vendredi, 05 décembre 2008

Arthur, Roi des Bretons (1/5)

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dimanche, 10 août 2008

Exposition : Le roi Arthur, analyse d'un mythe à Rennes

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La capitale bretonne accueille la plus grande exposition jamais consacrée au mythe arthurien. Plus de 1.000 m2 d'objets dédiés à Merlin, la fée Viviane...

 

Qui est Arthur ?

Fils d'Uther Pendragon, élevé par Merlin l'enchanteur, Arthur devient roi à l'âge de 15 ans en sortant l'épée Excalibur de son socle. Mais a-t-il vraiment existé ? Des récits parlent effectivement d'un chef de guerre qui aurait unifié les peuples bretons pour lutter contre les Saxons, mais rien n'assure que les exploits qui lui sont attribués soient véridiques. C'est en cela que la légende arthurienne fascine. Difficile de démêler le réel de l'imaginaire dans cette histoire, qui a contribué à diffuser une culture celtique commune en Grande et en Petite Bretagne.

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jeudi, 01 novembre 2007

Le choc des armes

032c46bd85929cf565434f7aebcd66a2.jpgLivre sacré des guerriers grecs, l'Iliade est le premier traité de chevalerie, en même temps que la plus profonde des introductions à l’esprit européen.

Il n'est pas difficile de se faire une idée de ce qu'était la guerre au temps d'Ulysse et d'Achille. Il suffit de se souvenir de la Chanson de Roland, du cycle arthurien et des sagas scandinaves. A quelques minces différences près, le même homme y est décrit, porté par les mêmes sentiments et les mêmes valeurs, pratiquant à grands coups d'épée le même mode de combat bruyant, héroïque et désordonné. Ici, nous sommes dans la jeunesse d'une époque féodale qui n'a rien de commun avec le combat rangé des phalanges hoplitiques de l'époque des cités-Etats.

Au VIIIe siècle de notre ère, le preux Roland semble la réplique exacte du divin Achille qui mourut dans la fleur de son âge, plus de vingt siècles avant lui, sur un autre site du monde européen. Si l'on compare les poèmes qui ont éternisé leurs noms, il est impossible de ne pas être saisi de leur étonnante parenté, comme si, à 2000 ans de distance, les deux épopées décrivaient sous une forme voisine le même homme, doté de la même intériorité. Nous savons aussi qu'ils se ressemblaient physiquement, venant d'une même souche. En dehors des particularités de l'intrigue et de la forme littéraire, le Franc et l'Achéen sont quasiment interchangeables. L'héroïsme tragique de Roland, n'ignorant rien de son destin, c'est celui d'Achille. Et les courses initiatiques de Lancelot et Perceval ne sont-elles pas celles d'Ulysse ? Chacun à sa façon décrit un type spécifique réapparaissant d'âge en âge, figures européennes primordiales de l'aventureuse chevalerie, dont les époques suivantes conservent la nostalgie.

Comme les anciens chevaliers francs dans l'Europe moderne et jusqu'à une époque toute récente, mais avec plus de force encore, les preux, les kouroï, dont Achille est le type achevé, restent pour les Hellènes de l’époque classique source d’inspiration et modèles éthiques. Pendant près d’un millénaire, jusqu'à l'extinction du monde qui l'a vue naître, l'Iliade sera le livre sacré de tous les Grecs, le fondement de leur éducation et d'une vision intérieure sans laquelle un peuple meurt. Cette influence perdurera même au-delà, puisque nos rois francs, qui connaissaient un peu l’Énéide, se voulaient descendants des Troyens à l'égal des Romains. Le roi de France Charles VIII se donnait Hector comme ancêtre. Il ne fut pas le dernier à sacrifier au mythe. Édifiant une ville nouvelle sur la mer Noire au XVIIIe siècle, Catherine la Grande lui donna le nom d'Odessa, qui est celui d’Ulysse en russe. Et l'impératrice Elizabeth d'Autriche, en 1891, choisit d’appeler Achilleion la villa néoclassique qu’elle se fit construire à Corfou.

