jeudi, 15 novembre 2007
L'armée canadienne et l'indépendance du Québec
La question militaire au Québec et au Canada se pose de plus en plus à propos de l’indépendance. Depuis le jugement de la Cour suprême et la barre de plus en plus haute que dresse le Canada anglais, les inquiétudes qui se manifestent même chez des militants aguerris, jettent un doute sur la possibilité de réaliser l’indépendance de façon démocratique. Le plan B d’Ottawa fait son effet et les menaces commencent à peser lourd dans le processus électoral. De John Crosbie, ancien ministre de Mulroney qui demande à l’armée de se tenir en forme parce qu’on va avoir besoin d’elle contre le Québec, à toute une cohorte d'éditorialistes, de Toronto à Vancouver, les leaders d’opinion ne manquent pas pour proposer la "solution finale" au problème Québécois. En ajoutant à cela la croisade de Me Guy Bertrand, l’encerclement juridique dont se sert Ottawa avec sa Cour suprême, le plan B de Stéphane Dion qui veut protéger les édifices fédéraux dans un Québec indépendant et sauver les citoyens désireux de rester Canadiens, mais surtout en considérant le désarroi total des Canadiens anglais face à la rupture de "leur Pays", il y a lieu de s’interroger ! Pour beaucoup moins que ça, l’armée est intervenue plus d’une vingtaine de fois au Québec depuis le début de la confédération pour défendre le pouvoir des possédants. Avec la menace de la partition du Québec, brandie par les stratèges fédéralistes, on imagine mal que la solution militaire ne soit pas envisagée au plus haut niveau de l’État canadien. Après la peur économique, pourquoi pas la peur tout court afin d’empêcher un vote libre sur l’indépendance ?
Il faut malgré tout supposer qu’il s’agirait de la dernière carte des fédéralistes. Car, malgré les apparences, cette voie est périlleuse pour l’État fédéral. Elle comporte des difficultés sans nombre, dont la moindre serait le désarmement des militaires Québécois, incapables de suivre des ordres qui heurteraient leur conscience. Entrevoir ces difficultés d’application ne nous autorise pourtant pas à balayer du revers de la main la possibilité de l’option militaire. Le pacifisme des Québécois, encouragé par de longues années de lutte parlementaire, les porte à croire que l’adversaire se nourrit du même pain. Au Chili, avant le coup d’État de septembre 73, les démocrates croyaient aussi que leur armée, réputée la plus civique et la plus loyale de l’Amérique du Sud, n’oserait jamais commettre "d’aggiornamento". Ce n’est qu’après la plus terrible des répressions qu’ils se sont rendu compte que leur armée avait aussi une tradition d’intervention politique mais dont la dernière remontait à 1930, trop loin pour que l’on s’en souvienne. En 1973, peu de militants s’attendaient au coup d’état sanglant qui renverserait le régime populaire de Salvador Allende. Mieux, le chef du coup d’état, le général Pinochet, avait été nommé à la tête de l’armée à la suite d’une mesure d’apaisement prise par le Président Allende dans le but de calmer les inquiétudes de l’armée. L’oubli historique jouait là-bas comme il joue souvent ici. Le Québec n’a pas le droit de nourrir de telles illusions. Car c’est le destin national qui est en cause et pas seulement un projet politique. Illusions d’autant plus condamnables du fait que c’est Ottawa qui a droit de vie ou de mort sur le processus démocratique au Québec. Donc, un gouvernement extérieur sur lequel nous n ‘avons aucune prise. Peu de gens ici croient à la possibilité d’une intervention militaire d’Ottawa. Après tout, le Canada n’est pas le Chili ! Mais si c’était nous, les naïfs ? Si l’argent que Howard Galganov a reçu à coup de 200,000 $ par des donateurs inconnus, si le Anglophone Assault Group, si la vague partitionniste du West-Island, si tout cela était encouragé par le S.C.R.S., faudrait-il s’en surprendre ? Qui peut nous dire à quoi servent les 4.8 millions de dollars que le gouvernement fédéral a donnés à l’organisme fantôme Option – Canada ? Talonnée pendant des mois par le Bloc Québécois, la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, a pu en produire le bilan financier qui se résume en une seule page dactylographiée. Combien d’autres dépenses souterraines servent ainsi à alimenter des provocateurs de tout acabits ? Combien de Guy Bertrand s’apprêtent à surgir, encouragés par l’argent d’Ottawa, pour réclamer la protection de l’armée ?
UN PASSÉ D’INTERVENTIONS
Pour se faire une idée, retournons voir si cette question a déjà surgi dans le passé. Et nous verrons bien que l’État canadien, si "démocratique", souffre d’extrême bougeotte militaire. On sait que l’armée canadienne, depuis le début de la confédération, a été impliquée dans 5 conflits mondiaux. La guerre des Boers, les deux guerres mondiales, la guerre de Corée et la guerre du Golfe. A chacun de ces conflits, le Canada participait à un système d’alliance où la Grande-Bretagne prenait la première place, relayée depuis 1945 par les États – Unis. L’intense et surprenante activité extérieure de la puissance moyenne qu’est devenu le Canada ne saurait nous faire oublier que l’armée du Dominion of Canada a d’abord fait ses classes dans un conflit intérieur, sur le dos des métis de Louis Riel, lors des soulèvements de 1870 et 1885. Et depuis, toute l’histoire de l’armée canadienne nous démontre comment le gouvernement d’Ottawa a eu la gâchette facile dans son emploi de l’armée comme instrument de répression intérieure. La question que l’on peut se poser, c’est comment un état qui a eu recours à l’armée de façon si importante, soit lors de conflits extérieurs qui ne le concernaient pas directement, soit lors de conflits ouvriers où le régime n’était pas réellement menacé, comment un tel pistolero pourras-t-il résister à l’idée d’employer la force du moment qu’il déclare vivre le péril le plus extrême ? Du moment que c’est le régime lui-même qui est en cause, le Dominion of Canada ?
