mercredi, 27 juin 2007
Bolivarisme et socialisme dans le Venezuela d'Hugo Chavez
Le président vénézuélien Hugo Chavez fait dans le monde entier la propagande des idées de Simon Bolivar, libérateur de l'Amérique latine du joug espagnol. Même le nom du pays a été modifié en 2000, il s'appelle maintenant la République bolivarienne du Venezuela. Hugo Chavez se considère comme un nationaliste et un révolutionnaire du genre de Simon Bolivar.
Attaché aux principes de l'idéologie du "bolivarisme", Hugo Chavez conduit son pays depuis dix ans sur la voie des réformes sociales. L'une des principales mesures qu'il a prises a été d'établir un contrôle sur l'extraction du pétrole, ce qui a augmenté de plusieurs milliards de dollars les recettes provenant de la vente de combustible. La plus grande part des pétrodollars est consacrée au secteur social. Hugo Chavez a mis en oeuvre une réforme foncière fondamentale prévoyant l'octroi de crédits et de terres aux paysans. Tout l'enseignement, même universitaire, est devenu gratuit, les dépenses pour l'enseignement sont passées de 3 à 7% du PIB. L'introduction de l'assistance médicale gratuite a permis de réduire considérablement la mortalité infantile. Tout cela est observé dans un pays où 80% de la population vivait jusqu'à ces derniers temps dans une réelle misère !
L'objectif principal de la politique extérieure d'Hugo Chavez est de réunir les pays d'Amérique du Sud au sein d'une union économique et politique, indépendante vis-à-vis de l'hégémonie des Etats-Unis. Le dernier plan grandiose prévoit l'édification du socialisme au Venezuela. A cette fin, Hugo Chavez a introduit dans le pays un système d'administration présidentielle directe. Le leader vénézuélien est certain que ces pouvoirs extraordinaires lui permettront de réaliser une révolution socialiste du XXIe siècle.
Au cours de la cérémonie officielle d'investiture d'Hugo Chavez au poste de président du pays pour la période de 2007 à 2013, contrairement à la tradition, il a déplacé l'écharpe présidentielle de l'épaule droite à l'épaule gauche, afin de souligner ses convictions.
Prononçant un discours devant l'assistance, Hugo Chavez a confirmé son orientation vers l'édification du "socialisme vénézuélien", il a déclaré qu'il avait l'intention de nationaliser les réseaux énergétiques et les télécommunications du pays, et pris plusieurs initiatives visant à transformer le Venezuela en un pays dont la voix serait entendue sur le continent sud-américain, mais aussi au-delà de ses limites.
Hugo Chavez a récemment annoncé la création de 200 "entreprises socialistes" dans des secteurs stratégiques aussi importants que l'agriculture, les industries agro-alimentaire, légère, chimique, automobile et électronique. Son objectif est de réduire les importations et de passer à l'autosuffisance totale. Hugo Chavez a également annoncé le lancement de la fabrication des premiers ordinateurs, téléphones portables, automobiles et deux-roues, dont l'assemblage est effectué au Venezuela avec l'assistance technique de la Chine et de l'Iran.
Le 1er mai, conformément à la loi adoptée sur la nationalisation, les exploitations pétrolières où travaillent les compagnies américaines ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, la compagnie britannique British Petroleum, la société française Total et la compagnie norvégienne Statoil ont été placées sous la gestion de la corporation pétro-gazière publique Petroleos de Venezuela (PDVSA). Cette corporation contrôlera environ 60% des titres des actifs pétroliers, alors que les compagnies étrangères peuvent conserver des paquets d'actions minoritaires. Selon Hugo Chavez, l'ère de la privatisation du pétrole vénézuélien s'est achevée, et le Venezuela a rétabli son contrôle sur ce secteur stratégique d'importance primordiale.
Hugo Chavez s'efforce de mettre fin au retard et à la dépendance du Venezuela vis-à-vis des Etats-Unis, mais pas seulement. Pour atteindre cet objectif, le président vénézuélien oeuvre en vue de créer une Communauté bolivarienne prévoyant une coopération politique, mais aussi économique, entre autres, la construction de gazoducs et d'oléoducs transatlantiques, et le programme d'exploitation des gisements de pétrole et de gaz du bassin de l'Orénoque. L'activité internationale et les réserves de pétrole assurent au Venezuela une place sans équivalent dans l'arène régionale.
