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USS Liberty, 8 juin 1967 : les israéliens attaquent délibérément, dans les eaux internationales, un navire d'écoute électronique américain

Le 8 juin 1967, en début de matinée, le navire d'écoute électronique américain USS Liberty navigue à proximité d'El-Arish à une vitesse de 5 nœuds, sans escorte. La visibilité est excellente et le bâtiment arbore ouvertement le pavillon américain.

En mai, compte tenu de l'aggravation de la situation au Proche-Orient [Guerre des Six jours], ce navire espion a reçu l'ordre de quitter sa base de Norfolk, en Virginie, pour rallier le port espagnol de la Rota. Arrivé sur place le 1er juin, il appareille le lendemain pour rejoindre une position d'attente en Méditerranée orientale, au sud de la Crête, à distance de sécurité prévisible de la zone prévisible des combats. La National Security Agency(NSA) et le service de renseignement de l'US Navy souhaitent en effet suivre précisément le déroulement des opérations dans cette zone.

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Dans la matinée du 8 juin, le Liberty est survolé à 7 reprises par des avions de reconnaissance israéliens. Ceux-ci suivent manifestement sa progression depuis au moins 24 heures. Parallèlement, les marins américains notent la présence d'un fort brouillage électromagnétique affectant leurs communications. A 14 heures, ils aperçoivent 4 avions de chasse israéliens qui se dirigent vers eux à très basse altitude. Les Mirage IIICJ effectuent un unique survol de reconnaissance, avant de passer immédiatement à l'attaque, sans préavis. Ils sont rapidement rejoints par une paire de Super Mystère B2 qui mitraille elle aussi le navire américain. Pendant plus de 20 minutes, les chasseurs bombardiers israéliens s'acharnent contre le Liberty épuisant leurs obus de 30 mm, tirant leurs roquettes et larguant leurs bombes au napalm. Plusieurs incendies éclatent en divers endroits du bâtiment. Ni les moteurs, ni la coque ne sont cependant atteints et le navire continue à avancer. Son commandant, William MacGonagle, tente d'entrer en contact avec l'état-major de la Vie flotte américaine, sans toutefois y parvenir. Ses communications sont brouillées par les israéliens.

A 14h30, 3 vedettes lance-torpilles israéliennes approchent du Liberty, après avoir quitté leur base d'Ashdod en fin de matinée. Elles engagent immédiatement le combat, larguant 5 de leurs 6 torpilles. 4 d'entre elles manquent leur cible mais la dernière frappe le Liberty par tribord, provoquant une brèche d'une dizaine de mètres le long de la coque du bâtiment. Le navire espion prend rapidement une gite importante et s'immobilise. Pendant plus d'une demi-heure, les vedettes israéliennes s'acharnent autour de leur proie. Peu après 15 heures, l'attaque cesse brusquement et la vedette israélienne Tahmass entre pour la première fois en contact avec le bâtiment américain, lui demandant si celui-ci a besoin d'aide ! La réponse est cinglante.  Dans la foulée, un hélicoptère israélien SA321J Super Frelon transportant des commandos tente d'apponter sur le Liberty...sans succès. Ce dernier réussi à rétablir suffisamment de pression dans ses machines pour s'éloigner cap au nord. Paradoxalement, c'est sous la protection de 2 destroyers soviétiques croisant en Méditerranée orientale que la bâtiment espion américain regagne l'écran protecteur de la Vie flotte déployée beaucoup plus à l'ouest, entre Chypre et la Crête.

Les pertes sont considérables dans les rangs américains : 34 morts et 171 blessés. Les voies d'eau sont colmatées et le navire parvient péniblement à regagner les Etats-Unis, après avoir fait une escale technique à Malte. Jugé irrécupérable, il est ferraillé sans autre forme de procès.

Le gouvernement israélien plaidera la thèse de la méprise et versera près de 7 millions de dollars de dédommagement aux familles de victimes. Une commission d'enquête sera mise en place coté américain, sans le moindre contrôle parlementaire, fait rarissime. Cette commission privilégie elle aussi l'hypothèse de la méprise. Le rapport qu'elle remet reste cependant truffé d'incohérences qui rendent bien improbable cette thèse officielle. Nombreux sont ceux qui pensent au contraire qu'il s'agit bien d'une attaque israélienne délibérée. Tout indique en fait que les autorités militaires israéliennes ont attaqué ce navire intentionnellement, sans doute pour faire passer un message clair à leurs nouveaux alliés américains et leur faire comprendre que ceux-ci ne pouvaient pas tout se permettre. Dans le cadre de la partie d'échecs planétaire à laquelle se livre alors américains et soviétiques, le gouvernement israélien cherche à montrer qu'il entend bien conserver la maîtrise de sa souveraineté et qu'il n'acceptera jamais d'être traité comme un simple allié supplétif.

Au même moment, Washington est en effet embourbé dans le conflit vietnamien et Moshé Dayan, qui a passé quelques mois en Asie du sud-est pour observer la manière dont les américains faisaient la guerre à leurs adversaires, sait que la Maison Blanche fait parfois peu de cas de ses alliés de circonstances ! L'attaque contre le Liberty devient ainsi un bon moyen de rappeler au président américain les paroles qu'il a prononcé devant le ministre des Affaires étrangères israélien, lors de leur entrevue du 26 mai : "Israël n'est pas un satellite des Etats-Unis, pas plus que ceux-ci ne sont un satellite d'Israël !" Les israéliens ont probablement estimé que la marge de sanctions des américains à leur encontre était d'autant plus faible que Tsahal venait d'apporter au "monde libre" sa première victoire d'importance contre des armées équipées et entraînées suivant le modèle soviétique.

Pierre RAZOUX

In Tsahal, nouvelle histoire de l'armée israélienne

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