mardi, 30 octobre 2007
Ekranoplane : histoire du "monstre de la Caspienne"
Les Ékranoplanes soviétiques sont apparus pendant la guerre froide. En effet, durant cette période, les deux super-puissances, États-Unis et Union soviétique, essaient par tous les moyens, dans ce domaine comme dans d'autres, de prendre une avance technologique sur l'autre. Au début des années 1950, Rotislav Alekseiev ingénieur soviétique imagine un nouveau type d'appareil : un bateau capable de s'envoler. Il demande alors des crédits, qui lui sont accordés par Nikita Khrouchtchev.
Pour concevoir la meilleure forme, l'ingénieur réalise des centaines de modèles réduits en papier mâché d'un mètre pour les tester de manière empirique. Il les lance (à l'aide d'un toboggan) juste au-dessus de l'eau ; ce fut le plus stable qui fut développé.
Après la construction de divers prototypes, le modèle KM (Каспийский монстр) surnommé Monstre de la Caspienne est construit en 1966. L'avion fait 100 mètres de long pour 550 tonnes, et est propulsé par 10 moteurs à 3 mètres au-dessus de l'eau. Il s'écrasera en 1980.
En 1972, un nouvel avion est créé, l'Orlyonok (Орлёнок signifie "aiglon" en russe). Il fait 58 m de long, et sa masse plus faible que celle du Monstre de la Caspienne (125 tonnes) lui permet de voler jusqu'à 300 m d'altitude. Il est destiné à des missions d'assaut. Il fut construit à 4 exemplaires, avec un dernier vol en 1993.
En 1980, le Lun (Лунь signifie "le Chat-Huant") apparaît. Sa mission est de transporter et de lancer des bombes nucléaires. Cet avion de 74 mètres est le seul de son espèce, les restrictions budgétaires subies par l'armée soviétique ont mis un coup d'arrêt au programme.
À la suite de l'accident du sous-marin Komsomolets qui fît 42 morts, l'URSS commence à construire en 1989 le Spasatel (ou Cпасатель, "le sauveur"). D'une capacité de 500 personnes, il était destiné à être un hôpital volant pour les équipages de sous-marins ou de navires. Mais il ne fut jamais terminé. Contrairement aux modèles précédents, sa carcasse est encore conservée au fond d'un hangar.
Autre précurseur : la société RFB (Rhein-Flugzeugbau), soutenue par VFW-Fokker construisit à la fin des années 60 le X-113, un prototype expérimental d'avion à effet de sol dessiné par l'aérodynamicien allemand Alexander Lippisch.
Pour voler, ces appareils utilisent l'effet de sol. Légère différence avec les avions classiques dont la portance vient principalement de la dépression à l'extrados du profil, l'ékranoplane bénéficie d'une pression supplémentaire à l'intrados, appelé abusivement coussin d'air. Les engins à coussin d'air (aéroglisseurs, navires à effet de surface) n'ont pas d'ailes, et leur portance (aérostatique) vient uniquement d'une pression relative positive générée dans une enceinte plus ou moins close par une soufflante motorisée. Un ékranoplane est tout simplement un avion, à portance aérodynamique, dont la voilure à faible allongement est spécialement conçue pour voler en effet de sol. Si l'avion vole à basse hauteur au-dessus de l'eau ou du sol, la portance est légèrement augmentée et la déflexion est empêchée par la proximité du sol ; l'angle d'attaque est réduit, ce qui réduit la traînée induite par la portance.L'ékranoplane possède une voilure spécifique. En effet, à l'inverse des autres avions qui ont des ailes longues pour diminuer autant que possible la traînée induite, les ékranoplanes ont des ailes à faible allongement, la traînée induite restant faible tant que l'avion vole au ras de la surface. L'avion consomme alors moins de carburant. Dés que l'ékranoplane prend de l'altitude (si sa motorisation le permet), l'effet de sol disparaît et la traînée augmente.