Pendant la guerre froide, sur le continent américain, seul Fidel Castro était considéré comme ennemi juré des Etats-Unis. A présent, ces leaders sont nombreux, qui plus est sans le soutien de l'URSS disparue. Les points de vue antiaméricains sont partagés, dans telle ou telle mesure, par Evo Morales en Bolivie, Lula da Silva au Brésil, Nestor Kirchner en Argentine, Tabaré Vasquez en Uruguay, et même par Michelle Bachelet au Chili, pays traditionnellement pro-américain. Quoi qu'il en soit, le Venezuela se considère comme la locomotive de l'intégration latino-américaine. "L'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud sont des continents tout à fait différents", répète Hugo Chavez.
Aspirant à la prospérité du Venezuela et au renforcement du bloc antiaméricain mondial, le président Hugo Chavez ne se borne pas au cadre de l'Amérique latine. Le prestige du pays riche en pétrole et de son leader s'accroît rapidement dans d'autres régions, en premier lieu en Asie et au Proche-Orient.
Le Venezuela est devenu l'un des principaux fournisseurs de combustible à la Chine. Les deux pays prévoient de construire trois raffineries de pétrole sur le territoire chinois et une flotte de pétroliers. Un accord syro-vénézuélien signé à Damas prévoit la création d'une compagnie mixte pour construire des raffineries de pétrole sur le territoire de la Syrie, qui exporte actuellement du brut à perte. Le président du Venezuela a fait preuve de sa volonté d'aider Damas à redresser cette situation. En réponse, Bachar al-Assad a placé Hugo Chavez parmi les "principaux amis du monde arabe".
Chavez a récemment lancé un nouveau défi à l'Amérique. Du haut de la tribune de la 14e Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement du Mouvement des non-alignés, il a déclaré que chaque Etat, y compris le Venezuela, devait avoir le droit aux programmes nucléaires. Selon lui, le Venezuela est intéressé par le développement du nucléaire civil, dans la mesure où il doit se préparer au moment où les réserves de pétrole s'épuiseront.
Les rapports entre le Venezuela et la Russie se développent également. De grandes compagnies minières russes participent à l'exploitation de gisements d'hydrocarbures au Venezuela. Des contrats bilatéraux de livraison d'armements pour 3 milliards de dollars ont été conclus au cours de la visite d'Hugo Chavez en Russie en juillet 2006. Ces ententes ont suscité une tempête d'indignation à Washington. Mais les Etats-Unis n'ont pu empêcher la transaction russo-vénézuélienne.
Hugo Chavez considère la Russie comme un puissant pôle du monde multipolaire. Séjournant à Moscou en 2001, il a prononcé une phrase traduisant le fond de son approche : "La Russie s'élève sur les espaces de l'Eurasie pour assurer un équilibre dans le monde. Nous avons besoin d'une Russie forte pour parvenir à l'égalité". Hugo Chavez et son équipe manifestent nettement leur aspiration à conférer une dynamique positive aux rapports avec la Russie. Sur le plan politique, des pourparlers et des consultations intenses ont lieu régulièrement à divers niveaux. Le Venezuela est objectivement intéressé aux hautes technologies que la Russie possède dans les secteurs militaires. Les acquis du Venezuela dans la pétrochimie peuvent en retour être employés avec succès en Russie.
La composante politique du dialogue russo-vénézuélien est également importante. Le Venezuela, de même que ses nombreux voisins dans la région, partage la façon dont la Russie aborde les problèmes cruciaux de l'ordre mondial contemporain, il soutient entièrement la conception russe du monde multipolaire. Moscou et Caracas coopèrent en outre au sein des organisations internationales, pour l'essentiel, à l'ONU.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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Simon BOLIVAR : El Libertador
Révolutionnaire mexicain né à San Juan del Río, Durango, en 1876 – mort à Parral, Chihuahua, en 1923.
Pauvre paysan, orphelin et ayant reçu très peu d’éducation quand éclate la Révolution mexicaine en 1910, Francisco Villa, dit Pancho Villa, se réfugiait depuis plusieurs années dans les montagnes après avoir assassiné le propriétaire de la hacienda où il travaillait.
Dès le début de la Révolution il rallie les rangs se Madero dans sa lutte contre la dictature de Porfirio Díaz, et fait preuve d’une grande habileté dans l’art de la guerre.
Profitant de sa connaissance du terrain et des paysans, il forme sa propre armée dans le nord du Mexique, avec laquelle il contribue au triomphe du mouvement révolutionnaire.
En 1912 il est fait prisonnier, en soupçonnant le général Victoriano Huerta de participer à la rébellion de Orozco dans la défense des aspirations sociales des paysans, que Madero avait ajourné.
