mercredi, 07 mars 2012

Entre ciel et terre : Le débat air-sol et les défis de l'appui-feu

Les forces de manœuvre ont pour fonction traditionnelle la mobilité et la maîtrise du terrain, là où les forces d’appui (artillerie, aviation) ont pour mission d’appliquer les feux assurant la protection et la liberté d’action des premières. Suite à l’introduction de l’artillerie mobile au XVIIIe siècle, et plus encore avec le développement d’une aviation tactique performante, l’appui-feu a été un facteur tactique crucial lors des grands conflits conventionnels du XXe siècle.

Récemment sorti de la marginalité imposée par l’ère nucléaire, l’appui-feu se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : si, en effet, l’appui aérien (Close Air Support) a pu jouer un rôle décisif dans les opérations en Afghanistan et en Irak, la pratique a démontré que l’artillerie et les mortiers demeurent souvent indispensables. L’avenir de l’appui-feu se jouera ainsi à l’intersection des contraintes budgétaires et des considérations stratégiques : il va donc s’agir pour les armées de définir, entre les différentes composantes de l’appui-feu, des équilibres interarmées qui soient politiquement et financièrement tenables.

Agrégé d’histoire, Elie Tenenbaum est assistant de recherche au sein du LRD. Doctorant en relations internationales à Sciences Po/CERI dans le cadre d’une convention CIFRE-Défense, il travaille actuellement sur la circulation des savoirs et des pratiques contre-insurrectionnelles en Occident sous la direction de Pierre Mélandri et Maurice Vaïsse. Il contribue également au blog Ultima Ratio.

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samedi, 03 mars 2012

Polémologie, irénologie : quelle guerre ?, par François-Bernard HUYGUE

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L'apparition, le succès ou le déclin des "logies" (cette désinence qui signale une discipline ayant un champs spécifique comme psychologie, sociologie, écologie..) obéissent-ils à des lois aussi rigoureuses que l'objet qu'elles étudient ? Pour le domaine qui nous intéresse, la guerre et la paix, nous partons avec un double handicap ou avec double charge : il existe une polémologie et un irénologie depuis plusieurs décennies.


Nous sommes ici censés au mieux les réconcilier, au pire susciter une controverse qui permettra à chaque camp d'afficher ses apories et de cerner les vrais points de désaccord. Or il n'y a guère de camps ou de polémiques : nous voici dans une situation - ni guerre ni paix chez les chercheurs - où personne ne semble désireux d'en découdre. La question des dogmes, méthodes et ambitions de chaque discipline semble presque obsolète tant les participants semblent préoccupés d'autres, à commencer par l'évolution de la guerre.

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samedi, 25 février 2012

L'armée australienne dans la guerre du Vietnam : Quels enseignements pour la contre-insurrection moderne ?

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jeudi, 23 février 2012

Livre : Idées pour une Europe unie, par Olivier Védrine

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Un auteur français, un texte en anglais, le tout publié par une maison d’édition allemande – cela va bien à ces textes, ces différents essais sur l’Europe.

Olivier Védrine enseigne et donne des conférences en France et en Europe, il est membre du réseau des conférenciers de la Commission européenne (TEAM EUROPE), il développe l’idée que l’intégration européenne n’a pas seulement besoin d’administrateurs brillants, mais surtout et d’abord d’idées et de visions, le tout accompagné d’une bonne et juste communication. Comme un vélo tombe quand on arrête de pédaler, l’Europe sera en difficulté si elle n’est pas construite par ses citoyens.

Chacune des visions exposées vaut une discussion. Elles doivent être retravaillées, précisées, élargies. Mais il faut être clair : sans visionnaires pour voir les grands objectifs, nous sommes en manque d’idées de grande politique, et sans eux les objectifs ne peuvent jamais être atteints. Intégrationniste résolu, Olivier Védrine n’appartient pas à ceux qui “bricolent” et font l’éloge de la construction lente, pas à pas, de l’Europe politique. Il appartient plutôt à ceux qui essaient d’enrichir le débat intellectuel avec des prises de positions nettes – certains les trouveront peut-être trop rigoureuses.

Ce livre nous rappelle que le marché unique européen n’aurait jamais démarré si la question avait été posée ainsi : Que faire et avec quelles conséquences ? En regardant les coûts d’une non-Europe, quelques visionnaires se sont demandés : qu’est ce que je ne veux surtout pas voir, afin d’éviter telles ou telles conséquences ? Que l’Europe puisse relever les défis de demain - c’est le souhait de l’auteur - quand il parle de la tolérance entre les religions, du changement climatique, de la Russie, de la Turquie (il y est allé ce qui lui permet d’avoir une position plus équilibrée que bien d’autres auteurs, en France ou en Allemagne), de la nécessaire volonté et mobilisation des citoyens pour permettre l’intégration européenne. 