La proximité de la surface rend le pilotage dangereux si l'avion est instable en tangage (tendance à cabrer ou à piquer). Un avion à effet de sol présente obligatoirement au minimum deux surfaces portantes nettement différenciées. Il trouve sa stabilité dans la différence des pentes de portance (variation de portance avec l'incidence) de ces deux surfaces. L'aile avant qui porte la majorité du poids est au ras de l'eau, en effet de sol. Sa pente de portance diminue fortement si l'avion monte, par diminution de l'allongement effectif. L'aile arrière est moins chargée et à plus grand allongement ; elle doit être disposée nettement plus haut, quasiment en dehors de l'effet de sol. Sa pente de portance est alors quasi constante, indépendante de l'altitude. Si l'avion monte, l'aile avant perd une partie de sa portance, mais pas l'aile arrière. L'avion pique un peu du nez, et redescend à son altitude initiale. Si l'avion descend, l'effet de sol augmente, l'aile avant porte plus, mais l'aile arrière ne porte pas plus. L'avion cabre un peu, et reprend son altitude initiale.
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L'Azerbaïdjan doit être prêt à libérer ses territoires occupés par les armes
L'Azerbaïdjan doit être prêt à libérer par les armes ses territoires nationaux occupés par l'Arménie, a déclaré mardi le président azerbaïdjanais Ilham Aliev lors de la cérémonie d'inauguration d'un centre de formation des personnels du Service national spécial de gardiennage.
"L'occupation continue d'une partie de nos territoires oblige l'Azerbaïdjan à prendre les dispositions nécessaires afin de les libérer à tout moment par les armes", a affirmé M. Aliev.
"Nous devons être prêts en permanence à la guerre, car il n'existe pas de traité de paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie : les deux pays n'ont conclu qu'un armistice",a-t-il ajouté.
Selon lui, les autorités azerbaïdjanaises envisagent de créer un puissant complexe militaro-industriel. "Après cela, l'édification des forces armées se déroulera à un rythme encore plus rapide", a souligné le président.
Il a indiqué que les crédits affectés à la défense en 2008 atteindraient 1,3 milliard de dollars. "C'est une somme très importante qui permettra de régler toutes les questions relatives à l'édification de nos forces armées", estime M. Aliev.
Il a hautement apprécié les efforts déployés par le Service national de gardiennage pour assurer la sécurité du pays, dont celle du chef de l'Etat, et pour protéger les pipelines.
"Durant toutes les années d'existence de nos pipelines d'exportation, ils n'ont jamais été menacés. Et ce, malgré le fait que dans d'autres pays, ils ont été l'objet de différents incidents, dont des vols et des attentats terroristes. Je suis convaincu qu'à l'avenir, l'infrastructure d'exportation, qui a une grande importance pour notre pays, restera hautement sécurisée", a conclu le président azerbaïdjanais.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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Cinq questions posées par une intervention turque
L’imbroglio turco-kurde pose de délicats problèmes de principe que passe en revue l’ancien Premier ministre russe Evgueni Primakov. Lequel ne cache pas sa perplexité.
Première question. Une éventuelle action militaire turque – dont les conséquences seraient indéniablement négatives – aurait pour but d’écraser le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit, qui mène des opérations contre la Turquie. Le Premier ministre turc, M. Erdogan, évoquant l’opération dirigée contre les rebelles kurdes, a déclaré qu’aucune des éventuelles répercussions d’une intrusion de son pays en Irak ne l’arrêterait : “Quel que soit le prix à payer, nous le paierons." Peut-on dès lors reconnaître le droit de la Turquie à mener, au-delà de ses frontières, des actions militaires contre des forces qui emploient des méthodes terroristes ?
Deuxième question. Durant de nombreuses années, Ankara a conduit une politique d’assimilation de la population kurde. Les Kurdes étaient même appelés “Turcs des montagnes”, une formule qui niait leur spécificité. A l’heure actuelle, la politique à leur égard a changé, mais les événements montrent que cela ne suffit pas à mettre un terme à leur volonté d’autodétermination. Ankara se prononce contre toute forme d’autonomie des Kurdes, défendant le principe d’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi le caractère unitaire de l’Etat turc. L’un des arguments mis en avant est le danger d’encourager les Kurdes au séparatisme si l’autonomie leur était accordée. Face à ces oppositions, faut-il soutenir Ankara dans son attitude sur la question kurde ? Peut-être serait-il possible de prendre parti pour l’intégrité territoriale de la Turquie tout en se prononçant pour le droit des Kurdes de Turquie à l’autodétermination ?