Les parentés ne sont pas seulement celles de l'âme. Au temps de la guerre Troie, l'organisation politique, sociale et militaire des Grecs ressemble près à celle de la féodalité post-carolingienne. Les Achéens qui font le siège de Troie ne sont pas une armée sens moderne, mais un rassemblent de bandes autonomes, chacune suivant un chef renommé, en vue d'un raid de représailles et dans l'espoir d'un gros butin. Ils sont venus par mer à bord de légères et rapides galères birèmes, selon une méthode qui fera le succès des Vikings, une vingtaine de siècles plus tard. A la façon des jarls norvégiens ou des chevaliers francs de la première croisade, les seigneurs achéens pratiquent entre eux une farouche égalité. La position dominante d'Agamemnon, roi d'Argos et de Mycènes, tient seulement au fait qu'il commande le contingent le plus nombreux. Mais, avant toute décision, il doit consulter les autres seigneurs et rois, ses pairs, réunis en conseil. Et son conflit avec Achille pour la possession d'une belle captive, incident qui forme le nœud de l'intrigue, montre les limites de son pouvoir.

Avec ces Achéens du XIIIe ou du XIIe siècle avant notre ère, nous avons affaire à des féodaux sur le mode celte ou germanique, commandant chacun une suite de libres guerriers qui les reconnaissent pour chefs. Chacun de ces seigneurs et rois s'attache ses compagnons d'armes par des liens de vassalité personnelle. S'y ajoutent les liens du sang. Ils sont tous fils du même peuple, contrairement aux Troyens dont Homère dit qu'ils étaient des Pélasges, ces anciens habitants de l’Égée, et qu’ils parlaient entre eux des langues différentes. Pour toute affaire grave, les guerriers sont réunis en assemblée, exactement comme le feront les Francs et les chevaliers arthuriens. Bien que la royauté soit héréditaire et d'origine divine, chaque chef doit mériter son rang par sa prudence au conseil et sa vaillance au combat, ce qui est encore un trait celte ou germanique.

f6365fa10b8d5ed5e26425eaea7ecfcf.jpgCédant à l'exagération épique, l'Iliade et la Chanson de Roland décrivent d'immenses armées se faisant face. La réalité est différente. Les batailles les plus importantes de l'époque n'opposent que quelques centaines d'hommes, tout au plus quelques milliers.

Compagnon d'aventure de tous les peuples indo-européens, le cheval est présent dans le récit d'Homère, non comme monture, mais comme attelage. Il ne deviendra monture de guerre qu'à l'époque classique, avec une efficacité d'ailleurs toute relative. Il faudra attendre le VIIe siècle de notre ère pour qu’apparaissent les trois accessoires qui changeront la place du cheval dans la guerre. Le fer pour la protection du sabot, la selle et les étriers pour la stabilité du cavalier.

Les chefs arrivent au combat sur un char léger, tiré généralement par deux chevaux et conduit par un cocher. Eventuellement utilisé comme instrument de rupture contre quelques fantassins, le char est avant tout le moyen de transport prestigieux de l'aristocratie guerrière.

L'armement du guerrier est décrit avec un grand luxe de précisions par Homère. La protection du corps est assurée par une sorte de plastron et une dossière d'épais tissus empesés, cuirassés de plaques métalliques. Les jambes sont protégées par des grèves (cnémides) et les pieds munis de sandales. Le bouclier, de forme semi-cylindrique ou rond, est en cuir durci. Il est capable d'arrêter un javelot en pleine force, comme cela est rapporté plusieurs fois dans l'Iliade. Le casque, l'épée et les pointes de javelot sont en bronze, métal plus lourd, plus fragile, moins souple et moins tranchant que l'acier qui ne se généralisera qu'aux siècles suivants avec les Doriens. Au cours du combat qui oppose Pâris à Ménélas, ce dernier découvre les inconvénients de l'épée de bronze. Après avoir raté son antagoniste d'un coup de javelot, Ménélas tire l'épée à clous d'argent, la lève et l'abat sur le casque (de son adversaire), mais voici que, brisée en quatre morceaux, elle échappe à sa main... (Iliade, III, 360-363). Fou de rage, il saisit Pâris par son casque et, l'ayant terrassé, le traîne vers son camp, l'étranglant avec sa jugulaire. Comme Homère ne répugne pas aux scènes comiques, la jugulaire cède et Ménélas se retrouve avec un casque vide, Pâris ayant filé.

