lundi, 14 décembre 2009
Les soldats ne sont pas comme les autres hommes
Les soldats ne sont pas comme les autres hommes - telle est la leçon que j'ai retirée de ma vie passée au milieu d'eux.
J'ai appris aussi à considérer avec une extrême suspicion toutes les théories et les représentations qui tendent à faire de la guerre une activité humaine parmi les autres. Naturellement, comme nous l'affirment les théoriciens, la guerre est liée à l'économie, la diplomatie, la politique. Mais cette relation ne signifie pas pour autant une équation. La guerre est totalement différente de ces domaines parce qu'elle est menée par des hommes dont les valeurs et les compétences ne ressemblent en rien à celles des politiciens ou des diplomates. Ce sont celles d'un monde à part, un monde très ancien qui existe parallèlement au nôtre mais qui ne lui appartient pas. Ces deux univers évoluent respectivement, celui des soldats adoptant les progrès de la société civile. Mais le fossé demeure car la culture des soldats ne peut être celle de notre civilisation.
John KEEGAN

Publié dans Armées | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
|
|
|
Facebook











































Commentaires
Ayant passé 30 ans dans l'armée, dont une majorité dans des unités opérationnelles, je partage cette vision des choses.
Cela m'a valu pas mal de dissensions, avec mon entourage civil, mais aussi avec certains de mes chefs, de mes pairs et de mes subordonnés qui n'étaient rien d'autre que des fonctionnaires en uniforme.
Je citerai deux exemples de sujets de discorde:
- La primauté de l'aspect opérationnel sur l'aspect le social (notez que je n'ai pas dit sur l'aspect humain !).
- La place de la femme dans l'armée et plus particulièrement l'incompatibilité entre la maternité et l'état militaire.
Autant vous dire que je ne me suis pas fait que des amis...
Écrit par : Lambillon Michel | mardi, 15 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : THEATRUM BELLI | mardi, 15 décembre 2009
Auquel cas, la paternité le serait également, ne pensez-vous pas ?
De plus, toutes les femmes militaires qui ont eu des enfants - et elles sont nombreuses à en avoir eu, je pense - ne se sont pas forcément devenues ni de mauvaises mères, ni de mauvaises militaires (je veux dire par manque d'implication, etc.).
Et les enfants n'ont pas forcément "mal tourné" du fait que leurs mères étaient militaires.
Écrit par : Briselance | mardi, 15 décembre 2009
Patton a appliqué plus ou moins la même réflexion en l'égard d'un de ses soldats dont les nerfs avaient lâché, pour des raisons que l'on imagine sans peine. Le troupier s'est fait traité de tous les noms par le général, qui l'a renvoyé illico vers le front.
L'affaire s'est ébruitée et a failli lui coûter sa place ...
Écrit par : Briselance | mardi, 15 décembre 2009
Qu'y a-t-il de si différent entre la culture des soldats et celle de notre civilisation ?
Écrit par : Briselance | mardi, 15 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Blattmeister | mardi, 15 décembre 2009
Actuellement les civilisations occidentales modernes sont soumises aux valeurs de la 3e fonction qui sont globalement de vulgaires valeurs marchandes. Pour simplifier à l'extrême, les valeurs guerrières sont celles du "coeur" alors que les valeurs marchandes sont celles du "ventre".
Pour de plus amples détails sur ces phénomènes vous pouvez vous reporter aux ouvrages de Georges Dumézil, de Julius Evola ("Révolte contre le monde moderne" chez l'Age d'Homme, et "Métaphysique de la guerre"), de Julien Freund ("L'essence du politique" chez Dalloz), de Jean Haudry, de Philippe Walter (cycle arthurien), de Bernard Sergent, de Michel Rouche (Les racines de l'Europe), de Philippe Chiappini ("Le droit et le sacré", chez Dalloz), de Werner Jaeger ("Paideia", chez Gallimard, collection TEL), de Régis Boyer ("L'Edda poétique", chez Fayard)...
Écrit par : THEATRUM BELLI | mardi, 15 décembre 2009
pour la bio de John Keegan : http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Keegan.
Pourriez-vous expliquer votre phrase : "La primauté de l'aspect opérationnel sur l'aspect social (notez que je n'ai pas dit sur l'aspect humain !)." ? voulez-vous dire que dans l'action, on ne dit pas 'merci' ni 's'il-vous-plait ?' :-)
Écrit par : akrak | mardi, 15 décembre 2009
Répondre à ce commentaire1. Merci pour les infos sur la bio de J. Keegan.
2. D'accord avec votre remarque "on peut être femme sans être mère".
3. Effectivement, dans l'action on ne dit pas "SVP" et on a généralement pas le temps de dire "merci". Néanmoins il FAUT ABSOLUMENT dire "merci" à posteriori à ceux qui le méritent . Beaucoup de chefs l'oublient trop souvent.
4. Par "aspect social", j'entends les compromis, souvent un peu démagogiques, destinés à conserver "la paix sociale" et qui ont cours dans les relations employeur-employé du secteur civil. En Belgique, depuis que la gauche a réussi à faire admettre les syndicats politisés dans l'armée, la disponibilité a fortement diminué. Le sujet mérite à lui-seul tout un débat.