Troisième question. L’intégrité territoriale de l’Irak est déjà en jeu. La majorité de la population veut un Etat unitaire, ainsi que tous les pays voisins. Par ailleurs, on sait très bien que les Kurdes d’Irak ont passé des décennies à lutter pour leur autodétermination nationale. Jusqu’à l’intervention américaine, en 2003, la solution qui prévalait était celle d’un renforcement de l’autonomie des Kurdes au sein de l’Irak. Aujourd’hui, la balance penche vers la création d’un Etat kurde indépendant qui pourrait accueillir, outre les Kurdes d’Irak, ceux de Turquie, d’Iran et de Syrie. Selon diverses statistiques, ces quatre pays abriteraient 20 millions à 30 millions de Kurdes. Alors, malgré toute l'importance que l’on accorde à la préservation de l’intégrité territoriale de l’Irak, est-il justifié de rejeter les aspirations du peuple kurde et de l’empêcher de créer son propre Etat ?
Quatrième question. La commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants du Congrès américain a voté une résolution qui reconnaît le génocide perpétré par l’Empire ottoman contre les Arméniens. La secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et le ministre de la Défense Robert Gates ont lancé un appel commun à ne pas proposer cette résolution au vote. George W. Bush lui-même a appelé à ce qu’elle ne soit pas adoptée. Cette décision, qui a soulevé l’indignation des Turcs, semble bien avoir levé l’obstacle qui empêchait Erdogan de mettre en pratique ses menaces d’entrer en territoire irakien. Que penser des résolutions parlementaires qui jugent le passé sans se préoccuper de rechercher la réconciliation des peuples pour le présent et dans l’avenir ?
Enfin, une cinquième question. Environ 70 % de tout ce dont ont besoin les troupes américaines d’occupation en Irak transite par la Turquie. C’est sans doute l’une des raisons de la grande inquiétude des Etats-Unis vis-à-vis de la tournure prise par les événements. Des émissaires américains se sont rendus à Ankara, mais cela n’a pas permis de résoudre le problème de l’intrusion des troupes turques en Irak. Il est possible que cela pousse Washington à annoncer un plan de retrait de ses troupes d’Irak. Mais est-ce une raison pour soutenir les actions des Turcs ?
Pour être honnête, j’avoue ne pas trop savoir quoi répondre à toutes ces questions.
Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL
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Génocide arménien : la difficulté de trouver une position pour Washington
Il y a 92 ans, le "jeune régime turc" ordonnait l’exécution de leaders et intellectuels arméniens, et les soldats turcs forcèrent la population arménienne à traverser le désert, où plus d’un million d’entre eux mourra de privations ou par baïonnette en essayant de se rebeller.
Cette horreur aida Raphaël Lemkin, un juif polonais, à inventer le terme "génocide", qui se définit non pas par l’extermination d’un groupe entier de population, mais plutôt par un effort constant de détruire ce groupe. Lemkin voulait que le terme –et le point de droit international qui s’en dégagea- dépasse la notion ethnique pour s’appliquer plus largement à un groupe. Sinon, il craignait que le monde attendit la disparition d’un groupe entier de population pour réagir.
Mais ce mois-ci à Washington, ces faits historiques – qui concernent des évènements survenus sur un autre continent le siècle dernier – suscitent une controverse parmi nos hommes politiques, comme s’ils s’étaient déroulés récemment et sur notre sol. L’enjeu, évidemment, est de savoir si la Chambre des Représentants doit offenser la Turquie en votant une résolution condamnant le "génocide arménien" de 1915.
Tous les protagonistes jouent le rôle qu’ils jouent depuis des décennies. Le général turc Yasar Buyukanit a averti que si la Chambre votait un tel texte, "nos liens militaires avec les Etats-Unis ne seront jamais plus les mêmes". Ayant reconnu le génocide lors de la campagne présidentielle, le Président Bush a cependant suivi les positions de ses prédécesseurs au bureau ovale, utilisant l’euphémisme de "souffrance tragique" subie par les arméniens, et expliquant aux diplomates et militaires qu’une telle résolution endommagerait sérieusement la relation indispensable des USA avec la Turquie. Au Congrès, les représentants de quartiers peuplés d’arméniens soutiennent le projet de résolution quand ceux qui sont proches du Président ou du Pentagone ne le font pas. La pression officielle a conduit un certain nombre de supporters du projet à se retirer.
