mercredi, 27 juin 2007
Les Silésiens craignent de perdre leur identité
Le sociologue polonais Marek Szczepanski, de l'Université silésienne de Katowice, regrette dans un entretien réalisé par Aleksandra Klich et Jósef Krzyk les transformations négatives subies par la région de Silésie.
"Chaque Silésien porte un morceau de terre en lui. Si la Silésie survit, ce sera dans le souvenir des hommes. Toutefois, elle disparaîtra si nous ne prenons pas soin des véritables symboles. Toutes les régions frontalières européennes s'efforcent de préserver leur identité, leurs caractéristiques et le meilleur de leur culture frontalière. Mais nous nous débarrassons de ces attributs. Les mines dans lesquelles nous aurions pu construire des musées tombent en ruine, nous avons honte de notre cuisine et de notre folklore régionaux, nous fuyons tout ce qui est local et nous ne prenons pas soin de notre multiculturalisme (...) L'Alsace, la Lorraine et le Tyrol du Sud sont devenus attractifs de par leur situation frontalière, ils ont pris soin d'eux-mêmes. En Silésie, nous nous sommes laissés 'mettre au pas' et gagner par l'uniformisation."
Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL
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Exposition : Furûsiyya, chevaliers en pays d'islam
L’ambition de la collection de la Furusiyya Art Foundation – consacrée aux arts équestres dans l’islam –, dont l’Institut du monde arabe présente aujourd’hui à son public les plus beaux fleurons, consistait prioritairement à l’origine en l’acquisition de pièces anciennes, c’est-à dire antérieures au XVIe siècle. À l’époque, un tel matériel était quasiment inconnu sur le marché de l’art et ne faisait l’objet que de rares mentions dans les revues, les catalogues et les ouvrages spécialisés. Une recherche de tous les instants et des études circonstanciées ont été nécessaires à l’identification des pièces, désormais rassemblées. Il a fallu aussi, parfois, beaucoup de chance… Peu à peu, la prestigieuse collection s’est également ouverte aux pièces plus récentes, souvent admirables ; elle couvre aujourd’hui dix siècles (VIIIe-XVIIIe siècle) de production dans ce domaine.
Quant aux pièces les plus récentes de la collection (XVIIe-XVIIIe siècle), elles gardent la mémoire des modèles antérieurs et viennent témoigner de cela que l’esprit de la chevalerie a perduré bien après que se soit répandu l’usage des armes à feu ; elles se distinguent aussi par leur ornementation raffinée et le recours à des matériaux précieux.
Une telle exposition, outre qu’elle permet au public de découvrir un domaine encore peu connu, consiste à lui faire prendre conscience de la place occupée par les armes, les armures et l’équipage du chevalier dans la production générale des arts de l’islam. Plutôt que mettre en place une présentation par typologie d’armes et d’équipements, le parcours de l’exposition se trouve, bien plutôt, lié à des ensembles thématiques qui sont abordés successivement : formes et techniques de façonnage, les atours du chevalier (du combat à la parade), le recours à la protection divine, l’archerie (comme discipline d’adresse), le harnachement et les techniques de monte, les poignards comme joyaux masculins… Ménageant des ambiances particulières pour chaque ensemble, un soin tout spécial est apporté à la mise en lumière des pièces afin de souligner tant le raffinement du forgeage que du décor. Des images agrandies de miniatures issues de manuscrits islamiques viennent resituer dans leur contexte l’usage des pièces exposées.
Jusqu'au 21 octobre
Institut du Monde Arabe
1 rue des Fossés-Saint-Berrnard
Place Mohammed V
75005 Paris
Tél : 01 40 51 38 38
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Bolivarisme et socialisme dans le Venezuela d'Hugo Chavez
Le président vénézuélien Hugo Chavez fait dans le monde entier la propagande des idées de Simon Bolivar, libérateur de l'Amérique latine du joug espagnol. Même le nom du pays a été modifié en 2000, il s'appelle maintenant la République bolivarienne du Venezuela. Hugo Chavez se considère comme un nationaliste et un révolutionnaire du genre de Simon Bolivar.
Attaché aux principes de l'idéologie du "bolivarisme", Hugo Chavez conduit son pays depuis dix ans sur la voie des réformes sociales. L'une des principales mesures qu'il a prises a été d'établir un contrôle sur l'extraction du pétrole, ce qui a augmenté de plusieurs milliards de dollars les recettes provenant de la vente de combustible. La plus grande part des pétrodollars est consacrée au secteur social. Hugo Chavez a mis en oeuvre une réforme foncière fondamentale prévoyant l'octroi de crédits et de terres aux paysans. Tout l'enseignement, même universitaire, est devenu gratuit, les dépenses pour l'enseignement sont passées de 3 à 7% du PIB. L'introduction de l'assistance médicale gratuite a permis de réduire considérablement la mortalité infantile. Tout cela est observé dans un pays où 80% de la population vivait jusqu'à ces derniers temps dans une réelle misère !
L'objectif principal de la politique extérieure d'Hugo Chavez est de réunir les pays d'Amérique du Sud au sein d'une union économique et politique, indépendante vis-à-vis de l'hégémonie des Etats-Unis. Le dernier plan grandiose prévoit l'édification du socialisme au Venezuela. A cette fin, Hugo Chavez a introduit dans le pays un système d'administration présidentielle directe. Le leader vénézuélien est certain que ces pouvoirs extraordinaires lui permettront de réaliser une révolution socialiste du XXIe siècle.
Au cours de la cérémonie officielle d'investiture d'Hugo Chavez au poste de président du pays pour la période de 2007 à 2013, contrairement à la tradition, il a déplacé l'écharpe présidentielle de l'épaule droite à l'épaule gauche, afin de souligner ses convictions.