POUR MÉMOIRE, MENTIONNONS :
Déjà en 1867, trente ans après la révolte des Patriotes, la troupe intervient à Québec pour calmer les charpentiers des chantiers navals qui vivent un conflit des plus violents.
Reprenant avec empressement les tâches dévolues à l’armée britannique, l’armée canadienne est intervenue plus d’une douzaine de fois depuis la confédération pour briser des conflits ouvriers. A proprement parler, ces interventions sont des opérations de routine qui correspondent à des phases de développement du capitalisme où les tâches de la police et de l’armée ne sont pas aussi bien départagées. A mesure que s'organisent les forces de police, l’appel à l’armée sera requis pour des opérations de plus grande envergure. La raison d’état prévaudra !
RAISON D’ÉTAT
C’est ce rôle plus politique qu’exige la situation, en 1918 à Québec, lors de la première crise de la conscription. L’armée est alors appelée à résorber une grave crise intérieure, confrontée à un véritable mouvement de masse né de l’opposition à la guerre impérialiste.
Le bilan se solde par plusieurs morts, et pour la première fois, les mitrailleuses lourdes sont utilisées contre la foule. Ce qu’il faut retenir de cette intervention, ce n’est pas son ampleur, mais le fait que l’armée soit utilisée pour la première fois depuis 1837 pour préserver l’ordre politique qui l’a fait naître. Toutes les autres interventions de l’armée, majoritairement anti-ouvrières, marquaient son utilité pour le maintien de l’ordre capitaliste, mais il faudra l’émergence du problème national Québécois pour que la fonction première de l’armée, la préservation de l’État, soit mise en évidence par un problème intérieur. A ce titre, 1970 et 1990 marqueront deux étapes importantes de l’intrusion de l’armée dans le champ politique.
CRISE D’OCTOBRE 1970
Avant d’aborder 1970, il convient de mentionner que les deux guerres mondiales et particulièrement celle de 1939-45, a eu pour effet de changer la nature de cette armée.
Les besoins de la guerre ont créé un espace Québécois au sein de cette institution à l’origine britannique. Cet espace Québécois s’observe dans la formation d'unités autonomes entièrement "Pea Soup", et par la régionalisation des affectations militaires dont la conséquence est que les militaires Québécois servent principalement au Québec.
Cette importance des effectifs Québécois n’aura pas de répercussions sur les événements de 1970 car le sentiment indépendantiste était alors minoritaire au Québec et dans l’armée. Nous verrons qu’aujourd’hui cette question revêt une importance cruciale pour l’armée canadienne. Aussi en 1970, le gouvernement canadien n’aura-t-il aucune difficulté à mobiliser l’ensemble des forces armées pour la chasse aux "terroristes" du Front de Libération du Québec. Rappelons un peu le contexte, depuis sept ans, trois vagues d’attentats et d’actions armées ont mis le gouvernement canadien sur un pied de guerre. Lorsque Bourassa demande l’appui de l’armée pour épauler la police dans ses actions de répression, on peut encore se demander s’il savait quel cadeau il faisait à ses bienfaiteurs ! Il donne à l’armée l’occasion de mettre en oeuvre une opération dont elle rêvait depuis longtemps, victime elle-même de vols d’armes et cible des premières vagues d’explosion à la dynamite. Résumons les faits : Octobre 1970. Le Front de Libération du Québec procède à l’enlèvement de l’attaché commercial de Grande-Bretagne et d’un ministre du gouvernement du Québec, alors pro fédéraliste. Le 12 octobre, l’opération "Ginger" est déclenchée. En une journée, des troupes parties du camp militaire de Petawawa en Ontario se déploient vers Ottawa pour assurer la sécurité de la capitale canadienne. Les militaires assurent la protection des ministres, hauts fonctionnaires, édifices publics, électricité et communications. Après cette première phase préparatoire, le déploiement de l’armée au Québec pourra débuter le 15 octobre et deviendra la plus grande opération de répression intérieure de l’histoire militaire canadienne. L’opération "Essai" débute à 13h07, exactement 22 minutes après la demande officielle du ministre de la justice Jérôme Choquette. A 14h05, les éléments du 22e régiment, venu de Valcartier par hélicoptère, sont déjà à l’oeuvre dans les rues de Montréal. Des avions Hercules transportent d’autres éléments vers la base de Saint-Hubert. En même temps, 400 véhicules, organisés en convoi, acheminent les troupes de Valcartier vers Québec, Montréal, le Saguenay, Trois-Rivières et d’autres villes importantes du Québec. Parti d’Edmonton, le 1er commando aéroporté du régiment de parachutistes arrive la journée même au Québec pour renforcer le dispositif de la première phase d’opération. Par la suite, des régiments de pratiquement toutes les régions du Canada participeront à l’opération "Essai". (Retenons bien ce nom, Essai, et nous verrons plus tard que c’est exactement ce qu’il fut.) Le 16, les villes de Montréal et Québec sont complètement occupées. Tout le long du fleuve, sur un parcours de 550 km, le 12e régiment blindé est déployé pour occuper des points stratégiques. Pour appuyer ce dispositif, les forces du Groupement aérien tactique effectuent 1221 sorties, principalement à partir des bases de Saint-Hubert et de Toronto. Si bien qu’on peut parler d’un véritable pont aérien entre ces deux villes. L’opération "Essai" se terminera le 4 janvier 1971 après l’arrestation des membres de la cellule Chénier. Elle n’aura causé que deux morts, celle du ministre Laporte et celle d'un soldat tué par sa propre carabine. Mais elle aura permis l’arrestation de 500 militants indépendantistes et un nombre de perquisitions approchant les 20 000. Facteur d’intimidation extrêmement