Il parvient à s’échapper aux Etats-Unis et, après l’assassinat de Madero, il revient au Mexique et forme une nouvelle armée révolutionnaire, la Division du Nord (la División del Norte) en 1913.
Avec ses troupes il soutient la lutte de Venustiano Carranza et Emiliano Zapata contre Huerta, qui s’est imposé comme dictateur. Ensemble, ils le font tomber en 1914 ; mais après la victoire de cette deuxième révolution, Villa et Zapata se sentent trompés par Carranza et reprennent les armes contre ce dernier.
Cette fois, la chance n’est pas de son côté : Álvaro Obregón défait les troupes de Villa et Carranza consolide son pouvoir, obtenant la reconnaissance officielle de son gouvernement par les Etats-Unis.
Dans sa tentative pour démontrer que Carranza ne contrôle pas le pays, et dans le but de liguer contre le dictateur le président américain Wilson, il attaque le territoire nord américain du Nouveau Mexique et assassine 16 citoyens américains (1916).
Wilson envoie une armée sous le commandement du général Pershing au nord du Mexique pour en finir avec Pancho Villa ; mais la connaissance du terrain et le soutien de la population paysanne permettent à Villa et ses troupes de résister durant quatre années, dans une guerre à mi-chemin entre la guérilla et le banditisme.
A la chute de Carranza en 1920, le nouveau président Adolfo de la Huerta lui offre l’amnistie et un ranch à Chihuahua, en échange de l’arrêt de ses activités guerrières et de son retrait de la vie politique. Villa accepte, mais meurt trois ans plus tard, assassiné dans son ranch pour des raisons politiques, pendant la présidence de Obregón.
I. La jeunesse de Bolivar.
Simon Bolivar est né à Caracas le 24 juillet 1783. Sa ville natale est la capitale de la Capitainerie Générale du Venezuela. Il est le fils du colonel Juan Vicente Bolivar Ponte et de Doña María de la Concepción Palacios Blancos, tous deux issus de familles espagnoles de grande lignée.
Ces deux familles, vivant sur le sol américain depuis de nombreuses générations, font parti de la puissante classe sociale des "Mantuanos", ce qui leur vaut de grand privilèges.
C'est dans ce cadre que vient de naître Simon Bolivar, à qui un des membres de la famille, le Père Juan Félix Jérez-Aristiguieta Bolivar rédige un testament en sa faveur, lui assurant une très grande fortune.
Simon, que sa mère ne peut allaiter, se voit confier à une nourrice noire, Hipolita, une des esclaves de la famille. Celle-ci fait plus que de nourrir Simon, elle s'en occupe comme si c'était son propre enfant, et surtout à la mort du colonel Bolivar alors que son fils a à peine sept ans. Simon Bolivar gardera toujours dans son coeur beaucoup de tendresse pour Hipolita.
Aux alentours de l'année 1790, María Antonia, Juana, Juan Vicente, et Simon, se promènent assez souvent avec leur mère sur leurs terre de la vallée de Aragua. Simon est touché par la beauté et la tranquillité des paysages qu'il découvre.
Mais le charme se brise le 6 juillet 1792, quand meurt sa mère, qui a toujours eu une santé fragile. Les Bolivar restent orphelins. Les deux filles, bien que très jeunes ne tardent pas à se marier, et c'est le grand-père maternel, don Feliciano, qui devient le tuteur de Simon qui a peine 9 ans.
Mais le jeune Simon souffre beaucoup de la disparition de ses parents.
Simon a appris à lire, écrire et compter avec différents précepteurs. Il va à l'Ecole Publique, dirigée par Simon Rodriguez, un homme original et progressiste, dont les idées pédagogiques et sociales auront beaucoup d'influence sur un jeune au caractère encore très malléable.
Mais entre temps, don Feliciano s'éteint à son tour, et la tutelle revient à Carlos Palacios, son oncle, avec qui Simon ne s'entend pas du tout. Don Carlos, célibataire, passe beaucoup de temps dans ses haciendas, et Simon, livré à lui-même, se promène dans les rues de Caracas avec des gamins qui ne sont pas de son rang.
A 12 ans, Simon Bolivar fait une fugue et s'en va chercher réconfort auprès de sa soeur María Antonia. Mais l'enfant est reconduit chez lui, puis confié, comme interne, à la charge de son maître Simon Rodriguez.
Rodriguez ne tarde pas à gagner la confiance de Simon, et en quelques mois des liens étroits vont les liés, des liens de sympathie, qui dureront jusqu'à la mort.
