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Le parlement européen soutient le rapport Goldstone sur l'opération israélienne ”Plomb durci”
Le Parlement européen a apporté son soutien aux conclusions du rapport Goldstone sur les responsabilités dans les crimes de guerre et les violations des droits de l'homme commis dans la bande de Gaza lors du conflit de décembre 2008 et janvier 2009.
Dans une résolution adoptée à Strasbourg, il invite Israël et les Palestiniens à mener dans les cinq mois des enquêtes indépendantes sur ces faits conformément aux résolutions adoptées par les Nations unies en novembre 2009 et février 2010.
Les eurodéputés demandent à Catherine Ashton, responsable de la politique extérieure de l'UE qui doit se rendre dans la région la semaine prochaine, de demander "publiquement" la mise en oeuvre des recommandations et conclusions du rapport de Richard Goldstone.
Selon le juriste sud-africain, mandaté par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu, l'armée israélienne et les militants du Hamas ont commis des crimes de guerre lors du conflit. Le rapport réserve ses traits les plus durs pour Israël.
Plus de 1.400 Palestiniens et 13 Israéliens ont trouvé la mort lors de l'opération "Plomb durci" lancée par Tsahal pour mettre fin à des tirs de roquettes sur le sol israélien.
mercredi, 10 mars 2010 | Lien permanent
ONU : veto américain sur le rapport Goldstone ?
La représentante d'Israël à l'ONU s'est déclaré mercredi assurée d'un veto américain dans le cas où le Conseil de sécurité de l'ONU devait voter une résolution sur le rapport Goldstone, qui accuse Israël de crimes de guerre durant son offensive à Gaza.
"La secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'est engagée à ce que les Etats-Unis opposent leur veto en cas de décision du Conseil de sécurité" entérinant le rapport du juge sud-africain Richard Goldstone, a déclaré Gabriela Shalev à la radio israélienne.
Elle a déploré que le rapport dénoncé par Israël fasse même l'objet d'un débat au Conseil de sécurité, soulignant qu'Israël n'était pas en mesure de s'y opposer. Le rapport stigmatisant principalement le comportement d'Israël doit être évoqué mercredi au Conseil de sécurité de l'ONU à New York dans le cadre d'un débat général sur la situation au Proche-Orient.
mercredi, 14 octobre 2009 | Lien permanent | Commentaires (1)
La résolution sur le rapport Goldstone en passe d'être adoptée à l'ONU
Plusieurs dizaines de pays ont soutenu mercredi aux Nations unies la résolution appelant Israël et les Palestiniens à enquêter sur les crimes dénoncés par le rapport sur le conflit de l'hiver dernier dans la bande de Gaza. Le projet de résolution non contraignante sur le rapport Goldstone semblait ainsi en passe d'être adopté par l'Assemblée générale de l'Onu, qui demande en outre au secrétaire général Ban Ki-moon de soumettre le document au Conseil de sécurité.
Le rapport, commandité par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu, accuse Israël et le mouvement islamiste Hamas de crimes de guerre durant le conflit qui les a opposés en décembre et janvier dernier dans la bande de Gaza, faisant 1.400 morts. Nettement plus dur envers l'Etat juif, le texte a été critiqué par le Congrès américain et Israël.
Il y a peu de chance que le texte ou la résolution présentée par les pays arabes aboutissent à des sanctions contre l'une ou l'autre des parties, ont toutefois estimé des diplomates. Lors du débat, les délégués arabes ont salué les travaux du juriste sud-africain Richard Goldstone et demandé que soit mis fin à ce qu'ils ont qualifié d'impunité d'Israël.
Israël a pour sa part jugé que le rapport avait été "conçu dans la haine et réalisé dans le péché".
Contrairement au Conseil de sécurité, dont les cinq membres permanents disposent d'un droit de veto, aucun pays n'a la possibilité de faire obstruction à une résolution en Assemblée générale.
Les Etats-Unis devraient rejeter la résolution, déjà condamnée officiellement par la Chambre des représentants, et les 27 pays de l'Union européenne pourraient s'abstenir, bien que des négociations soient en cours avec les pays arabes, selon des diplomates.
Le vote devrait avoir lieu jeudi au plus tôt, une cinquantaine de délégués, essentiellement de pays arabes ou musulmans, ayant demandé la parole.
jeudi, 05 novembre 2009 | Lien permanent
Israël coupable de crimes de guerre selon l'ONU
"Israël s'est rendu coupable d'actes pouvant être considérés comme des crimes de guerre et peut-être même des crimes contre l'humanité lors de son offensive militaire sur Gaza l'hiver dernier", a déclaré mardi l'auteur d'un rapport d'enquête de l'ONU.