Prononçant un discours devant l'assistance, Hugo Chavez a confirmé son orientation vers l'édification du "socialisme vénézuélien", il a déclaré qu'il avait l'intention de nationaliser les réseaux énergétiques et les télécommunications du pays, et pris plusieurs initiatives visant à transformer le Venezuela en un pays dont la voix serait entendue sur le continent sud-américain, mais aussi au-delà de ses limites.
Hugo Chavez a récemment annoncé la création de 200 "entreprises socialistes" dans des secteurs stratégiques aussi importants que l'agriculture, les industries agro-alimentaire, légère, chimique, automobile et électronique. Son objectif est de réduire les importations et de passer à l'autosuffisance totale. Hugo Chavez a également annoncé le lancement de la fabrication des premiers ordinateurs, téléphones portables, automobiles et deux-roues, dont l'assemblage est effectué au Venezuela avec l'assistance technique de la Chine et de l'Iran.
Le 1er mai, conformément à la loi adoptée sur la nationalisation, les exploitations pétrolières où travaillent les compagnies américaines ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, la compagnie britannique British Petroleum, la société française Total et la compagnie norvégienne Statoil ont été placées sous la gestion de la corporation pétro-gazière publique Petroleos de Venezuela (PDVSA). Cette corporation contrôlera environ 60% des titres des actifs pétroliers, alors que les compagnies étrangères peuvent conserver des paquets d'actions minoritaires. Selon Hugo Chavez, l'ère de la privatisation du pétrole vénézuélien s'est achevée, et le Venezuela a rétabli son contrôle sur ce secteur stratégique d'importance primordiale.
Hugo Chavez s'efforce de mettre fin au retard et à la dépendance du Venezuela vis-à-vis des Etats-Unis, mais pas seulement. Pour atteindre cet objectif, le président vénézuélien oeuvre en vue de créer une Communauté bolivarienne prévoyant une coopération politique, mais aussi économique, entre autres, la construction de gazoducs et d'oléoducs transatlantiques, et le programme d'exploitation des gisements de pétrole et de gaz du bassin de l'Orénoque. L'activité internationale et les réserves de pétrole assurent au Venezuela une place sans équivalent dans l'arène régionale.
Pendant la guerre froide, sur le continent américain, seul Fidel Castro était considéré comme ennemi juré des Etats-Unis. A présent, ces leaders sont nombreux, qui plus est sans le soutien de l'URSS disparue. Les points de vue antiaméricains sont partagés, dans telle ou telle mesure, par Evo Morales en Bolivie, Lula da Silva au Brésil, Nestor Kirchner en Argentine, Tabaré Vasquez en Uruguay, et même par Michelle Bachelet au Chili, pays traditionnellement pro-américain. Quoi qu'il en soit, le Venezuela se considère comme la locomotive de l'intégration latino-américaine. "L'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud sont des continents tout à fait différents", répète Hugo Chavez.
Aspirant à la prospérité du Venezuela et au renforcement du bloc antiaméricain mondial, le président Hugo Chavez ne se borne pas au cadre de l'Amérique latine. Le prestige du pays riche en pétrole et de son leader s'accroît rapidement dans d'autres régions, en premier lieu en Asie et au Proche-Orient.
Le Venezuela est devenu l'un des principaux fournisseurs de combustible à la Chine. Les deux pays prévoient de construire trois raffineries de pétrole sur le territoire chinois et une flotte de pétroliers. Un accord syro-vénézuélien signé à Damas prévoit la création d'une compagnie mixte pour construire des raffineries de pétrole sur le territoire de la Syrie, qui exporte actuellement du brut à perte. Le président du Venezuela a fait preuve de sa volonté d'aider Damas à redresser cette situation. En réponse, Bachar al-Assad a placé Hugo Chavez parmi les "principaux amis du monde arabe".
Chavez a récemment lancé un nouveau défi à l'Amérique. Du haut de la tribune de la 14e Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement du Mouvement des non-alignés, il a déclaré que chaque Etat, y compris le Venezuela, devait avoir le droit aux programmes nucléaires. Selon lui, le Venezuela est intéressé par le développement du nucléaire civil, dans la mesure où il doit se préparer au moment où les réserves de pétrole s'épuiseront.
Les rapports entre le Venezuela et la Russie se développent également. De grandes compagnies minières russes participent à l'exploitation de gisements d'hydrocarbures au Venezuela. Des contrats bilatéraux de livraison d'armements pour 3 milliards de dollars ont été conclus au cours de la visite d'Hugo Chavez en Russie en juillet 2006. Ces ententes ont suscité une tempête d'indignation à Washington. Mais les Etats-Unis n'ont pu empêcher la transaction russo-vénézuélienne.
Hugo Chavez considère la Russie comme un puissant pôle du monde multipolaire. Séjournant à Moscou en 2001, il a prononcé une phrase traduisant le fond de son approche : "La Russie s'élève sur les espaces de l'Eurasie pour assurer un équilibre dans le monde. Nous avons besoin d'une Russie forte pour parvenir à l'égalité". Hugo Chavez et son équipe manifestent nettement leur aspiration à conférer une dynamique positive aux rapports avec la Russie. Sur le plan politique, des pourparlers et des consultations intenses ont lieu régulièrement à divers niveaux. Le Venezuela est objectivement intéressé aux hautes technologies que la Russie possède dans les secteurs militaires. Les acquis du Venezuela dans la pétrochimie peuvent en retour être employés avec succès en Russie.
