dimanche, 24 février 2008
Attaqué, le PKK appelle les jeunes Kurdes à des représailles sur le sol turc
Les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont appelé dimanche 24 février les jeunes Kurdes de Turquie à lancer des actions violentes dans les grandes villes en réaction au lancement par l'armée turque d'une opération terrestre contre les rebelles retranchés dans le nord de l'Irak. "Dans les grandes villes, les jeunes Kurdes doivent donner une réponse [à cette offensive]. La guérilla du Kurdistan, ce n'est pas 7 000 ou 10 000 personnes, ce sont des centaines de milliers de personnes", a déclaré le chef de l'aile militaire du PKK Bahoz Erdal.
"Si [l'Etat turc] veut nous détruire, nos jeunes doivent rendre la vie dans les grandes métropoles insupportable. (...) Les jeunes Kurdes doivent se réunir par groupes de deux pour brûler chaque soir des centaines de voitures", a notamment suggéré Erdal, considéré comme le porte-voix du PKK. Le dirigeant a appelé les jeunes Kurdes à "empoisonner la vie" des habitants des grandes agglomérations turques. "Nous ne sommes pas contre le peuple turc mais telle est la logique de la guerre", s'est justifié Erdal dans un communiqué, établissant des parallèles avec la résistance des Irakiens à la présence des forces américaines dans leur pays.
Samedi, un porte-parole du PKK, Ahmad Danis avait déjà menacé Ankara de représailles. "Si la Turquie poursuit ses attaques, nous mènerons des opérations de guérilla dans les villes turques, sans viser les populations civiles", avait alors affirmé ce porte-parole.
Depuis jeudi, l'armée turque mène une opération terrestre dans le nord de l'Irak pour en déloger les rebelles du PKK. L'offensive s'est encore intensifiée samedi. Au moins 79 rebelles kurdes et sept soldats turcs ont été tués jusque là, selon l'armée turque.
Source du texte : LE MONDE.FR
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mercredi, 24 octobre 2007
Kurdistan : l’invasion serait un désastre militaire
Envahir le Kurdistan et combattre une guérilla dans les montagnes ne sera pas une partie de plaisir, avertit le site Kurdish Media.
Depuis des années, la Turquie tient un discours musclé à propos des Kurdes d’Irak. Cette rhétorique guerrière a toujours eu une vocation principalement intérieure (destinée aux oreilles des seuls Turcs), ne débordant pour ainsi dire pas au-delà des frontières de la République. Toutefois, depuis que le Parlement a voté en faveur d’une invasion turque de l’Irak [le 17 octobre], les menaces d’Ankara font la une des journaux du monde entier.
L’invasion de l’Irak par la Turquie pourrait avoir l’un des deux objectifs suivants :
1. Ecraser le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en mettant hors d’état de nuire un grand nombre de ses combattants et en neutralisant sa base dans les montagnes de Qendil.
2. Détruire le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) parce qu’il a refusé d’agir contre le PKK.
Pour l’instant, il semble que les Turcs écartent totalement le second objectif. Mais il n’en reste pas moins que le premier est déjà tout à fait irréalisable. De nombreuses raisons permettent de comprendre pourquoi une invasion turque de l’Irak visant à écraser le PKK non seulement serait vouée à l’échec, mais serait en outre désastreuse pour les Turcs.
Nous vivons à l’ère de l’information instantanée. Tous les coins du monde ont accès à Internet. Même les plus démunis, surtout au Moyen-Orient, ont un téléphone portable et envoient chaque jour de nombreux messages. Il est beaucoup plus difficile de dissimuler de sinistres secrets qu’il y a dix ans, et cela vaut pour les pertes subies comme pour les violations des droits de l’homme. Les massacres et les attaques sauvages menés par les forces turques contre les villages kurdes dans les années 1980 et 1990 seraient beaucoup plus difficiles à perpétrer à notre époque. Une invasion à grande échelle du Kurdistan irakien ou une longue campagne de frappes aériennes sur les montagnes de Qendil entraîneraient inévitablement des pertes dans la population civile. Les images des souffrances du peuple kurde, des paysans de la région de Berwari, près de la frontière turque, aux villageois de Qendil, des gens qui ont déjà tant souffert dans un passé récent [notamment le gazage de la ville kurde de Halabjah, dans les années 1980], seraient diffusées dans le monde entier. La communauté internationale risque de ne guère apprécier le spectacle de pauvres paysans brutalisés par une armée de l’OTAN en uniformes flambant neufs et munie de fusils américains.