"Des actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l'humanité ont été commis par les forces armées israéliennes", a déclaré le juge Richard Goldstone lors d'une conférence de presse à New York.
Il s'exprimait alors qu'il présentait un rapport très dur pour l'Etat hébreu de la mission du Conseil des droits de l'homme de l'ONU qu'il préside. Cette mission avait été chargée en avril d'enquêter sur les possibles violations commises lors de l'offensive israélienne contre la bande de Gaza, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009.
L'offensive israélienne, menée en réponse aux tirs de roquettes palestiniennes contre l'Etat hébreu, a fait plus de 1.400 morts palestiniens, selon les services d'urgence palestiniens, et provoqué d'énormes dégâts dans le territoire.
Consulter directement le rapport (en anglais) dans la suite de la note.
Voici les principaux points du rapport de la mission du Conseil des droits de l'homme de l'Onu rendu public mardi 15 septembre concernant la guerre de l'hiver 2008-2009 à Gaza concernant Israël :
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"Les opérations militaires d'Israël à Gaza ont visé la population de Gaza dans son ensemble, en application d'une politique globale visant à la punir et par l'utilisation d'une force disproportionnée".
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"Israël ne s'est pas entouré des précautions nécessaires requises par le droit international pour limiter les pertes en vies humaines, les blessures occasionnées aux civils et les dommages matériels".
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"Les tirs d'obus au phosphore blanc sur les installations de l'UNRWA (l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, ndlr), la frappe intentionnelle sur l'hopital Al-Qods à l'aide d'obus explosifs et au phosphore, l'attaque contre l'hopital Al-Wafa étaient des violations du droit humanitaire international".
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"Il y a eu de nombreux cas d'attaques délibérées contre des civils ou des édifices civils (individus, familles, maisons, mosquées) en violation du principe de distinction inscrit dans le droit humanitaire international, avec pour résultat des morts et des blessures graves".
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"Des attaques ont aussi été lancées par Israël avec l'intention délibérée de répandre la terreur parmi la population".
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"La mission a enquêté sur plusieurs incidents dans lesquels les forces israéliennes ont utilisé des habitants palestiniens comme boucliers humains. Les interrogatoires de civils palestiniens sous menace de mort ou de blessures pour en tirer des informations constituent une violation de la 4e convention de Genève".
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"Des actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l'humanité ont été commis par les forces armées israéliennes" : Richard Goldstone, président de la mission.
mardi, 15 septembre 2009 | Lien permanent | Commentaires (6)
Malgré le rapport Goldstone, l'Otan accueille la marine israélienne pour des manoeuvres en Méditerranée
Malgré le rapport Goldstone, la marine israélienne va participer à des manœuvres navales de l'OTAN en Méditerranée, a annoncé mardi un porte-parole militaire. Il s'agira de sa première participation à ces manœuvres, dont la date n'a pas été précisée, organisées dans le cadre d'une "guerre globale contre le terrorisme", selon le quotidien Maariv.
Le quartier général de l'OTAN a approuvé la semaine dernière l'intégration de la marine israélienne au sein de la force, qui patrouille en Méditerranée dans le cadre de l'opération "Active Endeavour" de prévention du terrorisme, a ajouté le journal. Cette force, qui opère depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, comprend une dizaine de vaisseaux soutenus par des sous-marins et des avions.
Leur mission est d'empêcher des attaques contre des bateaux et la contrebande d'armes. Cette force contrôle les navires suspects et accompagnent les bâtiments de l'OTAN susceptibles d'être attaqués jusqu'à leur passage du détroit de Gibraltar. Israël avait demandé d'intégrer cette force il y a deux ans. Mais la décision avait été reportée à plusieurs reprises. Le feu vert à la participation israélienne a été donné au chef de la marine, l'amiral Eliezer Marom, lors d'une récente visite aux Etats-Unis, a ajouté le quotidien israélien. L'OTAN et Israël ont conclu en décembre dernier un accord renforçant leur coopération militaire et dans la lutte contre le terrorisme.
mercredi, 14 octobre 2009 | Lien permanent
Gaza : crimes de guerre, crimes contre l’humanité
La mission des Nations unies sur les événements de Gaza a rendu son rapport le 15 septembre, disponible en anglais sous le titre : « Human Rights Situation in Palestine and Other Occupied Arab Territories. Report of the United Nations Fact Finding Mission on the Gaza Conflict ». C'est un texte de plus de 570 pages, résultat du travail de plusieurs mois mené par la commission présidée par le juge sud-africain Richard Gladstone, un ancien membre de la cour constitutionnelle de son pays et un ancien procureur du tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie (TPIY) et sur le Rwanda (TPIR).