Trois principales batailles sont décrites par Homère. Elles se déroulent suivant un rituel immuable. Tout commence par des sacrifices aux dieux, après quoi les chefs arrivent sur leurs chars, majestueux. Avant le contact de l'ennemi, ils descendent et confient la garde des chevaux au cocher pour qu'il puisse les recueillir en cas de défaite ou de blessure.

Les deux troupes, maintenant, se font face dans la plaine. Deux héros sortent des rangs et s'interpellent, échangeant des invectives et des répliques bien senties. Puis ils se jettent l'un sur l'autre, lançant leurs javelots avant de tirer l'épée. C'est le signal de la mêlée générale, dans un grand désordre, avec force hurlements, et sans autre tactique que l'assaut individuel pour tuer le maximum d'adversaires, éventuellement en capturer, dans l'espoir d'une rançon. Hormis l'usage du cheval, le mode de combat de la chevalerie médiévale ne sera pas différent. Cela n'exclut pas la ruse, comme le montre l'épisode du cheval de Troie rapporté par Virgile. Mais écoutons Homère : "En flots pressés, s'ébranlent les bataillons argiens. Chaque chef exhorte sa troupe, les soldats avancent en silence... Une clameur immense monte de l'armée des Troyens (...). Ils se joignent enfin et commencent la lutte heurtant leurs écus, leurs lances, leur fureur d’hommes bardés de bronze. Les boucliers bombés l'un l'autre s'entrechoquent. Un grand tumulte monte. Gémissements et cris de triomphe se mêlent. Les uns frappant à mort, les autres mourant. Le sang ruisselle... Antiloque attaque un preux Troyen qui lutte au premier rang. II atteint le cimier de son casque, et lui perce le front. L'airain traverse l'os. L'ombre couvre ses yeux. Ainsi qu'un mur, il s'effondre. Sitôt qu'il est tombé, Eléphénor, chef des Abantes, le saisit par les pieds, cherchant à le tirer hors de la mêlée, voulant le dépouiller de ses armes. Mais Agénor, le voyant entraîner le cadavre, le frappe sur son flanc découvert, l'atteignant de sa lance à pointe d'airain. La vie alors le quitte, et sur son corps s'engage entre Argiens et Troyens une rude bataille. On croirait voir des loups : l'un sur l'autre ils se ruent. Chaque homme abat son homme... " - (Iliade, chant IV).

Il y a de l'ironie dans l'évocation de cet Eléphénor, un peu trop pressé de ramasser du butin. Se découvrant le flanc, il y perd la vie. Le public averti, qui avait déjà entendu cette histoire dix fois, devait s'écrier, comme les enfants devant Guignol : "Bien fait !".

En ce temps, la guerre n'est pas seulement source de puissance, elle est une sorte de chasse sacrée, la plus belle occupation des hommes dignes de ce nom, celle qui, précisément, distingue les vrais hommes. La perspective d'une fructueuse razzia ajoute au plaisir. Sans doute se bat-on pour gagner, mais d'abord pour se battre. D'où la préférence marquée pour les armes nobles, épée ou lance, et le mépris affiché pour l'arc ou la fronde, ressentis comme des armes de lâches, que prisent en revanche les Asiatiques et les Orientaux. Imitée en cela par les guerriers celtes ou francs, la chevalerie homérique déteste les armes de jet qui permettent à un fourbe gringalet de tuer à distance le plus valeureux guerrier. Homère ne dissimule pas son mépris pour l'archer Pâris, celui qui enleva la belle Hélène, décrit comme lâche, faible, efféminé. Grâce à son arc, ce pâle guerrier va blesser le puissant Diomède. Il parviendra même à tuer Achille, le plus grand des héros. Les mêmes raisons conduiront la chevalerie des XVe et XVIe siècles à condamner l'usage des nouvelles armes à feu qui menaçaient son existence. Avant de périr lui-même d'une arquebusade, le chevalier Bayard faisait mettre à mort tout porteur d'arquebuse. Nul souci "humanitaire" bien entendu dans cette répulsion. Pas plus que le poète de la Chanson de Roland, Homère ne dissimule rien de la fureur et de la cruauté des combats, ni des blessures décrites avec une précision presque médicale. Le courage est à ce prix.

