vendredi, 24 août 2012

Citation : "La patrie est une réalité sociale concrète", par Julien FREUND

On a beau ironiser sur le concept de patrie et concevoir l'humanité sur le mode anarchique et abstrait comme composée uniquement d'individus isolés aspirant à une seule liberté personnelle, il n'empêche que la patrie est une réalité sociale concrète, introduisant l'homogénéité et le sens de la collaboration entre les hommes.

PATRIA TB.pngElle est même une des sources essentielles du dynamisme collectif, de la stabilité et de la continuité d'une unité politique dans le temps. Sans elle, il n'y a ni puissance ni grandeur ni gloire, mais non plus de solidarité entre ceux qui vivent sur un même territoire. On ne saurait donc dire avec Voltaire, à l'article Patrie de son Dictionnaire philosophique que "souhaiter la grandeur de son pays, c'est souhaiter du mal à ses voisins".

En effet, si le patriotisme est un sentiment normal de l'être humain au même titre que la piété familiale, tout homme raisonnable comprend aisément que l'étranger puisse éprouver le même sentiment. Pas plus que l'on ne saurait conclure de la persistance de crimes passionnels à l'inanité de l'amour, on ne saurait prendre prétexte de certains abus du chauvinisme pour dénigrer le patriotisme. Il est même une forme de la justice morale. C'est avec raison qu'A. Comte a vu dans la patrie la médiation entre la forme la plus immédiate du groupement, la famille et la forme le plus universelle de la collectivité, l'humanité. Elle a pour raison le particularisme qui est inhérent au politique. Dans la mesure où la patrie cesse d'être une réalité vivante, la société se délabre non pas comme le croient les uns au profit de la liberté de l'individu ni non plus comme le croient d'autres à celui de l'humanité ; une collectivité politique qui n'est plus une patrie pour ses membres cesse d'être défendue pour tomber plus ou moins rapidement sous la dépendance d'une autre unité politique.

Là où il n'y a pas de patrie, les mercenaires ou l'étranger deviennent les maîtres. Sans doute devons-nous notre patrie au hasard de la naissance, mais il s'agit d'un hasard qui nous délivre d'autres.

Julien Freund

L'essence du Politique

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lundi, 13 août 2012

Citation : Violence et Politique

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"Il faut considérer comme sans fondement toutes les doctrines qui voient dans l’âge industriel ou économique le successeur pacifique de l’âge militaire, non seulement parce que l’ennemi politique ne se réduit pas au seul ennemi militaire, mais encore parce que la politique pénètre d’inimitié l’économie, la science, la morale et la technique aussi bien que les armées.

Il est fort probable que la violence durera aussi longtemps que l’homme ; elle est de tous les temps, encore qu’elle se montre plus virulente à certaines époques qu’à d’autres, quand l’idéologie lui prépare le terrain. De ce point de vue il est indiscutable que le socialisme révolutionnaire (Blanqui, Marx, Sorel, Lénine) a été, avant le fascisme, le propagateur de la violence dans le monde contemporain. Il est naïf de croire que le progrès de la civilisation pourrait substituer l’ère de la sérénité à celle de la violence. Au contraire, les nouveaux moyens que le progrès met à la disposition de l’homme, celui-ci les utilise non seulement au service de la guerre (nous le constatons tous les jours), mais de toutes les formes de la violence, révolutionnaire, psychologique, etc. Loin de décroître en intensité elle s’adapte sans cesse aux nouvelles conditions. Pour les mêmes raisons on ne saurait parler de peuples doux. Il se trouve seulement qu’à certaines époques de l’histoire la civilisation d’une collectivité parvient à limiter l’usage de la violence."

Julien FREUND

In L'essence du politique

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Citation : "L’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique"

"L’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique. Pour l’Amérique, les enjeux géostratégiques sur le continent eurasien sont énormes. Plus précieuse encore que la relation avec l’archipel japonais, l’Alliance atlantique lui permet d’exercer une influence politique et d’avoir un poids militaire directement sur le continent. Au point où nous en sommes des relations américano-européennes, les nations européennes alliées dépendent des Etats-Unis pour leur sécurité. Si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des Etats-Unis. A l’inverse, si les liens transatlantiques se distendaient, c’en serait fini de la primauté de l’Amérique en Eurasie. Sa maîtrise de l’océan atlantique, sa capacité à pénétrer en profondeur sur le continent se trouveraient alors très limitées. (…) Pour le dire sans détour, l’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses Etats rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires."