Admirateur de Rousseau et autres philosophes français, Rodriguez va apprendre beaucoup à Simon Bolivar, usant de beaucoup de tact, de sensibilité et de fermeté également. C'est à ce moment que Simon ouvrir les yeux, son esprit et son coeur sur les idéaux qui vont marquer sa vie.
II. Simon Bolivar en Europe.
En 1799, il voyage pour la première fois en Espagne, visitant au passage Veracruz et Mexico, faisant une courte escale à La Havane. A Madrid, il est entouré par ses oncles Esteban et Pedro Palacios, ainsi que par le Marquis de Ustariz qui devient son maître. Simon approfondit ses connaissances littéraires et scientifiques et, comme tout homme du monde qui se respecte, il perfectionne son escrime et sa façon de danser.
Il fréquente de nombreux salons où ont le remarque, à la fois pour son élégance et son intelligence.
Rapidement, il fait la connaissance de María Teresa Rodríguez del Toro y Alaiza, une jeune espagnole dont il tombe amoureux. Il pense immédiatement à fonder une famille, avoir une descendance et revenir au Venezuela pour profiter de ses biens. Mais son oncle, pense que c'est un peu précipité et lui conseille de voyager quelque temps. Il sera temps de penser au mariage un peu plus tard.
Au printemps 1801, il voyage à Bilbao où il séjourne le reste de l'année. Puis il se rend en France, A Paris et Amiens. Le pays, sa culture, les gens l'enchantent. Au mois de mai 1802, il est de nouveau à Madrid où il se marie, le 26, avec María Teresa. Les deux jeunes époux voyagent au Venezuela, passent de moments heureux jusqu'en janvier 1803, date à laquelle meurt María Teresa.
Dans une lettre adressée à un ami qui vit en France, Bolivar exprime ses sentiments après la mort de son épouse : "Je l'ai perdue; et avec elle la vie de douceur qui réjouissait ma tendre poitrine... La douleur ne me laisse pas un seul instant d'apaisement". C'est une émotion profonde et sincère, exprimée avec beaucoup de romantisme.
Le jeune veuf repart en Europe à la fin de cette même année, passe par Cadix et Madrid, et s'installe à Paris au printemps 1804.
A Paris, Bolivar mène une vie sociale très intense, tout en profitant des plaisirs qu'offre la capitale française. Il a des amours furtives avec une dame française, Fanny Du Villars, dont il fréquente les salons, dans lesquels viennent des hommes politiques, des militaires, des diplomates, des scientifiques, des marchands et de jolies femmes.
Il lit beaucoup, assiste à des conférences et observe avec sagacité les événements politiques et militaires qui sont en train de changer le monde. C'est l'époque, en 1804, où Napoléon est couronné Empereur. Ceci impressionne beaucoup Bolivar qui admire le génie militaire de Bonaparte, mais il critique sa montée sur le trône impérial.
Au cours de ses conversations avec les savants Humboldt et Bonpland, Bolivar commence à aborder le sujet de l'indépendance de l'Amérique du Sud.
En France, il retrouve son maître et ami Simon Rodriguez. La même passion du savoir les anime. Ensemble ils voyagent en Italie, en 1805. A Rome, au mois d'août, ils font l'ascension du Mont Sacré où Bolivar, d'un ton solennel, jure de jamais laisser son âme en repos ni son bras tant que l'Amérique Hispanophone ne sera pas libre de la domination espagnole. C'est un beau geste romantique, mais cela ne sera pas seulement un geste... Il sera le Libertador, celui qui promet et qui tient ses promesses.
Après avoir visité Naples, Bolivar revient à Paris au début de l'année 1806, et il intègre pour un temps les loges maçonniques. A la fin de cette année là, il embarque à Hambourg à bord d'un navire qui le conduit à Charleston, en janvier 1807. Il parcourt une partie des Etats Unis et revient au Venezuela vers le milieu de l'année.
Pendant son séjour dans la République du Nord, il prend conscience de ce que représente la "Liberté rationnelle".
III. Triomphe et échec de la révolution vénézuélienne.
De 1807 au premiers jours de l'année 1810, Simon Bolivar reste à Caracas et dans ses haciendas. Cependant, il n'oublie pas son serment de Rome. Au cours des réunions avec son frère Juan Vicente et ses amis, ils parlent de littérature mais aussi de l'indépendance du Venezuela.