A ceux qui ne s'en tiennent pas à la surface des choses, lire Homère introduit à l'esprit même de l'Europe. Un esprit qui, à trente siècles de distance, au lendemain des hécatombes de 14-18, revit par exemple dans Orages d'acier, cette Iliade moderne. Paroxysme de violence pendant le combat, déchaînement démoniaque de haine, mais une haine superficielle, circonscrite à l'instant, éphémère, née de la ruée d'un sang vif, jeune et violent. Une haine sans lendemain, ainsi que le montre Achille cédant aux prières du vieux Priam venu implorer la restitution de la dépouille d'Hector. Aucun jugement moral non plus sur l'ennemi. Les Troyens décrits par Homère sont aussi grands et nobles que les Anglais et les Français dans le récit de Jünger.
 
Dominique VENNER
Historien et Directeur de la NRH (Nouvelle Revue d'Histoire)


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lundi, 08 octobre 2007

Quand les guerriers païens cherchaient le Graal

2218175a41679a2fa6f0c734750c2d3f.jpgLe Graal … tout le monde le connaît … cette coupe dans laquelle Jésus-Christ aurait partagé son sang avec ses disciples … ce saint calice ramenant à la vie, apportant prospérité et force à la personne ou au royaume qui le possède … cet objet que tant de chevaliers, rois, empereurs et dictateurs ont cherché à s’approprier … tous l’identifie à la quête des Chevaliers de la Table ronde de la légende arthurienne …

Pourtant, si nous n’avons pas tous les éléments concernant le personnage semi-historique semi-mythologique du Roi Arthur, nous situons tout de même la plupart des évènements relatifs à son histoire dans le Vème et VIème siècle de notre ère. Or, la célèbre quête du Saint Graal a été ajoutée à cette légende bretonne par Chrétien de Troyes, au XIIe siècle ! Nombreux sont les historiens qui pensent que le Graal, importé comme la religion chrétienne du désert proche oriental, n’a en fait que remplacé un autre objet, originaire lui de nos forêts "euro-païennes": le chaudron de Dagda !

Dagda, le Dieu Bon, "le Père Puissant qui combat par l’If", est le Dieu Druide du Sacré et des Sciences. Ce Dieu celte possède, entre autres objets insolites et magiques, un chaudron. Le chaudron de Dagda apporte abondance de nourriture, pouvant rassasier une armée ou un royaume entier. Il symbolise la force et la souveraineté, il offre le savoir universel à celui qui y boit et permet également de ressusciter les morts qui sont plongés dedans. Le lien avec le Graal, apportant vie et prospérité, est évident … Et l’on retrouve, parmi toutes les histoires concernant le roi Arthur de flagrantes similitudes avec la mythologie celte. Le Graal nous fait certes penser au chaudron du dieu Dagda, mais la lance vue par Perceval à proximité du Graal dans le roman de Chrétien de Troyes, qui serait celle par laquelle Jésus fut transpercé sur la croix, nous rappelle la lance du Dieu Lug, l’attribut de la royauté. On retrouve également parmi les Dieux celtes, Nuada, qui a une épée très puissante, symbolisant le pouvoir royal, comme le fait Excalibur. Et puis il existe encore la pierre de Fal, qui criait sous chaque roi de Thulé ou d’Hyperborée, symbole de sa légitimité, rappelant l’histoire du jeune Arthur qui tira l’épée de la roche pour devenir le roi légitime des Bretons. Mais sans trop nous disperser, revenons au seul sujet du Graal. On peut lui trouver énormément de points communs avec d’autres légendes puisées dans le passé d’une Europe polythéiste, et en voici des exemples :