efficace, car tel semblait être le but politique de l’opération. Le nombre restreint d’unités Québécoises employées sur leur propre territoire soulève quelque voile sur les inquiétudes de l’armée à cette époque. Un fait révélé par un journaliste de l’Actualité, 7 ans après les événements, montre ce que l’armée canadienne voulait tester à l’époque : sa capacité d’opérer dans un contexte de conflit national entre le Québec et le Canada. Derrière l’opération de police, demandée par le Premier ministre du Québec, l’armée préparait son propre agenda, 1970 était une répétition. Dans cet article sur l’armée canadienne en 1977, le journaliste de l’Actualité découvre et révèle qu’en octobre 1970, un chef d’escadron anglophone, posté à Saint-Jean, décide de désarmer les recrues et le personnel du collège militaire de Saint-Jean. Il donne l’ordre à tous les militaires Québécois de remettre la culasse et le percuteur de leur FN, le fusil d’assaut alors en usage dans l’armée canadienne. Il faudra plusieurs heures de négociations et de discussions crispées avant que cet ordre ne soit annulé par le commandant de la base de Saint-Jean. Ce petit détail, dans un grand ensemble, nous montre les difficultés que pourrait rencontrer l’armée appelée éventuellement à remplir un mandat de répression totale du mouvement indépendantiste. Depuis 1970, et singulièrement depuis l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois en 1976, l’armée canadienne se prépare à cette éventualité, à la demande même du gouvernement canadien. Et des scénarios d’intervention y sont constamment réactualisés au cas où...
Devant la complexité de cette approche militaire pour résoudre le conflit Québec-Canada, il y a fort à parier que les militaires eux-mêmes ont parfois incité Ottawa à restreindre ses ardeurs guerrières, pour la simple raison qu’au Québec, même si la plupart des haut gradés sont fédéralistes, la troupe, elle, est désormais majoritairement souverainiste. Cela reflète l’opinion de la jeunesse, les militaires Québécois ont tendance à avoir les mêmes idées que la majorité de leur génération. L’armée sait qu’elle ne peut se déployer que dans un cadre hautement légitimé, tel celui d’Oka en 1990, qui ne semblait pas heurter le troupier ordinaire. Une intervention radicale contre le processus démocratique risquerait de provoquer une mutinerie généralisée au Québec. En fait le recours à la cour suprême ne résout aucune de ces difficultés légalistes. D’autant moins qu’Ottawa, ayant donné son appui ouvert au mouvement partitionniste, on se demande comment des militaires Québécois peuvent garder le moral au sein de l’armée canadienne.
NÉANMOINS
Néanmoins, le mandat de répression existe vraiment et les preuves en sont abondantes. En juin 77, des journalistes ayant mis la main sur des transcriptions d’une réunion ministérielle présidée par Trudeau après la victoire du PQ en 76, indiquaient que le plan "B" y avait dès lors été évoqué et qu’on y avait envisagé un recours possible à l’armée. Grand prince, Trudeau aurait tenté de temporiser en amenant la question sur le terrain politique. Après cette révélation, les journalistes, voyant là un dégoût d’Ottawa pour l’option militaire, ont fort mal interprété le rôle assigné à l’armée par le fédéral : un rôle plus discret, mais aussi plus méthodique et plus décisif. Dans son livre "Pleins feux sur les Services secrets canadiens", le journaliste Richard Cléroux, parle d’une réunion du cabinet fédéral en 1969. Il y mentionne que Trudeau voulait mettre en place une "agence centrale" afin de coordonner le travail contre la "menace séparatiste". Il voulait également que "les services de renseignement des Forces armées canadiennes soient de la partie". (p. 242) Cette décision est des plus révélatrices, car si, depuis 76, Ottawa ne peut plus compter sur le gouvernement du Québec pour combattre le "séparatisme", il est clair qu’il n’abandonnera pas sa dernière carte : les militaires. Aussi l’armée a effectivement été mise en état d’alerte et elle devait trouver les moyens de faire face à la "menace". Il ne s’agit pas là de simples affirmations. Des preuves existent de l'implication de l’armée dans une stratégie fédérale de lutte aux indépendantistes.
L’AIDE BRITANNIQUE
Le journaliste d’enquête Roger Faligot, dans son livre "Guerre Spéciale en Europe", décrit en détail le dispositif d’intervention de l’armée britannique en Irlande du Nord. Face à un nouveau type de guérilla qu’elle n’arrivait plus à contrôler, l’armée britannique a donné le commandement des troupes à son meilleur spécialiste des luttes anti-insurrectionnelles, le brigadier général Frank Kitson, qui a justement fait ses armes dans la répression des luttes pour l’indépendance des anciennes colonies britanniques, notamment au Kenya contre les Mau-Mau, en Malaisie et à Chypre. Il a fait connaître ses principes d’action dans un livre intitulé : "Low Intensity Operations". Principes que l’on retrouve presque intégralement reproduits, au chapitre : "Luttes anti-insurrectionnelles" dans un volume réservé aux officiers de l’état-major de l’armée canadienne intitulé : "Opérations Terrestres". Dans un paragraphe de son livre, Roger Faligot mentionne le voyage au Canada du brigadier général Kitson, à la demande de l’état major canadien des forces terrestres. Tout cela pour faire profiter l’armée canadienne de la longue expérience de l’armée britannique en matière de répression politique. Ce qui est éloquent quand on lit Kitson, c’est l’immense imbrication du politique et du militaire dans les conflits de cette nature. Le travail de sape, de renseignement, d’intoxication de l’information, figure au premier rang des moyens à employer contre un mouvement hostile à l’État.