Cette mission s'est rendue à deux reprises à Gaza ; le gouvernement israélien lui a interdit l'accès à la Cisjordanie et à Israël, mais elle a pu entendre des témoins israéliens (dont le père de Gilad Shalit) à Amman. Elle a aussi effectué un certain nombre d'auditions publiques (sur son programme détaillé lire, « United Nations Fact Finding Mission on the Gaza Conflict. », qui donne les liens avec les auditions.
A écouter les commentateurs des médias, à lire la presse, on a l'impression que le rapport renvoie dos à dos les deux protagonistes, Israël et le Hamas. Effectivement, le rapport affirme que les deux sont coupables de « crimes de guerre », voire de « crimes contre l'humanité ». On serait donc dans une sorte d'équilibre... En fait, rien n'est plus faux. Et la lecture du rapport (on peut se demander si ceux qui en parlent l'ont lu), est accablante avant tout pour Israël.
Un des éléments les plus intéressants du rapport est la chronologie détaillée au chapitre III des événements entre le 18 juin 2008, date de la signature d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas sous l'égide de l'Egypte, et le début de l'offensive israélienne. Il apparaît clairement du travail de la commission que :
Israël n'a pas respecté ses engagements d'ouvrir les points de passage à Gaza et a maintenu une politique de blocus contre la population, la privant des denrées de première nécessité ;
le cessez-le-feu a été, en gros, respecté par les deux parties jusqu'à début novembre ;
le début de l'escalade a eu lieu le 4 novembre, à la suite d'une incursion israélienne.
Cela confirme que, contrairement à ce que reprennent la plupart des médias et aussi le président de la République, ce n'est pas le Hamas qui a rompu le cessez-le-feu.
Autre point fort du rapport, le lien fait entre l'offensive contre Gaza et l'ensemble de la politique israélienne. Ainsi, selon le point 1674 du texte, cette opération est dans la continuité des « objectifs politiques israéliens concernant Gaza et les territoires occupés dans leur ensemble. » On ne peut donc comprendre l'offensive israélienne comme un seul ensemble d'objectifs militaires. Le point 1675 explique que cette offensive ne peut être vue indépendamment de « la politique de blocus qui a précédé l'opération et qui représente, selon la commission, une punition collective infligée intentionnellement par le gouvernement israélien au peuple de Gaza ».
Le point 1676 souligne : « Nombre de mesures adoptées par Israël en Cisjordanie durant et après l'opération militaire contre Gaza ont renforcé le contrôle israélien sur la Cisjordanie, y compris Jérusalem, et montrent une convergence d'objectifs avec les opérations militaires à Gaza. Parmi ces mesures, un accroissement de l'expropriation des terres, la destruction des maisons, des permis pour construire dans les colonies, des restrictions plus sévères aux procédures permettant à des habitants de Gaza de séjourner en Cisjordanie. »
Le paragraphe 1683 est consacré au principe de proportionnalité, un principe qu'André Glucksman et Bernard-Henri Lévy affirment ne pas comprendre. Nous leur en conseillons donc la lecture. « La commission reconnaît que toutes les morts ne représentent pas une violation du droit humanitaire. Le principe de proportionnalité reconnaît que dans des conditions très strictes, des actions qui ont occasionné des morts civiles ne sont pas forcément illégales ». Mais, « les actions des forces israéliennes et les déclarations des responsables militaires et politiques avant et durant les opérations indiquent que, de manière globale, elles était fondées sur une politique délibérée d'usage disproportionné de la force visant non pas l'ennemi mais des infrastructures qui les supportent ce qui signifie ici la population civile ». Et le rapport souligne que l'attaque a commencé le matin d'un jour ouvrable à 11:30, une heure à laquelle les rues sont bondées, les écoliers rentrent chez eux, etc.
Et le point 1691 conclut que pour les autorités israéliennes, les attaques disproportionnées, celles contre les populations civiles et la destruction de bâtiments civils sont des moyens légitimes.
Un des points les plus importants concerne l'absence d'enquêtes sérieuses menées par les autorités israéliennes sur les crimes de guerre (points 1756, 1757 et 1758). Cela renforce, selon la commission, la nécessité d'utiliser le principe de juridiction universel qui permet à des tribunaux nationaux de juger des personnes de nationalité étrangère accusées de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité. Lire, dans Le Monde diplomatique de septembre, l'article de Sharon Weill, « De Gaza à Madrid, l'assassinat ciblé de Salah Shehadeh ».