Confrontés à une opération ambitieuse des Turcs, les petits groupes de combattants du PKK se contenteront de disparaître dans la nature, ne laissant qu’une seule cible évidente aux troupes d’Ankara : les montagnes de Qendil, cette chaîne où se trouve la principale base du PKK. Mais ces hauteurs, à cheval sur la frontière irano-irakienne, ne constituent pas un objectif facile. C’est au contraire une des régions les plus rudes du Kurdistan. Des routes sinueuses, ou plutôt des sentiers n’ayant qu’une ressemblance lointaine avec des routes, que seuls peuvent emprunter des spécialistes du 4 x 4, relient entre elles les parties relativement isolées du camp. Dans les montagnes, la plupart des déplacements se font à pied, par des chemins que les combattants expérimentés sont les seuls à connaître. Si l’un d’entre eux peut y progresser de nuit sans difficulté apparente, tout visiteur risque fort de se perdre, s’il n’a toutefois pas d’abord succombé à l’épuisement.
Le réseau de camps du PKK est dissimulé dans ces montagnes. Il est difficilement repérable depuis les airs, et un tir de missiles sur les montagnes entraînerait probablement plus de pertes civiles qu’il ne toucherait les combattants du PKK. Compte tenu de la nature dispersée de ces derniers, qui essuient depuis des années des frappes de missiles turcs et iraniens, ces opérations n’auraient que des résultats négligeables. Dans le même temps, il est fort peu probable que les hélicoptères envoyés sur zone puissent rentrer de mission. Lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, autre rude région montagneuse qui a connu bien des combats au fil des ans, les hélicoptères étaient surnommés les “cercueils volants” par les combattants afghans.
La seule façon pour les Turcs de marquer des points contre le PKK serait de déployer une force terrestre dans les montagnes de Qendil, ce qui serait difficile pour un certain nombre de raisons et, comme toutes les campagnes de ce type contre des unités de guérilla, s’avérerait particulièrement sanglant. Pour commencer, il ne serait pas facile d’atteindre Qendil, la région étant située à plusieurs heures de la frontière turco-irakienne. Le largage de soldats, action qui exaspérerait le GRK, nécessiterait au moins, peut-on supposer, l’approbation des Etats-Unis, auxquels les Turcs avaient refusé leur soutien lors du déclenchement de la guerre contre le régime de Saddam Hussein. Le déplacement de soldats par voie terrestre prendrait beaucoup de temps, puisqu’il faut plus de cinq heures pour rallier Qendil depuis la frontière turque. Or les chars et les véhicules de transport de troupes roulent beaucoup moins vite.
Le mouvement des forces turques dans la région de Qendil pose soi d’énormes problèmes à la Turquie. Questions de temps et de coût mises à part, Ankara se retrouverait évidemment en terrain hostile, car les civils et les unités de sécurité du Kurdistan irakien ne portent pas les forces turques dans leur cœur. Dans le même temps, il serait extrêmement difficile d’étirer les lignes de ravitaillement depuis la frontière turque jusqu’à Qendil. Si les médias turcs sont occupés à attiser la frénésie sanguinaire de la population, il faut partir du principe que les généraux turcs, eux, sont des militaires professionnels qui savent qu’une campagne militaire au Kurdistan irakien, et en particulier à Qendil, serait plus rude qu’ils ne l’admettent officiellement. Le temps nous dira si tel est bien le cas.
Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL / KURDISH MEDIA
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lundi, 22 octobre 2007
La Turquie sur le sentier de la guerre
Après les violents combats qui ont opposé rebelles du PKK et soldats turcs à la frontière entre l'Irak et la Turquie, le premier ministre Erdogan a convoqué une réunion de crise à Ankara.
Une étape supplémentaire vient d'être franchie dans l'escalade militaire à la frontière turco-irakienne. Ce week-end, l'armée turque a enregistré de très lourdes pertes : au moins 12 engagés ont trouvé la mort au cours des combats qui se déroulent dans les montagnes de la province d'Hakkari à proximité de l'Irak et de l'Iran. C'est le plasticage d'un pont au passage d'un convoi militaire qui a provoqué la mort des soldats, selon les chaînes de télévision. 32 rebelles ont également été tués, assure l'état-major. En marge des heurts, l'explosion d'une mine sur une route du Sud-Est a fait 17 blessés parmi les passagers d'un minibus qui se rendaient à une cérémonie de mariage. Et, dimanche soir, l'incertitude régnait sur le sort de soldats portés disparus.