LE BON ÉLÈVE CANADA
Nul doute que les leçons des britanniques furent bien apprises. Il restait à les mettre en application. Le premier principe étant : "initier des réformes propres à faire reculer politiquement le mouvement révolutionnaire". C’est ce que le Canada essaie de faire depuis 20 ans et n’y arrive à peu près pas. En cas d’échec politique, la deuxième phase des opérations est prête depuis longtemps. Au mois d’avril 1974, le journal "Le Jour", quotidien appartenant au Parti Québécois, publiait un document classé secret par les forces armées. Il s’agissait de "Exercise Neat Pitch", un projet d’occupation d’une province canadienne (Québec), sous le prétexte d’aide au pouvoir civil. Tirant leçon de 1970 et alerté par la grève générale de 1972 au Québec, le haut état-major de l’armée canadienne s’était réuni à l’hôtel Laurentien à Montréal pour finaliser ce plan d’intervention contre "la violence organisée ayant pour but de détruire le processus démocratique". Le "study group" devait : "Trouver des solutions nouvelles et efficaces aux problèmes que posent, durant les périodes de crise, la protection des notables (VIP), la surveillance des bâtiments et des lieux stratégiques, le contrôle et la planification des déplacements rapides exigés par certaines situations, les opérations de dispersion et les tactiques d’affrontement, la coordination et le contrôle aux différents quartiers généraux et, enfin, les différentes phases du déploiement et de l’utilisation des troupes dans une opération d’assistance à l’autorité civile". Le fait que des spécialistes britanniques de la lutte anti-insurrectionnelle participent à ce "study group", montre assez ce que «l’aide au pouvoir civil » veut dire dans le nouveau vocabulaire militaire préoccupé de salut national. Les problèmes de renseignement, chers au brigadier-général Kitson, ont été au coeur de toutes ces discussions, de même que les tactiques d’infiltration et toute la panoplie de procédures utilisables dans une situation de guerre populaire. Dans le cadre de "Exercise Neat Pitch", la conférence fort discutée des officiers britanniques s’intitulait : "Tactical Opération in Northern Ireland". "Exercise Neat Pitch", a été élaboré à partir de l’opération "Essai" de 1970, mais également à partir d’exercices réels effectués à la base de Gagetown au Nouveau-Brunswick. Assez curieusement, les révélations du journal le Jour n’ont pas suscité le débat qu’elles auraient dû dans l’opinion publique. La Presse a classé l’affaire très vite et le gouvernement Bourassa se sentait plutôt rassuré par cet "exercice de routine" comme le qualifiait le gouvernement fédéral à l’époque. Il est à supposer qu’une mise à jour de ces plans d’intervention se fait de façon régulière depuis ces années agitées et toujours sous le vocable "aide au pouvoir civil". La crise d’Oka en 1990 a permis de voir une mise en opération effective de ces stratégies d’intervention. Seulement ces plans n’ont pas été conçus, au départ, pour arbitrer les questions amérindiennes mais pour empêcher ultimement la victoire du "méchant mouvement séparatiste". La providentielle tempête de verglas de janvier 1998 a permis à nouveau à l’armée de sortir de ses bases et d’effectuer un nouvel exercice réel de déploiement, couplé à une opération de relation de presse qui fait partie de l’arsenal militaire au même titre que le char d’assaut. 96% de satisfaction dans l’opinion publique. Mais on verra que ce n’est pas ça qui sauvera la Confédération pour autant.
LE TALON D’ACHILLE
Comme on a pu le voir, "Exercice Neat Pitch" n’a pu rester secret. Les méthodes de l’armée britannique qui ont fait leurs preuves en Ulster trouvaient ici un problème d’application. Et ceci du fait que l’armée canadienne est composée aussi de Québécois massivement concentrés dans l’infanterie qui est la composante essentielle requise pour les opérations terrestres. Cette faiblesse de l’armée, l’État-major canadien a dû la ressentir cruellement quelques jours à peine après la réunion secrète. Les officiers Québécois du haut état-major ont beau être fédéralistes à tout crin, il demeure que la fuite du document "Neat Pitch" a bel et bien eu lieu. Un ou plusieurs officiers de l’État-major ont jugé bon de faire parvenir ce document à un journal indépendantiste, au mépris de la "loi sur les secrets officiels" et des risques de cour martiale. L’armée canadienne pouvait bien rêver d’infiltrer, elle-même l’était déjà. Par la suite, son plan d’intervention, qui suppose l’appui de la province et de sa police, s’est trouvé compromis de façon définitive par la prise du pouvoir par le Parti Québécois en 1976. Comment donc embarquer les militaires Québécois dans une opération de défense des institutions, s’il faut passer outre à un gouvernement légitimement élu ? Dès lors, le mandat confié par Trudeau à l’armée présente une difficulté politique qu’elle s’emploiera à résoudre malgré tout, en se pliant au nouveau contexte.
LA LEÇON DES ANNÉES 80
Il est bien sûr que la question militaire à surgi pendant le mandat de René Lévesque.
