Lawrence 2Dans les jours à venir, je vous proposerai plusieurs articles en lien avec les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale mais avec un focus bien différent tourné vers l’Orient. En effet, nous quitterons les champs de bataille russes et français mais aussi les Dardanelles pour nous pencher sur l’histoire méconnue des soldats français de la mission militaire au Hedjaz.
Celle-ci a été engagée aux côtés de la dynastie hachémite qui a conduit la révolte arabe de 1916 à 1918 contre l’empire Ottoman. Très longtemps oublié ou méconnu, le déploiement de ces 45 officiers et près de 1 000 sous-officiers et hommes de troupe a été déterminant dans la victoire obtenue par le Chérif Hussein ( et de ses fils) de Médine à Damas en passant par El Ouedj, Aquaba, Maan ou Deraa.
Le livre de Christophe Leclerc « Avec TE Lawrence en Arabie, la mission militaire française au Hedjaz » montre combien la « communication britannique et le mythe de Lawrence d’Arabie a évincé l’action décisive du colonel Brémond et de ses hommes. Cet ouvrage permet de mieux comprendre les enjeux de ces opérations en Orient autour des accords Sykes-Picot, des rivalités arabes  amis aussi l’important centre de gravité stratégique que constituait  la ligne de chemin de fer du Hedjaz construite par les Turcs depuis 1900 et achevée en 1908.
La culture bédouine, les lieux saints de l’Islam et les intérêt politico-financiers, décrits par l’auteur, permettent de mettre en perspective le quotidien de ces soldats français et musulmans, de ces officiers aux parcours atypiques et de faits d’armes ignorés du grand public. Le milieu exigeant, la qualité militaire et humaine des Français venus pour la plupart des unités nord africaines (Spahis, tirailleurs, Tabors, artillerie d’Afrique) sont des sources très riches d’étude et de commentaires propres à enrichir certaines notions d’histoire militaire.
En outre, les combats dans ces confins syriens, jordaniens et saoudiens mettent également en évidence des enseignements tactiques fort intéressants et éclairants,  que l’on parle des coups de mains sur les postes ottomans, des sabotages, des assauts sur des cités fortifiées ou des affrontements en rase campagne où l’artillerie permet de remporter la décision. La question du combat dans le désert, comparé à une campagne navale mérite aussi de développer notre réflexion : » les opérations avaient les caractères des manoeuvres navales : mobilité, ubiquité, indépendance des bases et des communications, dédain des des accidents du terrain, des aires stratégiques, des directions fixes, des points fixes. Qui est le maître de la mer est plus libre : il peut accepter ou refuser la guerre à sa guise. Nous étions maîtres du désert« .
Si la force des Bédouins et des troupes régulières du « Malik arabe » résidait dans leur mobilité, leur résistance à la fatigue, leur confiance en soi, leur connaissance du terrain et leur courage intelligent, l’encadrement européen (français ou britannique) ainsi que l’appui des armes dites savantes ont permis de vaincre une armée turque disciplinée et bien équipée.
Un ouvrage très riche donc en guise d’introduction avant que nous n’abordions dans un prochain post la chronologie des opérations puis les figures françaises de la mission militaire du Hedjaz.
A suivre donc…
Editions L’Harmattan, 1998, 176 pages.