Un porte-parole du mouvement séparatiste, à Erbil, dans la région autonome du Kurdistan irakien, a affirmé que plusieurs d'entre eux avaient été pris en otages dans la nuit de samedi à dimanche. Mais Vecdi Gönül, le ministre de la Défense, a démenti cet enlèvement. Ce nouveau pic de violence attribué au PKK place le gouvernement, accusé de faiblesse par l'opinion publique, dans une situation de plus en plus délicate.
Le référendum, qui se déroulait dimanche en Turquie, sur une réforme constitutionnelle prévoyant l'élection du président de la République au suffrage universel a été totalement éclipsé.
Le oui l'a emporté à 72 %, sur la base de deux tiers des bulletins dépouillés. Dans la soirée, le premier ministre a convoqué en urgence les généraux et plusieurs de ses ministres afin de décider d'une possible riposte. "Nous déciderons après cette réunion quel genre de mesures nous adopterons", a annoncé Recep Tayyip Erdogan. Il a laissé entendre qu'une réplique immédiate n'était pas à l'ordre du jour : "Nous agirons dans le calme." Ces derniers affrontements interviennent quatre jours après le feu vert donné par le Parlement turc au lancement d'une opération transfrontalière. Le chef du gouvernement avait alors déclaré qu'il espérait ne pas avoir à se servir de cette autorisation, valable un an.
Mais Rusen Cakir, journaliste au quotidien Vatan et fin connaisseur de la question kurde, soulignait que cette motion pouvait "tout aussi bien être une arme à même d'affaiblir cette organisation (le PKK, NDLR) que se retourner comme un boomerang contre ses initiateurs".
Prédisant de nouvelles attaques des séparatistes kurdes qui forceraient le gouvernement à y recourir. Quelques heures après l'annonce des pertes dans les rangs de l'armée, l'extrême droite appelait à la vengeance au cours de rassemblements organisés dans plusieurs grandes villes. Dans le centre d'Istanbul, un millier de manifestants ont scandé des slogans haineux. "Nous allons attaquer le Parlement ! Nous allons pendre le PKK", hurlait une foule jeune, bras levé, index et petit doigt tendus pour faire le signe des Loups gris, une milice ultranationaliste.
À la frontière turco-irakienne, l'armée poursuivait sa traque contre le PKK, soutenue par des hélicoptères de combat et l'artillerie lourde. "63 cibles en coordination avec les mouvements de troupes" étaient visées, selon un communiqué de l'état-major.
Face aux menaces d'intervention de l'armée turque, les autorités irakiennes ont multiplié les mises en garde. "Nous n'allons pas nous laisser prendre dans la guerre entre le PKK et les Turcs, mais si la région du Kurdistan est visée, nous défendrons la population", a prévenu Massoud Barzani, le président de la zone kurde. Quant au président irakien, Jalal Talabani, un des leaders historiques du mouvement kurde en Irak, il a demandé au PKK de déposer les armes ou de quitter le territoire irakien, lors d'une conférence de presse à Erbil. Mais il a également précisé qu'il ne livrerait "jamais" les chefs du PKK à Ankara. Une réponse aux récentes déclarations de M. Erdogan. Vendredi, le premier ministre avait mis les cartes sur la table pour éviter une opération militaire : "Ce qui nous satisferait, c'est la fermeture de tous les camps du PKK, y compris leurs camps d'entraînement, et la livraison de leurs chefs terroristes." La Turquie demande depuis des mois à Washington et à Bagdad d'arrêter les cadres du mouvement séparatiste, qui organisent la guérilla depuis leurs bases arrières dans les monts Qandil, de l'autre côté de la frontière, sans jamais obtenir le moindre résultat.
Source du texte : FIGARO.FR
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vendredi, 19 octobre 2007
L'armée turque au bord du bourbier irakien
La menace brandie par Ankara de frapper les rebelles kurdes retranchés dans le Kurdistan irakien va à l'encontre de la stratégie américaine de stabilisation de l'Irak. S'agit-il d'une manœuvre destinée à bloquer le vote américain sur le génocide arménien ? Et la question kurde, dans tout ça ? La presse turque s'interroge.