La composante politique du dialogue russo-vénézuélien est également importante. Le Venezuela, de même que ses nombreux voisins dans la région, partage la façon dont la Russie aborde les problèmes cruciaux de l'ordre mondial contemporain, il soutient entièrement la conception russe du monde multipolaire. Moscou et Caracas coopèrent en outre au sein des organisations internationales, pour l'essentiel, à l'ONU.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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Simon BOLIVAR : El Libertador
Révolutionnaire mexicain né à San Juan del Río, Durango, en 1876 – mort à Parral, Chihuahua, en 1923.
Pauvre paysan, orphelin et ayant reçu très peu d’éducation quand éclate la Révolution mexicaine en 1910, Francisco Villa, dit Pancho Villa, se réfugiait depuis plusieurs années dans les montagnes après avoir assassiné le propriétaire de la hacienda où il travaillait.
Dès le début de la Révolution il rallie les rangs se Madero dans sa lutte contre la dictature de Porfirio Díaz, et fait preuve d’une grande habileté dans l’art de la guerre.
Profitant de sa connaissance du terrain et des paysans, il forme sa propre armée dans le nord du Mexique, avec laquelle il contribue au triomphe du mouvement révolutionnaire.
En 1912 il est fait prisonnier, en soupçonnant le général Victoriano Huerta de participer à la rébellion de Orozco dans la défense des aspirations sociales des paysans, que Madero avait ajourné.
Il parvient à s’échapper aux Etats-Unis et, après l’assassinat de Madero, il revient au Mexique et forme une nouvelle armée révolutionnaire, la Division du Nord (la División del Norte) en 1913.
Avec ses troupes il soutient la lutte de Venustiano Carranza et Emiliano Zapata contre Huerta, qui s’est imposé comme dictateur. Ensemble, ils le font tomber en 1914 ; mais après la victoire de cette deuxième révolution, Villa et Zapata se sentent trompés par Carranza et reprennent les armes contre ce dernier.
Cette fois, la chance n’est pas de son côté : Álvaro Obregón défait les troupes de Villa et Carranza consolide son pouvoir, obtenant la reconnaissance officielle de son gouvernement par les Etats-Unis.
Dans sa tentative pour démontrer que Carranza ne contrôle pas le pays, et dans le but de liguer contre le dictateur le président américain Wilson, il attaque le territoire nord américain du Nouveau Mexique et assassine 16 citoyens américains (1916).
Wilson envoie une armée sous le commandement du général Pershing au nord du Mexique pour en finir avec Pancho Villa ; mais la connaissance du terrain et le soutien de la population paysanne permettent à Villa et ses troupes de résister durant quatre années, dans une guerre à mi-chemin entre la guérilla et le banditisme.
A la chute de Carranza en 1920, le nouveau président Adolfo de la Huerta lui offre l’amnistie et un ranch à Chihuahua, en échange de l’arrêt de ses activités guerrières et de son retrait de la vie politique. Villa accepte, mais meurt trois ans plus tard, assassiné dans son ranch pour des raisons politiques, pendant la présidence de Obregón.
I. La jeunesse de Bolivar.
Simon Bolivar est né à Caracas le 24 juillet 1783. Sa ville natale est la capitale de la Capitainerie Générale du Venezuela. Il est le fils du colonel Juan Vicente Bolivar Ponte et de Doña María de la Concepción Palacios Blancos, tous deux issus de familles espagnoles de grande lignée.
Ces deux familles, vivant sur le sol américain depuis de nombreuses générations, font parti de la puissante classe sociale des "Mantuanos", ce qui leur vaut de grand privilèges.
C'est dans ce cadre que vient de naître Simon Bolivar, à qui un des membres de la famille, le Père Juan Félix Jérez-Aristiguieta Bolivar rédige un testament en sa faveur, lui assurant une très grande fortune.
Simon, que sa mère ne peut allaiter, se voit confier à une nourrice noire, Hipolita, une des esclaves de la famille. Celle-ci fait plus que de nourrir Simon, elle s'en occupe comme si c'était son propre enfant, et surtout à la mort du colonel Bolivar alors que son fils a à peine sept ans. Simon Bolivar gardera toujours dans son coeur beaucoup de tendresse pour Hipolita.
Aux alentours de l'année 1790, María Antonia, Juana, Juan Vicente, et Simon, se promènent assez souvent avec leur mère sur leurs terre de la vallée de Aragua. Simon est touché par la beauté et la tranquillité des paysages qu'il découvre.
Mais le charme se brise le 6 juillet 1792, quand meurt sa mère, qui a toujours eu une santé fragile. Les Bolivar restent orphelins. Les deux filles, bien que très jeunes ne tardent pas à se marier, et c'est le grand-père maternel, don Feliciano, qui devient le tuteur de Simon qui a peine 9 ans.
Mais le jeune Simon souffre beaucoup de la disparition de ses parents.
Simon a appris à lire, écrire et compter avec différents précepteurs. Il va à l'Ecole Publique, dirigée par Simon Rodriguez, un homme original et progressiste, dont les idées pédagogiques et sociales auront beaucoup d'influence sur un jeune au caractère encore très malléable.
Mais entre temps, don Feliciano s'éteint à son tour, et la tutelle revient à Carlos Palacios, son oncle, avec qui Simon ne s'entend pas du tout. Don Carlos, célibataire, passe beaucoup de temps dans ses haciendas, et Simon, livré à lui-même, se promène dans les rues de Caracas avec des gamins qui ne sont pas de son rang.
A 12 ans, Simon Bolivar fait une fugue et s'en va chercher réconfort auprès de sa soeur María Antonia. Mais l'enfant est reconduit chez lui, puis confié, comme interne, à la charge de son maître Simon Rodriguez.
