samedi, 03 novembre 2012

Armée française : La ruine en héritage ?, par Georges-Henri BRICET des VALLONS


Clin d'oeil > Scandale LOUVOIS : La société Steria qualifie le contrat avec le ministère de la défense comme une "success story" (SIC...). Il est vrai : "communiquer ; c'est un métier"...

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Commentaires

Je lis cet article sur recommandation d'un pousseur de pions...

On y sent toute la frustration de l'armée...

Mais nombre sont les passages ridicules, qui font perdre toute crédibilité à l'auteur. Par exemple, penser que Steria a fait exprès de livrer un logiciel plein de bugs - on entend une théorie du complot... - montre d'abord que l'auteur n'a strictement aucune idée de la façon dont travaille une SSII ou "les grandes entreprises de conseil".

L'Etat a un délai de paiement de ses sous-traitants de 9 à 18 mois? La belle affaire, comme si c'était nouveau... Comme si c'était spécifique aux fournisseurs de la Défense (allez donc parler à ceux de la Santé...). La réalité est que ces sous-traitants connaissent maintenant le problème et s'y sont adaptés - ou sont morts depuis longtemps.

C'est dommage, car il faut un certain aplomb à un militaire pour souligner qu'une action utile serait de dégraisser "le haut de la pyramide", cad de demander à environ la moitié des généraux et colonels d'aller se recycler dans le civil.

Surtout, on a la sensation que l'auteur est complètement myope, et ne se fixe que sur les soucis quotidiens sans se demander quelle serait la force armée adaptée à la France, à la fois vu le contexte géostratégique ET les moyens humains et financiers disponibles, et comment y parvenir.

Écrit par : le lecteur | samedi, 03 novembre 2012

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@Un lecteur

Avant de vous poser en donneur de leçon et de jeter du « ridicule » à tout va, je vous invite à vous faire une culture et à formuler une contre-analyse, ça vous évitera de le paraître à votre tour. Votre morgue disqualifie malheureusement votre critique qui aurait pu peut-être toucher juste à condition de viser un minimum d’objectivité. Plusieurs remarques donc :


1/ Concernant Steria, vous aurez noté, si vous avez lu sans biais (ce qui n’est pas le cas), que je forme une « hypothèse ». Considérer comme suspects les 75 bugs recensés par le ministère dans le code-source de Louvois m’apparaît de pure logique. Cela dit je ne sous-entends évidemment pas que Steria a sciemment livré un progiciel « merdique » (vous excuserez la vulgarité mais le mot est presque euphémisant par rapport à la situation ubuesque dans laquelle se trouve la gestion des soldes) et planifié le suicide de son contrat. Je forme simplement l’hypothèse qu’un certain nombre de ratés a pu être organisé dans le cadre de la mise en œuvre du logiciel par les services RH de l’Etat. Ca s’appelle communément « organiser la dépendance » et ça deux avantages : premièrement de gonfler les équipes d’appui de Steria auprès du ministère, et, une fois le contrat tronc expiré et le raccordement de Louvois à Concerto effectué, de générer des contrats de maintenance sur la durée. Vous n’avez visiblement jamais assisté à une réunion de stratégie au sein d’un grand groupe (je n’ai pas lancé cette hypothèse à la volée par pur hasard). Par ailleurs, le problème Louvois n’est qu’une goutte d’eau par rapport aux ratés engendrés par le système de paiement interministériel Chorus (acheté par la DF de Bercy) dont les arriérés se chiffrent en plusieurs milliards (6 milliards en juillet 2010 et la situation ne s’est pas améliorée depuis) et qui a effectivement entraîné la mort de plusieurs PME qui avaient rempli leur contrat et qui ne méritaient pas d’étouffer sous les dettes. Tout cela invite-t-il à applaudir des deux mains l’offre qualité des grandes entités SSII comme vous le faites ? La réponse est pour ma part négative. Tous ces progiciels SAP fonctionnent avec une marge d’erreur qui n’est pas soutenable. A tout prendre la préméditation liée à l’instauration d’une stratégie de dépendance serait moins criminelle en la matière que l’incompétence crasse dont l’état du logiciel et son code-source vicié témoignent. Maintenant, les responsabilités sont bien partagées entre le prestataire privé et l’administration du ministère. Le rôle du CGA dans ce fiasco a sans doute été déterminant (lire l’audition du SGA Jean-Paul Bodin qui a reconnu avoir forcé le basculement unilatéral des CTAC, qui fonctionnaient de manière fluide, vers Louvois en connaissance des bugs avérés, justement sous la pression de la rationalisation et dans la seule optique de court-terme de sabrer un maximum de postes). De même nombre de ratés s’expliquent par l’empilement des réformes non digérées et, au niveau de l’enregistrement comptable, par la multiplication des strates administratives des BdD.


2/ Concernant les délais de paiement de l’Etat, vous semblez les présenter, avec un mépris tel que vous vous auto-discréditez, comme parfaitement naturels : « La réalité est que ces sous-traitants connaissent maintenant le problème et s'y sont adaptés - ou sont morts depuis longtemps. » Ce propos n’a strictement aucun sens. Peut-être jouissez-vous d’une rente de situation confortable dans une grande entreprise avec un CA de plusieurs milliards et les fonds de roulement associés, mais vous n’avez vraisemblablement aucune expérience du fonctionnement financier d’une PME. S’adapter à de tels délais de paiement pour une PME signifie « emprunter ». Je ne vous apprendrai pas qu’avec la crise, les banques sont moins enclines à prêter et les dépôts de bilan ont tendance à se multiplier puisque ces délais sont insoutenables. Que L’Etat soit mauvais payeur est un fait, mais certainement pas un prétexte pour le justifier en qu’état de nature et considérer que la mise à mort d’entreprises qui ont honoré leur contrat coule de source. Raisonnement moralement douteux. Vous vous faites par là complice de la ruine de notre tissu de PME. Si on suit votre logique, pourquoi n’enjoignez-vous pas nos militaires de « s’adapter » aux non-versements de leurs soldes ou à « mourir » ? Ne plus payer du tout est un mode de rationalisation radical et rentable mais juridiquement et éthiquement périlleux.

