A l’occasion des cérémonies commémoratives du 31 janvier 2015, Jebsheim (Alsace, Haut Rhin) est devenue ville marraine du 1er RCP de Pamiers.

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Issu de l’Armée d’Afrique et instruit au Maroc par les Américains, le 1er régiment de chasseurs parachutistes devait brillamment s’illustrer lors de la campagne d’hiver 1944-1945 sur le front des Vosges, où les Calots bleus aux « charognards » d’or allaient écrire des pages aussi glorieuses que les Alpins de 1914-1918. 

Depuis le 4 octobre 1944, date de son tout premier engagement sur le front allié, principalement dans la région boisée du Mesnil-Thillot, le 1er régiment de chasseurs parachutistes a perdu 468 hommes en vingt jours de combats acharnés dans les Vosges. Reconstitué, il remonte au feu en Alsace, le 7 décembre 1944. Le colonel Geille, l’homme qui a pratiquement créé l’arme parachutiste française, a été appelé à de hautes fonctions à l’état-major de l’air le 29 novembre. Il a transmis le commandement du 1er RCP au commandant Faure, qui était jusque-là son second. Le nouveau chef de corps, grand homme à lunettes et au profil aquilin, installe ses deux bataillons à 25 kilomètres au sud de Strasbourg, à Gerstheim, tout près du Rhin. Des pluies gelées freinent considérablement le déroulement des offensives lancées par le général de Lattre de Tassigny. Les aviateurs alliés, gênés par les intempéries, sont obligés de mettre un bémol à la fureur de leurs bombardements sur les lignes allemandes. L’artillerie allemande, tapie sur la rive est du Rhin, pilonne inlassablement la vallée d’Alsace.

De Lattre est obligé de changer ses plans de bataille. Les ordres qu’il donne à la 2e DB du général Leclerc (à laquelle le 1er RCP a été rattaché pour emploi) ne parlent plus de « s’emparer de Colmar », mais précisent seulement qu’elle « doit lancer des attaques méthodiques et successives sur les villages tenus par l’ennemi », pour permettre à la 36e division d’infanterie US du général Dahlquist de défaire une à une les défenses allemandes solidement installées de Kaysersberg à Andolsheim afin de pouvoir déborder Colmar par l’est, tandis que le groupement tactique n°4 du général Schlesser achèvera l’encerclement de la ville à libérer en accentuant ses pressions sur l’axe Heilisheim — Turckheim — Les-Trois-Épis — Hachimette.

L’ennemi devine le piège. Il lance de furieuses contre-attaques qui réussissent presque à désorganiser la l’armée française. Les chasseurs parachutistes de Faure lancent des patrouilles près des lignes allemandes. Ils capturent des voltigeurs qui apprennent, par bribes, aux officiers alliés que le haut commandement allemand a dépêché des régiments frais et superbement équipés tout autour de Colmar. Ces renforts viennent de Salzbourg, Constance, Garmisch-Partenkirchen, Frilda, et même de plus loin au coeur du Reich. Ces troupes obligent les chefs français à revoir leurs plans de bataille. 

Le rush des paras du commandant Mayer sous le feu des MG 42

Les deux bataillons de Faure, le premier mené par le commandant Mayer et le second sous les ordres du commandant Fleury sont dirigés sur Herbsheim et Fraesenheim. Les paras attaquent à l’aube du 13 décembre derrière les blindés du groupement Vézinet qui roulent en grondant dans la grisaille vers Witternheim. Le terrain est gorgé d’eau. Les chars s’embourbent les uns après les autres, les chasseurs les dépassent et poursuivent seuls leur mouvement dans la brume. Peu après 6h30, l’artillerie ennemie prend soudain la progression sous un déluge de feu. Les canons des chars enlisés répondent sans grand succès aux artilleurs allemands. Les parachutistes sont en enfer. Les obus amis et ennemis se croisent en hurlant au-dessus de leurs sections aveugles. Des hommes tombent en hurlant de douleur. Les sections du capitaine Mayer atteignent enfin leur base d’assaut, à 1.500 mètres de Witternheim. Les voltigeurs, essoufflés et aux oreilles torturées, découvrent leur objectif qui sort peu à peu des brumes matinales. Un bois leur en masque la plus grande partie. Mayer donne le signal du rush. Ses 4e et 5e compagnies foncent à l’est de l’objectif, tandis que la 6e compagnie du capitaine Drouant approche l’ennemi par l’ouest. La 4e compagnie, commandée par le lieutenant Charvet, se trouve prise, bien avant d’amorcer sa progression, sous un formidable déluge d’obus. Des hommes en sang se tassent au sol. Le lieutenant Dié a un pied arraché. Le chef de la compagnie matraquée se relève dans le vacarme et entraîne sa première vague d’assaut. Des mitrailleuses allemandes prennent le relais des artilleurs. Leurs rafales taillent à vif dans la ligne pressée des fantassins français. Le lieutenant Bertin est tué. Charvet rameute les survivants des 37 voltigeurs de l’assaut. De nouvelles MG se dévoilent lorsque les paras ne sont plus qu’à 200 mètres de leurs positions. Elles prennent les hommes de Charvet de face. Cinq chasseurs réussissent à se jeter tout contre les Allemands. Charvet lance alors sa deuxième vague sur les brisées sanglantes du premier mouvement. L’artillerie allemande faiblit. Les sections du 1er RCP enlèvent un à un leurs objectifs.

