mercredi, 19 août 2009
Arménie : une unité de "pacification" financée par les USA et l'OTAN
Des centaines de militaires arméniens ont débuté, mercredi dernier, une semaine d'exercices militaires destinés à tester et améliorer leur capacité à participer à des opérations de pacification internationales.
On retrouve parmi ces 900 participants, des membres de l'équipe spéciale de pacification des Forces armées arméniennes, mais aussi des commandos de l'espace aérien. Ils vont ainsi simuler des interventions militaires lors d'affrontements entre des populations civiles sur une zone de conflit imaginaire.
Le déroulé des exercices conduits sur le camp d'entraînement militaire Marshal Bagramian, 40 kilomètres à l'ouest d'Erevan, a impliqué la mise en place d'une « zone tampon » de sécurité ainsi que l'instauration de différents points de contrôle. Le ministre de la Défense nationale, Seyran Ohanian a inauguré cette période d'entraînement, la première du genre organisée en Arménie.
Le Colonel Artur Stepanian, superviseur des exercices, explique que ces entraînements sont devenus nécessaires afin d'assurer, sur le long terme, la participation de l'Arménie dans les missions occidentales de maintien de la paix menées notamment au Kosovo. L'année dernière, Erevan a, par exemple, doublé le nombre de soldats arméniens en service au Kosovo. On s'attend à voir envoyé de nouveaux hommes en Afghanistan dans les mois à venir.
L'unité arménienne de pacification a été créée en 2001 avec l'aide financière et technique des Etats-Unis et de l'Otan. Les militaires américains ont à eux seuls fourni l'équivalent d'au moins 6 millions de dollars d'équipement. Conformément au Plan d'action de partenariat individuel de l'Arménie avec l'Otan, cette unité de volontaire devrait être complètement opérationnelle d'ici 2015.
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mercredi, 05 mars 2008
Incidents armés Arménie-Azerbaïdjan au Haut-Karabakh
L'Azerbaïdjan accuse l'Arménie de fomenter des troubles au Haut-Karabakh, au lendemain d'un affrontement armé qui a coûté la vie, selon Bakou, à trois soldats azerbaïdjanais et à douze militaires arméniens dans la région sécessionniste.
Un quatrième soldat azerbaïdjanais a été tué mercredi dans un autre accrochage, a affirmé le ministère de la Défense, précisant que l'affrontement de mardi avait duré treize heures.
"L'Arménie se livre à des provocations sur la ligne de front afin de détourner l'attention de la communauté internationale et de sa population des problèmes intérieurs qu'elle connaît", a déclaré Khazar Ibrahim, porte-parole du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères.
"L'Azerbaïdjan, pour sa part, ne se livrera jamais à de telles provocations mais y répondra de façon appropriée", a-t-il ajouté.
Le président arménien Robert Kotcharian a imposé le week-end dernier l'état d'urgence dans son pays à la suite de violentes manifestations de l'opposition qui estime que l'élection présidentielle du 19 février a été entachée de fraudes.
L'affrontement mardi au Haut-Karabakh entre forces azerbaïdjanaises et soldats arméniens, si son bilan est confirmé, serait le plus sanglant depuis des années.
Le Premier ministre arménien Serj Sarksian a confirmé qu'il y avait bien eu une fusillade entre soldats arméniens et azerbaïdjanais mais n'a fourni aucun bilan.
"Le conflit du Haut-Karabakh sera réglé par des moyens pacifiques et j'exclus toute solution militaire", a-t-il dit.
Kotcharian, lui-même originaire de la province, devait donner une conférence de presse dans la journée à Erevan.
Robert Simmons, représentant spécial de l'Otan pour le Caucase et l'Asie centrale, a assuré que l'Alliance était prête à apporter son aide pour faire progresser le processus de paix.
"Je pense qu'il y a une chance de règlement", a-t-il dit.
Mardi, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a déclaré que son pays était prêt à reprendre le contrôle de la province sécessionniste, si besoin par la force, et qu'il achetait des armes et du matériel militaire dans cette perspective.
Il a lié cette annonce à la récente proclamation d'indépendance du Kosovo qui a, selon lui, encouragé les séparatistes arméniens du Haut-Karabakh.
Ces derniers ont arraché par les armes la province du Haut-Karabakh à la souveraineté de l'Azerbaïdjan en 1992, sans obtenir la reconnaissance de la communauté internationale. Le conflit a fait 35.000 morts et des centaines de milliers de déplacés. Un cessez-le-feu a été signé en 1994.
