vendredi, 28 décembre 2012
Odin et Thor : dieux guerriers de la pensée et de l'action (1/2)
Dieu de la poésie, Odin est également le dieu guerrier, comme en attestent ses aventures. Et Snorri le confirme : c'était un "grand homme de guerre (…). Il était tellement favorisé par la victoire que, dans toute bataille, c'est lui qui gagnait". L'évêque Adam de Brême ajoute : "Wodan [Odin] dirige les guerres et communique à l'homme le courage contre les ennemis."

Odin lui-même, après avoir vanté auprès de Thor ses exploits amoureux, évoque ses souvenirs de combattant :
"J'étais dans l'armée
Qui par ici s'en vint,
Gonfanons en tête,
Rougir les lances."
En tant que souverain, Odin conserve la haute main sur l'exercice des armes, ce qui constitue l'une des particularités de la mythologie viking : à la différence du panthéon méditerranéen qui distingue bien les attributions d'un Jupiter de celles d'un Mars, Odin possède un certain nombre de "savoir-faire" qui lui permettent d'intervenir en "spécialiste" sur le champ de bataille.
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Odin et Thor : dieux guerriers de la pensée et de l'action (2/2)
La popularité du dieu au marteau
L'un des moyens les plus sûrs pour mesurer la popularité d'un dieu consiste à recenser les noms de lieux qui lui sont dédiés. Un toponyme renfermant le nom d'une divinité suivi d'un appellatif tel que -vé ("sanctuaire"), -hof ("temple"), -hörgr ("tertre, autel"), témoigne d'un culte rendu à cet endroit. Mais le nom de la divinité peut également s'accoler à des termes désignant des lieux naturels, comme -lundr ("bosquet"), -bekkr ("ruisseau"), -ey ("île"), etc.
Le résultat est très contrasté. Si Odin exerce une suprématie imposante dans les sources littéraires, si ses exploits sont largement diffusés par les scaldes, qui en ont fait en quelque sorte leur "patron", en revanche, il n'est guère représenté dans la toponymie scandinave (pas plus que dans l'anthroponymie) : peu de sites, peu de noms. C'est le domaine de Thor, omniprésent dans la désignation des hommes et des lieux. Les Vikings — matois et prudents — semblent avoir voulu tenir à distance de leur vie quotidienne Odin, l'inquiétant souverain.
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lundi, 16 avril 2012
Quel rôle les dieux grecs ont-ils joué dans la guerre de Troie ?
Au chant III de l'Iliade, Priam s'adresse à Hélène : "Tu n'es, pour moi, cause de rien, les dieux seuls sont cause de tout : ce sont eux qui ont déchaîné cette guerre" (III, 164-165). Les vieux Troyens, au demeurant, quand ils voient Hélène marcher sur les remparts, sont prêts à excuser tout à la fois Troyens et Achéens "si pour telle femme, ils souffrent si longs maux. Elle a terriblement l'air, quand on l'a devant soi, des déesses immortelles" (III, 156158). Hélène n'y serait pour rien ou plutôt, quand bien même y serait-elle pour quelque chose, ce serait la faute de cette part "divine" qui est en elle, cette beauté qui, précisément, la met du côté des dieux et matérialise une destinée de nature divine. Voyons les faits. Dans l'Iliade, il faut se rendre au chant XXIV pour trouver une allusion à l'événement qui déclencha la guerre de Troie alors que les dieux délibèrent au sujet du cadavre d'Hector, Héra, Poséidon et Athéna conservent leur rancune à l'égard de Troie et de Priam : "ils pensent à l'affront qu'en son aveuglement Pâris à ces déesses autrefois infligea : lors, dans sa bergerie elles étaient venues, mais il leur préféra celle qui lui fit don d'un objet de douloureux désir" (XXIV, 28-30). À Héra et à Athéna Pâris-Alexandre préféra Aphrodite qui lui fit don d'Hélène. Mais Pâris n'était en fait que l'instrument d'une querelle qu'aux noces de Thétis et de Pélée, Éris avait suscitée entre les trois déesses pour savoir laquelle des trois était la plus belle.
