé le mieux possible à ce que le désengagement n’annonce pas l’ouverture d’un nouveau chapitre dans nos relations avec le peuple voisin, et maintenant nous sommes surpris de la violence et de la haine que nous avons nous-mêmes semées.
  
medium_rocket_qassam.jpgQue se passerait-il si les Palestiniens ne lançaient pas de roquettes Qassam? Israël lèverait-il alors le boycott économique imposé à Gaza? Ouvrirait sa frontière au travail palestinien? Libérerait des prisonniers? Rencontrerait la direction élue et mènerait des négociations avec elle? Encouragerait les investissements à Gaza? Balivernes. Si les habitants de Gaza restaient tranquilles, comme Israël l’attend d’eux, la question disparaîtrait de l’ordre du jour, chez nous et dans le monde. Israël continuerait la ‘convergence’ destinée exclusivement à servir ses objectifs tout en ignorant les besoins des Palestiniens. Personne ne prêterait attention au sort des habitants de Gaza s’ils ne recouraient pas à la violence. C’est une vérité terriblement amère, mais les 20 premières années de l’occupation ont passé pour nous dans le calme, et nous n’avons pas bougé le petit doigt pour mettre un terme à cette occupation. Au lieu de ça, profitant du calme, nous avons élaboré l’énorme et criminelle entreprise des colonies. Et nous poussons maintenant, une fois encore, les Palestiniens à recourir à la pauvre arme dont ils disposent et à laquelle nous répondons en mettant en œuvre presque tout le formidable arsenal en notre possession, tout en continuant à clamer : ce sont eux qui ont commencé. C’est nous qui avons commencé. Nous qui avons commencé avec l’occupation. C’est à nous qu’incombe d’y mettre un terme, un terme à la fois véritable et absolu. Pour la violence, c’est nous aussi qui avons commencé : il n’y a pas pire violence que la violence d’une occupation s’imposant par la force à tout un peuple et la question de savoir qui a tiré le premier est par conséquent une dérobade destinée à distordre le tableau. Après Oslo également, il s’en est trouvé pour déclarer "nous sommes sortis des Territoires", dans un mélange comparable d’aveuglement et de mensonge. Gaza se trouve dans une détresse terrible où règnent la mort, la peur, les difficultés de subsistance, loin des yeux des Israéliens et de leur cœur. Chez nous, on ne montre que les Qassam. Chez nous, on ne voit que les Qassam. La Cisjordanie continue de vivre sous la botte de l’occupation, l’entreprise des colonies est florissante et toute main tendue en direction d’un règlement, y compris la main d’Ismaïl Haniyeh, est immédiatement repoussée. Si après cela, quelqu’un avait encore une quelconque hésitation, tomberait alors immédiatement la formule décisive : ce sont eux qui ont commencé. Ce sont eux qui ont commencé et la justice est avec nous. Alors que ce ne sont pas eux qui ont commencé et que la justice n’est pas avec nous.
Gideon Lévy / Haaretz, 9 juillet 2006
(Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)
Publié par CAPJPO-EuroPalestine

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