Source du texte : REUTERS
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lundi, 03 mars 2008
Mise en garde de l'armée arménienne après huit décès à Erevan
L'armée arménienne a fait savoir qu'elle réprimerait par la force de nouvelles manifestations de l'opposition, au lendemain d'émeutes qui ont fait 8 morts dans cette ancienne république soviétique.
Le président Robert Kotcharian a signé un décret proclamant l'état d'urgence jusqu'au 20 mars "afin d'empêcher que l'ordre constitutionnel ne soit menacé".
Des manifestants munis de bâtons et de cocktails molotov ont protesté dimanche contre le scrutin présidentiel du 19 février, selon eux entaché de fraudes.
"Toute tentative d'organiser des actions de masse sera immédiatement contrée par de très fortes contre-mesures des forces armées d'Arménie", a déclaré le général Seyran Ohanyan, chef d'état-major de l'armée, dans un communiqué.
"Je vous demande, en particulier, de vous abstenir de toute tentative de rassemblement, même en petits groupes, dans la ville d'Erevan."
Le chef de l'opposition, l'ancien président Levon Ter-Petrossian, a imputé ces violences à la brutalité de la police.
"Nous ne renoncerons pas, nous nous battrons jusqu'au bout", a-t-il déclaré aux journalistes lors d'une conférence de presse organisée dans sa résidence, datant de l'époque soviétique. Il a exhorté toutefois ses partisans à attendre la levée de l'état d'urgence pour manifester à nouveau dans la capitale.
Les partisans de Ter-Petrossian affirment que Kotcharian dirige un État corrompu où ne prospèrent que ceux qui sont proches de l'élite dirigeante. Le gouvernement rejette ces allégations.
Les partisans de Ter-Petrossian accusent Kotcharian d'avoir truqué l'élection présidentielle en faveur de son allié, le Premier ministre Serj Sarksian. Ter-Petrossian, qui a officiellement remporté 21,5% des suffrages contre 53% pour Sarksian, a dit qu'il avait été placé en résidence surveillée.
À Washington, le département d'État a invité les deux camps à éviter toute nouvelle violence, à agir dans le strict respect de la loi, à faire montre de retenue et à reprendre le dialogue politique, indique le site internet officiel de la diplomatie américaine (www.state.gov).
Des soldats se sont répandus dans les rues d'Erevan et en ont bouclé les principales places. Des voitures carbonisées étaient visibles dans les rues et des commerçants victimes de pillages déblayaient les bris de verre.
"C'est un cauchemar. Regardez ce qu'ils ont fait à notre ville", a déclaré une étudiante de 25 ans, Emma Karapetian. "Je déteste autant les leaders de l'opposition que nos autorités."
Des véhicules blindés transport de troupes ont pris position en divers points de la ville tandis que des camions transportant des bobines de fil barbelé sillonnaient les rues.
Ces violences sont les pires en Arménie depuis 1998, année où un soulèvement populaire avait contraint Ter-Petrossian à démissionner. On ignore combien de policiers et de manifestants figurent parmi les personnes tuées dimanche.
Kotcharian a accusé les manifestants d'avoir utilisé des armes à feu et des grenades et d'avoir planifié un coup d'État. L'opposition a rejeté ces accusations en affirmant n'employer que des moyens pacifiques.
L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a dépêché dimanche un émissaire à Erevan pour rencontrer les autorités.
Ces troubles risquent de déstabiliser l'Arménie, pays de 3,2 millions d'habitants, pauvre et enclavé dans les monts du Caucase mais placé sur une voie de transit importante pour les livraisons de gaz et de pétrole en provenance de la mer Caspienne. C'est le plus proche allié de Moscou dans la région.
Source du texte : L'EXPRESS.FR
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mardi, 30 octobre 2007
L'Azerbaïdjan doit être prêt à libérer ses territoires occupés par les armes
L'Azerbaïdjan doit être prêt à libérer par les armes ses territoires nationaux occupés par l'Arménie, a déclaré mardi le président azerbaïdjanais Ilham Aliev lors de la cérémonie d'inauguration d'un centre de formation des personnels du Service national spécial de gardiennage.
"L'occupation continue d'une partie de nos territoires oblige l'Azerbaïdjan à prendre les dispositions nécessaires afin de les libérer à tout moment par les armes", a affirmé M. Aliev.
"Nous devons être prêts en permanence à la guerre, car il n'existe pas de traité de paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie : les deux pays n'ont conclu qu'un armistice",a-t-il ajouté.
Selon lui, les autorités azerbaïdjanaises envisagent de créer un puissant complexe militaro-industriel. "Après cela, l'édification des forces armées se déroulera à un rythme encore plus rapide", a souligné le président.