L'épisode figure dans les Chants Cypriens, une épopée perdue qui racontait les événements antérieurs à ceux qui sont évoqués dans l'Iliade, depuis les noces de Thétis et de Pélée jusqu'à la capture de Chryséis, la fille d'un prêtre d'Apollon, par Agamemnon. La guerre de Troie y apparaît en définitive comme le fruit d'un complot ourdi par Zeus et par Thémis. Zeus cherchait, en effet, à délivrer la terre du poids de tant de mortels ; Gaia, accablée par le nombre des hommes et par leur impiété, s'était plainte auprès de lui qui, d'abord, provoqua la guerre des Sept contre Thèbes puis qui, sur les conseils de Mômos ("Sarcasme"), maria Thétis à un mortel (ce sera Pélée et de l'union naîtra Achille) et engendra lui-même une fille très belle (de son union avec Léda naîtra Hélène). C'est ce qu'Euripide rappellera en faisant d'Hélène un instrument dont les dieux se sont servi pour dresser Grecs et Phrygiens les uns contre les autres "et provoquer des morts afin d'alléger la Terre outragée par les mortels sans nombre qui la couvraient" (Hélène, 1639-1642).
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samedi, 04 février 2012
En route pour L'Iliade et L'Odyssée !
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samedi, 01 octobre 2011
A ne pas manquer : Première version du film de Fritz Lang "Les Nibelungen", lundi 3 octobre à 20h40 sur Arte
La première mondiale sera diffusée sur ARTE, chaîne culturelle européenne qui, depuis de nombreuses années, est très engagée dans le cinéma muet. La publication d’un DVD est également prévue. Eberhard Junkersdorf déclare être « très fier que la Fondation Murnau ait pu, à l’issue d’un long travail de restauration, rendre deux des plus importants films de Fritz Lang accessibles au public ».
Il a fallu plus de quatre ans aux équipes de la Fondation pour arriver à bonne fin. Les pellicules ont dû être récupérées à Montevideo, à Moscou, etc. Jamais encore un projet de ce genre n’avait eu une telle ampleur. « La nouvelle version de la Fondation Murnau donne une idée très précise de l’original, c’est une reconstitution fidèle. Pour la première fois, il a été possible de prendre en compte un matériau d’une extrême richesse réparti dans les archives des cinémathèques du monde entier – dix-huit copies d’époques ont été retrouvées » relate la restauratrice Anke Wilkening de la Fondation Murnau. Lors d’une précédente restauration, achevée dans les années 1980, cela n’avait pas encore été possible.
Source : Arte
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mercredi, 03 août 2011
FIANA : Les Héros hors de la tribu
Lorsqu'au sortir de la légende Cûchulainn on aborde les Légendes des Fiana, on a l'impression de pénétrer dans un monde héroïque qui n'est pas seulement différent du monde dans lequel se meut le Héros de la tribu, mais qui lui est inconciliable.

Les deux corps de tradition ont bien quelques conceptions en commun : même fusion des vertus guerrières et de la vertu magique en la personne des héros-magiciens, même constant va-et-vient du monde des hommes au monde des Sîde, du profane au sacré. Mais à d'autres égards l'opposition paraît d'abord irréductible. Ce ne sont point seulement les caractères formels qui diffèrent, détails des moeurs, techniques du combat, ici à pied ou à cheval, là en char ; ce sont, fait plus grave, les caractères fonctionnels, la place même que le héros occupe dans la société, dans le monde. Cûchulainn s'insère tout naturellement, tout en la dominant, dans la société celtique telle que nous la connaissons non seulement par l'épopée mais par l'histoire ; il a son fort à Dûn Delgân, son domaine de Mag Muirthemne, sa place marquée "aux genoux" du roi de la province parmi les autres héros, le premier parmi eux, à vrai dire, mais enfin primus inter pares. Finn, avec ses bandes (fiana) est par définition en dehors des institutions tribales, il est la vivante négation de l'esprit qui les domine. Les deux ensembles mythiques nous proposent deux conceptions indépendantes du Héros ; ils ne s'affrontent pas, ils s'ignorent ; comment ont-ils pu coexister chez une même population, à la même époque ?
