mardi, 05 février 2008

Gazprom ou la bombe G : ce soir sur Arte (21h00)

8f36ffbf3f32fde62696817076527eb2.jpgDu Monde selon Gazprom au Prisonnier du Kremlin, “Thema” fait aussi le portrait de la nouvelle Russie selon Poutine, sûre d’elle et conquérante. Entretien avec Jean-Paul Billault, producteur pour l’agence CAPA des deux documentaires.
 

Quel a été le déclencheur de ce voyage au long cours dans la maison Gazprom ?

Jean-Paul Billault : La crise avec l’Ukraine, à l’hiver 2005/2006, qui annonçait, semble-t-il, une ère nouvelle dans les relations de la Russie avec le monde extérieur, par le biais de sa position privilégiée sur le marché des hydrocarbures. Une hypothèse confirmée avec éclat en 2007. Depuis que le tournage a commencé, en février, les événements n’ont cessé de s’accélérer, du fait de la situation énergétique mondiale, mais aussi du calendrier électoral russe. La vraie difficulté, ce fut de décréter la fin du tournage, parce qu’il y avait toujours un élément à ajouter. Finalement, on a intégré la désignation, en décembre, de Dmitri Medvedev comme dauphin par Vladimir Poutine. À moins d’un rebondissement de dernière minute sur cette candidature, je crois que l’essentiel y est.

 

Comment êtes-vous parvenus à entrer à Gazprom ?

Il fallait disposer de contacts efficaces à l’intérieur des réseaux en place au Kremlin, ce qui était le cas d’Alexandre Dolgorouky, le réalisateur. Cela a pris longtemps pour obtenir l’accord des gens de Gazprom, mais ensuite, ils ont été tout à fait fair-play. Aujourd’hui, ils ont envie de s’expliquer et ce qu’ils disent relève du discours officiel de n’importe quelle grande entreprise. Nous voulions mettre en lumière une stratégie qu’ils ont eux-mêmes envie de défendre publiquement, et montrer une puissance dont ils sont fiers. En revanche, le montage s’est avéré extrêmement compliqué, parce qu’il y a énormément d’aspects différents dans la question du gaz et de sa gestion en Russie alors qu’elle est globalement méconnue en France. Les Européens en ont une vision étroitement géocentriste, alors que l’un des enjeux principaux, c’est justement cette volonté russe de rééquilibrage au profit de l’Asie. Il fallait construire un récit qui intègre tous ces éléments sans noyer le téléspectateur.

 

Avec ce discours officiel, ne craigniez-vous pas de relayer la propagande du pouvoir russe ?

Ce discours est largement mis en perspective dans le film par des contradicteurs, mais nous n’avons pas cherché à infirmer ou confirmer la véracité de certaines affirmations de part et d’autre – il aurait sûrement fallu pour cela mener une investigation sur beaucoup plus d’un an. Notre propos n’était pas de découvrir des secrets d’État, mais d’être aussi clairs et synthétiques que possible, tout en privilégiant les enjeux géostratégiques. En revanche, Le prisonnier du Kremlin évoque beaucoup plus directement et plus crûment les dessous de la politique russe. J’ai d’ailleurs été heureusement surpris par la liberté de ton des Russes qui interviennent, peut-être parce que nous avons tourné en juin, plusieurs mois avant le lancement de la campagne électorale. Peut-être aussi parce que la Russie change, et très vite. C’est aussi l’ampleur de ce changement que nous voulions donner à voir à travers cette soirée.

Écrit par SG dans > Événements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Gazprom | | |  Facebook | |  Imprimer | |

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