Un élément change pourtant par rapport à ce que nous connaissons depuis des décennies : les menaces turques ont plus de crédibilité aujourd’hui que dans le passé. C’est vrai en particulier à cause de la guerre en Irak et de l’importance stratégique prise par la Turquie vis-à-vis de Washington. Près de 70% des avions américains transitent par la Turquie, ainsi que le tiers du carburant utilisé par les troupes US. Cela dit, même si la Turquie réagit négativement sur le court-terme, la reconnaissance du génocide est une bonne chose, et ce pour 4 raisons.
D’abord, elle dit la vérité, et les Etats-Unis seraient le 24ème pays à reconnaître ce fait officiellement. En pesant contre la résolution, George W. Bush n’a pas hésité à contredire les faits. Une administration qui a montré si peu de considération pour la vérité demande donc ouvertement au Congrès de la rejoindre dans son déni d’honnêteté. Il aurait été inconcevable que lorsque les Etats-Unis se sont alliés à l’Allemagne de l’Ouest contre l’URSS, Washington n’ait pas condamné l’holocauste.
Ensuite, plus le temps passe, plus l’ampleur de l’éventuel conflit augmente dans le cadre d’une relation bénéfique avec la Turquie. Beaucoup de dirigeants américains (et même d’officiels turcs) admettent en privé souhaiter que les Etats-Unis aient reconnu le génocide il y a des années. Les survivants arméniens sont en train de disparaître, mais leurs descendants continuent le combat. Le dynamisme et la volonté de la diaspora arménienne augmentent au lieu de diminuer.
De plus, l’apport américain à la Turquie est beaucoup plus important que l’inverse. En effet, les USA ont fait entrer la Turquie dans l’OTAN, financent son armée et soutiennent sa candidature à l’entrée dans l’Union Européenne. Washington a récompensé la Turquie en lui décernant le titre de "nation la plus favorisée", résultat d’un volume d’échanges de 7 milliards de dollars annuels, et de 2 milliards d’IDE américains. Seuls Israël et l’Egypte dépassent la Turquie dans le montant de l’aide américaine.
Enfin, et malgré toute l’aide fournie par Ankara lors de l’invasion américaine en Irak, la Turquie a rejeté la demande américaine d’utiliser certaines de ses bases pour lancer cette invasion, et a également ignoré les protestations américaines en massant 60.000 soldats à la frontière irakienne en prévision d’une probable attaque du Kurdistan irakien. Autrement dit, alors que la Turquie invoque la résolution sur le génocide pour ignorer les demandes américaines, on voit bien qu’elle a un long passé dans la négation des requêtes de Washington quand cela l’arrange.
Pour revenir en 1915, quand Henry Morgenthau, alors ambassadeur américain en Turquie, protesta face aux atrocités commises contre le peuple arménien auprès du Ministre turc de l’Intérieur, celui-ci fut surpris : "Pourquoi êtes-vous si intéressés par les arméniens ? Nous traitons correctement les américains". Alors qu’il est indispensable de s’assurer que la Turquie continue à "traiter correctement les américains", une relation stable et constructive pour le XXIème siècle ne peut être basée sur un mensonge.
Samantha POWER
TIME MAGAZINE (26 oct 2007)
Traduction : Benjamin LALANNE
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Un expert polonais met en garde contre la glorification des indépendantistes ukrainiens
La glorification des membres de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) aura un effet négatif sur les relations polono-ukrainiennes, a confié à RIA Novosti l'analyste et commentateur politique polonais Ireneusz Krzeminski.
"Certaines démarches des responsables politiques ukrainiens (célébration de l'anniversaire de la création de l'UPA et glorification de ses membres) ne manquent pas de nous inquiéter, car elles ne contribuent sûrement pas au dialogue polono-ukrainien", a déclaré M. Krzeminski.
