dimanche, 22 juin 2008

Un gazoduc au pays des talibans

gazoduc.jpgLa construction d'un gazoduc à travers la province en guerre de Kandahar risque d'envenimer la situation et de compliquer la tâche des troupes canadiennes en Afghanistan. C'est du moins l'avis de John Foster, un économiste canadien de renom, dans un rapport publié hier pour le Centre canadien de politiques alternatives.

En 2010, soit un an avant le départ de l'armée canadienne, les premiers coups de pioches seront donnés le long des 1700 km d'un tracé passant au Turkménistan, en Afghanistan, au Pakistan et en Inde (TAPI).

Ces quatre pays ont signé à la fin du mois d'avril une entente prévoyant la construction du gazoduc TAPI au coût de 7,6 milliards de dollars. Les premières livraisons de gaz naturel devraient avoir lieu en 2015.

"L'impact du gazoduc TAPI sur les forces canadiennes doit être évalué, étant donné que le tracé projeté traverse la plupart des zones de conflit d'Afghanistan, notamment la province de Kandahar où les forces canadiennes essayent de vaincre les insurgés", écrit M. Foster dans le rapport Un gazoduc à travers un territoire en conflit : Afghanistan, Canada et le nouveau grand jeu énergétique.

M. Foster, qui a été responsable des questions pétrolières à la Banque mondiale puis économiste chez Pétro-Canada, pense que la construction du gazoduc pourrait "exacerber le conflit actuel et éloigner les forces canadiennes des autres priorités afin de défendre le gazoduc".

Il estime en outre qu'Ottawa a longtemps ignoré la géopolitique de cette région, en particulier les rivalités américaines, russes et chinoises quant à l'accès aux ressources énergétiques. "Les ambitions régionales des États-Unis, et sa compétition avec la Russie et la Chine, comportent des manœuvres géopolitiques pour le contrôle de l'énergie dans lesquelles le Canada a été entraîné."

L'Iran, soutenue par le géant russe Gazprom, souhaite construire un gazoduc qui alimenterait le Pakistan et l'Inde. Un projet qui déplaît à Washington.

De l'avis de l'économiste, le gouvernement canadien doit informer davantage la population sur la construction du gazoduc TAPI, ainsi que sur ses répercussions en matière de politique étrangère.

"Les efforts du gouvernement pour convaincre les Canadiens de rester en Afghanistan ont été énormes. Mais l'impact qu'aurait un gazoduc de plusieurs milliards de dollars sur les régions sous juridiction canadienne n'a jamais été sérieusement débattu", écrit-il.

Si le gazoduc TAPI se concrétise, il rapportera 160 millions de dollars par an à l'État afghan. Et plus de 1000 industries devraient s'installer le long de l'autoroute gazière, à en croire le ministre afghan des hydrocarbures.

Source : CYBERPRESSE.CA

Écrit par SG (Webmaster) dans Afghanistan, Amérique du Nord, Énergies, États-Unis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | | |  Facebook | |  Imprimer |

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