mercredi, 05 septembre 2012

La chronique de Serge SUPERSAC : L'armée dans le quartier ?

Coup de tonnerre médiatique de cette fin d’été, une sénatrice des Bouches du Rhône préconise le recours à l’armée pour endiguer la vague de violence qui sévit actuellement à Marseille. Ce qui n’aurait dû être "qu’une conversation de bistrot" a pourtant été abondamment relayé par l’ensemble des médias. Il semble donc que la confusion la plus totale règne en matière de sécurité, même parmi certains élus du pouvoir législatif. Si l’on ajoute à cela que de plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer que la politique du nouveau ministre de l’intérieur ressemble à celle de l’ancien d’un autre gouvernement on peut légitimement penser que la stratégie d’ensemble des forces de sécurité ne va donc pas radicalement changer. Dans ces perspectives, l’avenir de la sécurité intérieure peut  apparaître comme incertain puisque personne ne peut raisonnablement affirmer que depuis dix ans la situation se soit améliorée en matière de criminalité et de violence.

Criminel avec AK47.jpg

 

La nature du problème :

La police Marseillaise est confrontée à une forte augmentation  d’homicides qui apparaissent comme des règlements de compte avec pour toile de  fond, le trafic de stupéfiants. Cette évolution qui semble surprendre les commentateurs correspond pourtant à une logique et le manque d’anticipation concernant ce phénomène démontre bien les carences stratégiques. En effet depuis très loin dans l’histoire cette ville est connue pour sa délinquance et son corollaire, la violence. En revanche ce qui a changé ces dernières années c’est la structuration de la criminalité. L’organisation criminelle est aujourd’hui toute autre, plus de parrain chef d’un réseau très hiérarchisé tout simplement  parce que les forces de sécurité ont appris à lutter contre ces réseaux or dans ce type d’organisation il suffit de tirer un fil pour démanteler l’ensemble. Il existe donc toujours une organisation mais elle est faite de petites structures distinctes, spécialisées et indépendantes les unes des autres. Pour le trafic de stupéfiant qui est, je le rappelle l’activité criminelle la plus lucrative pour un risque minimum, les grossistes approvisionnent une myriade de petits commerces dont ils n’ont aucunement besoin d’assurer la pérennité car si le réseau de quartier tombe, le lendemain un autre micro réseau prendra la place vacante. Pour l’anecdote il faut signaler que dans certains cas des points de « deals » ont carrément été vendus dans le principe de la vente d’un commerce classique sans toutefois que le notaire ait été consulté.  Ainsi la guerre des réseaux pour tenir les points de vente ne se réalise plus entre deux mafias qui cherchent à obtenir le monopole sur une ville mais entre des dizaines  de micro réseaux qui cherchent à exister sur une zone et le cas échéant à s’étendre. C’est donc non plus deux chefs mafieux qui s’affrontent mais des milliers de revendeurs sans que précisément le grossiste ne soit inquiété.

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