"Certes, nous pouvons comprendre et expliquer les actes de l'UPA. Ce fut une tentative de libérer l'Ukraine et d'en faire un Etat indépendant, mais nous ne devons pas non plus oublier les méthodes affreuses utilisées à cet effet", a-t-il ajouté.
L'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) a été créée le 16 octobre 1942 sur décision des dirigeants de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). Durant la Seconde guerre mondiale, l'UPA a opéré essentiellement en Ukraine occidentale, se battant d'abord contre les nazis et après 1944 contre les troupes soviétiques et l'armée polonaise (dans les régions de Pologne peuplées par des Ukrainiens).
En 2007, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a signé un décret stipulant la célébration nationale de l'anniversaire de la création de l'UPA. En outre, il a proclamé à titre posthume le chef de l'UPA Roman Choukhevitch Héros de l'Ukraine.
La question de savoir s'il faut ou non accorder aux anciens de l'UPA le même statut qu'aux combattants de la Grande guerre patriotique fait toujours l'objet de discussion en Ukraine. L'idée de leur accorder les mêmes droits est soutenue par le président Iouchtchenko dont le père à combattu au sein de l'Armée soviétique et a été interné pendant la guerre dans un camp de concentration allemand.
Sans attendre les instructions des autorités centrales, les dirigeants régionaux de l'Ukraine occidentale ont de fait accordé aux anciens membres de l'UPA les mêmes droits et avantages sociaux qu'aux autres combattants de la Seconde guerre mondiale.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UPA, Ukraine, Pologne |
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lundi, 29 octobre 2007
Les grands travaux de la défense française
Comme en 1972 et 1994, les grandes orientations de la défense et de la sécurité nationale font l'objet d'une large concertation avant d'être synthétisées dans un Livre blanc. L'exercice est en cours et Jean-Claude Mallet, qui supervise pour la seconde fois les travaux, décrypte les changements intervenus dans la philosophie de défense française depuis 14 ans.
LE MONDE : Si l'on admet que la réponse aux crises doit être multinationale, n'est-il pas paradoxal d'envisager la défense uniquement sous l'angle national ? Ne pouvait-on envisager une réponse européenne ?
J.-C. MALLET : Je voudrais dissiper une ambiguïté : quand on parle de "sécurité nationale", cela ne veut pas dire que nous limitons notre vision. La question de passer à une approche de sécurité européenne a été envisagée et débattue, comme avant le Livre blanc de 1994. Mais il nous a semblé qu'il y avait d'abord un besoin d'organiser un débat national. De plus, il était difficile de démarrer un exercice de Livre blanc européen sans savoir si nos partenaires l'auraient soutenu ou encouragé. Mais il a été décidé de mettre en place des mécanismes de concertation avec eux. Nous avons, d'autre part, organisé des auditions publiques auxquelles sont invitées des nombreuses personnalités européennes. Notre but est de dépasser une vision purement française de la politique de défense.
Le Livre blanc de 1994 était très marqué par les années post-guerre froide. Est-ce que les armées sont encore influencées par cet état d'esprit ?
Oui, mais en partie seulement, parce qu'il ne faut pas oublier que depuis, il y a eu la réforme des armées, la professionnalisation et deux lois de programmation, en 1995 et 2006. Il est vrai que le cadre général sur la vision à 15 ans n'a pas été modifié, et que cela manque. La France élabore un Livre blanc à peu près tous les 15 ans, alors que nous aurions besoin d'une actualisation régulière de notre vision prospective. Nous allons probablement suggérer au président de la République qu'il y ait un exercice de cadrage de ce genre tous les 5 ou 6 ans.
La différence essentielle par rapport à 1994 est qu'il s'agit cette fois de défense et de sécurité. Or les militaires soulignent volontiers que la sécurité intérieure, ce n'est pas leur vocation ...
Ce à quoi nous nous intéressons, ce sont les grands risques, qui visent le fonctionnement des pouvoirs publics et de la société française, la protection des citoyens en tant que nation. Voilà ce que recouvre la terminologie de "sécurité nationale", qui recoupe la notion anglaise de national security. L'idée est qu'en évoquant cette notion de "sécurité nationale", on pousse les administrations à dépasser les schémas traditionnels, très verticaux, d'organisation de l'Etat, qui n'incitent pas au décloisonnement. Mais il n'est pas question de diluer la mission de défense des militaires.