Le rapport n'épargne pas le Hamas, mais il est clair qu'il n'y a pas équivalence dans le texte entre une simple organisation et un Etat souverain. Le gouvernement israélien ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Il a décidé d'engager une grande offensive diplomatique pour contrer les effets du rapport, relatent Barak Ravid, Jack Khoury et Avi Issacharoff dans Haaretz le 16 septembre, « Israel girds for diplomatic war over 'biased' UN Gaza report ». La crainte exprimée est de voir des responsables israéliens traduits devant la Cour pénale internationale.
Selon une dépêche de l'AFP en provenance de Jérusalem :
« "Nous allons faire tout notre possible pour empêcher qu'il y ait des suites juridiques à ce rapport en démontrant qu'il est malhonnête et politiquement biaisé", a affirmé à la radio publique Gabriela Shalev, l'ambassadrice d'Israël auprès de l'ONU. (...) Dans un communiqué, le président Shimon Peres a estimé que ce rapport "se moque de l'Histoire". "Les auteurs ne distinguent pas les agresseurs et ceux qui se défendent. C'est le Hamas qui a engagé cette guerre en commettant des crimes horribles. Ce rapport confère une légitimité au terrorisme et ne tient pas compte du devoir d'Israël de se défendre", a affirmé M. Peres. "Goldstone n'aurait pas écrit ce rapport si ses enfants habitaient à Sderot", une ville du sud d'Israël régulièrement visée par les roquettes palestiniennes, a ajouté le président israélien. »
Comme il est d'origine juive, le juge Goldstone a été violemment attaqué comme « juif honteux ». Interviewée par la radio militaire israélienne, sa fille a affirmé que son père est un « juif sioniste ».
Le porte-parole du Quai d'Orsay Bernard Valero a déclaré, le 16 septembre, que « les faits exposés dans le rapport de la Commission Goldstone sont d'une extrême gravité et méritent la plus grande attention (...) La France étudie actuellement le document dans le détail, ainsi que ses recommandations, sur lesquelles il est encore trop tôt pour se prononcer ».
Le rapport, toutefois, omet un problème important qui avait été souligné par Richard Falk, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, dans un article du Monde diplomatique de mars 2009, « Nécessaire inculpation des responsables de l'agression contre Gaza » :
« Israël a tout fait pour biaiser cette perception en obtenant des médias et des diplomates qu'ils se concentrent sur une seule question de droit international : son usage de la force était-il ou non "disproportionné" ? Or cette manière de poser le problème occulte la question fondamentale : celle de savoir si ces attaques avaient bien, au sens juridique, un caractère « défensif ».
Et là, nous rejoignons le domaine politique et ce fait fondamental abordé de manière oblique par la commission (ce n'était pas son mandat), l'origine du conflit et le fait qu'il résulte de l'occupation illégale des territoires palestiniens par Israël depuis plus de 40 ans, en violation de toutes les résolutions des Nations unies...
Alain GRESH
Source du texte : LE MONDE DIPLOMATIQUE
jeudi, 17 septembre 2009 | Lien permanent
La guerre électronique des opinions
L'essor des nouvelles technologies de l'information donne lieu à une nouvelle forme de guerre pour influencer les opinions publiques. De plus en plus sensible, cette lutte mobilise les Etats aussi bien que les acteurs non étatiques. Les démocraties sont mal équipées pour faire face.
C'est une guerre qui ne porte pas son nom, mais qui est bien réelle. Une guerre de l'information et de la désinformation: la bataille de l'opinion publique. Elle se joue sur les nouveaux médias électroniques, les réseaux sociaux, les blogs et ne connaît plus de frontières. Les acteurs de cette guerre électronique sont aussi bien des Etats que des groupes non étatiques, le Pentagone ou Al-Qaida, les ONG ou les guérillas, ou l'ensemble de ces «citoyens-soldats» au service d'une idéologie, d'un patriotisme ou de la «vérité». Cette guerre est protéiforme, difficile à cerner. Mais des experts militaires voient dans cette bataille de l'opinion - où les Etats ont de moins en moins de possibilités de contrôler les sources et les flux d'informations hostiles - un danger qui deviendra un jour aussi menaçant que les armes conventionnelles.