"Le gouvernement turc peut désormais envoyer à tout moment l'armée dans le nord de l'Irak", écrit Güngör Mengi dans Vatan. En effet, mercredi 18 octobre, le Parlement turc a donné à une écrasante majorité son feu vert à une intervention dans le Kurdistan irakien. "Cette décision ne signifie pas nécessairement que nous allons immédiatement entrer en guerre. Ce vote, qui traduit la détermination d'Ankara, devrait avoir un effet dissuasif ; plutôt que d'annoncer la guerre, il peut avant tout être un signe en faveur de la paix. Il n'y qu'à voir ceux qui, dans le nord de l'Irak se donnaient, il y a peu de temps encore, des allures de faucons et qui ont soudainement, dans le contexte de la réaction turque, adopté un discours beaucoup plus conciliant. Quant aux Américains, qui ne voient pas d'un bon œil pareille intervention, mais qui n'ont pas hésité à envahir l'Irak au prétexte de la 'lutte contre le terrorisme', que diraient-ils si des terroristes d'Al-Qaida, basés dans des camps au Mexique, traversaient la frontière pour attaquer le Texas avant de retourner dans leurs bases ?" poursuit le quotidien proche de la gauche libérale.
Ce vote a aussi une portée à long terme, car "la Turquie a pris un engagement qui garantit son honneur national. Toute nouvelle attaque entraînera désormais une réaction forte. Toutefois, à moins d'une provocation majeure, il ne faut pas s'attendre à une action militaire d'envergure avant la rencontre prévue le mois prochain entre le Premier ministre Erdogan et le président américain George W. Bush."
Les relations bilatérales turco-américaines sont au cœur de la nouvelle stratégie turque. Taha Akyol, dans Milliyet, voit déjà les effets indirects mais concrets de ce vote dans le fait qu'aux Etats-Unis le projet de loi arménien [sur la reconnaissance du génocide adopté le 10 octobre par une commission du Congrès américain] vient d'être mis au placard sans être envoyé en séance plénière de la Chambre des représentants. Le vote du Parlement turc se révèle donc déjà tout à fait payant.
Hasan Cemal, dans le même quotidien Milliyet, est toutefois plus circonspect quant aux bénéfices d'une possible intervention turque en Irak. "Imaginons que nous ayons traversé la frontière avec tanks et canons et que nous occupions tout le nord de l'Irak. Cela signifierait-il que la question kurde ne se pose plus ? Imaginons encore que nous avons écrasé le PKK mais aussi mis un terme au processus de création d'un Etat kurde mené par Barzani et Talabani dans le Kurdistan irakien. La question kurde, telle qu'elle se pose chez nous, serait-elle alors résolue ? Bien sûr que non ! C'est parce qu'il y a une question kurde qu'il y a le PKK, la violence et le terrorisme. Le PKK n'est que la conséquence. Que ferez-vous donc avec la question kurde lorsque vous en aurez fini avec le PKK ? Tant qu'on ne cherchera pas une réponse, forcément multiple et complexe, à cette question, il sera très difficile de sortir la Turquie de l'impasse dans laquelle elle se trouve aujourd'hui."
Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL
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Une opération armée turque en Irak portera atteinte aux intérêts russes
Si l'armée turque lance une opération dans le Nord de l'Irak, un nouveau pôle d'instabilité apparaîtra aux frontières de la Russie, estime Léonid Ivachov, président de l'Académie russe des problèmes géopolitiques.
Lundi dernier, le gouvernement turc a demandé au parlement l'autorisation d'effectuer, en Irak du Nord, une opération contre les militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui luttent les armes à la main pour l'indépendance des Kurdes. Il arrive souvent que les combattants du PKK franchissent la frontière pour attaquer les territoires sud-est de la Turquie. Ces deux dernières semaines, les affrontements dans cette région ont fait 30 morts parmi les militaires turcs. Au total 40.000 personnes ont péri dans ce conflit qui se poursuit depuis 1984.
"Qu'obtiendra la Russie en cas d'opération militaire turque ? Nous obtiendrons à nos frontières une vaste zone d'instabilité, de risques et de défis qu'il nous sera très difficile de maîtriser", a affirmé M. Ivachov.
"Nous subissons déjà les effets de l'instabilité dans cette région", a-t-il ajouté.
D'après lui, cette opération "affectera les territoires du Caucase et de la Caspienne, ce qui ne tardera pas à perturber le fonctionnement des pipelines".
Selon les experts russes, l'opération militaire de la Turquie contre les combattants kurdes est pratiquement inévitable. M. Ivachov est persuadé qu'elle répond aux intérêts des Etats-Unis.
"L'attaque de la Turquie contre les Kurdes est tout à fait probable : elle servira à détourner l'attention de la communauté mondiale des actions actuelles des Etats-Unis en Irak", estime l'expert.
