mardi, 27 juillet 2010

Cosaques : L'origine des "guerriers libres" (partie 1/2)

Le fléau était venu de l'Est. Conduits par le Mongol Baty Khan, les envahisseurs au visage plat et aux yeux bridés, vêtus de fer et de peaux de bêtes, descendirent la vallée prospère du Dniepr comme un nuage de sauterelles, et ils la laissèrent dans la désolation après leur passage. Ils saccagèrent les villes, démolirent les églises, rasèrent les maisons, empilèrent en tas les morts innombrables. Les survivants s'égaillèrent. L'âge des ténèbres ensevelit les Russes.

Cosaque.jpgLe coup reçu par les Russes en 1240 était plus terrible, plus traumatisant que celui que les Anglais avaient essuyé en 1066. Foyer d'une société chrétienne florissante, capitale d'un État qui avait noué des liens avec l'Angleterre d'Alfred le Grand et la fastueuse Byzance des empereurs, la fière cité de Kiev était tombée aux mains d'une horde de cavaliers tatars qui l'avaient presque complètement détruite.

Les Tatars poursuivirent leur marche vers l'ouest ; puis, tenus en échec en Europe centrale, ils firent demi-tour. Leurs chefs mongols fondèrent une sorte de capitale à Saraï sur la Volga et entreprirent d'établir leur pouvoir sur leurs nouveaux territoires, l'empire de la Horde d'Or. Il comprenait les steppes qui s'étendaient de l'Oxus à l'est jusqu'à la Galicie à l'ouest et, au nord, quelques principautés russes démembrées qui avaient succédé à l'État de Kiev.

Lire la suite

Écrit par SG (Webmaster) dans > Marines, > Russie, > Ukraine, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cosaques, cossack, zaporogues, don, oural, tatars, turcs, mongols, steppe, guerriers, slaves | | |  Facebook | |  Imprimer |

lundi, 07 juin 2010

Guerre et Civilisation III : Les guerriers à cheval

Lire la suite

dimanche, 09 décembre 2007

Au théatre (jusqu'au 23 décembre) : Gengis Khan

fdf7c23f029e5261611efc60ab9d0569.jpg62ff65af979a1f7fc0f4914169a6bc06.jpgDans une mise en scène toute au service de la prose ample et claire d’Henri Bauchau, 10 comédiens et 2 musiciens nous entraînent à travers l’Asie médiévale dans une épopée pleine de bruit, de fureur et d’humanité (au sens grec).

2dd063d37dbad2ec4012850f075bb964.jpgOeuvre de poète, Gengis Khan est traversé par le souffle de l'épopée. Réunissant plus de 30 personnages sur 40 ans, embrassant l'Asie de Pékin à Samarkand, la pièce d’Henri Bauchau, écrite en 1955, retrace le destin d'un homme à l'énergie formidable : Témoudjin, obscur nomade mongol, qui deviendra Gengis Khan et mourra à la tête d'un empire pacifié de la Corée à l'Ukraine.

Au commencement, Témoudjin, le germe : un être pied de glaise émerge d'un torrent, enchaîné et fouillé de tout ; à la fin, un arbre gigantesque, l'Empire de Gengis Khan, couvre le monde de ses innombrables branches "à mi-chemin entre deux océans"...

Hors des normes et des genres dramatiques, plus proche de la poésie épique des cultures naissantes que de la tragédie tendue des civilisations accomplies, la prose ample et claire de Bauchau raconte la germination et la croissance fabuleuse de cet "arbre de Gengis Khan", qui, né de la boue des steppes, montera à l'assaut du ciel et regardera Dieu en face.

Le destin de Gengis Khan selon Bauchau, c'est la rencontre violente et les épousailles du vent et de la terre, du torrent et du relief, du rêve sans limite et de la réalité qui l'infléchit, de l'énergie brute et de la forme qui la canalise... Sur son passage, il y a ce qui cède : les armées, les murailles, les villes, les royaumes... et il y a ce qui résiste : la liberté du cavalier mongol, l'éternité du paysan chinois, la patience du jardinier perse, l'amour de la jeune femme, l'obstination de l'héritier, la mort... Ce qui cède il l'anéantit, mais il épouse ce qui lui résiste.

Gengis Kahn n'est pas un héros tragique : il n'est pas soumis à la fatalité, il est lui-même la fatalité. Sur sa trajectoire, des mondes s'écroulent ; dans son sillage, des vies se brisent ou se transforment : c'est le sage Timour, le premier ami, l'alter ego mongol, que sa fidélité sans borne conduira à la mort ; c'est le Roi d'Or qui sombre dans la folie , anéanti par la terrifiante brutalité du Mongol ; c'est Choulane, la jeune femme perse, la femme aimée, qui ira au sacrifice, déchirée entre son amour et ses racines ; c'est Tchélou T'saï, enfin, le demi-chinois, "ministre de l'arc-en-ciel", le bras droit successeur de Timour, qui en choisissant de servir Gengis Khan fera entrer la lumière chinoise dans l'ombre mongole, et retournera la puissance destructrice du barbare en force régénérante et pacificatrice.

S'interrogeant sur ce qui préside à la fondation des Empires, la pièce de Bauchau s'inscrit dans les préoccupations d'un siècle qui en a vu naître et mourir plusieurs. Or, à l'opposé des grands empires sédentaires et bâtisseurs, à visée hégémonique, qui absorbent et dissolvent leurs conquêtes, l'Empire Mongol frappe par sa singularité : nomade et destructeur, il adopte ce qu'il conquiert et finalement le régénère.

