À partir d’avril 1969, après l’échec des tentatives de réformes libérales du gouvernement O’Neill sapées par l’intransigeance de l’aile dure des Unionistes, les organisations catholiques se sont détournées des solutions politiques classiques jugées vaines. Il a suffi de deux ans pour passer d’une situation de violences sporadiques et inorganisées à une guérilla urbaine, fruit d’une perte de légitimité de la police (La Royal Ulster Constabulary,  RUC) qui n’a d’autre choix que de faire appel à l’armée britannique. Celle-ci s’engage sur son image de discipline, d’impartialité et de capacité à maîtriser la force mais elle est mal préparée au maintien de l’ordre.

Placée en première ligne sur le théâtre nord-irlandais, l’armée britannique va réussir à s’adapter à la radicalisation d’adversaires qui utilisent à partir de 1972 des méthodes terroristes et de guérilla. Elle met en place avec succès une stratégie ad hoc de contre-insurrection (1973-1998) dont certains principes seront repris lors des guerres contre-insurrectionnelles des années 2000. Mais l’absence de clarté et de soutien dans la classe politique va la faire devenir la cible des violences et la faire rentrer dans un conflit de longue haleine que les Britanniques appelleront « the Long War ».

L’effort de l’armée britannique fut très conséquent : pour parvenir à simplement « maintenir la violence à un niveau acceptable » dans une population de 700 000 habitants, il a fallu déployer pendant trente ans un militaire ou un policier pour trois catholiques en âge de se battre, accepter de perdre l’équivalent d’une brigade en tués et blessés et plus encore en « pertes indirectes » (chute du recrutement notamment), voir son image se dégrader et perdre de nombreuses compétences tactiques en matière de guerre de haute-intensité.

L’armée de terre britannique a joué un rôle déterminant pour favoriser l’émergence d’une solution mais ce sont bien les choix politiques qui ont été décisifs pour avancer vers le processus de paix. Au début des années 90, la lassitude des populations et des protagonistes a permis d’initier la recherche de solutions politiques chez tous les protagonistes (amorce de négociations secrètes, internes aux mouvements catholiques d’abord, puis étendues aux loyalistes). C’est aussi l’époque où l’armée opte pour un changement de discours : le conflit nord-irlandais n’est plus traité comme un conflit idéologique mais comme un conflit inter-communautaire, au moment où les nations européennes sont engagées dans des missions d’interposition en ex-Yougoslavie. Dix ans ans de négociations permettent la signature le 10 avril 1998, du Good Friday Agreement approuvé par référendum simultané en Ulster et en Eire et qui ouvre la voie d’une normalisation. En 2005, les effectifs militaires britanniques déployés en Irlande du Nord sont réduits à 5 000 hommes (contre 30 000 au plus fort des troubles). Depuis l’été 2007, l’armée de terre n’a plus aucun rôle en matière de maintien de l’ordre.

Source : CDEF