A son avis, la Turquie est "l'un des acteurs du jeu qui a pour but de déstabiliser la situation au Grand et au Moyen-Orient".
La Turquie "réagit actuellement à la situation qui s'est créée en Irak lui-même et qui se traduit par l'affaiblissement du régime politique irakien et la séparation du Kurdistan, pour le moment en qualité de région autonome", a assuré le président de l'Académie des problèmes géopolitiques. "Inutile de dire que ces processus sont encouragés par les Etats-Unis qui agissent selon le principe "diviser pour régner", a-t-il conclu.
A son tour, le président de l'Institut du Proche-Orient Evguéni Satanovski est également persuadé que l'opération de la Turquie en Irak est inévitable. Selon lui, ce sera une opération militaire très sérieuse menée à grand renfort d'artillerie, d'aviation et de troupes terrestres".
"Nous ignorons combien de temps prendra cette opération. Mais d'ores et déjà on peut dire qu'elle sera dévastatrice pour le Kurdistan irakien", a supposé M. Satanovski.
D'après lui, ni le président, ni le parlement, ni le parti au pouvoir en Turquie ne veulent se quereller avec les généraux.
"Si à un moment où le pays se trouve menacé (et la Turquie est réellement menacée par le Kurdistan irakien), le gouvernement refuse de soutenir l'armée, celle-ci se trouvera un autre gouvernement", a affirmé M. Satanovski.
Certes, estime le président de l'Institut du Proche-Orient, cette tournure des événements ne manquera pas d'envenimer les relations entre la Turquie et les Etats-Unis.
"Mais si le parlement turc met les intérêts américains au-dessus de la sécurité du pays (c'est-à-dire s'il refuse de soutenir la proposition d'intervenir en Irak), la Turquie aura un autre parlement", a poursuivi M. Satanovski. "Les parlementaires et les ministres turcs le comprennent parfaitement", a-t-il constaté.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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mercredi, 10 octobre 2007
La Turquie prête à poursuivre les rebelles kurdes jusqu'en Irak
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a donné mardi son feu vert à une éventuelle incursion militaire dans le nord de l'Irak contre les rebelles séparatistes kurdes.
"L'ordre a été donné pour que tout type de mesure soit pris, y compris, si nécessaire, une opération transfrontalière", ont déclaré les services du Premier ministre au terme d'une réunion à un haut niveau qui a fait suite à une série d'attaques rebelles.
Le gouvernement turc est soumis à une forte pression de l'armée et des partis d'opposition pour réagir aux opérations des séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont tué dimanche 13 soldats turcs dans la province de Sirnak, à proximité de la frontière irakienne.
Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière de ces douze dernières années. Deux autres soldats ont été tués lundi. La semaine précédente, des rebelles du PKK avaient déjà tué douze personnes.
Les médias turcs ont accordé une large couverture à ces raids du PKK, ajoutant à l'émotion de la population sur cette question particulièrement sensible.
ACCORD DE COOPÉRATION IRAKO-TURC
On estime que 3.000 combattants du PKK utilisent le nord de l'Irak, où la communauté kurde bénéficie d'un régime de semi-autonomie, comme base arrière de leurs opérations menées en territoire turc.
Fin septembre, la Turquie et l'Irak ont signé un accord de coopération antiterroriste visant le PKK. Il prévoit notamment un renforcement de la mise en commun des informations des services de renseignement mais n'autorise pas les troupes turques à franchir la frontière pour pourchasser les séparatistes kurdes.
Washington, qui exhorte Ankara à ne pas intervenir militairement dans le nord de l'Irak de peur d'une déstabilisation supplémentaire du pays, a réagi par une nouvelle mise en garde.
"S'ils ont un problème, ils(ndlr, la Turquie et l'Irak) doivent œuvrer à le résoudre ensemble et je ne suis pas certain que les incursions unilatérales constituent la voie à suivre, la voie pour résoudre cette question", a dit le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.
La Turquie, dont l'armée est la deuxième force militaire des pays de l'Otan, a déjà conduit récemment des raids limités dans le nord de l'Irak, dit-on de source proche de la sécurité. En juin, le gouvernement irakien avait officiellement protesté contre des "bombardements intensifs" par l'armée turque.
A Bagdad, le gouvernement irakien a renvoyé à l'accord signé le 28 septembre, soulignant qu'il constituait "le cadre par lequel la sécurité des deux pays pourrait être préservée".