A vrai dire, cette guerre possède deux dimensions :
- L'une technologique (le contenant), mieux connue par les actions spectaculaires de hackers. Trois épisodes sont restés dans les mémoires :
- en 2005, Washington sonne l'alerte pour une attaque - baptisée Titan Rain - contre des réseaux de la défense américaine qui touche aussi la Grande-Bretagne et la France. Des experts occidentaux y ont vu la main de la Chine qui a toujours nié.
- En 2007, c'était au tour de l'Estonie d'être victime d'une série de cyber-attaques qui ont menacé de paralyser son réseau informatique. Cette fois-ci c'est le Kremlin qui est soupçonné, mais là encore sans preuve.
- En 2008, enfin, à la suite du conflit armé russo-géorgien, plusieurs sites internet géorgiens étaient piratés. Moscou dément toute implication directe mais ferme - au mieux - les yeux sur l'action de ses «cyber-patriotes».
«Un seul acteur a pu bloquer le réseau estonien en le faisant sauter grâce à l'envoi de centaines de milliers de messages. En bloquant le réseau, il ferme l'accès à l'information et provoque une déstabilisation. Il crée de la peur, de la terreur. On peut comparer cela à un acte terroriste, analyse Stéphane Koch, président de l'Internet society à Genève et spécialiste de la gestion de l'information. Il y a de plus en plus d'acteurs qui sont de moins en moins identifiables. On pourra jamais prouver quel Etat est directement impliqué.»
- La seconde dimension de cette guerre est d'ordre sémantique (le contenu). On en parle moins, mais elle fait pourtant rage. A l'avènement de l'Internet, les optimistes ont voulu croire à la fin des barrières érigées par les dictatures et la victoire finale d'une démocratie d'opinion. La Toile a incontestablement permis une avancée pour la liberté d'expression y compris dans les régimes répressifs. Des nouveaux outils comme Twitter ont démontré leur efficacité pour contourner la censure imposée aux médias classiques par Téhéran lors des récentes protestations anti-Ahmadinejad. Mais l'exemple de la Chine (et ses 40.000 cyber-policiers) montre que ces mêmes régimes parviennent largement à contenir les effets de ces nouveaux canaux. En décembre dernier, une «cyber-armée iranienne» a prouvé sa capacité de pirater Twitter.
Les Etats ne se contentent toutefois pas de bloquer les accès aux informations qui leur déplaisent. Ils ont compris que la bataille se joue sur la capacité à faire passer un message, à contrer ou à neutraliser celui de l'adversaire. Les Etats-Unis sont les plus avancés dans ce domaine. Ils ont développé une stratégie d'intervention sur le contenu des réseaux sociaux pour les influencer. L'emblème de cette nouvelle communication est le président Barack Obama lui-même qui doit en partie son élection à sa capacité de mobilisation des électeurs sur le Net et qui a inauguré la «diplomatie YouTube» en s'adressant par ce moyen aux Iraniens, puis aux Chinois.
«La Chine, la Russie, l'Iran sont de plus en plus conscients des enjeux de cette guerre de l'information. Le problème est que les démocraties, en particulier en Europe, s'y intéressent trop peu. Nous avons une bataille de retard. C'est la maîtrise du discours qui est en jeu. Nous sommes dans la même position qu'en 1938 à Munich, c'est une erreur stratégique majeure», analyse Christian Harbulot, directeur de l'Ecole de guerre économique à Paris.
Cette guerre d'influence, nous y sommes tous quotidiennement confrontés sur le Net. Le meilleur exemple est sans doute celui de Wikipédia, sixième site le plus consulté au monde, qui s'est imposé comme un outil de référence auprès du grand public aussi bien que des professionnels de l'information malgré ses évidentes limites. Cette encyclopédie participative et ouverte est l'enjeu de batailles permanentes.
Le cas du traitement du rapport du juge Goldstone concluant à des crimes de guerre israéliens et du Hamas dans le cadre du conflit de Gaza adopté par le Conseil des droits de l'homme l'automne dernier est particulièrement éclairant. Ses premières moutures, tordant la réalité, discréditaient les auteurs du rapport aussi bien que le mandat qui leur était donné. Au fil des semaines, le texte - qui fait plus de vingt pages - a été en partie rééquilibré mais son architecture générale met en exergue un ton défavorable envers le travail de Goldstone. Il faut consulter les 192 notes qui y sont adjointes pour comprendre: la majorité des sources citées proviennent de UN Watch, une ONG dont les positions sont proches de celle du gouvernement israélien, et du Jerusalem Post aux opinions néoconservatrices. UN Watch dément toute intervention directe. Et l'Etat israélien? Certains observateurs n'en doutent pas (lire ci-dessous). «Les adresses IP des intervenants sont connues. S'ils sont de mauvaise foi ou interviennent depuis plusieurs comptes, la Fondation Wikipédia, dont le siège est aux Etats-Unis, peut bloquer immédiatement et à vie ces comptes, explique Frédéric Schütz, contributeur expérimenté de Wikipédia en Suisse. Nous n'avons encore jamais constaté l'intervention d'un Etat.»