Le Moment arrive quand, le 19 avril 1810, commence à Caracas la révolution d'indépendance. Bolivar devenu Colonel, est commissionné par la Junte de Caracas, avec Luis Lopez Mendez et Andrés Bello, pour voyager à Londres, et exposer devant le gouvernement britannique les souhaits du Venezuela, désireux de se maintenir, tout au moins, autonome du gouvernement qui en Espagne a pris le pouvoir, après l'arrestation du Roi Ferdinand VII par Napoléon.
Bolivar, dans son fort intérieur, aspire à la totale indépendance. Mais le gouvernement anglais observe une prudente réserve. A Londres, où il reste durant deux mois, Bolivar -qui compte sur l'appui franc et enthousiaste de Miranda - peut apprécier le fonctionnement des institutions britanniques.
A la fin de cette année, Bolivar est de retour. Peu de temps après, Miranda revient aussi dans sa patrie. En tant que membre éminent de la Société Patriotique, Club Révolutionnaire, Bolivar est un des plus ardents à demander au Congrès qu'il proclame l'indépendance.
Après le 5 juillet 1805, il combat sous les ordres du général Miranda afin de soumettre les royalistes qui tiennent Valencia. Le 23 juillet 1811, Bolivar reçoit son baptême du feu et combat pour la première fois.
Le 26 Mars 1812, alors qu'un tremblement de terre cause d'énormes dégâts et de nombreuse pertes humaines à Caracas et aux environs, Bolivar, sur la Place de San Jacinto, juché sur un tas de ruines, lance cette fameuse déclaration: "Si la nature s'oppose à nos desseins nous lutterons elle et ferons en sorte qu'elle nous obéisse". C'est l'attitude d'un homme qui ne cède pas, quelques soient les difficultés qu'il peur rencontrer sur son chemin ; c'est, aussi, un moyen de contrecarrer le découragement et la terreur qui se sont emparés de beaucoup de républicains face à une telle catastrophe.
Quelques mois plus tard, commandant la place forte de Puerto Cabello, Bolivar ne peut, malgré ses efforts, empêcher qu'elle ne tombe aux mains des royalistes. Ses propres soldats l'abandonnent et se rangent sous les ordres des espagnols. Il doit fuir avec une poignée de fidèles officiers.
Quelques semaines plus tard, Miranda doit capituler devant le chef royaliste Monteverde, et la première République du Venezuela s'éteint. A la Guaira, un groupe de jeunes officiers, parmi lesquels se trouve Bolivar, arrêtent l'infortuné Précurseur, Francisco de Miranda, et le livrent aux espagnols.
Bolivar obtient un passeport grâce à la généreuse intervention de son ami Iturbe, et peut se rendre, en exil, à Curaçao. De là il va à Carthagène, où le 15 décembre 1812 il publie un manifeste dans lequel il expose ses principales idées qui guideront son action dans les prochaines années : un seul commandement pour lutter jusqu'à la victoire, et l'union de tous les pays hispano-américains pour réussir et consolider l'indépendance et la liberté.
Ces principes sont clairs et simples. Bolivar se rend compte que l'échec de 1812 vient de la désunion. Il faut concentrer les efforts de tous les américains pour gagner la guerre et organiser ensuite les nouvelles nations. Il faut convaincre les créoles de la justesse de sa cause et les entraîner dans la lutte pour l'indépendance. Cette lutte ne peut se dérouler que dans un seul pays, mais sur tout le continent afin de faire plier la domination royaliste.
IV. En route vers l'indépendance.
Peu de temps après, Bolivar transforme ses paroles en faits. A la tête d'une petite armée il nettoie les bords du río Magdalena de tout ennemi, et prend, en février 1813, la ville de Cucuta. C'est en mai qu'il commence la libération du Venezuela.
Par une série de combat et d'habiles manoeuvres, Bolivar conduit ses troupes de la frontière du Tachira jusqu'à Caracas, où il entre le 6 août. Lors de son passage à Trujillo, le 15 juin, il avait rédigé le Décret de Guerre à Mort, dans le but d'affirmer le sentiment national des vénézuéliens et obtenir une plus grande cohésion.
Peu de temps auparavant, dans la ville de Merida, la population l'avait proclamé Libertador, titre qu'il reçoit solennellement, en octobre 1813, à Caracas et avec lequel il passera dans l'histoire.