Si le Graal, que recherchent tant les hommes, contenant le sang du Christ, nous fait penser au chaudron de l’abondance, il suffit de peu pour penser également au nectar des Dieux Gréco-romains, à l’ambroisie qui leur sert de nourriture, à l’hydromel des dieux scandinaves rendant les hommes forts au combat et permettant d’accéder à l’immortalité. Selon certaines versions de la légende hellène, la mère du plus grand héros antique aurait trempé son fils dans la boisson divine afin de rendre sa peau impénétrable, en le tenant par le talon, qui resterait le seul et unique point faible d’Achille. Dans la mythologie germanique ou scandinave, respectivement Siegfried ou Sigurd se baigne dans le sang du dragon Fafnir pour rendre sa peau également insensible à la douleur, oubliant son épaule, ce qui causera sa mort. Le chaudron de la connaissance, apportant science et savoir à celui qui y boit, nous fait aussi penser au puits Urd, gardé par Mimir, dans lequel le Dieu Odin aurait bu pour acquérir toute sa sagesse. Mais pour obtenir la connaissance, il faut y mettre le prix. Si Odin a dû payer par l’un de ses yeux le droit de puiser la science, s’il a dû rester suspendu 9 jours et 9 nuits à un arbre, les chevaliers du Roi Arthur, eux, auraient sacrifié grand temps et versé beaucoup de sang avant de trouver le Saint Graal.

Si la quête du Graal a été intronisée à partir du XIIe et XIIIe siècles par des chrétiens, et si cet objet appartenait à Jésus de Nazareth, "roi des Juifs", les Européens avaient depuis des siècles déjà recherché chez leurs anciens dieux cette boisson si mystérieuse pour les guerriers, les rois et les sages, ce sang rendant l’âme immortelle et la chaire résistante, ce récipient divin aux pouvoirs exceptionnels, cette véritable arme contre la peur, la douleur, la famine, la maladie ou la mort …

Mais quelle est cette quête si importante à nos yeux ? Pourquoi cette recherche acharnée de notre peuple pour un objet venant des dieux, un remède à tous les problèmes du commun des mortels, une magie nous sauvant de notre condition humaine … Cette quête est celle de soi-même, celle de nos origines, celle d’une révélation mystique, ésotérique ou religieuse, d’une connaissance et d’une force sans fin … C’est la manière pour l’homme de se rapprocher des mystères de la création, des mystères de la vie et de la mort, et un outil pour se sentir plus puissant face à tous les problèmes que nous pouvons rencontrer. Chercher ce Graal, c’est chercher la raison de son existence ; chercher ce chaudron, c’est chercher la connaissance, la force et la longévité ; chercher ce nectar, c’est se rapprocher de la spiritualité ancestrale. Cette quête, on ne peut la faire qu’en explorant son histoire, en traversant le temps, en découvrant son passé et en déterrant ses véritables racines.
"Deviens ce que tu es", certes, mais pour cela, commences par "connais-toi toi-même" …


Arthur Lorc’h

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dimanche, 24 juin 2007

Yvain ou le Chevalier au Lion

4fc9ccb58df8d9529359f9d4193881b1.jpgUn roman mythologique

Du merveilleux au mythe, la distance n'est pas très grande d'autant que les deux domaines procèdent d'un même univers originel. Le Chevalier au lion est riche d'épisodes mythiques dans le sens le plus immédiat du mot. La mythologie peuple ses récits d'êtres monstrueux, de combats prodigieux contre des géants, d'exploits hors du commun réservés à des êtres d'élite. Yvain accomplit justement les épreuves héroïques classiques du héros parfait. Il affronte des adversaires multiples ou des personnages monstrueux avec une déconcertante énergie. L'adversaire est unique lorsqu'il s'agit du géant Harpin de la Montagne, sombre brute sanguinaire et perverse. L'adversaire est double lorsqu'il s'agit des deux fils du netun, les invincibles champions du seigneur de la Pire Aventure. L'adversaire est triple enfin lorsqu'il s'agit des trois chevaliers félons qui ont injustement accusé Lunette d'un crime qu'elle n'a pas commis.