Même s’il était peu enclin à se pencher sur ces questions, René Lévesque avait pris des précautions minimales. Ainsi, depuis la fondation du Parti Québécois, il donnait une fois par année une conférence au collège militaire de Saint-Jean. Et lorsqu’en 77, Trudeau a brandi à nouveau la menace d’intervention militaire, le journal "Le Jour", sur l’initiative d'Evelyn Dumas, a publié une étude détaillée de la formation d’une armée québécoise et de sa capacité de riposte. Le gouvernement québécois avait même mandaté un émissaire pour acheter des armes en Europe. La question militaire prenait une autre dimension, et c’est sagement que Trudeau a préféré jouer la carte politique. La défaite du référendum de 80 a apaisé les esprits au Canada Anglais, mais devant les succès électoraux remportés par le Parti Québécois dans les polls où votaient les jeunes militaires de Valcartier, l’armée a dû se résoudre à une stratégie beaucoup plus réfléchie.
VERS UNE NOUVELLE STRATÉGIE
A la lumière des décisions prises par l'armée depuis 1980, on peut conclure que l'armée canadienne ne s'attend pas à employer des troupes Québécoises pour empêcher l'indépendance, pour la simple raison qu'elle ne le pourrait pas. Elle ne peut employer des indigènes pour réprimer des indigènes, comme elle l'a fait en 1970 et comme les Britanniques l'ont fait dans leur empire pendant si longtemps. La situation politique est beaucoup trop avancée pour que les militaires songent à une telle solution. Mais si l'armée devait être employée en dernier recours pour sauver la Confédération, les stratèges doivent donc se préparer à un tout autre conflit qu'à une insurrection locale. Il s'agit d'un conflit Québec-Canada, une guerre civile en sorte où les troupes stationnées au Québec cesseraient d'être loyales à sa Majesté. Les exercices de stratégie des élèves officiers du collège de Kingston, révélées par des articles du Ottawa citizen du 10 janvier, nous montrent que les dirigeants de l'armée canadienne n'envisagent plus d'autres modes d'intervention que le conflit ouvert. On enseigne aux élèves officiers comment repousser l'armée d'un Québec indépendant. La zone sensible à protéger serait la région d'Ottawa et les efforts de riposte devraient se concentrer sur le secteur Ouest de l'Île de Montréal. Voilà des exercices "imaginaires " qui correspondent bien à la réalité partitionniste.
Il n'est pas permis de douter que les stratèges fédéralistes au sein de l'armée canadienne réfléchissent 365 jours sur 365 à cette éventualité. Dans la Presse du 19 janvier 1999, un court article mentionne que Southam News a mis la main sur un document du Ministère de la Défense intitulé : "L'armée du Québec". Ce document étudie les possibilités pour le Québec de se doter d'une armée de défense territoriale ou d'une armée d'intervention. Le document conclut que le Québec peut mettre sur pieds la première à peu de frais mais qu'une armée classique lui coûterait au contraire très cher. Cette question est donc revenue une préoccupation importante à Ottawa.
LA LOYAUTÉ QUÉBÉCOISE, VOILÀ LA BÊTE NOIRE.
Si on ne peut compter sur cette loyauté des militaires Québécois, il ne reste qu'une solution : désarmer une partie de l'armée, réduire le potentiel militaire du Québec. Depuis l'échec du Lac Meech, c'est cette stratégie souterraine qui a été mise en oeuvre. Avec l'arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Chrétien, les militaires ont carte blanche sur cette question. Si aucun document officiel ou pseudo secret n'a transpiré pour confirmer cette politique, qu'on ne s'y trompe pas. Une telle politique est appliquée. Nous pouvons le déduire par un principe très simple, celui qui veut que rien de ce qui se fait dans l'armée n'est conçu en dehors de l'intérêt d'état.
QUAND LES MILITAIRES DÉMILITARISENT ! TROUBLANT !
Premier volet de cette politique : Lorsque le gouvernement Mulroney est élu dans la foulée du beau risque en 84, Marcel Masse, ancien ministre de Daniel Johnson père, est nommé ministre de la Défense. Politicien traditionaliste et nationaliste, Marcel Masse, dès son entrée en fonction, se croit obligé d'annuler une décision de son prédécesseur, soit la fermeture de la base de Longue-Pointe sur l'Ile de Montréal. Longue-Pointe a été (mais ne l'est peut-être plus) le plus vaste dépôt d'armes au Canada. Qu'une armée, qui ordinairement demande toujours plus d'argent et de matériel, décide de fermer son principal dépôt pour le transférer à Angus près de Borden, en Ontario, n'a ému personne à l'époque et il n'est pas sûr que Marcel Masse lui-même, en annulant cette directive, ait compris la portée stratégique de cette mesure. Marcel masse demandait des explications et ne recevait pas les bonnes. Instinct de vieux politicien ou désir sincère de servir le Québec, il s'est opposé à la fermeture et Longue-Pointe est demeurée ouverte quoique avec des capacités opérationnelles moindres. Deuxième moment fort de cette stratégie : la fermeture (réussie celle-là) de la base de Saint-Hubert. Fermée par les bons soins de Jean Chrétien. La base De Saint-Hubert abritait le quartier général des Forces Terrestres (alias Forces Mobiles). Dans le cadre d'un conflit appréhendé Québec-Canada, la moindre des choses est bien de déménager le grand Quartier Général à Ottawa. Peut-on imaginer qu'en cas d'indépendance, le commandement suprême des armées canadiennes se retrouve en territoire Québécois ? La logique veut que non ! D'un point de vue indépendantiste, on peut même approuver ce départ. Mais entre déménager le Quartier Général et fermer toute la base, il y a un fossé que la logique ne peut pas suivre. A-t-on déjà vu des militaires aussi soucieux d'économie ? La réalité, c'est que les stratèges d'Ottawa ont trouvé raisonnable de démilitariser la région montréalaise.