Frédéric KOLLER
Source du texte : LE TEMPS.CH
vendredi, 08 janvier 2010 | Lien permanent | Commentaires (1)
Défense : Israël s'est ”glissée” dans l'Union européenne sans que personne s'en aperçoive, par Robert FISK
The death of five Israeli servicemen in a helicopter crash in Romania this week raised scarcely a headline.
There was a Nato-Israeli exercise in progress. Well, that's OK then. Now imagine the death of five Hamas fighters in a helicopter crash in Romania this week. We'd still be investigating this extraordinary phenomenon. Now mark you, I'm not comparing Israel and Hamas. Israel is the country that justifiably slaughtered more than 1,300 Palestinians in Gaza 19 months ago – more than 300 of them children – while the vicious, blood-sucking and terrorist Hamas killed 13 Israelis (three of them soldiers who actually shot each other by mistake).

But there is one parallel. Judge Richard Goldstone, the eminent Jewish South African judge, decided in his 575-page UN inquiry into the Gaza bloodbath that both sides had committed war crimes – he was, of course, quite rightly called "evil" by all kinds of justifiably outraged supporters of Israel in the US, his excellent report rejected by seven EU governments – and so a question presents itself. What is Nato doing when it plays war games with an army accused of war crimes?
Or, more to the point, what on earth is the EU doing when it cosies up to the Israelis? In a remarkable, detailed – if slightly over-infuriated – book to be published in November, the indefatigable David Cronin is going to present a microscopic analysis of "our" relations with Israel. I have just finished reading the manuscript. It leaves me breathless. As he says in his preface, "Israel has developed such strong political and economic ties to the EU over the past decade that it has become a member state of the union in all but name." Indeed, it was Javier Solana, the grubby top dog of the EU's foreign policy (formerly Nato secretary general), who actually said last year that "Israel, allow me to say, is a member of the European Union without being a member of the institution".
Pardon me? Did we know this? Did we vote for this? Who allowed this to happen? Does David Cameron – now so forcefully marketing Turkish entry to the EU – agree with this? Probably yes, since he goes on calling himself a "friend of Israel" after that country produced an excellent set of forged British passports for its murderers in Dubai. As Cronin says, "the EU's cowardice towards Israel is in stark contrast to the robust position it has taken when major atrocities have occurred in other conflicts". After the Russia-Georgia war in 2008, for example, the EU tasked an independent mission to find out if international law had been flouted, and demanded an international inquiry into human rights abuses after Sri Lanka's war against the Tamil Tigers. Cronin does not duck Europe's responsibility for the Jewish Holocaust and agrees that there will always be a "moral duty" on our governments to ensure it never happens again – though I did notice that Cameron forgot to mention the 1915 Armenian Holocaust when he was sucking up to the Turks this week.
But that's not quite the point. In 1999, Britain's arms sales to Israel – a country occupying the West Bank (and Gaza, too) and building illegal colonies for Jews and Jews only on Arab land – were worth £11.5m; within two years, this had almost doubled to £22.5m. This included small arms, grenade-making kits and equipment for fighter jets and tanks. There were a few refusals after Israel used modified Centurion tanks against the Palestinians in 2002, but in 2006, the year in which Israel slaughtered another 1,300 Lebanese, almost all of them civilians, in another crusade against Hizbollah's "world terror", Britain granted over 200 weapons licences.
Some British equipment, of course, heads for Israel via the US. In 2002, Britain gave "head-up displays" manufactured by BAE Systems for Lockheed Martin which promptly installed them in F-16 fighter-bombers destined for Israel. The EU did not object. In the same year, it should be added, the British admitted to training 13 members of the Israeli military. US planes transporting weapons to Israel at the time of the 2006 Lebanon war were refuelled at British airports (and, alas, it appears at Irish airports too). In the first three months of 2008, we gave licenses for another £20m of weapons for Israel – just in time for Israel's onslaught on Gaza. Apache helicopters used against Palestinians, says Cronin, contain parts made by SPS Aerostructures in Nottinghamshire, Smiths Industries in Cheltenham, Page Aerospace in Middlesex and Meggit Avionics in Hampshire.