Zbigniew BRZEZINSKI

In Le grand échiquier (1997)

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samedi, 26 mai 2012

THEATRUM BELLI : L'esprit de Défense

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samedi, 12 mai 2012

Juan de Mariana : "Que les citoyens cultivent les arts militaires sur terre comme sur mer"...

... Je pense qu'il faut permettre aux habitants des provinces - et même exiger s'ils refusent - d'avoir chacun des chevaux et des armes dans son patrimoine familial.

juan-mariana.jpgIl faut veiller à ce qu'ils pratiquent les arts militaires : que les cavaliers courent à cheval, que les fantassins, comme pour un juste combat, s'exercent au saut, au lancer, à la lutte et à la course ; qu'ils lancent des flèches sur une cible, ou projettent des balles de plomb grâce à un tube de fer et une flamme. A celui qui se distinguera ou sortira victorieux de ces épreuves sera accordé un prix prélevé sur le trésor public : un habit, une pierre précieuse ou un anneau. Que le Prince préfère le secours dû au bon vouloir et au génie des citoyens pour protéger la dignité nationale et conserver la sécurité publique, à celui qu'il pourrait obtenir de l'armée et des soldats mercenaires...

Que soit accordé aux habitants des provinces ce que nos lois permettent et ce que leurs coutumes avaient établi... de sorte que, grâce à des associations mettant leurs forces en commun, ils construisent des ressources privées, des trirèmes et des bâtiments légers ; grâce auxquels ils exerceront la piraterie et feront irruption, féroces et formidables, sur les côtes impies. Etant donné que cela est permis aux ennemis, que l'une et l'autre mer sont tous les ans infestées de pirates qui souvent provoquent la guerre et se constituent du butin à partir de nos biens, pourquoi voudrions-nous que cette faculté soit totalement retirée à nos compatriotes ?

... Que cette liberté soit accordée, sinon à tous les hommes, du moins aux nations et aux provinces d'Espagne, pour que, à leurs frais, elles protègent leur littoral et mettent le cap sur les côtes ennemies. A partir de chacune de ces flottes, quand l'occasion se présentera et que la guerre surviendra, il sera facile de constituer une immense flotte ; grâce à elle les ennemis seront assujettis et la domination de la terre sera évidente. Voilà notre opinion qui a été arrêtée depuis de nombreuses années, puisse-t-elle être d'autant plus adéquate et mériter la reconnaissance qu'elle émane d'une âme sincère ; qu'elle soit reçue avec le meilleur soin pour le service de la patrie.

Juan de Mariana (1536-1624)

Jésuite espagnol qui affirmait l'importance de la force armée garante de la prospérité publique.

In Hispani e societate Iesu, De rege et regis institutione (Livre III, chap. V, p 245-253)

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vendredi, 11 mai 2012

La photo du jour : La citadelle intérieure...en Afghanistan

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On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. 

Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme, surtout s'il possède, en son for intérieur, ces notions sur lesquelles il suffit de se pencher pour acquérir aussitôt une quiétude absolue, et par quiétude, je n'entends rien autre qu'un ordre parfait. Accorde-toi donc sans cesse cette retraite, et renouvelle-toi. Mais qu'il s'y trouve aussi de ces maximes concises et fondamentales qui, dès que tu les auras rencontrées, suffiront à te renfermer en toute ton âme et à te renvoyer, exempt d'amertume, aux occupations vers lesquelles tu retournes. Contre qui, en effet, as-tu de l'amertume ? Contre la méchanceté des hommes ? Reporte-toi à ce jugement que les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres, que se supporter est une partie de la justice, que les hommes pèchent involontairement, que tous ceux qui jusqu'ici se sont brouillés, soupçonnés, haïs, percés de coups de lances, sont allongés, réduits en cendres ! Calme-toi donc enfin.

Mais peut-être as-tu de l'amertume contre le lot que l'ensemble t'assigne ? Rappelle-toi le dilemme : Ou une Providence ou des atomes, et par quels arguments il a été prouvé que l'univers est comme une cité.

Les choses du corps ont-elles alors fait mainmise sur toi ? Considère que la pensée ne se mêle point aux agitations douces ou violentes du souffle vital, une fois qu'elle s'est recouvrée elle-même et qu'elle a reconnu sa propre force ; et enfin rappelle-toi ce que tu as entendu et admis sur la douleur et sur le plaisir.