Il est 10h30 lorsque Witternheim est pris. Un drapeau français flotte sur le clocher de l’église dont les cloches sonnent le branle de la liberté. Quarante-deux parachutistes sont morts en quelques heures. Les chars du groupement Vézinet se désembourbent à la mi-journée. Leur avance ajoute encore à la déroute allemande. Charvet mène les survivants de sa compagnie vers Neunkirch, à l’est du village conquis, pendant que le reste du bataillon Mayer s’installe dans le bourg arraché aux Allemands au prix du sang.

Neunkirch est enlevé sans combat. La nuit tombe sur le champ de bataille jonché de gisants des deux camps. L’artillerie ennemie redonne de la voix. Les paras qui ne sont pas de veille se sont terrés dans les caves profondes des fermes qu’ils occupent, et ne subissent pas de pertes. L’attaque est relancée à l’aube du 14 décembre vers Binderheim. Les paras parviennent à se porter à 800 mètres du bourg mal- gré un matraquage continuel d’artillerie. La neige a succédé aux pluies gelées. Des chars Tigre et Panther, dont l’approche avait été trahie à la fin de la nuit par l’incessant grondement des moteurs, entrent dans la bataille. la 6e compagnie du capitaine Drouant est obligée de traverser un champ de mines. Les paras hésitent à avancer plus. Les explosions des pièges allemands se mêlent au concert des canons et des mitrailleuses lourdes. Des spécialistes du déminage sont dépêchés de l’arrière. Des chapelets de mines explosent en sympathie. Le carnage est atroce.

On doit passer tout de même ! hurle le sergent René Leguéré, de la section Lambert.

Le sous-officier donne l’exemple. Il bondit vers le village bien défendu. Un hurlement inhumain l’oblige à se retourner : l’un de ses voltigeurs est déchiqueté par des éclats. Ses yeux implorent de l’aide, son corps sanglant est agité de soubresauts. Son chef devine la mort.

Plaque-toi au sol ! hurle-t-il en se relançant vers l’ennemi, les copains vont venir te tirer de là…

Les paras font un nouveau bond qui les mène à 600 mètres à peine des premières maisons de Binderheim. Ils reprennent leur souffle à l’abri relatif d’un bois de sapins. Les chars allemands manoeuvrent bien. Leurs tirs couvrent bientôt toute la ligne d’attaque sous un manteau de fer et de feu. Le bois qui abrite la 6e compagnie n’est plus qu’un amas de troncs éclatés. Les chasseurs sont paralysés. La pression allemande se fait de plus en plus forte.

Pas possible, rumine Leguéré en cherchant du regard les survivants de la section Lambert, on va tous crever ici !

L’artillerie amie ne riposte pas à la furie allemande. L’enfer dure près de trois heures. Seuls, dérisoires, les mortiers de Faure essaient de tempérer un peu les ardeurs des pièces ennemies les plus rapprochées. Pris eux aussi sous les éclatements aveugles de leurs obus, des soldats allemands lancent des assauts désespérés vers les paras bloqués. Ces derniers réagissent bien. Leurs armes individuelles et leurs mitrailleuses légères redonnent de la voix à l’unisson. La folle attaque se brise net. Pour la vingtième fois au moins un ordre circule de groupe en groupe : « Il faut tenir à tout prix ! »

Les plaintes des blessés, dans l’enfer déclenché par l’artillerie allemande 

D’horribles plaintes montent dans le bois fracassé. Des blessés implorent Dieu. Certains appellent leurs mères. D’autres maudissent le diable en expirant.