Comme les grandes pièces historiques de Shakespeare, le Gengis Khan d'Henry Bauchau parle de politique : révoltes de sans-terre, trônes renversés, meurtres d'État, transmission du pouvoir... Mais plus encore, il nous parle de l'homme et de sa confrontation au réel, du travail du temps sur l'individu et sur les civilisations, du souffle vital en général, de son extinction et de ses renaissances.

Loin de l'ironie démythificatrice propre à la plupart de ses contemporains, Henry Bauchau, finalement hors du temps, propose un théâtre qui renoue avec ses origines et qui de nouveau parle le langage du mythe.

Eric PELLET

 

bd53d682e62254da5f652df87f9ca3c4.jpgCONTEXTE :

La fondation par un nomade d’un empire aussi exceptionnel par sa taille que le fut l’empire mongol de Gengis khan est un cas de figure que nos esprits et nos cultures de sédentaires appréhendent parfois malaisément. Au nomade on associe plus souvent les notions de barbare, de violence, voire de férocité, comme également on lui prête un environnement tribal forcément primitif et sauvage bien éloigné des exigences d’un État organisé. Pourtant, si la violence est souvent présente dans le monde de guerriers nomades établis dans les steppes de l’Asie continentale, elle n’est par leur apanage. Ces derniers recourent, certes, à l’extermination de populations entières, mais ce n’est pas tant la cruauté du procédé qui impressionne l’observateur. Le plus frappant sans doute est la façon systématique visant à l’efficacité avec laquelle ils agissent, ainsi que le peu de cas qu’ils font des infrastructures mises en place par les sédentaires. Il faut voir là une stratégie de conquête et l’application de principes à leurs yeux supérieurs plutôt qu’actes de pure cruauté. 

Temoudjine, qui sera fait grand khan sous le nom de Gengis khan en 1206, est issu de ces peuples guerriers de pasteurs nomades, établis dans la zone des steppes limitée au nord par la forêt sibérienne, au sud par les terres cultivées des sédentaires. Parmi ces peuples, certains sont de langues turques, les autres de langues mongoles, d’autres encore de langues toungouses (tels les Djourtchètes de la dynastie d’Or), voire tibétaines. Ils bataillent pour obtenir la suprématie dans les steppes et pour avoir accès, de gré ou de force, aux marchés des sédentaires. Les relations avec ces derniers sont complexes. Les élites nomades ont pris goût depuis des siècles aux produits variés des sociétés sédentaires, tissus, céréales et objets de luxe, et, à défaut de pouvoir les obtenir par des accords diplomatiques et des alliances stratégiques, ils organisent des raids sur les marchés frontaliers d’où ils tirent du butin et des captifs, parmi lesquels les artisans les plus compétents. 

8ddfdd7c3e05bf044f1236b0a48b4fd0.jpgCes princes des steppes peuvent être à certaines périodes vassaux de dynasties chinoises ou sinisées, puis se trouver quelques décennies plus tard régnant sur une partie de la Chine à la tête d’une dynastie de conquête, prospère et progressivement sinisée mais riche de ses particularités. Les chroniques des sédentaires reprises par l’historiographie parlent souvent de “tribu” pour qualifier l’organisation des nomades. Ce terme restitue mal la réalité de ces royaumes ou confédérations qui rassemblaient autour d’un khan puissant des princes et vassaux alliés, formant des entités politiques fortement hiérarchisées et organisées. A l’affaiblissement d’une dynastie régnante succédait la montée en puissance d’une autre, généralement issue d’un vassal qui reconstituait à son profit une nouvelle entité et imposait à son tour son ordre. Les institutions et les formes de gouvernement produites par ces pasteurs nomades et guerriers témoignent de nombreux points communs, à commencer par l’organisation militaro-administrative. 

C’est fort de cette solide culture politique hégémonique des nomades des steppes que Gengis Khan fonde son entreprise de conquête. “Ordre”, “règle”, “alliance”, “vengeance”, “loyal”, “rebelle”, “volonté du Ciel” qui fait le destin de chacun, telles sont quelques-unes des notions qui ponctuent le discours de ces princes nomades et que nous restitue en particulier l’Histoire secrète des Mongols qui relate du point de vue des Mongols la fondation d’un empire par Temoudjine, jeune noble mongol “aux yeux pleins de feu”. Avec quelques autres prétendants au trône, il possède la légitimité lignagère nécessaire pour restaurer la royauté mongole tombée sous les coups des Tatars, ennemis jurés des Mongols, alliés au roi d’Or, dynastie elle-même d’origine nomade régnant alors en Chine du Nord qui avait mis à mort de façon ignominieuse le dernier roi mongol. A l’origine de l’entreprise de conquête de Temudjine, on trouve ainsi la volonté de rassembler la nation mongole éparpillée et l’accomplissement du devoir de vengeance inscrit dans la loi des steppes, tâches tentées sans succès par son père mais dont lui seul s’acquittera en fin politique autant qu’en fin stratège.

Marie-Dominique Even

--------------------------------------------------------  

Théâtre 13

  • 103 A, boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris
  • Jusqu'au 23 décembre 2007
  • Tarif : 22 €
  • Réservation obligatoire au 01 45 88 62 22
  • Durée : 2h20 sans entracte

Écrit par SG (Webmaster) dans > Asie, > Événements | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gengis Khan, Mongols, steppe, épopée, empire nomade | | |  Facebook | |  Imprimer |