jeudi, 06 mai 2010

Afrique du Sud : La sécurité privée flambe

Profitant de la psychose ambiante à l'approche du coup d'envoi, agendé au 11 juin prochain, les sociétés étrangères de protection rapprochée font grimper les prix. Enquête sur un business de circonstance

SOUTH AFRICA.jpg"S'il vous plaît, venez ! Nous avons dépensé beaucoup d'argent pour garantir votre sécurité." A moins de six semaines de la Coupe du monde de football, il faudra davantage de force de persuasion à Maite Nkoana-Mashane, la cheffe de la diplomatie sud-africaine, pour inverser des prévisions alarmistes. Selon les dernières estimations, seuls 300.000 supporters étrangers seraient prêts à faire le déplacement en Afrique du Sud, contre 450.000 initialement espérés. En cause principale, les craintes suscitées par l'un des taux de criminalité les plus forts au monde, et aggravées par les récentes tensions raciales. Une aubaine pour les sociétés de sécurité privée, dont l'Afrique du Sud est devenue le nouvel eldorado, après l'Irak.


Jouant sur des peurs compréhensibles et un danger réel mais surévalué, des dizaines de sociétés de sécurité privées se placent et ouvrent des bureaux sud-africains le temps du Mondial. Avant de repartir vers des marchés plus porteurs sur le long terme, comme Haïti et l'Afghanistan. Face à un marché local déjà très bien implanté - les Sud-Africains sont les pionniers de la privatisation de la guerre et les fondateurs du système des sociétés militaires privées, comme Executive Outcomes -, fort de quelque 420.000 agents de sécurité déployés sur tout le territoire, les spécialistes du secteur estiment qu'environ 50.000 officiers supplémentaires devraient affluer. "Beaucoup sont d'anciens flics ou mercenaires, souvent croates et serbes, surtout employés comme gardes du corps pour des personnalités", assure Charles Pellegrini, consultant en analyse de risques.

Et l'ancien membre de la cellule antiterroriste de l'Elysée de préciser : "La plupart sont sous contrat offshore avec des sociétés étrangères, en général payés 6000 à 7000 dollars par mois." Mais la raréfaction des compétences sur le marché, conjuguée à l'approche du coup d'envoi du Mondial, a entraîné une récente flambée des prix : pour les services d'un garde du corps il fallait débourser 500 dollars par jour début mars, contre 1500 dollars fin avril. Et la demande ne faiblit pas. La chaîne de télévision française TF1, appartenant au groupe Bouygues, doit signer fin avril un contrat avec Géos, société française de gestion des risques, pour assurer la protection rapprochée de ses journalistes et de son matériel. Le montant de l'accord devrait se chiffrer à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Blackwater, Wakenhut... La plupart de ces sociétés de sécurité privées sont anglo-saxonnes, souvent britanniques ou israéliennes, l'Etat hébreu jouissant d'une excellente réputation et de solides réseaux, héritage d'une coopération militaire étroite du temps de l'apartheid. "Les entreprises européennes n'ont pas vraiment réussi à s'imposer", remarque Philippe Chapleau, journaliste et auteur d'ouvrages sur ce mercenariat des temps modernes. "Le marché sud-africain est aujourd'hui saturé, d'autant plus que les autorités locales ont mis en place un plan de recrutement de 41.000 policiers supplémentaires, et déployé des unités spéciales de l'armée. Ces dernières ont souvent été entraînées pour l'occasion par des sociétés militaires privées, qui ont étendu leurs prestations à la protection rapprochée pendant l'événement."

Tous les observateurs s'accordent sur un point : la Coupe du monde 2010 sera un vrai bunker à ciel ouvert, et les risques de débordement seront très faibles. Reste qu'avec une moyenne de 50 meurtres et quelque 240.000 vols quotidiens, les menaces pour les touristes étrangers sont bien réelles. Si 90% d'entre eux s'apprêtent à se rendre sur place par le biais de tour-opérateurs, qui ont inclus la sécurité même de façon tacite dans leurs packages, pour tous, le vrai danger se situe après les matches.

"Soit lors des longs déplacements entre les stades et les lieux d'hébergement, ou lorsque les supporters voudront aller fêter la victoire de leur équipe dans les townships bordant les enceintes, notamment au Cap", prédit Philippe Chapleau. Là encore, le business de la peur ne craint rien : pour 48 euros, une société britannique commercialise sur son site internet la Protektorvest, un gilet pare-balles imprimé aux couleurs de votre équipe de football favorite.

Source du texte : LE TEMPS.CH

Écrit par SG (Webmaster) dans > Afrique, > Privatisation-Mercenariat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | | |  Facebook | |  Imprimer |

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