Rodriguez ne tarde pas à gagner la confiance de Simon, et en quelques mois des liens étroits vont les liés, des liens de sympathie, qui dureront jusqu'à la mort.
Admirateur de Rousseau et autres philosophes français, Rodriguez va apprendre beaucoup à Simon Bolivar, usant de beaucoup de tact, de sensibilité et de fermeté également. C'est à ce moment que Simon ouvrir les yeux, son esprit et son coeur sur les idéaux qui vont marquer sa vie.
II. Simon Bolivar en Europe.
En 1799, il voyage pour la première fois en Espagne, visitant au passage Veracruz et Mexico, faisant une courte escale à La Havane. A Madrid, il est entouré par ses oncles Esteban et Pedro Palacios, ainsi que par le Marquis de Ustariz qui devient son maître. Simon approfondit ses connaissances littéraires et scientifiques et, comme tout homme du monde qui se respecte, il perfectionne son escrime et sa façon de danser.
Il fréquente de nombreux salons où ont le remarque, à la fois pour son élégance et son intelligence.
Rapidement, il fait la connaissance de María Teresa Rodríguez del Toro y Alaiza, une jeune espagnole dont il tombe amoureux. Il pense immédiatement à fonder une famille, avoir une descendance et revenir au Venezuela pour profiter de ses biens. Mais son oncle, pense que c'est un peu précipité et lui conseille de voyager quelque temps. Il sera temps de penser au mariage un peu plus tard.
Au printemps 1801, il voyage à Bilbao où il séjourne le reste de l'année. Puis il se rend en France, A Paris et Amiens. Le pays, sa culture, les gens l'enchantent. Au mois de mai 1802, il est de nouveau à Madrid où il se marie, le 26, avec María Teresa. Les deux jeunes époux voyagent au Venezuela, passent de moments heureux jusqu'en janvier 1803, date à laquelle meurt María Teresa.
Dans une lettre adressée à un ami qui vit en France, Bolivar exprime ses sentiments après la mort de son épouse : "Je l'ai perdue; et avec elle la vie de douceur qui réjouissait ma tendre poitrine... La douleur ne me laisse pas un seul instant d'apaisement". C'est une émotion profonde et sincère, exprimée avec beaucoup de romantisme.
Le jeune veuf repart en Europe à la fin de cette même année, passe par Cadix et Madrid, et s'installe à Paris au printemps 1804.
A Paris, Bolivar mène une vie sociale très intense, tout en profitant des plaisirs qu'offre la capitale française. Il a des amours furtives avec une dame française, Fanny Du Villars, dont il fréquente les salons, dans lesquels viennent des hommes politiques, des militaires, des diplomates, des scientifiques, des marchands et de jolies femmes.
Il lit beaucoup, assiste à des conférences et observe avec sagacité les événements politiques et militaires qui sont en train de changer le monde. C'est l'époque, en 1804, où Napoléon est couronné Empereur. Ceci impressionne beaucoup Bolivar qui admire le génie militaire de Bonaparte, mais il critique sa montée sur le trône impérial.
Au cours de ses conversations avec les savants Humboldt et Bonpland, Bolivar commence à aborder le sujet de l'indépendance de l'Amérique du Sud.
En France, il retrouve son maître et ami Simon Rodriguez. La même passion du savoir les anime. Ensemble ils voyagent en Italie, en 1805. A Rome, au mois d'août, ils font l'ascension du Mont Sacré où Bolivar, d'un ton solennel, jure de jamais laisser son âme en repos ni son bras tant que l'Amérique Hispanophone ne sera pas libre de la domination espagnole. C'est un beau geste romantique, mais cela ne sera pas seulement un geste... Il sera le Libertador, celui qui promet et qui tient ses promesses.
Après avoir visité Naples, Bolivar revient à Paris au début de l'année 1806, et il intègre pour un temps les loges maçonniques. A la fin de cette année là, il embarque à Hambourg à bord d'un navire qui le conduit à Charleston, en janvier 1807. Il parcourt une partie des Etats Unis et revient au Venezuela vers le milieu de l'année.
Pendant son séjour dans la République du Nord, il prend conscience de ce que représente la "Liberté rationnelle".
III. Triomphe et échec de la révolution vénézuélienne.
De 1807 au premiers jours de l'année 1810, Simon Bolivar reste à Caracas et dans ses haciendas. Cependant, il n'oublie pas son serment de Rome. Au cours des réunions avec son frère Juan Vicente et ses amis, ils parlent de littérature mais aussi de l'indépendance du Venezuela.
Le Moment arrive quand, le 19 avril 1810, commence à Caracas la révolution d'indépendance. Bolivar devenu Colonel, est commissionné par la Junte de Caracas, avec Luis Lopez Mendez et Andrés Bello, pour voyager à Londres, et exposer devant le gouvernement britannique les souhaits du Venezuela, désireux de se maintenir, tout au moins, autonome du gouvernement qui en Espagne a pris le pouvoir, après l'arrestation du Roi Ferdinand VII par Napoléon.
Bolivar, dans son fort intérieur, aspire à la totale indépendance. Mais le gouvernement anglais observe une prudente réserve. A Londres, où il reste durant deux mois, Bolivar -qui compte sur l'appui franc et enthousiaste de Miranda - peut apprécier le fonctionnement des institutions britanniques.
A la fin de cette année, Bolivar est de retour. Peu de temps après, Miranda revient aussi dans sa patrie. En tant que membre éminent de la Société Patriotique, Club Révolutionnaire, Bolivar est un des plus ardents à demander au Congrès qu'il proclame l'indépendance.
Après le 5 juillet 1805, il combat sous les ordres du général Miranda afin de soumettre les royalistes qui tiennent Valencia. Le 23 juillet 1811, Bolivar reçoit son baptême du feu et combat pour la première fois.