Il a indiqué que les crédits affectés à la défense en 2008 atteindraient 1,3 milliard de dollars. "C'est une somme très importante qui permettra de régler toutes les questions relatives à l'édification de nos forces armées", estime M. Aliev.
Il a hautement apprécié les efforts déployés par le Service national de gardiennage pour assurer la sécurité du pays, dont celle du chef de l'Etat, et pour protéger les pipelines.
"Durant toutes les années d'existence de nos pipelines d'exportation, ils n'ont jamais été menacés. Et ce, malgré le fait que dans d'autres pays, ils ont été l'objet de différents incidents, dont des vols et des attentats terroristes. Je suis convaincu qu'à l'avenir, l'infrastructure d'exportation, qui a une grande importance pour notre pays, restera hautement sécurisée", a conclu le président azerbaïdjanais.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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Génocide arménien : la difficulté de trouver une position pour Washington
Il y a 92 ans, le "jeune régime turc" ordonnait l’exécution de leaders et intellectuels arméniens, et les soldats turcs forcèrent la population arménienne à traverser le désert, où plus d’un million d’entre eux mourra de privations ou par baïonnette en essayant de se rebeller.
Cette horreur aida Raphaël Lemkin, un juif polonais, à inventer le terme "génocide", qui se définit non pas par l’extermination d’un groupe entier de population, mais plutôt par un effort constant de détruire ce groupe. Lemkin voulait que le terme –et le point de droit international qui s’en dégagea- dépasse la notion ethnique pour s’appliquer plus largement à un groupe. Sinon, il craignait que le monde attendit la disparition d’un groupe entier de population pour réagir.
Mais ce mois-ci à Washington, ces faits historiques – qui concernent des évènements survenus sur un autre continent le siècle dernier – suscitent une controverse parmi nos hommes politiques, comme s’ils s’étaient déroulés récemment et sur notre sol. L’enjeu, évidemment, est de savoir si la Chambre des Représentants doit offenser la Turquie en votant une résolution condamnant le "génocide arménien" de 1915.
Tous les protagonistes jouent le rôle qu’ils jouent depuis des décennies. Le général turc Yasar Buyukanit a averti que si la Chambre votait un tel texte, "nos liens militaires avec les Etats-Unis ne seront jamais plus les mêmes". Ayant reconnu le génocide lors de la campagne présidentielle, le Président Bush a cependant suivi les positions de ses prédécesseurs au bureau ovale, utilisant l’euphémisme de "souffrance tragique" subie par les arméniens, et expliquant aux diplomates et militaires qu’une telle résolution endommagerait sérieusement la relation indispensable des USA avec la Turquie. Au Congrès, les représentants de quartiers peuplés d’arméniens soutiennent le projet de résolution quand ceux qui sont proches du Président ou du Pentagone ne le font pas. La pression officielle a conduit un certain nombre de supporters du projet à se retirer.
Un élément change pourtant par rapport à ce que nous connaissons depuis des décennies : les menaces turques ont plus de crédibilité aujourd’hui que dans le passé. C’est vrai en particulier à cause de la guerre en Irak et de l’importance stratégique prise par la Turquie vis-à-vis de Washington. Près de 70% des avions américains transitent par la Turquie, ainsi que le tiers du carburant utilisé par les troupes US. Cela dit, même si la Turquie réagit négativement sur le court-terme, la reconnaissance du génocide est une bonne chose, et ce pour 4 raisons.
D’abord, elle dit la vérité, et les Etats-Unis seraient le 24ème pays à reconnaître ce fait officiellement. En pesant contre la résolution, George W. Bush n’a pas hésité à contredire les faits. Une administration qui a montré si peu de considération pour la vérité demande donc ouvertement au Congrès de la rejoindre dans son déni d’honnêteté. Il aurait été inconcevable que lorsque les Etats-Unis se sont alliés à l’Allemagne de l’Ouest contre l’URSS, Washington n’ait pas condamné l’holocauste.
Ensuite, plus le temps passe, plus l’ampleur de l’éventuel conflit augmente dans le cadre d’une relation bénéfique avec la Turquie. Beaucoup de dirigeants américains (et même d’officiels turcs) admettent en privé souhaiter que les Etats-Unis aient reconnu le génocide il y a des années. Les survivants arméniens sont en train de disparaître, mais leurs descendants continuent le combat. Le dynamisme et la volonté de la diaspora arménienne augmentent au lieu de diminuer.