Mais Ankara sait que le gouvernement central de Bagdad a peu d'influence sur le nord à majorité kurde et soupçonne les dirigeant kurdes irakiens de vouloir créer leur propre Etat, une évolution qui ne ferait que renforcer le séparatisme kurde en Turquie.
Le ministre turc de la Défense, Vecdi Gonul, a précisé qu'il reviendrait au parlement d'autoriser une opération militaire de grande envergure - un scénario jugé improbable par la plupart des analystes - mais qu'aucun feu vert des députés ne serait nécessaire pour des opérations au coup par coup.
Source du texte : LE MONDE.FR / REUTERS
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mardi, 26 juin 2007
Le spectre de l'état d'urgence resurgit chez les Kurdes turcs
L'armée turque a décrété depuis le 9 juin des zones de sécurité dans le Sud-Est pour traquer les rebelles du PKK.
Les garçons dansent en ronde ; les filles, le foulard blanc traditionnel rejeté en arrière, sautent les bras en l'air et reprennent en chœur les paroles. La jeunesse de Sirnak a pris d'assaut la place principale pour assister au concert organisé par la municipalité : les chanteurs s'y produisent en langue kurde, un droit culturel acquis grâce à l'Union européenne. Mais les festivités sont strictement encadrées : un blindé léger est posté à l'entrée du concert et des policiers en civil se mêlent au public. « Ça grouille de partout, lâche un jeune, la nouveauté c'est qu'ils se promènent avec leur pistolet en évidence à la ceinture. » Derrière la scène, les montagnes qui se dessinent comme des ombres chinoises dans le soleil couchant sont quadrillées par les militaires.
La petite ville du Sud-Est turc, proche de la frontière irakienne, se trouve dans l'une des trois provinces où l'armée a décrété le 9 juin des zones de sécurité pour traquer les rebelles kurdes du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). Cette mesure spéciale fait resurgir le spectre de l'état d'urgence qui frappa la région aux heures les plus sanglantes de la guerre civile dans les années 1980-1990 qui fit 37 000 morts. Depuis le printemps, la multiplication des attaques contre des soldats, attribuées au PKK, les menaces d'intervention des forces turques dans le nord de l'Irak entretiennent une crainte diffuse dans la population et nourrissent la colère des plus radicaux. Hier, les autorités ont annoncé que six rebelles avaient été tués lors d'accrochages avec des militaires dans l'est du pays ce week-end.
Au-dessus d'un garage de fortune, dans le local du DTP (Parti pour une société démocratique), la vitrine politique du PKK, les anciens ont repris les réflexes des années sombres : l'anonymat est de rigueur dans l'assemblée. « Nous sommes tous des cousins du PKK », lance un homme qui a « un fils dans la montagne ». Ici, tout le monde déplore la détérioration de la situation. Et accuse l'armée d'en être l'unique responsable. « Le PKK ne fait que se défendre, il réagit à la provocation. Pourquoi ne demandez-vous pas le nombre de tués dans ses rangs ? Eux aussi sont des martyrs ! », s'offusque son voisin. Il y a quinze jours, une manifestation a été organisée dans les rues de Sirnak par l'Association des familles de martyrs (le nom donné aux soldats et aux gardiens de village - les supplétifs de l'armée -, morts en combattant les « terroristes ») pour réclamer un déploiement de l'armée dans la région autonome du Kurdistan d'Irak, où est retranchée une partie de la guérilla.
Réflexes des années sombres
Mehmet Düngör, le président de l'association, a épinglé dans son bureau une carte englobant tous les pays turcophones, sur lesquels règnent Gengis Kahn et Attila. Un condensé de la mythologie pantouranique qui exalte la supériorité de la race turque. « Le problème entre les Kurdes et les Turcs n'existe pas, il n'y a que des Turcs unis sous le drapeau turc », déclare-t-il en cliquant sur des photos de bébés éventrés que montre son ordinateur, pour donner du poids à sa démonstration sur « les atrocités commises par le PKK ». Mehmet Düngör, qui jure compter treize « martyrs » dans sa famille, assure que « 20 000 personnes sont venues manifester contre la terreur ».
Une provocation pour le maire de Sirnak, Ahmet Ertak : « Il n'y avait que des gens qui travaillaient pour l'armée, essentiellement des gardiens de village. » Selon cet édile pro-DTP, moustache bonhomme et discours imperturbable malgré l'hélicoptère qui passe devant sa fenêtre, « la peur de la Turquie face à la construction d'un État kurde en Irak » explique la multiplication des opérations.