Hans-Jürgen Zahorka, ancien député du Parlement européen

Cliquer ICI pour télécharger l'ouvrage disponible en format e-book

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mercredi, 22 février 2012

Au-delà des bombes alphabétiques : week-end en utopie (RDN)

mercredi, 15 février 2012

Afghanistan - Pakistan, demain, la guerre !

Grâce à l'aide internationale, un Etat afghan plus puissant émerge et devient, dès lors, capable de développer ses propres stratégies de puissance. Influencé par ses élites militaires, il entend se doter d'une armée à même de contrecarrer l'influence pakistanaise sur ses marches orientales. La coalition internationale qui le soutient se doit d'étudier sans naïveté ses ambitions régionales. 

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Sommes-nous en train d'armer les Afghans contre le Pakistan ?

Si vous demandez à un officier afghan quel est son ennemi, il vous répondra sans ambages… "Le Pakistan". Cette réponse surprenante pour nous occidentaux, m'a été souvent rapportée lors de mon récent déploiement en Afghanistan au sein de la mission de formation de l'OTAN, NTMA. Ne pouvait-on s'attendre à ce que le rebelle taliban figure en pole position ? Après six mois passés au milieu des élites militaires afghanes, cette réponse ne surprend plus. Elle traduit leur perception de leur environnement géopolitique et le rôle régional qu'elles veulent pour cet Afghanistan renforcé par l'action internationale.

Engagée depuis 2001 dans l'équipement, la formation et le soutien de l'armée afghane, la coalition occidentale ne se leurre-t-elle pas sur ses réelles ambitions stratégiques ? Ne risque-t-elle pas de se retrouver piégée en modifiant le fragile équilibre régional dans cette zone d'influence partagée entre l'Inde et le Pakistan ? Comment le soutien de la France dans le domaine de la formation sera-t-il jugé par l'Histoire si demain éclate au grand jour le conflit larvé, et largement passé sous silence, que se livrent l'Afghanistan et le Pakistan ? Fidèles à la devise de la coalition en Afghanistan, l'ISAF, "Shona ba Shona", coude à coude avec les Afghans, certes mais vers où, vers quoi ? Grâce à l'aide de l'ISAF, un Afghanistan plus puissant émerge et devient, dès lors, capable de déployer ses propres stratégies de puissance. Influencé par ses élites militaires, il entend se doter d'une armée capable de contrecarrer l'influence pakistanaise sur ses marches orientales. La coalition internationale qui le soutient se doit d'étudier sans naïveté ses ambitions régionales. Levons donc le voile sur les tensions autour de la ligne Durand avant de livrer quelques éclairages sur les ambitions afghanes et de s'interroger sur le risque de compromission pour la coalition occidentale.

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Opinions : Que sera 2012 ? L’année des "pièges et des surprises stratégiques"

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Un des nombreux Dr Folamour de la finance mondiale ?

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dimanche, 12 février 2012

France : Document préparatoire à l’actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2012

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vendredi, 10 février 2012

Sécurité globale : fondamentaux pour aujourd'hui et pour demain, par le criminologue Xavier RAUFER

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dimanche, 05 février 2012

RDN : La politique de défense de la Pologne à travers ses alliances

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samedi, 04 février 2012

Montego Bay : 30 ans après

vendredi, 03 février 2012

Y a t'il une pensée navale arabe ?, par André Nied

"Arabe" doit être admis comme "non chrétien", car la pensée qui sera étudiée est la manifestation des choix "stratégiques" de chefs barbaresques, ottomans, abbassides, mongols, safavides, yéménites et… arabes (1).

Par ailleurs, la notion de "mer", liée au mot "naval", concerne ici deux espaces : d’une part, la Méditerranée, et, d’autre part, le nord-ouest de l’océan Indien auquel on rattachera la mer Rouge. Bien que nettement séparés par la géographie (au moins jusqu’au XIXe siècle), ces deux espaces connaîtront des "contacts stratégiques". Il faut songer, par exemple, aux charpentiers vénitiens venus construire, sur les bords de la mer Rouge, les navires ottomans qui seront battus en 1551 par les Portugais le long de la côte ouest des Indes. Mais ces "contacts" seront occasionnels et, en fait, c’est bien dans chacun de ces deux espaces qu’il faudra rechercher quelle pensée navale a pu véritablement exister.

