Les destins croisés du prince Eugène de Savoie et de la sultane Emetullah Rabia Gülnus, symboles des relations tumultueuses qui opposèrent les empires austro-hongrois et ottoman aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Méprisé par sa famille qui le destine aux ordres et par Louis XIV, qui le refuse dans son armée, le prince français Eugène de Savoie (1663 -1736) part tout jeune offrir ses services à la maison des Habsbourg. Celle-ci doit résister aux appétits des Ottomans en Europe centrale, tandis que la France voit leur expansion d’un bon œil. Dès le siège de Vienne par Mehmet IV en 1683, Eugène s’avère un fin stratège militaire et contribue à la défaite des troupes du sultan. À Constantinople, ce dernier a choisi pour favorite, puis épouse, Emetullah Rabia Gülnus (1642-1715), une chrétienne née en Crète (alors vénitienne), enlevée à l’âge de 5 ans et vendue comme esclave au harem de Topkapi. En 1695, lorsque Mehmet IV est destitué et remplacé par Mustafa II, l’un des deux fils qu’ils ont eus ensemble, Gülnus devient la femme la plus puissante de l’empire ottoman. Entretemps, Eugène qui s’est vu confier le commandement du régiment des dragons de Savoie, a maintes fois livré bataille aux Turcs, notamment en Hongrie.