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dimanche, 31 juillet 2011
Comment Claude devint Britannicus
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lundi, 25 juillet 2011
Achille, l'idéal de l'homme héroïque
Je dois vous parler (...) de la mort héroïque en Grèce. Ce n'est pas facile. Je ne sais pas vraiment par quel bout commencer tant ils sont nombreux. Le plus simple est de débuter par le personnage qui incarne à nos yeux, et aux yeux des Grecs déjà, l'idéal de l'homme héroïque et de la mort héroïque : Achille.
Dans les récits qui le concernent, non seulement dans l'Iliade mais dans des récits légendaires qui nous ont été transmis par d'autres sources, le dilemme est clairement posé à son propos d'un choix presque métaphysique entre deux formes de vie qui s'opposent. Achille est le fils d'un simple mortel, Pélée, et d'une déesse, Thétis — elle a essayé d'échapper à cette union avec un mortel que les dieux lui imposaient, en prenant toutes sortes de formes. Finalement, le vieux Pélée s'est uni à elle et ils ont eu beaucoup d'enfants au statut équivoque et que Thétis aurait voulu immortaliser. Dans le cas d'Achille, le tenant par le talon, elle le plonge, nouveau-né, dans les eaux du Styx. S'il arrive à se sortir de cette épreuve terrifiante — car le Styx c'est, d'une certaine façon, la mort —, toute la partie du corps qui aura été en contact avec l'eau deviendra immortelle. C'est ce qui arrive à Achille. Il est donc un être humain qui par sa personne, son passé, sa généalogie se situe au croisement du divin et de l'humain. Seul un petit bout de son corps est resté mortel : le talon — car il fallait bien que Thétis le tienne par un bout — et c'est de là qu'il périra.
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mardi, 07 juin 2011
La légende du Roi Arthur, avec l'historien Martin Aurell
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lundi, 14 mars 2011
La sacralisation de la guerre
Les sociétés traditionnelles se caractérisent par une omniprésence du sacré. Les dieux y sont nombreux et leurs aventures forment la trame de récits fabuleux, les rites scandent la succession des saisons et tous les aspects de la nature font l'objet d'un culte particulier. Aucun acte majeur de l'existence (naissance, mariage, maladie, mort) n'échappe à cette règle, et pour que son accomplissement soit ressenti comme authentique, il se doit d'être sanctifié. Dans ces conditions, il est inévitable que la guerre, événement considérable, et ô combien incertain dans la vie d'une société, revête l'habit du sacré.

De fait, la sacralisation de la guerre se joue à tous les niveaux de son déroulement. En tant qu'activité spécifique d'une communauté, différente par exemple de l'activité-agriculture ou de l'activité-élevage, la guerre reçoit le patronage de divinités particulières. Ce sont les dieux de la guerre dont le nombre, la place et l'importance varient selon les cultures, mais qui restent presque toujours présents dans le panthéon des religions polythéistes. D'autre part, le guerrier, qu'il soit combattant par intermittence ou que sa vie soit entièrement consacrée à des occupations militaires, connaît un rapport privilégié avec le monde du sacré. Les initiations et les confréries guerrières l'entourent d'un réseau de symboles qui lui permettent de donner à ses actions une dimension religieuse. Enfin, le combat lui-même prend l'aspect d'un rite avec ses présages et ses interdictions, ses fureurs sacrées et la mort conçue comme ultime sacrifice.
Certes, chaque peuple et chaque époque connaît de nombreuses divergences quant à la manière de pratiquer la guerre. Le conflit entre deux tribus primitives d'Océanie ou d'Amérique ne présente évidemment pas les mêmes aspects que la guerre que se livraient les cités grecques à l'époque classique ou celle qui opposait l'empire du Milieu aux hordes mongoles. Néanmoins, cette variété demeure comme autant d'adaptations différentes du même schéma : la guerre est une activité voulue par les dieux, elle possède une dimension sacrée et il faut accomplir envers elle les rites appropriés.
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