mercredi, 17 août 2011
Les guerres américaines ont creusé le déficit déjà abyssal des Etats-Unis
Afghanistan, octobre 2001, puis Irak, mars 2003 : au nom de la guerre contre le terrorisme, le président George W. Bush lançait l’armée américaine sur deux théâtres d’opérations où elle allait rester durablement, gonflant considérablement le budget du Pentagone.

En quelques années, la part du ministère de la Défense dans les dépenses fédérales est passée de 16% à 20%. Les missions coûteuses que M. Bush lui a assignées ont été prolongées par son successeur, Barack Obama.
Il n’y a pas eu que l’Afghanistan et l’Irak. La menace terroriste a permis au Pentagone de maintenir des programmes de sécurité hérités de la Guerre froide et d’en lancer une multitude d’autres avec des résultats plus ou moins visibles.
"Les budgets proposés par l’Exécutif ont été très élevés, et le Congrès y a souvent fait des ajouts", rappelle à l’AFP William Hartung, spécialiste de la défense à la New America Foundation.
Guerres sans financement et baisses d’impôts : sous M. Bush, ce cocktail a alourdi la dette publique avant même que les mesures mises en oeuvre après 2007 pour lutter contre la crise économique et financière et pour relancer l’activité ne viennent aggraver encore la situation budgétaire.
Dans une vidéo diffusée en mars 2004, le chef d’Al-Qaïda avait indiqué qu’il appliquait vis-à-vis des Etats-Unis les mêmes méthodes que celles des moudjahidines - alors financés par Washington - contre les Soviétiques pendant la guerre d’Afghanistan.
"Nous poursuivons cette stratégie en saignant l’Amérique jusqu’au point où elle se retrouvera en faillite", déclarait-il.
A court terme, le seul coût de l’attentat contre les tours jumelles à New York s’est élevé à environ 100 milliards de dollars, selon l’Institute for the Analysis of Global Security, qui a compilé emplois perdus, recettes fiscales évaporées, destructions, déblaiement, nettoyage...
Selon ce centre, le coût de la reconstruction sur les lieux du World Trade Center est estimé entre 3 et 4,5 milliards de dollars, et la réparation des dégâts infligés au bâtiment du Pentagone a coûté 1 milliard.
Pour les Etats-Unis, le coût financier de la riposte aux attentats a été cependant beaucoup élevé que celui des attaques elles-mêmes.
L’institut de recherches sur les relations internationales de la Brown University situe le coût des guerres en Irak et Afghanistan entre 3.200 et 4.000 milliards de dollars pour l’Etat fédéral.
Cela représente entre 40 et 49% de l’augmentation de la dette publique, passée d’environ 6.800 milliards de dollars, le 11 septembre 2001 à plus de 14.000 milliards aujourd’hui.
Un économiste, Ryan Edwards, a estimé dans une étude publiée en juin que sans guerres, le ratio de la dette publique rapporté au produit intérieur brut serait de 9 ou 10 points plus bas qu’aujourd’hui, où il avoisine 100%.
"Les dépenses de guerre sont des mesures de relance dans une certaine mesure, mais quand elles sont financées par les déficits et l’emprunt, les avantages ne semblent pas valoir les coûts", concluait-il.
Les économistes Linda Bilmes et Joseph Stiglitz vont plus loin en affirmant que la panique financière de 2008 dans la foulée de la crise des crédits immobiliers à risque américains a été "due en partie au moins, à la guerre".
Dans un article publié en 2010, tous deux estiment que la guerre et ses conséquences, notamment la hausse des prix du pétrole, ont drainé hors des Etats-Unis des sommes colossales qui auraient pu y être dépensées pour soutenir un développement harmonieux du pays, notamment par le biais de l’éducation.
Au lieu de cela, "la somme d’argent dépensée pour acheter des armes a connu une hausse énorme depuis dix ans. Il est vrai que l’industrie en a profité", souligne Loren Thompson, directeur général du cabinet de consultants aux industriels de la défense Sources Associates.
Pas le budget de l’Etat fédéral. Proche de l’équilibre au moment des attaques d’Al-Qaïda, il est aujourd’hui durablement dans le rouge.
Le paradoxe veut que le plus haut gradé de l’armée américaine, l’amiral Michael Mullen, ait qualifié la dette publique de "plus importante menace à [la] sécurité nationale".
"La guerre en Irak, qui n’a rien eu à voir avec le terrorisme, a coûté un prix énorme pour se débarrasser d’un dictateur. Et alors que par le passé les Etats-Unis ont financé les guerres en partie par des hausses d’impôt, celle-là a été lancée en même temps que des baisses d’impôt", relève M. Hartung.