De plus, l’apport américain à la Turquie est beaucoup plus important que l’inverse. En effet, les USA ont fait entrer la Turquie dans l’OTAN, financent son armée et soutiennent sa candidature à l’entrée dans l’Union Européenne. Washington a récompensé la Turquie en lui décernant le titre de "nation la plus favorisée", résultat d’un volume d’échanges de 7 milliards de dollars annuels, et de 2 milliards d’IDE américains. Seuls Israël et l’Egypte dépassent la Turquie dans le montant de l’aide américaine.
Enfin, et malgré toute l’aide fournie par Ankara lors de l’invasion américaine en Irak, la Turquie a rejeté la demande américaine d’utiliser certaines de ses bases pour lancer cette invasion, et a également ignoré les protestations américaines en massant 60.000 soldats à la frontière irakienne en prévision d’une probable attaque du Kurdistan irakien. Autrement dit, alors que la Turquie invoque la résolution sur le génocide pour ignorer les demandes américaines, on voit bien qu’elle a un long passé dans la négation des requêtes de Washington quand cela l’arrange.
Pour revenir en 1915, quand Henry Morgenthau, alors ambassadeur américain en Turquie, protesta face aux atrocités commises contre le peuple arménien auprès du Ministre turc de l’Intérieur, celui-ci fut surpris : "Pourquoi êtes-vous si intéressés par les arméniens ? Nous traitons correctement les américains". Alors qu’il est indispensable de s’assurer que la Turquie continue à "traiter correctement les américains", une relation stable et constructive pour le XXIème siècle ne peut être basée sur un mensonge.
Samantha POWER
TIME MAGAZINE (26 oct 2007)
Traduction : Benjamin LALANNE
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lundi, 03 septembre 2007
Le génocide arménien, un tabou israélien
Une organisation juive américaine a décidé de reconnaître le génocide arménien. Ehoud Olmert a désavoué cette prise de position pour préserver ses bonnes relations avec la Turquie.
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dimanche, 22 octobre 2006
L'Europe, le génocide arménien et la Turquie
Le génocide arménien fait de nouveau la une des journaux. Il y a à cela deux raisons. La première est l'attribution du prix Nobel de littérature au romancier turc Orhan Pamuk qui a failli se retrouver récemment en prison pour avoir reconnu en public le génocide arménien de 1915. D'après la loi turque, c'est un crime de haute trahison. La solidarité internationale a sauvé l'écrivain mais la pression exercée par les autorités turques a produit son effet. De toute façon, lorsque Pamuk est arrivé après ce scandale international à Moscou pour présenter son nouveau roman traduit en russe, il a refusé net de répondre aux questions des journalistes liées au génocide arménien. Humainement, cela se comprend : l'écrivain voulait revenir à Istanbul, sa ville natale qui a servi de cadre à tous ses livres.
Ainsi, par sa décision le Comité Nobel a provoqué en Turquie des sentiments ambigus : ce n'est pas tous les ans qu'un prix aussi prestigieux est décerné à un Turc pour "haute trahison".
Deuxième raison, le retentissement, encore plus important, de la loi adoptée dernièrement par la chambre basse du parlement français. C'est une sorte de reflet dans le miroir de la loi turque sur le génocide arménien. A Istanbul, reconnaître le génocide coûte la prison, alors que la loi française punit sa négation d'une peine de privation de liberté.
L'apparition d'une telle loi en France n'a pas pour origine un événement international mais s'explique plutôt par la conjoncture électorale intérieure. Il est donc douteux qu'elle puisse être avalisée par la chambre haute et, a plus forte raison, signée par le président de la république. D'autre part, le génocide arménien a déjà été reconnu officiellement et de façon incontestable par la loi de 2001. A la même époque à peu près où le parlement français votait la nouvelle loi, Jaques Chirac déposait, en Arménie, une gerbe de fleur au pied du monument aux victimes du génocide.
A noter que la date officielle du génocide arménien (1915) est purement conventionnelle. Des pogroms arméniens avaient eu lieu aussi à des époques antérieures. Autrement dit, l'explication turque selon laquelle ces événements n'étaient que les aléas du temps de guerre ne supporte aucune critique sérieuse. Enfin, les Turcs n'ont pas égorgé seulement des Arméniens mais aussi des Grecs, des Serbes et d'autres chrétiens.
Le rappel en Europe du souvenir du génocide arménien a soulevé en Turquie une vague d'indignation impressionnante.
Le nouveau tapage à Istanbul pose une foule de questions. La plus importante est de savoir si cela vaut la peine d'admettre au sein de l'Union européenne un pays qui refuse de reconnaître qu'il a commis un crime affreux dans le passé et de faire son mea-culpa. L'estime et le respect de l'Allemagne n'ont fait que grandir lorsqu'elle a dit honnêtement toute la vérité sur l'Holocauste. Qu'est-ce qui empêche la Turquie d'en faire autant?