Les paras de Drouant, bien couverts par les mitrailleuses de la 4e compagnie, bondissent vers l’objectif enfumé. Ils sont vite obligés de se tasser dans la boue, tout contre les cadavres des soldats allemands dont l’attaque a tourné court. L’après-midi se meurt lorsqu’arrive enfin un ordre de repli. Les sections, bien entamées, refont par bonds les 3 kilomètres parcourus depuis le matin. Le bataillon Mayer réussit à sortir tout entier de l’enfer, et s’installe à la nuit aux franges du bois de Mayhols. Des volontaires repartent presque aussitôt en patrouille, pour tenter de récupérer des blessés qui appellent à l’aide, sous le pilonnage incessant de l’artillerie ennemie.

Le 1er bataillon a perdu le tiers de son effectif en quarante-huit heures, dont 136 chasseurs au cours de l’attaque vaine sur Binderheim. Les survivants reprennent des forces sous la protection de trois tanks destroyers et de trois Sherman. Les Allemands passent à l’attaque à l’aube du 16 décembre. Ils concentrent leurs efforts sur le nord-ouest du bois de Mayhols, dans lequel se sont repliés les 4e et 5e compagnies du bataillon Mayer. Le lieutenant Guiraut replie sa 5e compagnie au sud du bois, après avoir supporté le premier choc de l’assaut allemand.

Les TD et les Sherman protègent efficacement le repli des paras. Mayer réorganise ses lignes. Son bataillon est bientôt déployé face au mouvement ennemi bien épaulé par une douzaine de Panther. L’artillerie amie, amenée en ligne au cours de la nuit, se déchaîne enfin. Les Allemands subissent à leur tour la loi du feu en pluie.

Chacun son tour, jubile Jules Rechignat, un tireur à la mitrailleuse de 7,62, qu’est-ce qu’ils prennent…

Les vagues ennemies reculent. La 6e compagnie glisse à l’ouest et au sud-ouest de Neunkirch, tandis que les survivants de la 4e se portent au sud-est de la localité. L’artillerie allemande se manifeste encore tout au long de la journée. Les parties en présence semblent s’observer. Mayer ne compte au soir du 15 décembre « que » cinq tués. Les choses se calment encore dans les jours qui suivent.

La trêve, toute relative, dure jusqu’au 22 décembre. Le 2e bataillon du capitaine Fleury est mis en alerte. Il doit attaquer le lendemain les villages de Zelsheim et Diebolsheim pendant que le 1er bataillon suivra le mouvement de très près. Les paras sont impatients de foncer sur l’ennemi qui ne donne plus signe de vie, mais l’attaque est décommandée au tout dernier moment. Le régiment Faure est placé en repos. Les paras fêtent Noël loin du feu, au Val d’Ajol, à Plombières et à Ruaux. Ils remontent en ligne le 30 décembre. Leurs camions ont du mal à franchir le col du Bonhomme qui est fortement enneigé, et c’est à pied que les chasseurs relèvent le 1er régiment de tirailleurs algériens sur les crêtes du secteur de Labaroche, vers Hachimette.

Les Allemands attaquent en force pendant la dernière nuit de l’année 1944 : six divisions d’infanterie et une division blindée bousculent le dispositif allié sur la ligne Sarreguemines — Bitche — Bannstein — Benhoffen ; le but principal de leur manœuvre étant de reconquérir la trouée de Saverne.