Mais peut-être sera-ce la gloriole qui te sollicitera ? Jette les yeux sur le très prompt oubli dans lequel tombent toutes choses, sur le gouffre du temps qui, des deux côtés, s'ouvre à l'infini, sur la vanité du retentissement, la versatilité et l'irréflexion de ceux qui paraissent te bénir, l'exiguïté du lieu où la renommée est circonscrite. La terre entière, en effet, n'est qu'un point, et quelle infime parcelle en est habitée ! Et là, combien d'hommes, et quels hommes, auront à te louer !

Il reste donc à te souvenir de la retraite que tu peux trouver dans ce petit champ de ton âme. Et, avant tout, ne te tourmente pas, ne te raidis pas ; mais sois libre et regarde les choses en être viril, en homme, en citoyen, en mortel. Au nombre des plus proches maximes sur lesquelles tu te pencheras, compte ces deux : l'une, que les choses n'atteignent point l'âme, mais qu'elles restent confinées au-dehors, et que les troubles ne naissent que de la seule opinion qu'elle s'en fait. L'autre, que toutes ces choses que tu vois seront, dans la mesure où elles ne le sont pas encore, transformées et ne seront plus. Et de combien de choses les transformations t'ont déjà eu pour témoin ! Songes-y constamment. "Le monde est changement ; la vie, remplacement".

Marc Aurèle (121-180)

Empereur romain et philosophe stoïcien

In Pensées pour moi-même

mardi, 20 mars 2012

La patrie, selon C.F. Ramuz

ramuz.jpg"Sans doute défend-on d'abord une patrie, mais le mot lui-même comporte plusieurs sens ; lequel choisir ? La patrie, c'est d'abord simplement un coin de terre : c'est ma maison, mon champ, mon village, ma famille, les miens, c'est ce que le regard embrasse quand il fait le tour de l'horizon, un certain climat, certaines habitudes que j'ai en commun avec mes voisins, certaines cultures : voilà bien une patrie et qui peut être menacée : alors je la défends contre l'invasion qui ruinerait la terre, incendierait les maisons, coûterait peut-être la vie à ma femme et à mes enfants ; le sens est clair. Et il y a une autre patrie, dont le sens n'est pas moins clair : la patrie historique, la patrie qui résulte d'une langue commune, d'événements vécus en commun à travers les siècles, de tout un ensemble de traditions qu'ont eu en commun les petites patries locales qui sont devenues ainsi une nation. Il faut pousser encore plus loin et, par-delà les croyances particulières et les lois particulières, descendre jusqu'à un principe plus universel encore : un certain sens du sacré, qui est ce que l'Occident a connu de plus précieux."


Charles Ferdinand RAMUZ (1878-1947)

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mercredi, 08 février 2012

Citation : "Les missionnaires armés"

Robespierre.jpg"La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme ennemis."

Robespierre

Premier discours sur la guerre au Club des Jacobins, le 2 janvier 1792.

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mercredi, 10 août 2011

La citation du jour : Général (2s) Vincent DESPORTES

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" Il est clair que l’Otan est une vaste machine à produire des normes, c’est-à-dire dans les faits à adopter puis à imposer la norme américaine.

Or cette norme n’est pas à notre portée ; elle nous épuise, sans prouver d’ailleurs globalement son efficacité dans les conflits dans lesquels nous sommes engagés depuis la fin de la guerre froide. Il me paraît donc tout à fait important de ne pas « rêver américain ». Fondée sur une confiance absolue dans la capacité de la technologie à régler les problèmes humains, la perception américaine repose sur une culture qui nous est étrangère, une conception de la guerre qui n’est pas la nôtre et une vision du monde qui ne correspond pas forcément parfaitement à nos intérêts stratégiques. (…)

L’épuisement budgétaire auquel nous conduit l’imposition de la norme américaine ne serait-il pas une démarche directe de subordination ? Le cas récent de la Libye nous a appris en tout cas que nous, pays majeurs européens, ne sommes plus capables de mener une guerre de manière autonome même très près de nos frontières. C’est saisissant !"

Général (2s) Vincent DESPORTES


Citation tirée du magazine DSI Hors Série n°19 d'août-septembre 2011

vendredi, 27 mai 2011

Citation : Le sabre et l'esprit

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