SAINT-JEAN OU LA VICTOIRE ORANGISTE
L'élément le plus révélateur de cette stratégie, c'est la fermeture du collège militaire de Saint-Jean. On là vu, la hantise de l'armée canadienne, c'est la question de la loyauté Québécoise. Depuis presque sa fondation, le collège militaire de Saint- Jean était dans la ligne de mire des Orangistes au sein de l'armée. Lorsque le collège a été fondé, c'était dans l'émergence du concept de deux nations qui, on le sait, a disparu à Ottawa avec la mort de Lester B. Pearson, le dernier grand réformateur du Canada Anglais. Même loyal, le collège militaire de Saint-Jean était suspect. Mais avec l'échec du Lac Meech et la montée de l'option souverainiste, l'existence de ce nid d'indépendantistes qui formait, vague après vague, un corps d'officiers capables de noyauter l'armée devenait intolérable.
Sous le prétexte de coupures budgétaires, le gouvernement Chrétien a fermé le collège militaire le moins onéreux au Canada. Les nouveaux élèves venus du Québec iront désormais étudier dans la très Orangiste ville de Kingston, où l'armée espère reprendre en main plus facilement ce contingent Québécois. Probablement en écoeurant les élèves les plus nationalistes incapables de supporter un tel environnement. Jamais dans le monde on a vu une armée renoncer aussi facilement à une institution de si haut calibre. Seule la crainte d'un conflit Québec-Canada peut expliquer une telle décision.
DES FAITS ENCORE DES FAITS !
Les exemples de ce désarmement progressif du Québec sont assez éloquents, mais les chiffres le sont encore plus. En 1977, le Québec comptait 14,800 militaires dont 3000 miliciens, aujourd'hui il en compte 10,500 dont 4000 miliciens. Le Québec a vu ses effectifs baisser de presque le tiers. Pour donner une idée de ce que représente ce désarmement par rapport à nos besoins de défense, songeons que la suède maintient une force de 60,500 réguliers et un nombre de réservistes 50 fois supérieur à celui du Québec avec une population à peu près égale à la nôtre. La capacité de défense du territoire Québécois dans l'état actuel où le maintient la politique d'Ottawa est donc minime. Ce qui ne règle pas entièrement le problème d'Ottawa, car les Québécois, malgré leur petit nombre de 20% des effectifs, forment encore pas loin du tiers de l'armée de terre, à cause de la surreprésentation des anglophones dans les autres secteurs, soit la marine et l'aviation. Malgré cet avantage défensif, les Québécois ne sont toutefois pas en mesure de constituer une force rapide de dissuasion en cas de rupture au sein de l'armée. (À moyen terme, c'est une autre histoire, mais notre analyse porte uniquement sur le présent.) Aussi peut-on dire qu'aujourd'hui, l'armée canadienne n'a réussi, au mieux, qu'à amenuiser le problème Québécois dans son propre dispositif.
LA POLITIQUE
Ce qui veut dire que l'option militaire est plus applicable qu'à l'époque de Meech ou de René Lévesque pour régler le problème Québécois. Le gouvernement fédéral aura-t-il l'intention de s'en servir ? Ici, on entre dans la sphère politique. C'est un terrain qui n'est facile pour personne mais force est de reconnaître que le fédéral utilise des moyens d'action contre lesquels les Québécois n'ont pas jugé bon, pour l'instant, de riposter.
On sait que le fédéral alimente le mouvement partitionniste de ses espoirs. Il endosse ses positions et, probablement, le finance de façon souterraine (ex : les 4.3 millions de dollars offerts au groupe Option-Canada par le ministère du Patrimoine Canadien lors du référendum de 1995). De plus, Ottawa regarnit la caisse d'Alliance-Québec, sous prétexte d'aide aux minorités linguistiques. Pour couronner le tout, il peut orchestrer quand il le veut des campagnes de provocation via le Service Canadien de Renseignement et de Sécurité, qui dispose, à Montréal d'un personnel de 210 employés. Pour vous donner une idée de la valeur de cette C.I.A. pro-Canada, mentionnons simplement que le bureau de Montréal est dirigé par un ancien de la G.R.C., accusé de vol de dynamite, à l'époque de l'enquête McDonald, aux fins de mettre sur pied un faux F.L.Q.
LE PLAN "B"
Dans une conférence donnée devant l'association d'histoire politique à l'automne 97, le journaliste Ray Conlogue faisait un portrait de l'opinion publique canadienne-anglaise et à une question sur la mise en action du fameux plan "B" aboutit à la conclusion que non seulement le plan "b " serait appliqué, mais qu'il y avait sûrement un plan "C" et un plan "D". Tout ceci, parce que le Canada Anglais ne peut se résoudre à ce qu'il perçoit comme la dislocation de "son pays". Souvenons-nous des mises en garde de Stéphane Dion qui propose l'utilisation de l'armée pour protéger des citoyens "canadiens" voulant rester "canadiens" après un vote démocratique sur l'indépendance. Une variante de ce scénario serait que le fédéral veuille protéger ses installations au Québec. Il faut anticiper toutefois qu'Ottawa n'attendra pas un vote sur la souveraineté pour jouer cette carte. On peut anticiper le scénario d'une situation chaotique, impliquant des partitionnistes et des orangistes, qui obligeraient l'envoi de l'armée pour empêcher des affrontements de rue, bref, pour arbitrer un conflit civil tel celui d'Oka en 90. C'est à peu près ainsi que l'armée britannique est entrée en Irlande du Nord dans les années 70 pour "arbitrer" le conflit entre loyalistes et Républicains et rétablir l'autorité de l'État colonial. On sait qu'elle n'a pas quitté l'Irlande depuis et à la lumière de l'enquête de Roger Faligot (Auteur de "Guerre spéciale en Europe"), on sait que l'armée britannique y a mené ce qu'on appelle une "guerre sale ".