Ne craignez-vous pas de bouleverser l'organisation des armées françaises par simple vertu du changement ?
Tous les acteurs et commentateurs de la politique de défense française ont estimé indispensable qu'il y ait une sorte de remise à plat, et aussi un temps de réflexion sur ce qu'elle doit être à l'avenir. En particulier parce qu'il risque d'y avoir un décalage croissant entre ce qui est affiché comme missions et ambitions et ce qui relève de la réalité quotidienne et financière. Notre travail est aussi une mise en cohérence entre les ambitions et les moyens. Je précise que nous ne sommes pas une commission de sages qui va rendre un rapport, et advienne que pourra. Nous travaillons pour le président de la République à la définition d'une nouvelle doctrine de défense et de sécurité nationale globale.
Les militaires soulignent que pour avoir une politique de la défense qui réussisse, il faut de la stabilité...
Il est évident que nous ne partons pas de rien. Nous avons la consigne d'examiner toutes les questions sans tabou, mais cela ne veut pas dire que nous n'avons pas de termes de référence. Il s'agit donc de donner à l'armée des assurances sur son avenir, sur les missions qu'elle reçoit du pouvoir politique, sur la relation qu'elle va entretenir avec le pays. Avec une réflexion sur le moyen et long terme, et la prise en compte aussi précise que possible de la dimension financière de cette politique de défense. A partir du moment où on annonce une remise à plat pour favoriser une nouvelle cohérence, il est normal qu'il y ait un peu d'inquiétude. Mais il y a aussi une espérance et une attente. Que peuvent attendre les Français de leur outil de défense ? Que nos capacités permettent d'anticiper les risques auxquels la population peut être confrontée, et que la réaction des forces armées ou de sécurité publique soit à la hauteur de l'investissement du pays.
Vous avez souhaité que la stratégie de défense soit "compréhensible". En quoi ne l'est-elle pas, et quels sont les tabous que vous voulez surmonter ?
Dans toute organisation humaine, très vite, le langage se rigidifie, devient un langage codé pour spécialistes. L'emploi de ce vocabulaire, ou de cette doctrine, échappe ainsi à la sphère de compréhension générale de notre société, laquelle va avoir du mal à en percevoir la pertinence et la légitimité. Il faut que nous ayons un langage simple et clair pour nos concitoyens, parce que c'est nécessaire pour conforter la relation entre les armées et le pays. La politique de défense et de sécurité nationale doit reposer sur des concepts accessibles à tous.
Quand on parle aux militaires du lien armée-nation, ils sont un peu surpris, parce que pour eux, il n'y a pas tellement de difficultés à ce sujet...
Il n'est pas inutile, après la professionnalisation, de se poser la question de la relation entre la défense, la politique de sécurité nationale et la société. Il faut trouver les moyens de conforter et d'assurer l'adhésion du pays à cette politique de défense. Cela rejoint les questions de communication : quelle est la stratégie de communication des pouvoirs publics en cas de crise majeure ? Chacun a pu remarquer à quel point les Britanniques ont réagi de manière extraordinairement positive et forte au moment des attentats de Londres : cette capacité à "encaisser" de manière collective est un exemple à suivre.
Faudra-t-il décider si l'armée française doit cesser d'être dimensionnée pour des combats majeurs, pour se concentrer sur des forces moins nombreuses et plus rapidement déployables ?
Nous aurons ce débat, comme nous l'avons eu en 1994. A l'époque, nous étions au pic des opérations de maintien de la paix. La question était de savoir s'il fallait s'orienter vers un modèle d'armée plus léger, une sorte de super-gendarmerie internationale. Ce modèle a été écarté en 1994. Aujourd'hui, il est assez évident que nos sociétés se sentent vulnérables face à toutes sortes de risques, notamment à cause du terrorisme. La définition des moyens de la défense devra tenir compte de cette évolution du contexte international.
Le risque du terrorisme sur le territoire national n'est pas un défi pour les forces armées, c'est une question de renseignement, de forces de police...
