vendredi, 11 janvier 2013

Décès du stratégiste français Lucien POIRIER, un des théoriciens de la dissuasion nucléaire

Né en 1918, Lucien Poirier s'est éteint dans la nuit du 9 au 10 janvier. En modeste hommage à ce penseur indépendant, nous réactualisons un entretien que nous avions publié le 10 mai 2011.


Guillaume MONTAGNON : Comment avez-vous eu connaissance de la polémologie ?          

Lucien Poirier : Capitaine en Indochine et sortant de la Légion étrangère, j’étais affecté au cabinet du Général de Lattre de Tassigny, haut-commissaire et commandant en chef sur ce théâtre. Un jour, dans une revue, en 1951, je vis la mention du livre Les Guerres, Eléments de polémologie de Gaston Bouthoul, que j’ignorais. J’écris pour qu’on m’envoie, à Hanoï, un exemplaire. A sa réception, je fus enthousiasmé. Cet ouvrage répondait à mon attente d’analyse excluant les éléments technique et stratégique des guerres. G. Bouthoul était originellement un sociologue. Cela m’incite à lui écrire, étant probablement le premier, dans notre armée, à l’avoir lu. Je rédigeai une recension de son livre, en 1951, dans la Revue militaire d’information, une petite revue où j’avais l’habitude de publier des chroniques bibliographiques.          

Par la suite, rentré d’Indochine et affecté au Service d’information de l’armée, à Paris, je pris contact avec Bouthoul. Nos relations ont donc commencé dans les années 1951-1952, assez tôt. Ensuite, parti pour l’Algérie où j’ai effectué deux campagnes, puis revenu à la direction de la Revue militaire d’information, j’ai repris contact avec Bouthoul auquel j’ai demandé quelques articles pour la revue. Je crois, d’après ce qu’il m’a dit, qu’il n’était pas bien en cour à l’Université. C’était l’époque de la Guerre froide, le Parti communiste ayant une grande influence sur les cercles intellectuels, et Bouthoul était un esprit indépendant. Il a dû se résigner à être avocat d’affaires tout en publiant sur le phénomène-guerre.          

Ensuite je fus affecté au Centre de Prospective et d’Evaluations rattaché au cabinet de Monsieur Messmer, ministre des Armées sous le général de Gaulle. C’est là que nous avons effectué nos recherches sur la nouvelle stratégie française, en particulier sur la stratégie de dissuasion nucléaire du faible au fort. Un jour, notre patron, Monsieur de l’Estoile, ingénieur de l’armement, me rapporta que le ministre avait rencontré son homologue hollandais qui lui avait demandé s’il connaissait Gaston Bouthoul. Monsieur Messmer l’ignorant, se tourna vers Monsieur de l’Estoile, qui ne le connaissait pas non plus. Celui-ci vient donc me voir et, comme j’étais en relation avec Bouthoul, me demanda une fiche pour le ministre, qui prit alors la décision de soutenir la polémologie en aidant Bouthoul. A l’époque, c’était très difficile, l’inspection des finances considérant ce mode de subvention comme un démantèlement de la puissance publique : toutes les recherches sur la guerre et la stratégie devaient s’effectuer au sein du ministère de la Défense, non à l’extérieur. On parvint néanmoins à octroyer un contrat d’études à Bouthoul. L’Estoiles m’en confia la gestion ainsi que celui avec le général Beaufre. Sur ces bases, Bouthoul put relancer son Institut français de polémologie.


G.M : C’est à ce moment que Madame Louise Weiss devient la co-directrice de l’Institut ?          

L.P : C’est cela. Le contrat a été signé en 1965 et à partir de ce moment le Centre de Prospective et d’Evaluations fut en relations constantes avec l’Institut de Polémologie. Celui-ci prit de l’ampleur et Bouthoul a eu besoin de collaborateurs. J’ai pensé au général René Carrère, mon ami de captivité, saint-cyrien, major de la promotion Foch, avec lequel j’ai beaucoup travaillé à l’Oflag IV D avec d’autres groupes de prisonniers. Il avait quitté le service actif et j’ai conseillé à Bouthoul de l’intégrer à son Institut. Carrère est devenu en quelque sorte son adjoint intellectuel. En résumé, je puis dire que la polémologie fut l’affaire de quelques-uns et il est regrettable que cette entreprise scientifique n’ait pas survécu à ses promoteurs.