Le 26 Mars 1812, alors qu'un tremblement de terre cause d'énormes dégâts et de nombreuse pertes humaines à Caracas et aux environs, Bolivar, sur la Place de San Jacinto, juché sur un tas de ruines, lance cette fameuse déclaration: "Si la nature s'oppose à nos desseins nous lutterons elle et ferons en sorte qu'elle nous obéisse". C'est l'attitude d'un homme qui ne cède pas, quelques soient les difficultés qu'il peur rencontrer sur son chemin ; c'est, aussi, un moyen de contrecarrer le découragement et la terreur qui se sont emparés de beaucoup de républicains face à une telle catastrophe.
Quelques mois plus tard, commandant la place forte de Puerto Cabello, Bolivar ne peut, malgré ses efforts, empêcher qu'elle ne tombe aux mains des royalistes. Ses propres soldats l'abandonnent et se rangent sous les ordres des espagnols. Il doit fuir avec une poignée de fidèles officiers.
Quelques semaines plus tard, Miranda doit capituler devant le chef royaliste Monteverde, et la première République du Venezuela s'éteint. A la Guaira, un groupe de jeunes officiers, parmi lesquels se trouve Bolivar, arrêtent l'infortuné Précurseur, Francisco de Miranda, et le livrent aux espagnols.
Bolivar obtient un passeport grâce à la généreuse intervention de son ami Iturbe, et peut se rendre, en exil, à Curaçao. De là il va à Carthagène, où le 15 décembre 1812 il publie un manifeste dans lequel il expose ses principales idées qui guideront son action dans les prochaines années : un seul commandement pour lutter jusqu'à la victoire, et l'union de tous les pays hispano-américains pour réussir et consolider l'indépendance et la liberté.
Ces principes sont clairs et simples. Bolivar se rend compte que l'échec de 1812 vient de la désunion. Il faut concentrer les efforts de tous les américains pour gagner la guerre et organiser ensuite les nouvelles nations. Il faut convaincre les créoles de la justesse de sa cause et les entraîner dans la lutte pour l'indépendance. Cette lutte ne peut se dérouler que dans un seul pays, mais sur tout le continent afin de faire plier la domination royaliste.
IV. En route vers l'indépendance.
Peu de temps après, Bolivar transforme ses paroles en faits. A la tête d'une petite armée il nettoie les bords du río Magdalena de tout ennemi, et prend, en février 1813, la ville de Cucuta. C'est en mai qu'il commence la libération du Venezuela.
Par une série de combat et d'habiles manoeuvres, Bolivar conduit ses troupes de la frontière du Tachira jusqu'à Caracas, où il entre le 6 août. Lors de son passage à Trujillo, le 15 juin, il avait rédigé le Décret de Guerre à Mort, dans le but d'affirmer le sentiment national des vénézuéliens et obtenir une plus grande cohésion.
Peu de temps auparavant, dans la ville de Merida, la population l'avait proclamé Libertador, titre qu'il reçoit solennellement, en octobre 1813, à Caracas et avec lequel il passera dans l'histoire.
La période qui va d'août 1813 à juillet 1814 (la Seconde République) est en vérité L'Année Terrible de l'Histoire du Venezuela. La Guerre à Mort est à son paroxysme, et les combats sont indécis. Girardot et Ricaurte se sacrifient héroïquement. Urdaneta, défend Valencia. Ribas triomphe à la Victoria. Mariño, qui avait libéré l'ouest du pays, arrive au secours de Bolivar et remporte la bataille de Bocachica. Bolivar se défend bec et ongles dans le camps retranché de San Mateo.
Bataille après bataille, il sollicite l'appui des notables civiles pour restaurer les institutions, proclame des décrets, et rédige des articles pour la Gazette de Caracas.
Malheureusement, les royalistes dirigés par l'infatigable Boves, battent à la Puerta Bolivar et Mariño en juin 1814.La Seconde République est blessée à mort. Les Républicains doivent abandonner Caracas. Une grande cohorte, population et armée réunies, se dirige vers Barcelona et Cumana. Les Républicains subissent une nouvelle défaite à Aragua de Barcelona.
A Carupano, Bolivar et Mariño perdent leur autorité sur leurs propres compagnons d'armes. Le Libertador s'en va en Nouvelle Grenade pou un second exil, puis se rend dans la colonie britannique de Jamaïque en mai 1815.
Entre temps, une puissante armada et une armée aguerrie, sous le commandement du général Pablo Morillo, débarque au Venezuela. La cause de l'indépendance semble perdue.
Bolivar va rester en Jamaïque jusqu'en décembre 1815. Après avoir échappé miraculeusement d'une tentative d'assassinat à Kingston, il se rend à Haïti où il reçoit une aide généreuse du président Alejandro Petion. Grâce à lui, son expédition parvient à atteindre Margarita, puis Capurano et Ocumare de la Costa. Là il décrète l'émancipation des esclaves, convaincu qu'un pays qui combat pour la liberté ne peut héberger en son sein le cancer social de l'esclavage.
Séparé à Ocumare du gros de se forces, Bolivar est sur le point de tomber prisonnier et tente de se suicider pour ne pas souffrir une telle ignominie. Par chance, le mulâtre Bideau le sauve et le conduit à bord d'un navire. Il retourne à Haïti où il obtient une nouvelle aide du président Petion.
Il réussit à revenir à Margarita à la fin de l'année 1816, et de là il atteint Barcelona en janvier 1817.
Son objectif est maintenant la libération de la Guyane, pour en faire la base de ses prochaines offensives républicaines et un point de contact vers l'extérieur grâce à l'Orénoque. Il peut compter sur l'armée du général Manuel Piar, qui a déjà commencé la conquête.