LES LIMITES DE L'INTERVENTION
Pour spectaculaires qu'ils soient, ces scénarios ne sont pas les plus inquiétants. Car si l'armée se déploie au Québec dans le cadre fédéral actuel et dans sa composante présente, elle creuse en quelque sorte sa propre tombe. L'épée ayant toujours deux tranchants, il se passe que les événements d'Oka et même les catastrophes naturelles du Saguenay et de janvier 98, ont fait prendre conscience aux Québécois qu'ils avaient peut-être besoin d'une armée. Ce qui n'est pas évident au premier abord dans l'orthodoxie péquiste.
Deuxièmement, les soldats du contingent Québécois, en fraternisant avec la population, développent l'idée que leur rôle est de protéger la dite population. Or souvenons-nous que la mission fondamentale de l'armée en est une de préservation de l'état. Comment donc, à la fois, réprimer un mouvement populaire et protéger la veuve et l'orphelin ? Le réflexe de l'armée sera toujours de déplacer le pouvoir vers elle et, dans les situations confuses, elle saura tirer son épingle du jeu. Mais on a vu, dans la fameuse "crise du verglas", le pouvoir se déplacer radicalement vers Québec, et même si l'armée a joui d'une estime populaire sans précédent, elle a contribué à ce déplacement du pouvoir. Ottawa est apparu comme un pouvoir parasitaire et le contingent Québécois de l'armée a vécu une sorte de symbiose avec la population. La catastrophe de janvier 98 est devenue extrêmement politique sans qu'on s'en aperçoive. Au Canada Anglais, le désespoir de constater que Québec gérait la crise et non Ottawa n'a pas cessé d'alimenter les médias. Heureusement qu'il y a eu l'armée pour sauver l'image du Canada, clamait leurs chroniqueurs. Le Canada voit encore l'armée comme "Sa Chose" ! Ça peut l'amener à commettre des erreurs graves.
LE VÉRITABLE DANGER
Si le Canada Anglais décide d'empêcher l'indépendance, il oblige l'armée à un choix tragique et à peine imaginable. Celui d'un plan que les militaires redoutent de mettre en place, mais dont nous pouvons être surs qu'ils l'ont envisagé : celui d'une répression interne résultant d'un fractionnement de l'armée en deux composantes nationales, ce qui suppose un conflit rendu à éclosion entre le Québec et le Canada Anglais. La question se pose ainsi : la Canada anglais et, par conséquent, son armée acceptent-ils ou refusent-ils l'émancipation des Québécois ? Pour bien répondre à cette question il faut se demander si l'indépendance du Québec représente un péril extrême pour la survie de leur nation ?
Ceux qui seraient tentés de répondre non ne doivent pas oublier que le Canada n'a jamais refusé de s'engager militairement chaque fois que l'empire britannique était menacé, pourquoi cet état refuserait-il de s'engager si sa survie même était en jeu ? Ceux qui auront eu le courage de répondre à ces trois questions ne doivent pas d'abord s'inquiéter pour eux-mêmes, mais pour les Québécois qui oeuvrent au sein des forces armées. Lorsque l'heure des choix reviendra, il convient de se remettre en mémoire la leçon du Chili énoncée précédemment. Aux premières heures du coup d'état de Pinochet, ce ne sont pas les ouvriers ou les militants politiques qui ont été frappés en premier mais les officiers et les militaires fidèles à la Constitution démocratique du Chili. Un tel coup d'état ne peut avoir lieu sans une épuration au sein de l'armée, une nuit des longs couteaux. Ce n'est certes pas l'image que l'on se fait de l'armée canadienne, mais un problème de base demeure : pour empêcher l'indépendance du Québec, si l'armée doit intervenir brutalement, elle doit d'abord désarmer les militaires Québécois (sauf les fédéralistes loyaux). Elle l'a fait en 1970. Pourra-t-elle le faire encore ? Toutes ces questions sont préoccupantes mais elles le sont surtout parce que le mouvement indépendantiste n'a pas réfléchi et agi de façon conséquente. S'imaginer que l'indépendance se fera par une proposition de partenariat, c'est mal connaître l'adversaire mais c'est aussi préparer la voie à l'échec, à la répression pour ainsi dire.
LA VOIE DÉMOCRATIQUE
Il n'y a pas 36 solutions pour amener le fédéral à renoncer à la force. Il faut lui démontrer que cela ne marchera pas. Il faut ni plus ni moins se préparer en conséquence et être prêts à l'imprévisible (qui l'est si peu pourtant). Il existe trois conditions pour éviter un conflit Québec-Canada.
• Une fermeté politique :
Il faut un consensus national sur la nécessité de défendre la démocratie. A ceux qui croient que se diviser sur la question de l'indépendance favorise la paix, il faut pouvoir démontrer qu'un vote de peur favorise la hardiesse dans le camp du Canada Anglais. Il faut donc cesser d'aligner son action sur le fameux vote mou, mais radicaliser le discours. La bataille de l'information est donc essentielle.
• Une légitimité indiscutable :
Il faut que la force d'idée d'indépendance atteigne un tel degré de contamination que les militaires Québécois au sein de l'armée canadienne sentent que leur allégeance ne saurait être que Québécoise. Il faut que d'instinct, ils refusent de se laisser désarmer. Cela suppose un intense travail politique et un encadrement approprié le moment venu (plus une solde). Une volonté claire d'émancipation nationale et une campagne populaire victorieuse sont des éléments essentiels à ce passage d'état provincial à un état national caractérisé par la constitution d'une armée (la bataille de l'information est encore là fondamentale).