Need I go on? Israel, by the way, has been praised for its "logistics" help to Nato in Afghanistan – where we are annually killing even more Afghans than the Israelis usually kill Palestinians – which is not surprising since Israel military boss Gabi Ashkenazi has visited Nat o headquarters in Brussels to argue for closer ties with Nato. And Cronin convincingly argues an extraordinary – almost obscenely beautiful – financial arrangement in "Palestine". The EU funds millions of pounds' worth of projects in Gaza. These are regularly destroyed by Israel's American-made weaponry. So it goes like this. European taxpayers fork out for the projects. US taxpayers fork out for the weapons which Israel uses to destroy them. Then EU taxpayers fork out for the whole lot to be rebuilt. And then US taxpayers... Well, you've got the point. Israel, by the way, already has an "individual co-operation programme" with Nato, locking Israel into Nato's computer networks.
All in all, it's good to have such a stout ally as Israel on our side, even if its army is a rabble and some of its men war criminals. Come to that, why don't we ask Hizbollah to join Nato as well – just imagine how its guerrilla tactics would benefit our chaps in Helmand. And since Israel's Apache helicopters often kill Lebanese civilians – a whole ambulance of women and children in 1996, for example, blown to pieces by a Boeing Hellfire AGM 114C air-to-ground missile – let's hope the Lebanese can still send a friendly greeting to the people of Nottinghamshire, Middlesex, Hampshire and, of course, Cheltenham.
Robert FISK
Source du texte : THE INDEPENDANT
Traduction :
La mort de cinq soldats israéliens dans un accident d'hélicoptère en Roumanie cette semaine à peine fait les gros titres.
Il y avait un exercice OTAN-Israël.
Bon, d’accord. Maintenant, imaginez la mort de 5 combattants du Hamas dans un accident d'hélicoptère en Roumanie cette semaine. Nous serions encore en train d’enquêter sur ce phénomène extraordinaire.
Maintenant, voyez-vous, je ne compare pas Israël et le Hamas. Israël est le pays qui a massacré en toute légitimé plus de 1.300 Palestiniens dans la bande de Gaza il y a 19 mois – dont plus 300 étaient des enfants - alors que les vicieux, suceurs de sang et terroristes membres du Hamas ont tué 13 Israéliens (dont 3 d'entre eux s’étaient entretués par erreur).
Mais il y a un parallèle. Le juge Richard Goldstone, l'éminent juge juif sud-africain, a statué dans son rapport d’enquête de l'ONU de 575 pages sur le bain de sang à Gaza que les deux parties avaient commis des crimes de guerre - il fut, bien sûr, à juste titre, traité de "Méchant" par toutes sortes de supporters d'Israël aux Etats-Unis, à juste titre outrés ; son excellent rapport a été rejeté par 7 gouvernements de l'UE - et donc une question se pose : Que fait l'OTAN quand il joue à des jeux de guerre avec une armée accusée de crimes de guerre?
Ou, plus précisément, que fait l'Union Européenne quand elle essaie de se mettre dans les petits papiers des Israéliens ?
Dans un livre remarquablement détaillé – si ce n’est légèrement exaspéré – qui paraîtra en Novembre, l'infatigable David Cronin présentera une analyse au microscope de "nos" relations avec Israël. Je viens de terminer la lecture du manuscrit. Cela me laisse sans voix.
Comme il le dit dans sa préface, "Israël a développé des liens politiques et économiques tellement forts avec l'Union Européenne au cours des dix dernières années qu'il est devenu presque un État membre de l'Union sans le dire."
En effet, c’était Javier Solana, le sordide chef de la politique étrangère de l'UE (anciennement secrétaire général de l'OTAN), qui a effectivement déclaré l'an dernier qu' "Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l'Union Européenne sans être membre de l’institution ".
Pardon ? Etions-nous au courant ? Avons-nous voté pour cela ? Qui a autorisé que cela se produise ?
Est-ce que David Cameron – qui soutient maintenant avec tant de force l’entrée de la Turquie dans l'UE – est d'accord avec cela ? Probablement que oui, car il a continué à se déclarer lui-même être un ami "d'Israël" après que ce pays ait fabriqué une excellente série de faux passeports britanniques pour ses meurtriers à Dubaï.
Comme le dit Cronin, "la lâcheté de l'UE envers Israël est à l'opposé de ses positions fermes prises lorsque des atrocités majeures se sont produites dans d'autres conflits".
Par exemple, après la guerre russo-géorgienne en 2008, l'Union européenne a nommé une mission indépendante pour savoir si le droit international avait été bafoué, et a exigé une enquête internationale sur les violations des droits de l'homme après la guerre au Sri Lanka contre les Tigres tamouls.