En effet, mais le Livre blanc ne s'intéresse pas uniquement aux forces armées au sens classique. Nous devons prendre en compte l'ensemble des données, sur le plan de la prévention et de la réaction. Cela ne veut pas dire que le métier militaire va être profondément chamboulé par cette perspective, mais qu'il faut mieux définir le rôle des armées s'agissant de la protection des populations.
Le Livre blanc doit contribuer à élaborer une nouvelle stratégie européenne de sécurité. Or celle de 2003, une fois réalisée, n'a pas servi à grand-chose...
La différence est que nous aurons un autre traité européen. C'est une opportunité importante pour un rebond de la politique européenne de défense et de sécurité dans le courant de l'année 2008. Il est vrai que l'espace européen s'est élargi, et qu'il faut réfléchir à la stratégie qui conduit nos forces armées à intervenir à l'extérieur. C'est un élément fondamental du travail sur le lien entre l'armée et la nation : comment obtenir l'adhésion du pays, et comment avoir les mécanismes démocratiques qui suscitent cette adhésion ?
Votre commission discutera-t-elle de l'éventuel retour de la France dans la structure intégrée de l'OTAN ?
Elle doit pouvoir en débattre. L'objectif qui a été fixé par le président de la République, c'est que la France devait mener de front la relance de l'Union européenne en matière de défense et la rénovation de sa relation avec l'Alliance atlantique. Tout le monde se focalise sur la question de l'OTAN, mais ma priorité, c'est de voir comment la relance de l'Europe de la défense peut être réalisée, et ensuite d'envisager un rapport décomplexé avec l'OTAN, qui peut éventuellement déboucher sur un rapprochement.
Comment relancer la politique européenne de défense avec des pays européens qui ne veulent faire aucun effort, en tout cas sur le plan budgétaire ?
Nous n'entraînerons pas nos partenaires dans cette relance de l'Europe de la défense si la France ne continue pas elle-même à faire un effort significatif. Après le non au traité européen, nos partenaires ont eu le sentiment que la France n'était plus aussi présente sur le terrain de l'Europe de la défense. Cela ne veut pas dire que tous soient prêts à se rallier à une "Europe-puissance", mais ils ne comprendraient pas que nous ne soyons pas au premier rang. Il faut que nos partenaires aient envie de consacrer les moyens nécessaires à la défense européenne. Elle a besoin de la volonté des Etats, mais elle ne se décrète pas, elle se fait en marchant.
Source du texte : LE MONDE.FR
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Les Italiens "Lagunari" au Liban
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Au 1er janvier 2009, les gendarmes sous tutelle du ministère de l'intérieur
Le secret est bien gardé, mais la date est fixée : le 1er janvier 2009, la gendarmerie changera de tutelle, passant du ministère de la défense à celui de l'intérieur, sans que le statut militaire des quelque 100 000 gendarmes soit pour l'heure remis en question. Cette réforme, voulue par le président de la République, Nicolas Sarkozy, fait l'objet de multiples réunions pour lever les obstacles, en particulier le paiement de la solde des gendarmes qui dépend de l'armée…
"Les discussions sont en cours, mais nous n'avons pas de date précise, réagit Alain Georgis, chef du service de presse des armées (Sirpa). Nous avons l'habitude de travailler avec le ministère de l'intérieur, cela ne nous fait pas peur." Mais les tenants du maintien de la tutelle de la défense sont nombreux. L'important, pour les gendarmes, est de préserver leur statut. Et la concurrence avec la police reste vivace.
En déplacement à Lyon, lundi 22 octobre, la ministre de l'intérieur Michèle Alliot-Marie a profité de sa visite dans les locaux de la police technique et scientifique pour avancer sur ce terrain. Ici, les fichiers nationaux automatisés des empreintes digitales (FNAED) et génétiques (FNAEG) sont déjà communs. Police et gendarmerie ont accès aux mêmes données, 564 344 empreintes génétiques enregistrées et près de 2,7 millions d'empreintes digitales.
PARTAGE DES TERRITOIRES
Cette concentration des technologies de pointe sur des sites uniques sera renforcée. La mutualisation des moyens va se développer, notamment pour l'achat et la maintenance des équipements "particulièrement coûteux", tels que les moyens aériens et nautiques, les véhicules blindés et les fourgons anti-incendie. Les réseaux de transmission seront compatibles. "C'est la moindre des choses", a assuré la ministre.