La période qui va d'août 1813 à juillet 1814 (la Seconde République) est en vérité L'Année Terrible de l'Histoire du Venezuela. La Guerre à Mort est à son paroxysme, et les combats sont indécis. Girardot et Ricaurte se sacrifient héroïquement. Urdaneta, défend Valencia. Ribas triomphe à la Victoria. Mariño, qui avait libéré l'ouest du pays, arrive au secours de Bolivar et remporte la bataille de Bocachica. Bolivar se défend bec et ongles dans le camps retranché de San Mateo.
Bataille après bataille, il sollicite l'appui des notables civiles pour restaurer les institutions, proclame des décrets, et rédige des articles pour la Gazette de Caracas.
Malheureusement, les royalistes dirigés par l'infatigable Boves, battent à la Puerta Bolivar et Mariño en juin 1814.La Seconde République est blessée à mort. Les Républicains doivent abandonner Caracas. Une grande cohorte, population et armée réunies, se dirige vers Barcelona et Cumana. Les Républicains subissent une nouvelle défaite à Aragua de Barcelona.
A Carupano, Bolivar et Mariño perdent leur autorité sur leurs propres compagnons d'armes. Le Libertador s'en va en Nouvelle Grenade pou un second exil, puis se rend dans la colonie britannique de Jamaïque en mai 1815.
Entre temps, une puissante armada et une armée aguerrie, sous le commandement du général Pablo Morillo, débarque au Venezuela. La cause de l'indépendance semble perdue.
Bolivar va rester en Jamaïque jusqu'en décembre 1815. Après avoir échappé miraculeusement d'une tentative d'assassinat à Kingston, il se rend à Haïti où il reçoit une aide généreuse du président Alejandro Petion. Grâce à lui, son expédition parvient à atteindre Margarita, puis Capurano et Ocumare de la Costa. Là il décrète l'émancipation des esclaves, convaincu qu'un pays qui combat pour la liberté ne peut héberger en son sein le cancer social de l'esclavage.
Séparé à Ocumare du gros de se forces, Bolivar est sur le point de tomber prisonnier et tente de se suicider pour ne pas souffrir une telle ignominie. Par chance, le mulâtre Bideau le sauve et le conduit à bord d'un navire. Il retourne à Haïti où il obtient une nouvelle aide du président Petion.
Il réussit à revenir à Margarita à la fin de l'année 1816, et de là il atteint Barcelona en janvier 1817.
Son objectif est maintenant la libération de la Guyane, pour en faire la base de ses prochaines offensives républicaines et un point de contact vers l'extérieur grâce à l'Orénoque. Il peut compter sur l'armée du général Manuel Piar, qui a déjà commencé la conquête.
Au moi de juin, la capital Angostura (Ciudad Bolivar aujourd'hui) tombe aux mains des républicains. Un gouvernement est nommé avec Bolivar comme Chef Suprême.
Mais Bolivar est confronté à l'anarchie qui gagne les troupes. En octobre 1817, le général Piar est fusillé, condamné à mort par un conseil de guerre.
Les llaneros qui, pour la plupart, avait combattu pour les espagnols, combattent désormais pour la République sous les ordres du général José Antonio Paez, lequel vient de s'unir au Libertador. De nombreux volontaires européens arrivent également. En pleine guerre, Bolivar se préoccupe d'organiser l'Etat de Droit, et convoque un Congrès qui se réunit à Angostura le 15 février 1819.
Le Libertador prononce, à l'inauguration du congrès, un discours dans lequel se trouve l'essentiel de sa pensée sociale et politique. Il leur présente un projet de constitution et leur demande d'adopter le Pouvoir Moral qu'il a élaboré, pour moraliser la société. Mais avec respect, il accepte de ne pas prendre en compte le Pouvoir Moral, que le congrès juge utopique et sans doute pire que l'Inquisition.
Au milieu de l'année 1819, l'armée républicaine, Bolivar en tête, traverse les Andes et défait l'armée royaliste de Nouvelle Grenade dans les Marais de Vargas et à Boyaca. L'armée entre triomphalement dans la ville de Bogota.
En décembre 1819, devant l'insistance de Bolivar, le Congrès de Angostura crée la République de Colombie, qui comprend le Venezuela, la Colombie actuelle, Panama et l'Equateur.
En 1820, après d'âpres négociations, un armistice est signé à Trujillo par Bolivar et le général Morillo. Ce traité signifie à la fois la fin de la Guerre à Mort et la reconnaissance de la Grande Colombie par le Gouvernement de Ferdinand VII.
V. L'indépendance totale.
Mais la paix ne durera pas longtemps. En 1821, les hostilités reprennent, et le 24 juin se déroule dans la plaine de Carabobo la bataille décisive pour l'indépendance du Venezuela, qui sera entérinée, en 1823, par la bataille navale du lac Maracaibo.