Au moi de juin, la capital Angostura (Ciudad Bolivar aujourd'hui) tombe aux mains des républicains. Un gouvernement est nommé avec Bolivar comme Chef Suprême.
Mais Bolivar est confronté à l'anarchie qui gagne les troupes. En octobre 1817, le général Piar est fusillé, condamné à mort par un conseil de guerre.
Les llaneros qui, pour la plupart, avait combattu pour les espagnols, combattent désormais pour la République sous les ordres du général José Antonio Paez, lequel vient de s'unir au Libertador. De nombreux volontaires européens arrivent également. En pleine guerre, Bolivar se préoccupe d'organiser l'Etat de Droit, et convoque un Congrès qui se réunit à Angostura le 15 février 1819.
Le Libertador prononce, à l'inauguration du congrès, un discours dans lequel se trouve l'essentiel de sa pensée sociale et politique. Il leur présente un projet de constitution et leur demande d'adopter le Pouvoir Moral qu'il a élaboré, pour moraliser la société. Mais avec respect, il accepte de ne pas prendre en compte le Pouvoir Moral, que le congrès juge utopique et sans doute pire que l'Inquisition.
Au milieu de l'année 1819, l'armée républicaine, Bolivar en tête, traverse les Andes et défait l'armée royaliste de Nouvelle Grenade dans les Marais de Vargas et à Boyaca. L'armée entre triomphalement dans la ville de Bogota.
En décembre 1819, devant l'insistance de Bolivar, le Congrès de Angostura crée la République de Colombie, qui comprend le Venezuela, la Colombie actuelle, Panama et l'Equateur.
En 1820, après d'âpres négociations, un armistice est signé à Trujillo par Bolivar et le général Morillo. Ce traité signifie à la fois la fin de la Guerre à Mort et la reconnaissance de la Grande Colombie par le Gouvernement de Ferdinand VII.
V. L'indépendance totale.
Mais la paix ne durera pas longtemps. En 1821, les hostilités reprennent, et le 24 juin se déroule dans la plaine de Carabobo la bataille décisive pour l'indépendance du Venezuela, qui sera entérinée, en 1823, par la bataille navale du lac Maracaibo.
Après Carabobo, Bolivar est reçu en triomphe dans sa ville natale, mais il regarde déjà vers l'Equateur, encore dominé par les espagnols. La seule récompense qu'il demande à la suite de la victoire de Carabobo, pour lui et son armée, c'est la liberté des esclaves.
En 1832, le général Sucre marche sur Quito depuis Guayaquil, qui s'était soulevé contre les royalistes, tandis que Bolivar attaque par le nord depuis Popayan. La bataille de Bombona, remportée par Bolivar en avril ébranle les royalistes, tandis celle de Pichincha, gagnée par Sucre le 24 mai offre la liberté définitive à l'Equateur. Bolivar arrive à Quito quelques semaines plus tard, où il rencontrera Manuela Saenz dont il tombera amoureux.
Le 11 juillet, Bolivar se trouve à Guayaquil, où débarque le général José de San Martin, arrivant du Pérou. Les deux grandes figures de l'indépendance sud-américaine s'étreignent. San Martin vient négocier le destin futur de Guayaquil, mais la province est déjà incorporée à la République de la Grande Colombie.
Bolivar passe les derniers mois de l'année 1822 et la première moitié de la suivante en Equateur. Il traverse le pays, de Guayaquil à Cuenca, de Loja à Quito, puis de là se rend à Pasto, dans le sud de la Nouvelle Grenade, où les paysans fidèles au roi se sont soulevés. Il est nécessaire de les soumettre.
Puis il revient au sud de l'Equateur, à Guayaquil. Il suit attentivement le déroulement de la guerre au Venezuela, où le général royaliste Morales résiste. Mais bientôt il est défait à Maracaibo, sur terre et sur la mer.
La situation au Pérou préoccupe beaucoup Bolivar car, après le départ de San Martin, l'oligarchie de Lima n'a pu vaincre la puissante armée royaliste qui se maintient toujours dans le pays. Cette présence menace non seulement l'indépendance du Pérou, mais aussi celle de tous les autres pays sud américains.
En 1823, le Pérou appelle le Libertador à son secours car les républicains sont divisés et une puissante armée royaliste menace de détruire l'oeuvre commencée par San Martin. Bolivar débarque à Callao en septembre 1823, et se rend immédiatement à Lima, où le Congrès lui accorde des pouvoirs exceptionnels. Il est nommé Dictateur (comme dans l'ancienne Rome), pour sauver le Pérou. Bolivar concentre toute son énergie dans ce but. Quand un ami, le voyant effondré par la maladie et à cause de toutes les trahisons, lui demande ce qu'il compte faire, le Libertador lui répond : "Triompher !".
Avec l'appui d'ardents républicains péruviens comme Unanue et Sanchez Carrion, Bolivar affronte toutes les difficultés, les pénuries, les trahisons et les déceptions, et il surmonte également la maladie qui mine son organisme.
Son génie et sa foi dans le destin de l'Amérique le conduisent au triomphe. An août 1824, la victoire de Junin fait pencher la balance en faveur des républicains. En décembre, la bataille de Ayacucho remportée par le plus vaillant des généraux de l'Armée Républicaine, Antonio José de Sucre, met fin à la Guerre d'Indépendance. L'étape militaire est terminée et l'heure est venue de réorganiser politiquement et socialement les nouveaux états, pour renforcer l'unité et, avec la paix, moderniser le continent.