Demain, cette mutualisation se poursuivra dans un partage des territoires. "Il est nécessaire de repenser la cohérence opérationnelle des forces de sécurité s'agissant de certaines infrastructures placées sous double responsabilité, axes autoroutiers, ports, aéroports, établissements pénitentiaires…", a déclaré Mme Alliot-Marie, ajoutant : "En zone périurbaine, je ne vois pas comment la gendarmerie peut assumer ses missions." Le recrutement et la formation sont aussi concernés. "C'est notamment ce que je veux voir mis en place sur le futur site de Lognes", en Seine-et-Marne, a poursuivi la ministre. La formation des cavaliers et des plongeurs des deux forces de sécurité reviendra à la gendarmerie; celles du renseignement et de la prévention situationnelle, à la police.
Au même moment, un document de travail émanant du ministère du budget circule qui, s'il se traduisait par des décisions, mettrait le feu aux poudres. Dans ce texte non signé, François Mongin, inspecteur des finances, émet plusieurs scénarios dont l'un préconise entre 8 000 et 10 000 suppressions d'emplois entre 2009 et 2011 dans la police et la gendarmerie. Un autre envisage une remise à plat de l'organisation territoriale, moyennant "la fermeture de la moitié" des brigades de gendarmerie.
Ces hypothèses entrent dans le cadre du réexamen des politiques publiques dont le comité de pilotage est mené par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant. Toutefois, tant au ministère de l'intérieur qu'à celui de la défense, les scénarios présentés sont fermement repoussés. A trois mois des élections municipales, ils sont jugés "extrémistes". Une réunion du comité de pilotage est prévue en novembre en présence, cette fois, du chef de l'Etat.
Source du texte : LE MONDE.FR
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jeudi, 25 octobre 2007
Les extrémistes turcs sèment le trouble à Bruxelles
Deux manifestations violentes viennent de se dérouler dans la capitale belge, prenant pour cible des lieux kurdes et arméniens. Un journaliste de Courrier international a également été pris à partie. Mehmet Koksal, que s'est-il passé dimanche ?
Dès la fin de la semaine dernière, il y eut une campagne en Turquie pour les soldats "martyrs", tués dans des combats avec le PKK. Cette campagne a été suivie par les médias turcs en Belgique. Les radios ont remplacé les émissions de divertissement par des émissions spéciales en hommage aux "martyrs", les sites internet ont lancé des appels à la mobilisation. Il serait naïf de croire que tout cela est spontané.
Quelles sont les réactions en Belgique ?
Pour ce qui est de la manifestation, la presse belge a fait des comptes rendus, et les manifestants ont continué leur campagne sur Internet. L'ambassadeur de Turquie a publié un communiqué appelant les jeunes à ne pas céder à la provocation. C'est bizarre, ce sont plutôt eux qui font de la provocation, c'est une autre lecture des faits. Mais je n'ai jamais entendu l'ambasssadeur condamner ce genre d'acte.
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Manfred Rotter critique le principe d'assistance militaire dans l'UE
Le spécialiste du droit international Manfred Rotter constate d'un oeil critique que le nouveau traité européen comporte un accord d'assistance militaire.
"Cette section du traité de réforme élargit le spectre de l'UE, qui outre ses capacités actuelles, devient une alliance défensive." Toutefois, le devoir d'alliance est"toujours dans l'air d'un point de vue institutionnel, parce que la création d'une 'défense européenne commune', sur laquelle la communauté planche depuis bien longtemps, n'est toujours pas d'actualité. Il manque également la possibilité d'influencer les Etats membres qui ont tendance à mener une politique de défense à haut risque dans leur coin, comme par exemple la Pologne et la République tchèque avec le bouclier antimissile américain. (...) Cette clause est d'autant plus énigmatique que 22 des 27 Etats membres de l'UE font partie de l'OTAN et sont donc soumis à un devoir d'alliance envers les 26 (!) membres de l'OTAN ? un fait que l'art. 27 al. 7 souligne explicitement et qui s'est vu accorder une certaine priorité."
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