Après Carabobo, Bolivar est reçu en triomphe dans sa ville natale, mais il regarde déjà vers l'Equateur, encore dominé par les espagnols. La seule récompense qu'il demande à la suite de la victoire de Carabobo, pour lui et son armée, c'est la liberté des esclaves.
En 1832, le général Sucre marche sur Quito depuis Guayaquil, qui s'était soulevé contre les royalistes, tandis que Bolivar attaque par le nord depuis Popayan. La bataille de Bombona, remportée par Bolivar en avril ébranle les royalistes, tandis celle de Pichincha, gagnée par Sucre le 24 mai offre la liberté définitive à l'Equateur. Bolivar arrive à Quito quelques semaines plus tard, où il rencontrera Manuela Saenz dont il tombera amoureux.
Le 11 juillet, Bolivar se trouve à Guayaquil, où débarque le général José de San Martin, arrivant du Pérou. Les deux grandes figures de l'indépendance sud-américaine s'étreignent. San Martin vient négocier le destin futur de Guayaquil, mais la province est déjà incorporée à la République de la Grande Colombie.
Bolivar passe les derniers mois de l'année 1822 et la première moitié de la suivante en Equateur. Il traverse le pays, de Guayaquil à Cuenca, de Loja à Quito, puis de là se rend à Pasto, dans le sud de la Nouvelle Grenade, où les paysans fidèles au roi se sont soulevés. Il est nécessaire de les soumettre.
Puis il revient au sud de l'Equateur, à Guayaquil. Il suit attentivement le déroulement de la guerre au Venezuela, où le général royaliste Morales résiste. Mais bientôt il est défait à Maracaibo, sur terre et sur la mer.
La situation au Pérou préoccupe beaucoup Bolivar car, après le départ de San Martin, l'oligarchie de Lima n'a pu vaincre la puissante armée royaliste qui se maintient toujours dans le pays. Cette présence menace non seulement l'indépendance du Pérou, mais aussi celle de tous les autres pays sud américains.
En 1823, le Pérou appelle le Libertador à son secours car les républicains sont divisés et une puissante armée royaliste menace de détruire l'oeuvre commencée par San Martin. Bolivar débarque à Callao en septembre 1823, et se rend immédiatement à Lima, où le Congrès lui accorde des pouvoirs exceptionnels. Il est nommé Dictateur (comme dans l'ancienne Rome), pour sauver le Pérou. Bolivar concentre toute son énergie dans ce but. Quand un ami, le voyant effondré par la maladie et à cause de toutes les trahisons, lui demande ce qu'il compte faire, le Libertador lui répond : "Triompher !".
Avec l'appui d'ardents républicains péruviens comme Unanue et Sanchez Carrion, Bolivar affronte toutes les difficultés, les pénuries, les trahisons et les déceptions, et il surmonte également la maladie qui mine son organisme.
Son génie et sa foi dans le destin de l'Amérique le conduisent au triomphe. An août 1824, la victoire de Junin fait pencher la balance en faveur des républicains. En décembre, la bataille de Ayacucho remportée par le plus vaillant des généraux de l'Armée Républicaine, Antonio José de Sucre, met fin à la Guerre d'Indépendance. L'étape militaire est terminée et l'heure est venue de réorganiser politiquement et socialement les nouveaux états, pour renforcer l'unité et, avec la paix, moderniser le continent.
VI. Le rêve déçu.
La veille de Ayacucho, le 7 décembre 1824, Bolivar avait convoqué depuis Lima le Congrès de Panama (lequel se réunira en 1826), pour que les nations hispano américaines s'unissent et fixent une position commune face aux autres puissances mondiales et à l'Espagne. Le Congrès de Panama représente le premier pas dans la voie de l'intégration latino-américaine. Pour Bolivar, les nations hispano-américaines, auxquelles se joint le Brésil, doivent se présenter unie comme des pays frères.
En 1825, le Libertador visite Arequipa, Cuzco et les provinces du Haut Pérou. Elles constituent une nation indépendante, sous la protection de Bolivar, dont elle prendra le nom : la Bolivie. Pour elle, le Libertador rédige un projet de constitution qu'il considère applicable, dans ses grandes lignes, à tous les autres pays que son épée à libéré.
Il rédige également de nombreux décrets orientés vers la Réforme Sociale, dans le but de protéger les indigènes, favoriser l'éducation, en organisant des écoles et des universités, construire des routes, développer le commerce et l'agriculture : en un mot, mettre en place le progrès, qui était son objectif principal. La guerre n'a été qu'un moyen pour obtenir l'indépendance pour commencer ensuite la véritable révolution.