3/ Enfin : « On a la sensation que l'auteur est complètement myope, et ne se fixe que sur les soucis quotidiens sans se demander quelle serait la force armée adaptée à la France »

Votre optimisme vous honore. Vous avez incontestablement l’art d’inverser le sens d’une analyse. Je n’annonce pas l’apocalypse mais un désastre matériel et humain à court et moyen terme. La France compte suffisamment d’effondrements du à une absence de stratégie et à une démission du politique dans son histoire pour qu’on alerte énergiquement de la situation. Quelle sera donc la « force armée adaptée » ? Je conviens qu’une armée de terre à 60 000 hommes sera toujours une armée, même à 30 000 ou à 10 000 elle le serait encore mais que pèsera-t-elle en termes de « puissance » ? Peau de chagrin. Je m’élève entièrement contre les assertions du général Yché selon lequel nous pourrions faire l’économie d’une armée de terre forte. La force terrestre est la maîtresse des batailles et la seule à même de forcer la décision stratégique. Sans armée de terre dimensionnée, sans déploiement conséquent au sol, pas de salut dans la guerre (je vous parle de la guerre terrestre, la vraie, pas de l’AirLand Battle). De même pour contrôler un territoire et la population associée, il faut de la ressource humaine en nombre suffisant. Mais peut-être n’avez-vous pas suivi le débat stratégique de ces dix dernières années. Certes même avec un format aussi réduit, nous serons, peut-être, capables de démettre un régime adverse faible comme nous l’avons fait avec Kadhafi, et encore, mais en revanche nous serons incapables de nous impliquer dans des Opex en restant crédibles ou de gérer les suites de la phase offensive, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus crucial. Nous aurons en revanche une « armée de poche » (cf. rapport de la commission de Défense du Sénat) parfaitement dimensionnée pour servir de contingent d’appoint aux opérations menées sous drapeau américain. Les Etats-Unis seront trop heureux de se décharger sur nous des tâches subsidiaires et de la tactique de détail (comme ils l’ont fait d’ailleurs en Afghanistan). Nous aurons donc une armée « tactique » mais incapable de s’imposer stratégiquement. Je souhaite bonne chance aux pilotes de nos ERC et de nos VAB hors d’âge, blindés avec des feuilles d’aluminium transformées dans des usines chinoises, sur les champs de bataille de 2025. La modernisation du parc de l’AT est une absolue nécessité et les volumes de financement fixés par la LPM doivent être maintenus. Si nous passons sous la ligne de flottaison, les ruptures capacitaires seront telles que nous ne pourrons pas les rattraper. Le CEMA annonce une « rupture irréversible », le CEMM une « rupture franche », le Sénat parle lui d’« armée Potemkine ». Sont-ils eux aussi frappés de « myopie » ? Lisez leur audition devant la commission de Défense de l’Assemblée nationale. En comparaison, mon article est incroyablement sage et tempéré. Etant donné l’absence de toute stratégie industrielle dans notre pays depuis trente ans, notre dépendance matérielle à l’égard de puissances étrangères sera telle que nous serons définitivement vassalisés. Oui j’annonce un déclassement brutal de notre puissance militaire. Si nous persistons sur cette pente fatale nous passerons du 5e budget de défense mondial au 25e en dix ans avec le PIB associé. Les dépenses de Défense peuvent pourtant constituer un redoutable moteur de croissance économique en temps de crise : la Pologne et la Russie, qui multiplient leur budget, ne s’y sont pas trompées. Une lecture objective des dossiers incite à un tel constat qui n’est pas de pure prospective mais qui se contente de faire pièce à la réalité immédiate de l’état de nos forces. Nous attendons votre plan de marche pour sortir de l’ornière.

Par ailleurs mon ambition n’est pas de forcer par centaines colonels et généraux à la retraite, mais de susciter une prise de conscience. En matière de dépyramidage, le gel des avancements est une demi-mesure, très brutale tout de même, qui aura les mêmes effets qu’une loi de dégagement puisque nombre d’officiers supérieurs quitteront l’institution faute de perspectives. Si le politique veut dépyramider, qu’il aille donc à l’essentiel. Nos structures de commandement sont de manière évidente atteintes de macrocéphalie et ça n’est pas une situation saine pour nos armées.

En dernier ressort, je vous invite à vous nommer pour que nous sachions « d’où » vous parlez. Votre prose sera idéologiquement plus lisible.

Cordialement,

Écrit par : GH BdV | dimanche, 04 novembre 2012

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Merci pour cet article. Ce qui y est décrit semble confirmer ce qui est implicitement ou explicitement dit sur l'état de la Défense française sous un aspect ou un autre dans la presse spécialisée. C'est d'ailleurs on ne peut plus inquiétant. Mais cela ne semble pas l'être pour les décideurs et politiques de notre pays. Ce qui est encore plus alarmant.

Écrit par : Autre Lecteur | lundi, 05 novembre 2012

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Merci pour votre étude circonstanciée et détaillée
Merci de remettre dans les rangs les pratiquants du camouflage et leurs commentaires anonymes.

Écrit par : Albet Jean Pierre | mercredi, 14 novembre 2012

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Bon article, entre-temps publié en "version longue" dans l'excellent DSI hors-série consacré à l'armée de Terre et aux réformes possibles.

Écrit par : Azur25 | vendredi, 01 février 2013

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