Source du texte : LA TRIBUNE DE GENEVE
Écrit par SG (Webmaster) dans > Afghanistan, > Économie, > États-Unis, > Irak, GUERRES (Typologies) | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |
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Commentaires
Écrit par : ralf | mercredi, 17 août 2011
Répondre à ce commentaire@ ralf. Selon moi votre raisonnement était tenable le surlendemain de la chute du mur, le lendemain de la fin de l'URSS. Le Monde, table rase, s'offrait alors à l'hégémonie, bienveillante ou pas, des Etats-unis d'amérique, qui se sont empressés dès 1991 d'aller faire leur guerre en Irak en profitant de la disparition de l'ennemi "russe". Evidemment avec l'onction onusienne.
Mais pendant que l'URSS agonisait, les américains ont vu se retourner contre eux leurs alliés afghans, qu'ils avaient aidés à tuer l'Ours et qui se cherchaient un autre Satan à brûler. Les Etats-unis se sont alors trouvés pris au piège d'une guerre impréparée sinon imprévue, ils y ont investi beaucoup trop de leur énergie et de leurs dollars, finançant la nouvelle guerre mondiale par l'accroissement de leur dette.
Or pendant qu'ils combattaient le "terrorisme" les américains ne se sont plus guère occupé du reste du Monde, et le reste du Monde est alors sorti de l'après URSS, il est devenu comme on dit "multi-polaire". L'hégémonie américaine devenait dès lors impossible à réaliser, d'autant moins que les états montés en puissance, économique puis militaire, ces états alimentaient et alimentent la dette américaine et donc payent leurs guerres. Ces états ne font pas que relever la tête, ils commencent à tenir tête aux architectes américains du libéralisme américain.
L'hégémonie US est finie, les américains ne récolteront pas les bénéfices de leurs guerres, mais ça, ils sont peu à le comprendre et encore moins à essayer de le comprendre. Il y a bien un sursaut US en ce moment. Pendant que les "états clients", au sens romain, font la guéguerre ici ou là dans la continuité des leurs et par délégation aveuglément dévouée, les américains tentent de reconstruire une zone de crise en Asie, en Mer de Chine notamment, contre leur pire ennemi et meilleur financier, la Chine. Ils sont entrain de mener une guerre contre ceux qui financent leur dette. Les USA sont tenus par la barbichette de l'Uncle Sam, leur dieu de papier vert, le billet sur lequel ils osent imprimer "in God we trust" n'est plus américain, il est chinois, russe, saoudien, il est tenu par les détenteurs de la dette non pas abyssale mais simplement tombale.
Quand pour recruter une armée on propose aux jeunes de s'engager pour payer les études que le coût des guerres empêche de financer, quand une armée fait la guerre financée par la dette tenue par ses ennemis, actuels ou futurs, alors cette armée n'est pas "prête", elle est à l'agonie.
Et dangereuse, puisqu'il ne reste à cette armée comme avenir qu'à aller conquérir les moyens de son financement, il s'agit alors d'une armée impériale, colonialiste, nombriliste et autarcique, vampire de son propre peuple, une hydre qui peut un jour franchir un quelconque Rubicon ou Potomac.
Là est le danger, dès 2012-13, qu'un président US pour payer les guerres en fasse de nouvelles, encore et encore. Une seule solution, anesthésier le monstre en lui faisant cracher sa dette, et tout de suite. C'est ce qui est entrain d'advenir, on tente d'arrêter économiquement l'emballement militaro-industriel américain.
Écrit par : Myshl Mabelle | mercredi, 17 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Zener | mercredi, 17 août 2011
Répondre à ce commentaireSurtout que les dividendes de la guerre ne sont pas au rendez-vous. L'armée américaine pense t-elle être to big to fail ? L'orientation doctrinal vers la privatisation et la technologisation lui a coûté très cher pour aucun résultat à court et moyen terme. Nous verrons sur le long si leur choix était pertinent.
Écrit par : Fyd | jeudi, 18 août 2011
Répondre à ce commentaireBah oui, malheureusement, et alors ? C'est sur les donnée brutes et non les comparaisons dans ce style qu'il faut se baser. C'est absurde de raisonner ainsi. Prolongeons: L'attentat de Sarajevo (et donc l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand), élément déclencheur de la première guerre mondiale, a été largement surpassé par le coût de la WWI. Le coût de l'attaque par surprise de Pearl Harbor qui a précipité les USA dans la WWII est moindre que le coût financier de la guerre pour les Etats-Unis, etc.
Écrit par : Acta Non Verba | vendredi, 19 août 2011
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