C'est la période la plus éclatante du Libertador. Alors qu'il est de passage dans le village de Pucara, un avocat d'origine inca, José Domingo Choquehuanca, lui confie une prophétie le 2 août 1825: "Votre gloire grandira avec les siècles tout comme l'ombre s'étend quand le soleil se couche".
Un jour, les agents diplomatiques de Buenos Aires viennent le chercher jusqu'à Potosi, pour obtenir son appui dans un conflit entre le Río de la Plata et l'Empire du Brésil.
Pour mener à bien ses projets de réforme sociopolitique, le Libertador compte maintenant sur Simon Rodriguez. Bolivar, en pleine maturité, cherche de nouveau l'appui de son ancien maître et ami. Tous deux aspirent à une profonde transformation des sociétés américaines, grâce à l'éducation et au travail valorisant, et basé sur les réalités humaines, géopolitiques et économiques du Nouveau Monde. Car pour eux, et pour des hommes tels que Gual, Revenga, Vargas, Mendoza, Sucre, Bello...- l'indépendance acquise par les armes à Boyaca, Carabobo, Pichincha, Junín et Ayacucho n'est que le premier pas vers l'autodétermination. Il ne suffit pas d'être indépendant de l'Espagne, il faut également être libre. Et pour cela il existe deux moyens: le travail et le savoir.
En avril 1826, une révolution menée par le général Paez éclate au Venezuela. Bolivar revient sur son sol natal et réussit à rétablir la paix, évitant les horreurs de la guerre civile, en 1827.
Durant les six premiers mois de 1827, Bolivar restaure l'autorité et l'ordre public. Mais il se trouve confronté à une terrible crise économique, conséquence de la banqueroute d'une des banques anglaises, dépositaire d'une partie des fonds de la Grande Colombie. Cependant, Bolivar s'efforce à mettre de l'ordre dans les finances, il fait payer les débiteurs, combat la corruption avec Cristobal Mendoza et José Rafael Revenga.
Avec la nomination du Docteur José María Vargas au poste de Recteur de l'Université de Caracas, il réforme cette institution et l'ouvre aux jeunes désireux et capables d'étudier.
Mais les forces de la désunion dominent celles de l'unité. Les partis politiques sont en total désaccord et rien ne semble fonctionner correctement.
Bolivar est proclamé Dictateur à Bogota. Il accepte le mandat pour tenter de sauver son oeuvre. Le 25 septembre 1828, il est victime d'un attentat auquel il échappe grâce à son sang froid et à la présence d'esprit de Manuela Saenz.
Peu après, il doit se remettre en campagne pour affronter l'invasion des péruviens dans le sud de la république, et reste en Equateur presque toute l'année 1829.
En son absence, le Conseil des Ministres projette d'instaurer une monarchie en Colombie, mais Bolivar parvient à repousser cette idée, réitérant son ancienne devise : "Libertador o muerto".
Au début de l'année 1830, il est de nouveau à Bogota pour préparer le Congrès Constituant qui, espère-t-il, sauvera la Grande République. Mais le Venezuela s'agite à nouveau, et se proclame état indépendant. L'opposition se fait de plus en plus importante. Bolivar, malade et épuisé, renonce à la présidence et s'en va vers la côte dans le but de voyager en Europe. L'assassinat à Berruecos du Général Sucre et l'attitude de ceux qui gouvernent le Venezuela l'affectent profondément.
Bolivar écrit à un ami pour lui confier ses états d'âme : "Vous savez que j'ai eu le pouvoir pendant vingt ans et je n'en ai tiré que quelques conclusions sûres. Premièrement, l'Amérique est ingouvernable pour nous. Deuxièmement, celui qui sert une révolution laboure la mer. Troisièmement, la seule chose que l'on puisse faire en Amérique est d'émigrer. Quatrièmement, ce pays tombera infailliblement entre les mains de petits tyrans..."
Avec cette phrase célèbre, "J'ai labouré la mer", on comprend que Bolivar ne croit plus à la démocratie.
La mort va le surprendre à San Pedro Alejandrino, une hacienda proche de Santa Marta, le 17 décembre 1830. Au moment de mourir, il prononce ces derniers mots: "Partons, partons... Ces gens-là ne veulent plus de nous dans ce pays... Allons, mes enfants, portez mes bagages à bord de la frégate !"
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