5. Par "aspect humain", je veux dire que le soldat et sa motivation sont de très loin les facteurs essentiels de l'efficacité d'une troupe et que les chefs à tous niveaux doivent en tenir compte dans leur appréciation. Contrairement à ce que semblent penser beaucoup de technocrates et "managers militaires" actuel, ni les soldats, ni les unités ne sont des pions interchangeables que l'on peut manipuler via un ordinateur. Le soldat doit se sentir reconnu et apprécié. Il doit se sentir membre d'un groupe soudé. Il doit connaître ses chefs directs et avoir en eux une confiance aussi absolue que possible.
Le soldat ne risque pas sa vie pour les valeurs d'une civilisation, ni pour la patrie, le roi ou un général lointain. Il le fait pour ses copains et pour ses chefs directs, ceux qui vivent réellement dans les mêmes conditions que lui.
Écrit par : Lambillon Michel | mercredi, 16 décembre 2009
Répondre à ce commentaire1. La maternité me semble incompatible avec l'état de militaire pour plusieurs raisons: la 1ère est simplement physiologique, car pendant la plus grande partie de sa grossesse et les quelques semaines qui suivent l'accouchement, la future mère est incontestablement indisponible, du moins sur le plan opérationnel. La 2ème est d'ordre éducationnel, car qui donc peut, mieux que la mère, assurer les soins nécessaires et l'éducation de l'enfant ? La 3ème est d'ordre organisationnel, car une mère qui assure les soins et l'éducation de ses enfants est notoirement moins disponible pour le service. J'ajoute que je ne crois absolument pas à la fiction des "papa-poules" qui seraient capables de remplacer la mère. Que dire alors des ménages dont les 2 parents sont militaires et pire encore des familles monaparentales ?
Je sais bien que mon opinion va à l'encontre des "psycouillonnades" dont on nous rebat les oreilles, mais mon EXPERIENCE PRATIQUE du problème, en tant que père, en tant que soldat et en tant que chef, conforte dans mon opinion.
Les mères militaires que j'ai connues étaient incontestablement moins disponibles que leurs collègues masculins et certaines contournaient les problèmes au moyens de certificats médicaux de complaisance.
2. En ce qui concerne la primauté de l'aspect opérationnel sur l'aspect social, je vous renvoie à ma réponse à AKRAK.
En ce qui concerne l'incident "Patton", je n'en connais que ce que les medias on bien voulu en dire, ce qui me paraît insuffisant pour porter un jugement circonstancié. Toutefois il ne s'agit pas d'un problème social, mais d'un problème humain directement lié à l'exercice du commandement en opération.
3. En ce qui concerne la différence de culture entre le soldat et le civil, j'adhère à la réponse sur les valeurs faite par BLATTMEISTER. Les militaires qui s'engagent dans l'armée comme ils le feraient à la poste ou dans l'administration commettent, au mieux, une grave erreur de jugement et au pire une malhonnêteté intellectuelle.
Écrit par : Lambillon Michel | mercredi, 16 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : THEATRUM BELLI | mercredi, 16 décembre 2009
Répondre à ce commentaireJ'avais peur d'avoir été trop brusque dans ma réponse.
Je suis moi même engagé volontaire sur un contrat de 5 ans en tant que EVAT dans le génie a 22 ans, malgré la possession d'un DEUG histoire ancienne langues mortes.
N'ayant que peu d'ancienneté, je ne peut faire de généralités, mais une chose m'a choqué durant ma période de formation.
L'armée d'aujourd'hui, ou tout du moins les jeunes qui s'y engagent, ne le font que très rarement pour des valeurs.
Pour ma part je n'en ai connu aucun. L'armée les occupent de 6h a 17h, leur fournit un salaire et les occupent pour quelques années. Engagé dans l'optique de faire carrière, j'avoue avoir été très déçue par cet état de fait.
Écrit par : Blattmeister | mercredi, 16 décembre 2009
Répondre à ce commentaireJe suis sergent dans l'infanterie de Marine.
Votre constat sur les valeurs est juste, et je fais le même chez les sous-officiers.
Mais parmi ceux que je connais qui ont réellement des valeurs (morales, guerrières, traditions) et que j'appelle les "jeunes seigneurs", rare sont ceux qui se sont engagés dans l'armée par idéal. C'est plus par goût d'une vie hors du commun.
Nous sommes dans une armée professionnelle et de temps de paix, au service d'un pays qui se fourvoie lui-même dans de fausses valeurs (sauf marchandes!). Rien de choquant en somme. Que pouvions nous espérer?
Rares sont dans l'histoire les armées où l'on s'est engagé pour des valeurs. Il y a des cas particuliers: croisades, révolutions et contre-révolutions, aventures européennes, mercenaires etc... mais c'est à chaque fois le contexte, qui à fait ces armées.
Mais le métier des armes est si particulier que malgré tout, il restera toujours un minimum de ces valeurs qui ont fait notre civilisation (honneur, fidélité, respect de la parole donnée, autorité du chef, sacrifice, etc...) parce qu'elles sont inhérentes au bon fonctionnement d'une armée voilà tout.
Ne soyons pas trop romantiques ou nostalgiques, nous faisons déjà un beau métier, à nous de montrer aux "engagés gamelles" la bonne manière de servir!
Écrit par : Léopard | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.