Ces exploits tirent leur caractère mythique de la nature même des adversaires affrontés. L'adversaire monstrueux ou triple est typique des mythes d'initiation à la guerre dans la mythologie indo-européenne. Le mythologue Georges Dumézil a montré l'importance du motif du combat contre trois adversaires. Il y voit un thème fondamental dans l'initiation guerrière du héros indo-européen. Dans le cas des netuns, les adversaires monstrueux ne sont que deux mais leur nature mythique est bien rappelée par leur nom : netun vient peut-être de Neptunum. Dans le sillage de ce nom, il faut placer les rites en l'honneur de Neptune (les Neptunalia dont parle Georges Dumézil) et qui concernent précisément les eaux dangereuses et caniculaires qui sont apparues au début du roman avec la furieuse tempête. Avec Harpin de la Montagne, réapparaît une figure classique de monstre mythique et prédateur : un géant dont le caractère ogresque est renforcé par le fait qu'il vient régulièrement chercher une pâture humaine pour satisfaire ses appétits pervers. On songe naturellement au Morholt de la légende tristanienne ou au Minotaure grec.

ef6da26bb7bdc34a246141998a81a97b.jpgOn notera que ces trois combats sont concentrés dans la deuxième partie de l'oeuvre. Lors de ces luttes, le chevalier est toujours assisté de son lion qui semble faire corps avec lui. De ce fait, Yvain et son lion ne font qu'un. Il s'agit de deux personnages en une seule et même figure : l'un est la métaphore de l'autre. Les miniatures médiévales n'auront aucun mal à déduire la nature héraldique de ce lion : Yvain est toujours représenté avec un écu au lion. Dans l'adaptation islandaise du Chevalier au Lion, le lion d'Yvain est qualifié de berserkr. C'est dire qu'il est un guerrier-fauve, un guerrier "à chemise d'ours", pour reprendre une expression classique de la littérature scandinave que traduit justement le terme berserkr. En fait, Yvain tient lui-même du guerrier-fauve, ce parfait animal de combat, comme le soulignent les métaphores du texte, mais la présence d'un lion à ses côtés vient humaniser et relativiser la violence de son comportement en reportant sur la bête la terrifiante force aveugle qu'il a su désormais maîtriser. L'épisode de la folie sauvage d'Yvain témoigne sans doute de l'état de fureur propre au guerrier-fauve. Les récits mythologiques représentent cette colère et cette fureur transfigurantes caractéristiques du héros indo-européen. Cette frénésie qui correspond réellement à la folie d'Yvain constitue une étape importante dans l'initiation guerrière du héros. Dans sa période de rage et de fureur, le futur héros se confond littéralement avec l'homme-fauve. Il échange sa nature contre celle d'un ours, d'un loup ou d'un chien dont il prend directement l'apparence.

Dans la première partie du roman figure un autre épisode dont le caractère mythique est évident. Il s'agit de la coutume de la fontaine. On a depuis longtemps souligné le caractère traditionnel de cet usage qui s'apparente à de vieux rites pour obtenir la pluie, particulièrement lors des périodes de grosse chaleur. Verser un peu d'eau sur la pierre qui borde la fontaine entraîne un véritable déluge et un orage terrifiant. Le rite pratiqué autour de la fontaine de Barenton dans la forêt de Brocéliande est probablement un reste de vieux cultes néolithiques, antérieurs au monde indo-européen. Il confirme le lien d'Yvain avec la mythologie de la canicule puisque c'est la période au cours de laquelle les orages sont les plus dangereux. Mais la canicule est aussi la période zodiacale du Lion, signe emblématique d'Yvain.