Si les rangs se resserrent derrière le PKK en période trouble, toute la population est loin de lui apporter un soutien aveugle. Même s'il se trouve peu de volontaires pour le dire. À voix basse, dans un restaurant de grillades, à une heure creuse de l'après-midi, Ahmet et Mahmut renvoient dos-à-dos les belligérants : « Pour déstabiliser l'AKP (le parti islamo-conservateur au pouvoir), l'armée et les nationalistes ont joué les cartes de Chypre, des Arméniens, du danger islamiste et maintenant celle des Kurdes. Ils sont prêts à créer le chaos pour garder le pouvoir. De son côté, le PKK manipule aussi les gens. C'est comme les fidèles des leaders religieux, on ne conteste pas les décisions. » Un inconnu s'installe à une table à proximité. Fin de la conversation.
À la terrasse du jardin à thé surplombant la vallée, les vieux paysans ont les yeux couleur de miel comme les terres qu'ils ont dû abandonner. « Ils ont remis des mines partout, nous n'osons plus sortir de la ville », se plaint l'un d'eux. Vaches, ânes, oies, les ruelles tortueuses de Sirnak ressemblent à une basse-cour citadine. Dans les années 1990, l'armée a vidé les villages dans les montagnes alentours. Les hommes et les bêtes sont venus se réfugier en ville.
Dès la sortie de Sirnak, les check-points se multiplient. Les flancs des montagnes ont été réquisitionnés : on peut y lire en grandes lettres des slogans comme « La nation est indivisible », ou « Heureux celui qui se dit Turc ». Planté près d'une guérite, un panneau vante le financement par l'Union européenne d'un programme d'aide à la production laitière. « Avec les réformes de l'Europe, nos droits ont augmenté et nous avons peur de tout perdre, l'espoir du changement avec », résume Fikret Kaya, le maire de Tasdelen. Le jeune représentant de ce hameau à quelques encablures de l'Irak s'accroche au printemps européen et repousse la menace d'une guerre régionale contre le Kurdistan irakien : « Les gens de l'ouest de la Turquie (les pro-interventions) doivent comprendre qu'ils sont dans le même bateau que ceux de l'est. S'il y a un trou, nous coulerons tous ensemble. »
Source du texte : FIGARO.FR
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samedi, 09 juin 2007
Les militaires turcs piétinent à la frontière irakienne
La rumeur d'une incursion de l'armée turque, mercredi, dans la province kurde au nord de l'Irak, démentie par Ankara, fait monter la pression dans la région.
Des milliers de soldats pénétrant, mercredi, dans le nord de l'Irak pour traquer les séparatistes kurdes du PKK : l'annonce d'un déploiement de troupes turques de l'autre côté de la frontière a mis toute la région en alerte. Les démentis se sont succédés à Ankara, Bagdad et Washington. Mais hier, des sources militaires s'exprimant sous le couvert de l'anonymat dans la presse turque, faisaient état de 600 soldats lancés à la poursuite de rebelles dans les montagnes irakiennes. Y a-t-il vraiment eu une opération de l'armée ou s'agit-il d'un ballon-sonde lancé pour "tâter le terrain" et tester la réaction de la communauté internationale, comme l'a suggéré l'un des chefs de la guérilla kurde retranché en Irak, Bahoz Erdal ?
Cette rumeur renforce dans tous les cas la menace d'une action militaire, brandie depuis des semaines, côté turc. "En tant que soldats, nous sommes prêts", avait annoncé le chef de l'état-major, Yasar Büyükanit, le 31 mai. L'armée, soutenue par le Parti républicain du peuple (CHP), la gauche nationaliste, veut s'engager dans la région autonome du Kurdistan irakien. Et le moindre mouvement de troupes à la frontière est interprété comme des préparatifs ou comme le moyen de faire pression sur l'Irak et les États-Unis, l'hypothèse la plus probable.
Mercredi, trois commandants des forces armées, appuyés par des hélicoptères, ont effectué une revue des effectifs postés à la lisière irakienne, détaillait par exemple le quotidien Hürriyet.
Depuis le début de la guerre engagée contre le PKK, les opérations d'envergure de l'armée turque sur le territoire irakien ne sont pas rares. Plus d'une vingtaine ont été recensées depuis 1984, et la dernière de grande ampleur remonte à 1997, quand 50 000 hommes avaient été déployés. Mais traditionnellement l'état-major se garde de médiatiser ces mouvements dans le pays voisin.