Une autre remarque préliminaire s’impose, à propos des références à la base de cette étude. Les chroniques arabes donnent peu d’informations sur l’histoire maritime. Les célèbres livres des "Instructions pour la pratique de la mer" sont surtout des récits d’expériences personnelles. Il semble que ce que l’on sait de cette histoire corresponde d’abord à une lecture "occidentale" de ces chroniques. On en trouve une preuve dans l’encyclopédie maritime attribuée à Peri Reis, amiral turc, décapité en 1554 au Caire pour s’être fait prendre par les Portugais 28 des 30 bateaux dont il s’était emparé dans l’océan Indien. On peut se demander s’il a vraiment eu le temps de rédiger, de dessiner, toute l’œuvre que les Occidentaux lui attribuent. En effet, il avait 40 ans quand il a été exécuté (2). Disons donc que, par delà les traductions classiques des grands arabisants et les textes des turcophiles modernes, les recherches luso-éthiopiennes ou les documents maritimes génois, notre étude se raccrochera surtout à ce que les "Arabes" ont pu écrire sur leur approche des problèmes de la mer (3).

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jeudi, 02 février 2012

Résurgence de la menace et défis capacitaires

En évoquant ouvertement la possibilité d’une guerre en Europe dans les dix prochaines années, le ministre des finances de la Pologne a suscité, le 14 septembre dernier, un émoi certain (1). Pourtant, il n’est pas le premier haut responsable à évoquer cette éventualité.

Félin3.jpgDès 1995, Philippe Delmas alertait : "Pourquoi la guerre qui nous fut quotidienne nous serait soudain étrangère ? Parce que 10% de l’humanité l’ont évitée chez eux pendant deux générations ? La belle affaire." (2) et en 2003, le colonel Guy Hubin affirmait déjà que "La disparition de la menace majeure a un caractère éminemment conjoncturel, sa résurgence peut être presque aussi rapide que son effacement (3)."  Ultérieurement, le chef d’état-major des armées rappelait lui-même que "la possibilité d’une guerre ne doit jamais être écartée" (4). Face à cette possibilité, la réflexion sur les capacités militaires françaises est d’autant plus primordiale qu’elle induit des conséquences fortes sur l’indépendance nationale.

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mercredi, 01 février 2012

AETOS : Passerelle de réflexion entre aviateurs et décideurs

Cliquer sur les images pour accéder directement au texte.

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mardi, 24 janvier 2012

THEATRUM BELLI in English: "Bei-rout in Lebanon", by Michel GOYA

Thirty years ago France faced its biggest military defeat after the end of the Algerian War. Within 18 months, between the 24th of September 1982 and the 31st of May 1984, we lost 92 soldiers, killed, and several hundreds more, physically or psychologically wounded, all this in a 15-square-mile large urban area, and before withdrawing poorly. We were assigned to giving support to the Lebanese army in protecting the civilians inside and around Beirut. In March 1984 that army did not even exist anymore. 

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This defeat is all the more puzzling as, until then, the intervention model “made in France”, from the Bizerte Crisis in 1963 to Operation Tacaud in Tchad and Operation Bonite in Kolwezi in 1978, was saluted all around the world for its efficiency. This French-style system was based on a quick political and tactical chain of command, for it was nationally and presidentially endorsed; a good capacity of power projection thanks to units on the alert or prepositioned, and means of transportation and support; clear choices, notably by nominating a temporary enemy, and, finally, a calculated risk-taking and thus a best-estimate of casualties. Interventions used to be quick and to help put out the fire at the earliest with few means and prevent from stalemate. Casualties were effective but, as it gave results, they were globally acceptable. 

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lundi, 23 janvier 2012

"Destination danger politique", par Michel GOYA

La Ve République offre au Président une grande liberté quant à l’emploi des forces armées. Cela évite d’avoir à "façonner" préalablement l’opinion publique et permet un engagement rapide susceptible de traiter la crise au plus tôt.

De Gaulle.jpgCet avantage opérationnel se paye d’une stérilisation du débat stratégique, les représentants de la nation n’étant guère incités à s’intéresser à des questions sur lesquelles ils n’ont pas de prise et, par ailleurs, de moins en moins de connaissances. Le Président de la République se trouve donc en première ligne pour assumer les effets politiques de des décisions d’engagements militaires dont la particularité est d’être, "normalement", dialectiques, c’est-à-dire qu’elles s’exercent face à des ennemis qui vont s’efforcer de les contrer et de les enrayer. Un "coup" ennemi peut survenir à tout moment, qui, s’il n’est pas compensé par un succès ou un espoir de succès de l’opération dans son ensemble (voir "Le mythe de l’aversion publique aux pertes"), touche aussi politiquement le chef des armées.

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dimanche, 22 janvier 2012

IRSEM : Les opérations d’influence britanniques de l’Empire à l’Afghanistan

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samedi, 21 janvier 2012

Livre : "L'impasse afghane", de Gérard Chaliand

Il est très difficile de rétablir une situation lorsque celle-ci a été mal engagée. En Afghanistan, le changement arrive avec quelque 7 années de retard – dont les 3 ou 4 dernières ont très largement profité l’adversaire. Un changement de stratégie, dans une situation largement détériorée, implique 3 facteurs :

- Du  temps,

- Des troupes en quantité suffisante,

- Un gouvernement perçu comme globalement légitime.