 

6a4f7a34595a9cc4943563d1a26d6382.jpgChevalier-lion

En posant d'emblée la figure du lion comme emblème de son héros Yvain, Chrétien de Troyes privilégie une figure symbolique riche de sens. Incarnant traditionnellement la bravoure, la fierté et la force, le lion résume bien les vertus que l'on s'accorde volontiers à reconnaître à Yvain. Compagnon d'armes du chevalier, le lion se confond avec lui au point que les deux êtres échangent leurs personnalités. D'une part, Yvain est comparé à un lion. D'autre part, le lion tient parfois le rôle d'Yvain. Il devient même un personnage à part entière, pourvu des mêmes réactions et sentiments qu'un humain, par exemple lorsqu'il tente de se suicider. Le lion d'Yvain est sans nul doute le premier modèle d'un personnage animal humanisé dans la littérature française : audacieuse tentative d'un écrivain inventif. Il faut relire les passages où apparaît le lion pour comprendre comment Chrétien a su humaniser cet animal a priori terrifiant.

Dans le roman, le lion est un animal guerrier qui s'apparente et se substitue à la figure plus archaïque de l'ours. Comme l'a montré Michel Pastoureau, spécialiste de l'héraldique, c'est vers le milieu du XIIè siècle que se produit une mutation importante dans l'histoire des symboles : l'ours qui est alors considéré comme le roi des animaux est remplacé par le lion. Le roman de Chrétien de Troyes se place donc au moment où l'ours tend à devenir lion sous l'influence de modèles antiques gréco-latins. Avant d'être un chevalier au lion, Yvain a sans doute été un chevalier à l'ours, à l'instar d'Arthur qui porte justement le nom celtique de l'ours (art). Rappelons en effet qu'en ancien français le nom du roi est Artu(s) et on n'aurait aucun mal à trouver des héros antiques qu'une relation archaïque au lion a pour ainsi dire portés vers un statut mythique. Le plus célèbre de ces héros est sans conteste Héraclès, toujours associé au lion qui rappelle l'un de ses exploits. Il revêt sur ses épaules en effet la peau du lion de Némée qu'il a tué dans un de ses célèbres travaux. À travers cette peau qui lui sert d'emblème, il s'est approprié la force mythique du lion. Il est devenu un homme-lion. Yvain est une sorte d'Héraclès celtique. Lui aussi accomplit des exploits sans toutefois tuer le lion qui va devenir son emblème. Au contraire, le lion deviendra son compagnon après avoir été sauvé de l'étreinte mortelle du serpent. Notons ici que, dans la langue médiévale, serpent désigne plutôt un dragon qu'un simple serpent (c'est bien ainsi que le représentent les miniaturistes du Moyen Âge). Son analogue serait plutôt la tarasque vaincue par sainte Marthe dont le nom rappelle celui de l'ours (art dans les langues celtiques) et dont la fête tombe le 29 juillet en pleine période caniculaire. Si le Chevalier au Lion tue le dragon en présence d'un lion, on peut assurément traduire cet épisode en termes de calendrier : Yvain est bien un héros de la canicule. Il accomplit son exploit lorsque le soleil est dans le signe du Lion et il tire de cet exploit son surnom. La mythologie chrétienne du Moyen Âge conserve dans le calendrier la mémoire du mythe celtique fondateur sur lequel est construit le roman de Chrétien. C'est ce que Nathalie Stalmans appelle avec raison les "affrontements des calendes d'été dans les légendes celtiques". Ce mythe se retrouve aussi bien dans les légendes hagiographiques que dans plusieurs récits hérités du monde celtique.

5326e2bea3088b4cf2d5fa7389e8711c.jpgLe lien entre Yvain et le lion serait ainsi de nature zodiacal. Il soulignerait le caractère solaire du héros qu'il partage d'ailleurs avec Gauvain dont il est le cousin germain mais il renverrait aussi à sa date de naissance. Il existe un texte irlandais racontant la naissance mythique d'Yvain/Owein. On y apprend que le héros a été engendré, près du gué de l'Aboiement, lors d'une nuit de Samain (autrement dit le 1 novembre). Par conséquent, il naît neuf mois plus tard, le 1er août, jour de Lugnasad (fête du dieu solaire Lug) dans le calendrier celtique. Ainsi, le signe du Lion (du 22 juillet au 23 août) est le signe zodiacal d'Yvain. Natif du Lion, Yvain est un enfant du soleil car le soleil possède son domicile astrologique dans le seul signe du Lion. La présence d'un lion aux côtés d'Yvain n'est plus alors un simple hasard. Il rappelle le caractère solaire du héros. Il préfigure aussi son destin héroïque et royal. Il est admis en effet dans la tradition astrologique que le signe du Lion est un signe d'excellence puisqu'il est lié à l'astre le plus puissant : le soleil.