VI. Le rêve déçu.
La veille de Ayacucho, le 7 décembre 1824, Bolivar avait convoqué depuis Lima le Congrès de Panama (lequel se réunira en 1826), pour que les nations hispano américaines s'unissent et fixent une position commune face aux autres puissances mondiales et à l'Espagne. Le Congrès de Panama représente le premier pas dans la voie de l'intégration latino-américaine. Pour Bolivar, les nations hispano-américaines, auxquelles se joint le Brésil, doivent se présenter unie comme des pays frères.
En 1825, le Libertador visite Arequipa, Cuzco et les provinces du Haut Pérou. Elles constituent une nation indépendante, sous la protection de Bolivar, dont elle prendra le nom : la Bolivie. Pour elle, le Libertador rédige un projet de constitution qu'il considère applicable, dans ses grandes lignes, à tous les autres pays que son épée à libéré.
Il rédige également de nombreux décrets orientés vers la Réforme Sociale, dans le but de protéger les indigènes, favoriser l'éducation, en organisant des écoles et des universités, construire des routes, développer le commerce et l'agriculture : en un mot, mettre en place le progrès, qui était son objectif principal. La guerre n'a été qu'un moyen pour obtenir l'indépendance pour commencer ensuite la véritable révolution.
C'est la période la plus éclatante du Libertador. Alors qu'il est de passage dans le village de Pucara, un avocat d'origine inca, José Domingo Choquehuanca, lui confie une prophétie le 2 août 1825: "Votre gloire grandira avec les siècles tout comme l'ombre s'étend quand le soleil se couche".
Un jour, les agents diplomatiques de Buenos Aires viennent le chercher jusqu'à Potosi, pour obtenir son appui dans un conflit entre le Río de la Plata et l'Empire du Brésil.
Pour mener à bien ses projets de réforme sociopolitique, le Libertador compte maintenant sur Simon Rodriguez. Bolivar, en pleine maturité, cherche de nouveau l'appui de son ancien maître et ami. Tous deux aspirent à une profonde transformation des sociétés américaines, grâce à l'éducation et au travail valorisant, et basé sur les réalités humaines, géopolitiques et économiques du Nouveau Monde. Car pour eux, et pour des hommes tels que Gual, Revenga, Vargas, Mendoza, Sucre, Bello...- l'indépendance acquise par les armes à Boyaca, Carabobo, Pichincha, Junín et Ayacucho n'est que le premier pas vers l'autodétermination. Il ne suffit pas d'être indépendant de l'Espagne, il faut également être libre. Et pour cela il existe deux moyens: le travail et le savoir.
En avril 1826, une révolution menée par le général Paez éclate au Venezuela. Bolivar revient sur son sol natal et réussit à rétablir la paix, évitant les horreurs de la guerre civile, en 1827.
Durant les six premiers mois de 1827, Bolivar restaure l'autorité et l'ordre public. Mais il se trouve confronté à une terrible crise économique, conséquence de la banqueroute d'une des banques anglaises, dépositaire d'une partie des fonds de la Grande Colombie. Cependant, Bolivar s'efforce à mettre de l'ordre dans les finances, il fait payer les débiteurs, combat la corruption avec Cristobal Mendoza et José Rafael Revenga.
Avec la nomination du Docteur José María Vargas au poste de Recteur de l'Université de Caracas, il réforme cette institution et l'ouvre aux jeunes désireux et capables d'étudier.
Mais les forces de la désunion dominent celles de l'unité. Les partis politiques sont en total désaccord et rien ne semble fonctionner correctement.
Bolivar est proclamé Dictateur à Bogota. Il accepte le mandat pour tenter de sauver son oeuvre. Le 25 septembre 1828, il est victime d'un attentat auquel il échappe grâce à son sang froid et à la présence d'esprit de Manuela Saenz.
Peu après, il doit se remettre en campagne pour affronter l'invasion des péruviens dans le sud de la république, et reste en Equateur presque toute l'année 1829.
En son absence, le Conseil des Ministres projette d'instaurer une monarchie en Colombie, mais Bolivar parvient à repousser cette idée, réitérant son ancienne devise : "Libertador o muerto".
Au début de l'année 1830, il est de nouveau à Bogota pour préparer le Congrès Constituant qui, espère-t-il, sauvera la Grande République. Mais le Venezuela s'agite à nouveau, et se proclame état indépendant. L'opposition se fait de plus en plus importante. Bolivar, malade et épuisé, renonce à la présidence et s'en va vers la côte dans le but de voyager en Europe. L'assassinat à Berruecos du Général Sucre et l'attitude de ceux qui gouvernent le Venezuela l'affectent profondément.
Bolivar écrit à un ami pour lui confier ses états d'âme : "Vous savez que j'ai eu le pouvoir pendant vingt ans et je n'en ai tiré que quelques conclusions sûres. Premièrement, l'Amérique est ingouvernable pour nous. Deuxièmement, celui qui sert une révolution laboure la mer. Troisièmement, la seule chose que l'on puisse faire en Amérique est d'émigrer. Quatrièmement, ce pays tombera infailliblement entre les mains de petits tyrans..."
Avec cette phrase célèbre, "J'ai labouré la mer", on comprend que Bolivar ne croit plus à la démocratie.
La mort va le surprendre à San Pedro Alejandrino, une hacienda proche de Santa Marta, le 17 décembre 1830. Au moment de mourir, il prononce ces derniers mots: "Partons, partons... Ces gens-là ne veulent plus de nous dans ce pays... Allons, mes enfants, portez mes bagages à bord de la frégate !"