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Aucun de ces facteurs, et le dernier par-dessus tout, n’est réuni en Afghanistan où il faut aussi insister sur un aspect essentiel : cette guerre est surtout menée par des étrangers, c’est-à-dire des gens qui ne parlent la langue ni ne connaissent la culture locale et à l’égard desquels s’est progressivement formé un rejet, au moins dans les régions les plus disputées.

Comment, dans ces conditions, prétendre gagner "les esprits et les cœurs" ? Peut-être, à condition d’apporter des changements palpables, pourrait-on gagner les estomacs ? Combien de temps des armées étrangères peuvent-elles prétendre lutter pour la liberté d’un peuple ?

(...) Dans cette entreprise entamée tardivement, avec le handicap des erreurs passées auprès de populations qui vous perçoivent pour ce que vous êtes, c’est-à-dire des étrangers, reprendre l’initiative consiste à sortir des bases, à occuper le terrain après l’avoir disputé à l’adversaire et à assurer à la population concernée sécurité et amélioration de leurs conditions de vie.

Exercice difficile.

"Tout mouvement de troupe en avant doit avoir pour sanction l’occupation effective du terrain conquis. Ce principe est absolu", écrivait Gallieni (le 22 mai 1898) qui est l’initiateur de la technique de la tache d’huile (rebaptisée par les Américains ink blot).

Ce principe n’a pas été appliqué en Afghanistan durant la période 2001-2009. Par manque d’hommes. Par absence de volonté. Par désintérêt.

Gérard CHALIAND

In L'impasse afghane

Editions de l'aube, avril 2011, 12 euros

mercredi, 11 janvier 2012

Internet : catalyseur d’un nouveau paradigme économique, générationnel et géopolitique, par Yannick HARREL

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lundi, 02 janvier 2012

Tribune libre : Le philosophe, le voyou et le légionnaire ; par Michel LHOMME (Professeur de philosophie)

L’idée de ce texte m’est venue après la participation des élèves de St-Martin à l’opération "Nuntius Belli". En cette fin de décembre 2011, de nombreux faits divers autour de Marseille, ont annoncé la mort de jeunes français entre 16 et 25 ans, au pied de barres d’immeubles, dans une succession de règlements de compte. Le 29 décembre mourraient au combat, loin du sol de France, deux légionnaires du 2e REG. Un parallèle risqué est-il possible ?

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"Le guerrier est grand non parce qu’il tue, mais parce qu’il meurt. Ou parce qu’il sait qu’il va mourir et y consent, et que ce n’est pas si simple que cela, d’accepter de mourir".                                                                   

Charles Péguy.

 

Pour trop d’éducateurs formatés, il y aurait une incompatibilité entre l’institution militaire et l’enseignement philosophique et l’image commune de l’enseignant de philosophie demeurerait celle d’un libertaire crasseux ou d’un anarchiste névrosé, réprouvant l’ordre et la discipline et enseignant à ses élèves la révolte et l’insoumission. Pourquoi ?

La philosophie en appelle à la pensée et comme aimait à le répéter le vieux radical Alain, "penser, c’est dire non". On imagine le philosophe nihiliste, ami des délinquants et copain des voyous. Disons-le de suite, au risque de déplaire, il y a un peu de vrai dans l’image. Le premier acte mythique d’Apollon, dieu de la parole, fut de cracher dans la bouche de son premier devin. L’attitude philosophique consiste à s’arrêter en face de faits qui vont apparemment de soi et à les remettre en question. Remettre tout en question, ce n’est pas, on le comprendra aisément, la tasse de thé des officiers, fussent-ils anglais, comme des policiers ! Le nouvel enseignant de philosophie qui débarque dans un lycée militaire, semble demeurer une source d’inquiétude pour son proviseur. Pourtant, on imagine mal s’en prendre dans les lycées à la philosophie alors que tout à l’extérieur conspire à anéantir l’esprit critique des étudiants. La philosophie risque même d’être, dans le désarroi général des pédagogies de la compétence, des psychologies de la résilience, et des accompagnements personnalisés, le seul espace, l’unique espoir de stimuler le désir d’en savoir plus, par l’aiguillon de la parole et le retour sur soi, une primitive méditation qui ferait découvrir, au seuil de chaque classe franchie, l’émerveillement de l’intellect et la stupéfaction de la connaissance. Une fois sorti de la tourmente de l’interrogation et du refus, le regard du jeune sceptique s’illumine en comprenant que toute l’éducation ne vise qu’à bien savoir conduire sa vie, à faire percevoir ce que nous sommes destinés à devenir, à combattre.

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