mercredi, 02 décembre 2009

La Marine militaire chinoise va bientôt dépasser celle de la Russie

La marine chinoise va bientôt dépasser celle de la Russie. Un signe des temps : pendant que les flottes occidentales sont contraintes à réduire la voile, celles des pays asiatiques sont en plein essor, comme l'explique Bernard Prézelin, auteur de l'ouvrage de référence "Flottes de combat".


chine.jpgComment décririez-vous l'essor de la marine chinoise ?

Jusqu'à la fin des années 1980, la marine de l'Armée populaire de libération (MAPL) n'était qu'une force côtière, dotée de bâtiments relevant d'une technologie des années 1950. A partir des années 1990, elle a commencé à prendre livraison de navires modernes, d'abord commandés à la Russie, puis construits localement. Cela à un tel rythme que la marine chinoise devrait dépasser la marine russe et devenir ainsi la seconde flotte militaire du monde derrière celle des Etats-Unis. Elle développe, en outre, un réseau de bases navales ou de points d'appui jusqu'aux abords du golfe Arabo-persique. Elle est ainsi devenue une marine à vocation océanique.


Pourquoi cette brusque croissance ?

Elle est due à une prise de conscience par les dirigeants chinois de l'importance du fait maritime et de la nécessité de sécuriser les importations de matières premières. Pour ces deux raisons, la réintégration de Taiwan est un objectif non négociable. Entre 1995 et 2007, l'AMPL a pris livraison d'une quarantaine de grands bâtiments de débarquement et d'un navire-hôpital imposant. Le message est clair et vise Taiwan ainsi que certains Etats voisins avec lesquels la Chine entretient des contentieux territoriaux, d'une part, le Japon avec les îles Diaoyutai, d'autre part, avec le Vietnam, les Philippines, Brunei, la Malaisie et Taiwan avec les îles Spratley et Paracel.


Quelles sont aujourd'hui les capacités militaires réelles de la marine chinoise ?

Il est difficile d'en juger, aucun navire récent n'ayant participé à des opérations de guerre réelles. La modernisation de la MAPL a commencé par l'acquisition de quatre destroyers lance-missiles de type Sovremennyy auprès de la Russie, ces bâtiments antiaériens ayant pour mission de dissuader les Etats-Unis et leur VIIe  flotte d'une éventuelle intervention dans l'affaire de Taiwan, tout comme l'est le rachat et la remise en état de l'ex-porte-avions russe "Varyag". La force sous-marine chinoise s'est, elle aussi, développée grâce à l'acquisition de bâtiments russes à propulsion diesel-électrique. L'étape suivante a été la construction massive de bâtiments de surface et de sous-marins par les chantiers chinois eux-mêmes, jusqu'aux navires les plus complexes que sont les frégates antiaériennes et les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. En outre, il est probable que la construction du premier porte-avions de conception chinoise ait commencé au chantier Jiangnan de Changxing, non loin de Shanghai.


Quelles sont les conséquences de cette impressionnante montée en puissance de la flotte militaire chinoise ?

Elle entraîne derrière elle toute l'Asie. La marine japonaise, contrainte depuis 1945 de n'être qu'une force d'autodéfense, si elle n'augmente pas le nombre de ses navires, les remplace systématiquement par des bâtiments toujours plus grands et plus puissants. A titre d'exemple, quatre destroyers porte-hélicoptères d'environ 5.000 tonnes sont en cours de remplacement par des porte-hélicoptères de 13.500 tonnes pour les deux premiers, voire 19.500 tonnes pour les deux autres. Les Etats-Unis apportent un soutien technologique massif, notamment en fournissant le système de combat Aegis aux destroyers antiaériens. Cela notamment pour réfréner les ambitions belliqueuses de la Corée du Nord. La marine sud-coréenne est elle aussi en plein essor, également avec le soutien technologique des Etats-Unis, grâce à une industrie de construction navale militaire efficiente. Les marines plus petites sont également en plein développement, que ce soit à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande ou en Indonésie.


Et l'Inde ?

La marine indienne, grande marine dont l'organisation est héritée de la Royal Navy, se développe, même si c'est à un rythme moins rapide. Elle a fait son entrée dans le club très fermé des cinq marines nucléaires, avec le lancement en juillet dernier de son premier sous-marin nucléaire de conception et fabrication nationales, "Arihant". Elle avait du reste loué entre 1988 et 1991 un SNA soviétique et attend impatiemment la livraison du "Nerpa", de même provenance, en cours d'achèvement de ses essais à la mer. L'Inde considère qu'elle a une vocation naturelle à une certaine hégémonie sur l'océan Indien. Or, outre la rivalité endémique avec le frère ennemi pakistanais, elle est confrontée au « collier de perles » déployé par la Chine.


Qu'est-ce que ce "collier de perles" ?

C'est un réseau de bases navales qui va permettre à la flotte chinoise de disposer de points d'appui entre la Chine et le golfe Arabo-persique : au Nord-Est (Chittagong au Bangladesh), à l'Est (îles Coco au Myanmar), au Sud-Est (Hambantota au Sri Lanka), au Sud (atoll de Marao aux Maldives) et au Nord-Ouest (Gwadar au Pakistan). L'Inde ne voit évidemment pas d'un très bon oeil ce réseau qui l'entoure littéralement.


Cette croissance des marines asiatiques modifie-t-elle les équilibres internationaux ?

Oui, car dans le même temps pratiquement toutes les marines occidentales se voient imposer une réduction de format. L'US Navy est passée de 600 navires sous Reagan à 450 sous Bush père, puis 300 sous Clinton et ne compte plus que 275 bâtiments en 2009. L'administration américaine considère qu'avec 300 bâtiments, l'US Navy doit être capable de faire face à deux crises majeures simultanées.

La Royal Navy, qui doit à la fois désarmer des navires encore récents et réduire ses programmes de constructions, est tombée à la quatrième place sur l'échiquier des marines mondiales, supplantée par la marine chinoise qui ne devrait pas tarder à dépasser également la marine russe encombrée de vieux bâtiments naviguant peu. Si la marine britannique doit abandonner la construction de ses deux porte-avions, son homologue japonaise la dépassera sans aucun doute.

A plus long terme, la marine indienne pourrait supplanter la marine française si celle-ci est contrainte à devoir renoncer à son deuxième porte-avions. Voyant ses missions augmenter mais ses moyens diminuer, notre Marine nationale devra réduire sa présence outre-mer, principalement dans le Pacifique qui ne fait pas partie de l'arc d'intervention de la France déterminé par le Livre blanc. Certes, avec les frégates des types Horizon et FREMM, les sous-marins du type Barracuda et les bâtiments de projection et de commandement, elle est en train de se doter de navires modernes, mais ceux-ci n'auront pas le don d'ubiquité.

Source du texte : LES ECHOS

 

Écrit par SG (Webmaster) dans Armées, Armes et armement, Chine, Russie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | | |  Facebook | |  Imprimer |

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