           

G.M : Quel était le rôle de Madame Weiss au sein de l’IFP ?          

L.P : Bénéficiant dès avant la Première Guerre mondiale de vastes relations dans les milieux intellectuels et politiques, elle sut accroître le rayonnement de l’Institut de Polémologie, soutenant Bouthoul moins pratique et combatif. C’était un binôme curieux, Louise Weiss et Gaston Bouthoul, qui surent concevoir et piloter un domaine de recherches originales sans équivalent pour l’époque, dont ils en subsistent des livres et une revue (Etudes polémologiques) fort utiles à qui s’intéresse au phénomène guerre.

           

G.M : Comment Gaston Bouthoul voyait-il l’avenir de la science qu’il avait fondée ?          

L.P : Je ne sais pas. A mon avis, c’était bien parti, avec le soutien de M. Messmer et des collaborateurs comme Carrère. Ils avaient recruté des jeunes. Mais les successeurs n’avaient pas la dimension intellectuelle de Bouthoul. La polémologie est une œuvre sans héritage vivant. En France, on ne s’intéresse aux armes, au phénomène-guerre, qu’en temps de crise. En sus, Bouthoul fut en concurrence avec les Instituts de Peace Research des pays scandinaves qui, eux, étaient idéologiquement marqués. Bouthoul n’était pas militant. Il était un scientifique, très cultivé, inventant ses méthodes de recherches et d’expression en tâtonnant, car il innovait. Toute recherche exige une méthode spécifique et pour restituer le savoir, il faut également une méthode et un langage spécifiques. Il a créé une discipline innovante qui n’intéressait guère l’intelligentsia française.          

Penser le phénomène guerre sous toutes ses dimensions, sans a priori ou préjugés idéologiques, objectivement, rencontrera toujours des obstacles dont le politiquement correct n’est pas le moindre.

Propos recueillis par Guillaume MONTAGNON

Auteur d'un mémoire "Génèse de la polémologie" diffusé par TB et que vous pouvez lire en ligne, en cliquant ICI.

Lire aussi : Lucien Poirier, un stratège dans le siècle de Gérard Challiand

Ci-dessous un texte traitant de "La guerre du Golfe (1990-1991) dans la généalogie de la stratégie"

 

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lundi, 03 décembre 2012

Assemblée nationale : Audition du ministre de la Défense le 22 nov 2012

Le mercredi 5 décembre 2012, à 16h30, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sera auditionné par les commissions de la Défense et des Forces armées, des Affaires étrangères et des Affaires européennes de l'Assemblée nationale, sur la politique européenne de défense. Cette audition en salle Lamartine sera ouverte à la presse et accessible en direct sur le site Internet de l'Assemblée nationale.
 

mercredi, 28 novembre 2012

Seconde Guerre mondiale : La face cachée des GI's

guerreCe documentaire de Patrick Cabouat interroge les derniers témoins de crimes commis par les soldats américains en Europe lors de la "Libération".

17.000 femmes et enfants auraient été victimes des viols commis par les GI's en Angleterre, en France et en Allemagne. 


Cliquer ICI pour commander l'ouvrage

(405 pages, 11 euros)

 

 
 

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dimanche, 25 novembre 2012

Rapport 2012 sur les exportations françaises d’armement

 

mercredi, 14 novembre 2012

Rapport Védrine sur les conséquences du retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan (nov 2012)

 

dimanche, 11 novembre 2012

La Victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920)

Le 11 novembre 1918 marque l'arrêt des combats sur le front occidental. Mais, pour cinq millions de soldats français, ce n'est pas encore la fin de la guerre. Il leur faut attendre longtemps avant d'être démobilisés et pouvoir revenir dans leur famille.