Cronin n’esquive pas la responsabilité de l'Europe dans l'Holocauste juif et accepte qu'il y aura toujours un "devoir moral" pour nos gouvernements afin de s'assurer que cela ne se reproduise jamais - même si j’ai remarqué que Cameron avait oublié de mentionner l'Holocauste arménien en 1915 quand il a fait de la lèche aux Turcs cette semaine.
Mais ce n'est pas le sujet. En 1999, les ventes d'armes Britanniques à Israël - un pays qui occupe la Cisjordanie (et aussi Gaza) et qui construit des colonies illégales pour les Juifs et seulement pour les Juifs sur une terre arabe – s’élevaient à 11,5 millions de Livres ; et en deux ans, cela avait presque doublé et s’élevait à 22,5 millions de livres. Cela comprenait des armes légères, des kits de grenades prêtes à monter et des équipements pour avions de combat et des chars.
Il y a eu quelques refus après qu’Israël ait utilisé des chars Centurion modifiés contre les Palestiniens en 2002, mais en 2006, l'année où Israël a massacré encore 1.300 Libanais, presque tous des civils, dans une autre croisade contre le "terrorisme mondial" du Hezbollah, la Grande-Bretagne lui a accordé plus de 200 licences d’exportation d'armes.
Bien sûr, certains équipements Britanniques vont en Israël via les États-Unis. En 2002, la Grande-Bretagne a donné un "affichage tête-haute" fabriqué par BAE Systems pour Lockheed Martin qui a été rapidement installé dans les chasseurs-bombardiers F-16 destinés à Israël. L'UE ne s'y est pas opposée. Il faut ajouter que la même année, les Britanniques ont accepté de former 13 membres de l'armée israélienne.
A l'époque de la guerre du Liban en 2006, des avions américains transportant des armes pour Israël ont été ravitaillés en carburant dans les aéroports britanniques (et, hélas, aussi dans des aéroports irlandais).
Au cours des trois premiers mois de 2008, nous avons encore accordé des licences d’exportation d’armes à Israël pour un montant de 20 millions de Livres - juste à temps pour l'attaque d'Israël contre Gaza. Les hélicoptères Apache utilisés contre les Palestiniens, dit Cronin, comportent des pièces fabriquées par SPS Aerostructures à Nottinghamshire, Smiths Industries à Cheltenham, Page Aerospace dans le Middlesex et Meggit Avionics dans le Hampshire.
Dois-je continuer ? Cela dit en passant, Israël a été félicité pour son aide "logistique" à l'OTAN en Afghanistan - où nous tuons chaque année bien plus d’Afghans que les Israéliens tuent des Palestiniens en général - ce qui n'est pas surprenant puisque le patron de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi s’est rendu au siège de l'OTAN à Bruxelles pour plaider en faveur d'un rapprochement avec l'OTAN.
Et Cronin explique de façon convaincante un arrangement financier en "Palestine" extraordinaire - presque tellement beau que c’en est dégoutant. Les millions de livres de fonds de l'UE destinés à des projets dans la bande de Gaza. Ils sont régulièrement détruits par des armes israéliennes fabriquées aux Etats-Unis. Donc, ça fonctionne comme ça. Les contribuables européens casquent pour les projets. Les contribuables américains casquent pour les armes dont Israël se sert pour leur destruction. Ensuite, les contribuables de l'Union Européenne casquent pour tout reconstruire. Et puis, les contribuables américains ...
Voilà, vous avez compris. A propos, Israël a déjà un "programme de coopération particulier" avec l'OTAN, ce qui permet à Israël de faire partie des réseaux informatiques de l'OTAN.
Tout compte fait, il est bon d'avoir de notre côté un solide allié comme Israël, même si son armée est une canaille et que certains de ses hommes sont criminels de guerre. Alors à ce point, pourquoi ne pas demander aussi au Hezbollah de se joindre à l'OTAN : imaginez comment ses tactiques de guérilla seraient bénéfiques à nos gars dans le Helmand.
Et puisque les hélicoptères Apache israéliens tuent souvent des civils libanais – par exemple, une ambulance transportant des femmes et des enfants a été détruite en 1996, par un missile air-sol Hellfire AGM 114C de Boeing - espérons que les Libanais peuvent toujours saluer amicalement les gens du comté de Nottingham, du Middlesex, du New Hampshire et, bien sûr, de Cheltenham.
lundi, 02 août 2010 | Lien permanent | Commentaires (2)
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