• Une politique militaire dissuasive :
Il s'agit d'abord de réfléchir à voix haute sur la nécessité d'une armée nationale, sur sa nature, sur son rôle au sein de la nation. Il faut techniquement préparer sa mise en place avant un vote définitif sur l'indépendance. Sinon, la stratégie de la peur d'Ottawa jouera sans mesure. Il faut donc se doter d'une structure de commandement préparatoire, de comités de recherche et surtout mettre sur pied une agence de renseignement propre à faire échec à des manipulations extérieures. Dans le même ordre d'idées, il faut se donner les moyens de régler nous-mêmes nos problèmes intérieurs pour enlever à Ottawa l'envie de venir ici en sauveur de la paix, selon les scénarios plus guillerets qui ont été énoncés précédemment. Dans cette préparation à l'indépendance, il ne faut pas oublier qu'Ottawa a délibérément affaibli le Québec militairement et que même si on rallie efficacement les militaires Québécois, ce ne sera pas suffisant pour intimider Ottawa. La seule façon de déjouer une telle politique, c'est de faire de la défense la priorité absolue dans l'agenda de l'indépendance. On peut aller plus loin dans l'élaboration de mesures dissuasives mais il faut d'abord se demander si toutes les initiatives doivent venir de l'état Québécois.
LE NOUVEAU RAPPORT ENTRE L'ARMÉE ET LA NATION
Lorsqu'on voit le rôle de l'armée dans la répression des luttes populaires, on perçoit le haut-le-coeur que ressentent plusieurs militants à l'idée d'avoir à nous doter nous-mêmes d'une armée. A cela, il faut répondre qu'il n'existe pas de nation sans armée ! Renoncer à la lutte nationale ne réglerait rien, car ce ne serait pas renoncer à l'armée, au contraire, mais accepter celle de la nation dominante. Il existe plusieurs modèles d'états démocratiques où l'armée revêt une composante populaire, c'est à ces modèles qu'il faut songer et à voix haute, faut-il le redire ? Une armée syndiquée, ça existe en Finlande, et la Finlande a su préserver son indépendance en 1941 contre la puissante armée soviétique.
Il faut donc une réflexion large sur ce sujet, ne serait-ce que pour ne pas hériter de tous les problèmes de l'armée canadienne, armée de métier formée sur le calque de l'armée britannique et influencée maintenant par le machisme américain, le modèle GI. Tout le contraire d'une armée de citoyens.
SINON LA RÉSISTANCE
Mais réfléchir à haute voix ne suffit pas. L'état Québécois devra se donner les moyens de l'indépendance avant l’indépendance. Si l'état Québécois n'arrivait pas à soutenir le choc d'un conflit avec Ottawa, nous devrons alors recommencer la lutte sur de nouvelles bases et rétablir la liberté Québécoise. Cela voudrait dire qu'alors, il serait extrêmement moral de prendre les armes et d'entamer une guerre de libération basée sur les principes de la guerre populaire.
NÉANMOINS
Il demeure qu'Ottawa se prépare. Son but : Vaincre ! Sa volonté exige l'abaissement de la nôtre. Seule une plus grande volonté peut venir à bout de la sienne. S'il faisait l'erreur d'envisager l'option militaire, il faut qu'il sache que nous avons aussi cet atout et que sur notre territoire, il n'aura pas le dernier mot. Par ce fait, il sera moins enclin à commettre cette erreur. Les exemples historiques sont abondants de petits peuples organisés (comme la Suède), qui ont défait des puissances autrement plus coriaces que le Dominion du Canada. Qui sait, ici, que le Québec peut mobiliser et équiper un demi million d'hommes valides et qu'il a des caractéristiques de défense supérieures à la Suisse ? Si nous sommes sérieux, nous devons aborder ces questions de front. Si nous avons peur des mots, simplement, comment ferons-nous devant les faits? Il est de notre responsabilité de préserver l'espace démocratique acquis par deux cent trente- neuf ans de luttes politiques. L'heure est peut-être venue d'afficher un certain courage ! Actuellement nous sommes désarmés et à la merci du moindre vent. Rien ne nous oblige cependant à être désarmés jusque dans nos cerveaux. Si Ottawa en vient à nous menacer d'une intervention militaire, la moindre des choses, c'est de s'y préparer. Tout en sachant que rien ne remplace la bataille politique, car ce que veut l'adversaire, c'est empoisonner l'atmosphère, nous dégoûter de la lutte pour l'indépendance. Rien ne peut remplacer notre volonté de vaincre, elle est le fer de l'épée, l'arme principale de notre combat. L'armée d'un état usurpateur ne peut rien contre la volonté d'un peuple ! Vérité simple, mais vérité tout de même !
Il est certain que, pour l'heure, nous en sommes à couler des jours sereins sous une apparence de liberté démocratique. Tant que nous discutons de santé et de questions provinciales, le problème de l'encerclement d'Ottawa ne se pose pas.
Mais tôt ou tard, le Québec et le Canada anglais arriveront au point de rupture. Il ne faut pas que l'atmosphère du moment nous fasse oublier l'essentiel : deux nations se battent pour leur existence. Pouvons-nous convaincre l'autre nation de nous laisser vivre si elle ne voit dans notre libération que sa propre mort ? Toute la démarche souverainiste, depuis René Lévesque, vise à calmer cette angoisse du Canada Anglais. Peine perdue. La paranoïa demeure. Il reste que le Canada britannique a échoué à englober et assimiler les Québécois. Par ce fait, nous n'avons d'autre choix que de vivre et de défendre cette existence.
René Boulanger
(Texte de 1999 trouvé sur le site de la Milice Patriotique Québecquoise)
Écrit par SG (Webmaster) dans Amérique du Nord, Milices, Patria | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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