Cette histoire de la sortie de guerre, jusqu'ici méconnue, nous permet de découvrir des combattants épuisés, impatients de rentrer chez eux, et résolus cependant à ne pas accepter une paix hâtive. La haine de l'ennemi se manifeste alors avec force, et la violence de la « culture de guerre » est portée à son apogée. On imagine les soldats et les civils communiant dans la joie de la victoire. Il n'en est rien, et la fracture entre le front et l'arrière n'a jamais été aussi forte. L'armée française en 1918 est une armée victorieuse. C'est aussi, avant tout, une armée en deuil. Comment ont-ils accueilli la fin de la guerre ? Quels sentiments leur laisse ce conflit ? Quels furent les relations entre l'armée française et les Allemands en Rhénanie occupée ? Telles sont les grandes questions que l'historien Bruno Cabanes s'est posé dans son livre La Victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920) primé par l'Académie des sciences morales et politiques.

podcast

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samedi, 03 novembre 2012

Armée française : La ruine en héritage ?, par Georges-Henri BRICET des VALLONS

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mardi, 23 octobre 2012

Beyrouth, 23 octobre 1983 : Souvenons-nous des paras du Drakkar

Le 23 octobre 1983, 6h30 du matin : un double attentat frappe la Force multinationale de sécurité à Beyrouth. En quelques secondes, 241 marines américains et 58 parachutistes français sont tués. Le poste Drakkar, occupés par les paras du 1er RCP, vient de subir  la frappe la plus terrible contre l'armée française depuis les affrontements de la décolonisation. 

Bruno Racouchot était alors officier au 6e RPIMa. Il nous a aimablement autorisé à reproduire le texte d'hommage en annexe, initialement paru dans le cadre du très confidentiel "Club des chefs de section paras au feu". Qu'il en soit ici remercié. 



DRAKKAR LIBAN2.jpg23 octobre 1983, Beyrouth, 6h30 du matin, Drakkar est rayé de la carte 

Le 23 octobre 1983, les parachutistes français présents à Beyrouth dans le cadre de la Force Multinationale de Sécurité, étaient victimes d'un attentat. 58 d'entre eux devaient trouver la mort dans l'explosion du poste "Drakkar". Le texte d'hommage qui suit a été publié dans le cadre du Club des chefs de section paras au feu, qui compte quelques anciens de cette mission sanglante, depuis le Général François Cann, alors à la tête de la force française, et le Général Paul Urwald, qui commandait alors le 6e RIP, jusqu'au benjamin du Club, Bruno Racouchot, officier-adjoint d'une des quatre compagnies déployées à Beyrouth-Ouest. Plus particulièrement en charge de la section de protection du PC du 6e RIP, Bruno Racouchot décrit la configuration extrêmement délicate et sanglante dans laquelle furent alors plongés les parachutistes français.

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lundi, 01 octobre 2012

Libye : Les services secrets français seraient directement impliqués dans la mort de Kadhafi

Le colonel libyen Mouammar Kadhafi n'aurait pas été tué par les brigades révolutionnaires mais par un agent des services secrets français, selon les quotidiens britannique et italien Daily Telegraph et Corriere della Sera.

Kadhafi.jpgMouammar Kadhafi aurait été tué par un agent secret français. C'est ce qu'affirme le quotidien italien Corriere della Serra. À l’origine de cette allégation, les propos de Mahmoud Jibril, l'ancien Premier ministre du gouvernement de transition aujourd'hui leader du nouveau parti politique baptisé Alliance des forces nationales, lors d'une interview diffusée la semaine dernière sur la télévision égyptienne Dream TV : "Un agent étranger était infiltré avec les brigades révolutionnaires pour tuer le colonel Kadhafi", a-t-il affirmé.

S’il n’a pas précisé la nationalité de cet agent, le journal romain, qui cite des sources diplomatiques occidentales basées à Tripoli, révèle qu’il "était fort probablement français". Dans le quotidien britannique Daily Telegraph, Rami el-Obeidi, l'ancien responsable des relations avec les agences de renseignement étrangères pour le Conseil national de transition - l'ancien organe autonome des révolutionnaires libyens -, affirme sans détour que "les services secrets français ont joué un rôle direct dans la mort de Kadhafi, y compris sa mort".

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lundi, 24 septembre 2012

La France et l'Allemagne au Moyen-Age, par Jacques Le Goff

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Chevalier, fantassin et lancier germains du XIVe siècle

Écrit par SG dans > Europe, > France, > Moyen Age, > Vox Belli | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | | |  Facebook | |  Imprimer | |