La pression ennemie est si forte que, dès le 1er janvier 1945, le général Eisenhower doit se résoudre à ordonner le repli de son 6e groupe d’armées. L’aile gauche de la 1re armée française est obligée de suivre le mouvement. Le général de Gaulle n’accepte pas la tactique US. Il écrit au général de Lattre dès le début du repli : « Dans l’éventualité où les forces alliées se retireraient de leurs positions actuelles au nord du dispositif de la l’armée française, je vous prescris de prendre à votre compte et d’assurer la défense de Strasbourg. »

Sous le feu des tireurs d’élite allemands

Pendant que se joue ainsi le sort de la guerre, les paras de Faure poursuivent leur mise en place de relève. Le 1er bataillon du 1er RCP s’étale au sud d’Orbey, tandis que le 2e bataillon occupe l’ouest de la localité, sur la route des lacs Blanc et Noir. Des TD appuient quelques pressions du 1er bataillon vers le Gros-Gazon et le haut Honeck. Les Allemands contre-attaquent. Le combat est longtemps incertain, puis l’ennemi reflue sur les hauteurs qu’il occupait avant l’assaut. Les chasseurs du 2e bataillon, qui ont chargé leur matériel lourd sur un train de mules, s’installent au nord du village de Pairs. Les Allemands, vêtus de blanc et invisibles dans la neige, ne sont qu’à 200 mètres de là. Leurs tireurs d’élite empêchent tout mouvement des Français. Les combattants s’observent. Une unité américaine relève les paras dans la nuit du 6 au 7 janvier. Les forces du Reich attaquent une nouvelle fois le 10 janvier. L’affaire est des plus sérieuses. Le général von Maur, qui commande l’attaque de l’armée Oberrheim, est sûr de son fait. L’ordre du jour qu’il diffuse avant l’assaut est net :

« Je compte sur vous pour pouvoir annoncer au Führer, dans quelques jours, que le drapeau à croix gammée flotte à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg. »

La 1re division française libre du général Garbay résiste tant qu’elle peut à la ruée des chars blancs de la brigade Feldherrnhalle et aux fantassins de la 198e division. Les efforts du bataillon du Pacifique, du 1er bataillon de la Légion étrangère, des paras de Faure et des fusiliers marins du 1er RFM permettent aux lignes alliées de tenir. Les Allemands piétinent, reculent — et Strasbourg, qui avait été évacuée en hâte, demeure française. Le général Wiese, qui commandait en chef le mouvement de la 19e armée allemande, est remplacé par le général Rasp. De Lattre décide de lancer de nouvelles actions pour délivrer enfin Colmar. Il obtient des Américains le solide appui aérien nécessaire à l’attaque.

Le jour J est fixé au 20 janvier 1945. Le 1er RCP, regroupé à Obernai, effectue un mouvement vers Guémar et s’insère dans le dispositif tactique de la 5e DB du général Vernejoul, qui détache aussitôt les paras au groupement tactique n°6 du colonel Boutaud de Lavilléon.

La bataille commence à l’heure prévue dans une tourmente de neige. Le 1er corps d’armée français attaque en premier, bien soutenu par 102 batteries d’artillerie. Le 2e corps d’armée entre à son tour dans l’action à J+2. Les Allemands tiennent parfaitement le verrou de Colmar. De Lattre lance un troisième corps d’armée dans la bataille. Les parachutistes de Faure reçoivent pour mission principale de s’emparer de Jebsheim, position clé au nord-est de Colmar.

Le capitaine Fleury attaque sous la neige. Ses sections dépassent sans encombre le moulin de Jebsheim, déjà enlevé de haute lutte par des fantassins américains. Les Allemands se dévoilent à l’orée du bois. Le combat est tout de suite d’une violence inouïe. A l’avant, les paras luttent de front. Les Allemands finissent par reculer. Faure reçoit alors l’ordre d’occuper et de tenir à tout prix la forêt jonchée de cadavres gelés. La température atteint — 20 °C. Les Allemands contre-attaquent. L’issue du combat demeure incertaine sur toute la longueur du front. Le 2e bataillon du 1er RCP reste ainsi au contact physique de l’ennemi pendant trois jours. L’artillerie allemande entretient une pression constante sur les positions françaises. Plus de 120 paras meurent, déchiquetés. Les défenseurs de Jebsheim repoussent les Américains du 254e régiment d’infanterie dans la nuit du 25 au 26 janvier. Les Yankees, bien soutenus par les chars du sous-groupement du Chayla et flanqués par les paras du 1er bataillon du 1er RCP, réussissent à reprendre les premières habitations du bourg transformé en forteresse par les soldats du Reich. Les fantassins américains accentuent encore leur pénétration dans la nuit du 27. Le commandement ennemi prend alors les assaillants sous un déluge d’obus d’artillerie. Les Français, légionnaires du 3e RMLE et paras du RCP se lancent à la rescousse en vagues hurlantes. Les maisons de Jebsheim sont arrachées à l’ennemi une à une après de furieux corps à corps. Les positions dévastées changent plusieurs fois de camp. Il y a du sang sur la neige. Les morts gèlent très vite. Les survivants des attaques, hagards, ont dépassé depuis longtemps le seuil de la résistance humaine. Ils sont devenus des « robots de guerre ». Il part en moyenne, dans les deux camps de la bataille, un obus d’artillerie toutes les cinq secondes. Le combat s’exaspère le 28 janvier. Les Allemands sont enfin bousculés. Leurs blindés, jusque-là embossés à l’abri des regards alliés, décrochent un à un, poursuivis par l’artillerie amie. La 9e compagnie du 2e bataillon du RCP oblige le plus gros d’un bataillon de chasseurs de montagne, qui venait de rejoindre la bataille, à jeter les armes. Le vacarme décroît, puis meurt. Le colonel Boutaud de Lavilléon peut annoncer enfin la prise de Jebsheim.