L'armée est à cran
Contrairement à l'habitude, le scénario actuel a été fortement médiatisé, ce qui n'empêche point le flou sur les motivations de l'opération, sujettes à diverses interprétations : en finir avec les 3 500 rebelles du PKK retranchés dans les montagnes du nord irakien et qui s'infiltrent en Turquie dès la fonte des neiges du printemps, empêcher la création d'un Kurdistan indépendant, sa hantise, ou déstabiliser le gouvernement d'Erdogan à un mois et demi des élections législatives...
Depuis l'attentat suicide à Ankara le mois dernier, qui a fait huit morts et qui a été attribué au PKK, l'armée est à cran. Lundi, l'attaque à la grenade dans une caserne dans la province de Tunceli qui a coûté la vie à sept gendarmes lui a donné un argument supplémentaire pour passer à l'offensive. Hier, trois soldats turcs ont été tués par l'explosion d'une mine.
Ankara, exaspéré par l'absence de résultats dans la lutte contre le PKK, promise par Bagdad et Washington, menace donc de passer outre le veto américain, qui cherche à ménager ses alliés kurdes en Irak. Les militaires et le gouvernement turcs, déjà engagés dans un bras de fer électoral, s'affrontent maintenant sur le terrain du terrorisme kurde. Mercredi soir, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a rappelé l'armée à l'ordre : "Une décision du Parlement est nécessaire au déclenchement d'une opération transfrontalière." Tout en ajoutant que toute incursion ne serait pas obligatoirement rendue publique. Dans la matinée, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait marqué la différence du gouvernement avec la revendication des militaires, en jouant la carte de l'apaisement. Levent Bilman avait fait part d'un dialogue possible avec les responsables du Kurdistan autonome s'ils acceptaient de mener "des actions sérieuses contre les terroristes" du PKK.
En revanche, dans le sud-est du pays, à majorité kurde, les militaires sont déjà entrés en action. 50 000 hommes y pourchassent le PKK et ont déjà tué 67 de ses membres depuis avril. Et le spectre de l'état d'urgence, levé en 2002, a fait sa réapparition : près de la frontière, dans les régions d'Hakkari, Siirt et Sirnak, des zones viennent d'être bouclées par l'armée et interdites d'accès.
Source du texte : FIGARO.FR
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lundi, 04 juin 2007
L'armée turque envoie des renforts à sa frontière avec l'Irak
La Turquie a entrepris de dépêcher des renforts de troupes et de matériel militaire à sa frontière avec l'Irak alors que le débat fait rage dans le pays sur l'opportunité de lancer une offensive transfrontalière contre les rebelles kurdes.
L'armée turque a expliqué que le renforcement de son dispositif à la frontière était une mesure habituelle durant la saison estivale destinée à empêcher toute infiltration des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis leurs bases dans le nord de l'Irak.
Depuis des semaines, les chaînes de télévision turques diffusent des images de camions militaires se dirigeant vers la frontière avec le Kurdistan irakien et de trains acheminant des chars et des armes dans la zone.
"Le PKK doit être éliminé en tant que problème entre l'Irak et la Turquie", a déclaré l'envoyé spécial turc en Irak, Oguz Celikkol, lors d'un entretien à la chaîne CNN-Türk. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mardi les Etats-Unis et l'Irak à détruire les bases du PKK dans le nord de l'Irak et n'a pas exclu une opération turque transfrontalière.
Par la voix de son porte-parole Levent Bilman, le ministère turc des Affaires étrangères a exhorté l'Irak mercredi à prendre "les mesures nécessaires pour arrêter les activités des terroristes par tous les moyens". A la question de savoir si les autorités irakiennes avaient été informées de la possibilité d'une opération transfrontalière d'Ankara, M. Bilman a répondu : "Une telle décision est uniquement du ressort de la Turquie. Nous n'avons pas à (en) informer qui que ce soit."
Ce type d'opérations a produit des résultats mitigés par le passé, de nombreux militants se cachant lors des incursions des troupes turques. Selon Ankara, jusqu'à 3.800 rebelles sont basés en Irak et jusqu'à 2.300 opèrent sur le sol turc.
De leur côté, les mouvements kurdes qui dirigent le nord de l'Irak menacent de résister à toute incursion militaire turque.
L'armée turque affirme avoir tué 10 rebelles dans le sud-est de la Turquie depuis lundi. Le conflit qui oppose les forces turques aux séparatistes kurdes depuis 1984 a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts.
Source du texte (30 mai 2007) : NOUVEL OBS.COM
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