Dans l'interprétation traditionnelle de l'Antiquité, le signe du Lion est le signe royal par définition. Macrobe (que Chrétien de Troyes connaissait fort bien puisqu'il le cite au v. 6730 d'Érec et Énide) était un grammairien latin du début du Vè siècle après Jésus-Christ. Il était l'auteur d'un commentaire à la fois mathématique, astronomique et mythologique sur le Songe de Scipion de Cicéron. Ce Commentaire sur le Songe de Scipion développe une idée essentielle que les érudits du Moyen Âge devaient méditer. La Voie Lactée (dont on sait qu'elle apparaît lorsque le soleil est dans le signe zodiacal du Lion) est la voie des héros. Tout personnage qui aurait un lien avec cette Voie Lactée ne pourrait être que prédestiné à un destin d'exception. C'est bien le cas d'Yvain porté vers sa destinée royale par ce signe exemplaire. De très nombreuses sculptures de l'époque romane illustrent les thèmes de cette mythologie solaire où les figures bibliques et gréco-romaines rejoignent les grands thèmes celtiques.

À partir d'une mythologie qu'il hérite du monde celtique et qui exploite quelques grands motifs mythiques liés à la période de la canicule (signe zodiacal du Lion), Chrétien de Troyes livre dans le Chevalier au Lion un nouveau mythe adapté au monde chrétien et courtois du Moyen Âge. Ce mythe est celui du chevalier-roi, modèle de toute perfection, qui s'élève vers une souveraineté royale et amoureuse à la fois. Dans l'évolution de l'écriture romanesque de Chrétien de Troyes, ce roman expérimente une véritable esthétique du symbole, comme l'a montré Daniel Poirion. À partir des éléments que lui livre la tradition orale des Celtes, Chrétien cherche à créer un personnage qui serait une référence suprême en matière d'héroïsme. Le symbolisme zodiacal lui sert à suggérer l'image d'un héros solaire capable de rivaliser avec ses glorieux ancêtres antiques. Yvain, sous les traits du héros, incarne la perfection de la chevalerie courtoise : ardent défenseur des faibles et des opprimés, il est le chevalier sans reproche qui donne désormais à la chevalerie une mission morale qui prépare de loin la chevalerie céleste des futurs romans en prose du Graal. En s'imposant comme l'un des meilleurs chevaliers du monde, il devient un repère mythique pour la chevalerie courtoise car il relève un défi nouveau. Si, dans la tradition occidentale, le héros est surtout un être qui ne s'accomplit que dans une mort exemplaire, à travers Yvain, c'est la vie qui est exaltée. La fatalité inhérente à la figure héroïque (et que Tristan assume dans sa mort d'amour), Yvain l'exorcise en s'engageant sur une voie qui éloigne le pessimisme tragique du destin pour rechercher l'optimisme radieux de la volonté. Séduit par l'éclat du symbole léonin, le romancier champenois réalise ainsi une synthèse magnifique du héros qui concentre toute la richesse de la tradition mythologique résumée dans un double héritage celtique et gréco-latin. En même temps, il élabore une réflexion originale sur l'héroïsme chevaleresque et courtois en incarnant le modèle troubadouresque du fin amant dans une figure où "avec le Lion, le soleil et la raison brillent sur l'héroïsme".

 

Philippe WALTER

Professeur à l'université de Grenoble 

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vendredi, 16 février 2007

Excalibur : une épée, une terre, un roi !

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vendredi, 03 novembre 2006

GUENIEVRE

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