De la décision qui sera prononcée sur l'admission de la Turquie à l'UE dépend, à mon avis, sans exagérer, la survie de la civilisation européenne au XXIe siècle. La vieille civilisation européenne se lézarde déjà sous l'effet de l'affluence excessive des immigrants. Elle ajoute une teinte culturelle supplémentaire à l'image de l'Europe mais les Européens perdent en même temps bien davantage chaque année en se dissolvant dans la masse du carnaval des étrangers. Comme l'Europe n'arrive pas à bien s'entendre avec les immigrants qui ont déjà pris racine sur le continent, que deviendra-t-elle si ses portes s'ouvrent toutes grandes devant la Turquie? Les idéalistes rêveurs voient l'Europe gagnante, mais les réalistes doivent réfléchir au lieu de rêver.
Il y a aussi l'aspect religieux dont l'Europe s'efforce de se défaire par tous les moyens. Cependant, irremplaçable dans la vie quotidienne, le politiquement correct est nuisible dans une analyse sérieuse. Voir la vie en rose, c'est déformer délibérément la réalité et, par conséquent, se condamner à prendre des décisions erronées.
On peut user à volonté de la langue d'Esope pour éviter d'articuler à haute voix ce "terme incommode" d'islam. Mais si l'on tient à vivre et à survivre dans le monde réel, il vaut mieux relire les vieux journaux pour y repérer les noms des terroristes et apprendre qui les a formés, qui ils priaient, qui les a financés. C'est alors qu'on pourra mettre en place une bonne défense pour soi-même et pour ses enfants.
Pourquoi le christianisme reconnaît-il ses anciennes erreurs, se repent-il et demande-t-il pardon? Pourquoi l'islam ne veut-il pas en faire autant? Selon la juste expression du père orthodoxe Kouraïev, au lieu d'entrer dans l'avenir en repensant et en réévaluant le passé, l'islam, au contraire, saisit la moindre occasion de lancer de temps à autre de courtes "batailles hargneuses". Aujourd'hui, cela peut être le problème du hijab, demain le scandale des caricatures, après-demain une fausse interprétation, pas même d'un terme, mais d'une très ancienne citation utilisée par Benoît XVI. Ce sont toujours les chrétiens qui deviennent victimes de chacune de ces "batailles hargneuses". On les agresse. Souvent, on les tue.
Rien d'étonnant à ce que le directeur d'un opéra allemand ait annulé récemment un concert dont le programme comportait un motif musulman, de peur que cela puisse provoquer l'ire des islamistes fanatiques. Angela Merkel a eu beau intervenir contre l'annulation du spectacle. La peur s'est installée dans la vieille Europe.
Certes, ce n'est pas un fait que tous les musulmans ont à coeur ces "batailles hargneuses" dont le but est évident : rassembler le monde musulman sur une base parfaitement évidente. Et ce n'est pas non plus un fait que tout admirateur du prophète Mohamed est un terroriste. Mais c'est un fait irréfutable que l'islam pose au XXIe siècle des problèmes sérieux au reste du monde.
Certains estiment que ce ne sont que des problèmes de croissance qui n'ont rien à voir avec le sens de la doctrine musulmane. J'espère qu'il en est ainsi. Mais dans ce cas, avant d'inviter chez soi un tel hôte, il serait raisonnable d'attendre que "l'agressivité juvénile" passe.
D'autres s'emploient à expliquer l'extrémisme islamique par l'absence de délicatesse souvent constatée dans le comportement de représentants de l'autre religion par rapport aux musulmans. Cela arrive, c'est vrai. Seulement il faut faire la différence entre l'indélicatesse traduisant un mal évident et le droit de dire la vérité, y compris à un musulman. Et le musulman est tenu d'apprendre à apprécier la liberté d'expression et de respecter l'opinion de son interlocuteur. Autrement, pour votre malheur, il pourra vous dire et vous faire tout ce qu'il voudra, et pas vous. On quitte le politiquement correct pour tomber dans l'absurde.
D'autres encore pensent que le problème réside dans l'inégalité sociale. Ce point de vue a le droit de cité. Eh bien, cela veut dire qu'il faut aider les voisins, non pas aggraver l'inégalité sociale mais la faire disparaître par tous les moyens raisonnables et, je tiens à le souligner, évolutifs.
Ce qu'il faut se garder de faire, c'est d'ouvrir toutes grandes les portes de la maison européenne au premier venu. Le moment est mal choisi.
Piotr ROMANOV
Source du texte : RIA NOVOSTI
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