Les paras se terrent dans les positions qu’ils ont enlevées. Ils ont tous des visages de morts vivants. La victoire, trop chèrement payée, ne les grise pas. Ils sont devenus indifférents à tout ce qui les entoure. Ils devinent que l’ennemi peut revenir en force. C’est ce qui se passe à l’aube du 29 janvier. Les généraux allemands jettent le 136e Gebirgsjagerregiment et les Jagdpanther du 654e Panzerjagerabteilung pour soulager les derniers enragés qui tiennent encore quelques maisons au sud de Jebsheim. Le général Haus Degen, qui commande la 2e Gebirsdivision, a reçu des ordres formels :

« La brèche dans la HKL (Hauptkamflinie, ligne principale de résistance), entre Grussenheim —Jebsheim et le canal compris au nord de Muntzenheim, doit être fermée avec toutes les forces dont le corps dispose, renforcée et défendue. L’ennemi ne doit pas pouvoir franchir cette HKL et pousser en direction de l’est, sous peine de provoquer de graves perturbations dans la conduite d’ensemble du corps. De nouvelles réserves doivent être constituées à l’est de Jebsheim et au sud de Muntzenheim. »

Cet ordre, qui montre bien tout l’intérêt de la prise de Jebsheim pour les Alliés, n’est, en fait, que le prolongement d’un rapport que le Führer en personne a remis au SS Oberstgruppenführer Hausser, qui commande le groupe d’armées Oberrheim :

« Il importe de consolider le front nord de Colmar et de fortifier la ville elle-même, dont la perte aurait une signification bien plus grande que celle d’une autre partie de terrain. »

La ruée allemande se brise sur les défenses alliées à 9 heures. Les paras resserrent leurs rangs à nouveau clairsemés. Les Allemands qui ont tout de même réussi à se réinstaller dans la partie sud de Jebsheim lancent un second coup de boutoir vers 15 heures. Leurs efforts échouent. Ils arrachent quelques nouvelles maisons aux Français et aux Américains, mais sont bientôt forcés de reculer encore. Ils abandonnent cette fois le village tout entier. Jebsheim est en ruine. Un demi-millier de cadavres allemands jonchent les rues éventrées, les jardinets dévastés et les champs alentour. Trois centaines de GI et de paras sont morts. Une longue colonne de plus de mille prisonniers est lentement évacuée. Des explosions brisent le calme si chèrement mérité. Les vaincus ont diaboliquement piégé tout le morne site. Des démineurs du génie assainissent lentement le village. Les chasseurs de Faure les aident en fouillant le sol de leurs baïonnettes. La nuit tombe sur le village mort. La route de Colmar est ouverte. La ville sera bientôt investie. Le 8 février 1945, les troupes alliées défilent devant leurs chefs. Le 1er RCP, qui est tout naturellement de la parade, a perdu l’équivalent de son effectif après trois mois d’une sanglante bataille. Le régiment déplore en effet depuis le 4 octobre 1944, 1.156 hommes hors de combat, morts et blessés confondus !

A lire :

  • Georges FLEURY : Le 1er Régiment de chasseurs parachutistes, tome 1 (1935-1945), Lavauzelle, 1982.
  • Georges FLEURY : Le Para Roger Léguéré : L’Épopée d’un para, des Vosges (1944) à Dien Bien Phu (1954), Grasset, 1982.