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mardi, 26 juin 2007
Tacite : La révolte de Boadicée
Sous le consulat de Caesenius Paetus et de Petronius Turpilianus, un grave désastre nous fut infligé en Bretagne, où le légat de l'Empereur, Aulius Didius, avait seulement conservé ce que nous possédions, et son successeur Veranius, après avoir opéré quelques incursions punitives contre les Silures, fut empêché par la mort de poursuivre la guerre. Tant qu'il vécut, il eut une grande réputation d'austérité, mais dans les derniers mots de son testament, il laissa percer une tendance à la flatterie ; car après avoir abondamment flatté Néron, il ajouta qu'il lui aurait conquis la province, s'il avait vécu encore deux ans. Mais maintenant, la Bretagne était entre les mains de Suetonius Paulinius, dont la science militaire et la popularité ne laissait personne sans rival, égalant celle de Corbulon, et il aspirait à égaler la gloire que celui-ci avait remportée en reconquérant l'Arménie et en subjuguant les ennemis de Rome. Il se prépara donc à attaquer l'île de Mona qui avait une population importante et qui était un refuge pour les fugitifs. Il construisit des bateaux à fond plat pour traverser ce bras de mer peu profond et mal connu. Ainsi traversa l'infanterie, pendant que la cavalerie suivait en passant à gué ou, quand l'eau était plus profonde, en nageant aux cotés de leurs chevaux.
Sur le rivage se tenait l'armée ennemie avec son déploiement de guerriers en armes, pendant que des femmes couraient entre les rangs, vêtues de noir comme les Furies, les cheveux défaits, brandissant des torches. Tout autour, les druides, tendant leurs mains vers le ciel, se répandaient en imprécations sinistres, et ce spectacle étrange épouvanta nos soldats au point que, comme si leurs membres étaient paralysés, ils restaient immobiles et s'exposaient aux coups. Puis, pressés par les appels de leur général et s'encourageant mutuellement à ne pas craindre une troupe de femmes fanatiques, ils se portèrent en avant, brisèrent la résistance, et enveloppèrent les ennemis dans les flammes de leurs propres feux. Une garnison fut ensuite imposée aux vaincus, et leurs bosquets, consacrés à des superstitions inhumaines, furent coupés. Car ils estimaient comme un devoir de couvrir leurs autels avec le sang des captifs et de consulter leurs dieux avec des entrailles humaines.
Tandis que Suetonius était ainsi occupé, il reçut la nouvelle de la soudaine rébellion de la province. Prasutagus, le roi des Icéniens, célèbre pour sa longue prospérité, avait fait de l'Empereur son héritier, en même temps que ses deux filles, pensant que cet acte de soumission mettrait son royaume et sa maison à l'abri de toute atteinte. Mais ce fut le contraire qui arriva, à tel point que son royaume fut ravagé par les centurions, sa maison par ses esclaves, comme s'ils étaient des prises de guerre. D'abord, son épouse Boadicea fut fouettée, et ses filles violées. Tous les chefs des Icéniens, comme si Rome avait reçu tout le pays en cadeau, furent dépouillés de leurs biens ancestraux, et les parents du roi furent traités en esclaves. Rendus furieux par ces insultes et par la crainte qu'il arrivât pire, puisqu'ils étaient à présent réduits à l'état de province, ils prirent les armes et entraînèrent à la révolte les Trinovantes et d'autres qui, pas encore réduits à la servitude, avaient convenu par une conspiration secrète de reconquérir leur liberté. C'était contre les vétérans que leur haine était la plus intense. Car ces nouveaux colons de la province de Camulodunum chassaient les gens hors de leurs maisons, de leurs fermes, les appelaient captifs et esclaves, et les excès des vétérans étaient encouragés par les soldats, qui avaient eu une vie similaire et espéraient connaître un jour la même licence. De plus, un temple érigé au Divin Claudius était en permanence devant leurs yeux, comme la citadelle d'une tyrannie perpétuelle. Les hommes choisis comme prêtres devaient dilapider toute leur fortune sous le prétexte de cérémonie religieuse. Il ne paraissait pas trop difficile de détruire la colonie, qui n'était défendue par aucune fortification, une précaution négligée par nos généraux, qui pensaient plus à ce qui était agréable qu'à ce qui était urgent.
A ce moment, sans cause évidente, la statue de la Victoire à Camulodunum tomba et se retourna, comme si elle fuyait devant les ennemis. Des femmes excitées jusqu'à la frénésie prédisaient des destructions imminentes ; on raconta que des délires en une langue étrange avaient été entendus dans la maison du Sénat ; le théâtre avait résonné de lamentations, et dans l'estuaire de la Tamise on avait vu l'image d'une ville renversée ; même l'océan avait pris l'aspect du sang, et quand la marée se retirait, elle laissait l'empreinte de formes humaines, et tous ces signes étaient interprétés par les Britanniques avec espoir, et par les vétérans avec inquiétude. Mais comme Suetonius était absent, ils implorèrent du secours au procurateur, Catus Decianus. Tout ce qu'il fit fut d'envoyer deux cent hommes sans armement sérieux, et il n'y eut dans la place qu'une petite force militaire. Comptant sur la protection du temple, retardés par des complices secrets de la révolte, qui gênaient leurs plans, ils n'avaient construit ni fossé ni palissade ; ils n'avaient pas non plus éloigné les vieillards et les femmes, pour laisser les seuls hommes jeunes faire face à l'ennemi. Surpris comme ils le furent, en pleine période de paix, ils furent encerclés par une immense foule de Barbares. Tout le reste fut pillé ou incendié dans l'assaut ; le temple où les soldats s'étaient rassemblés fut pris d'assaut après deux jours de siège. L'ennemi victorieux rencontra Petilius Cerialis, commandant de la 9ème Légion, alors qu'il venait à la rescousse, mirent ses troupes en déroute, et détruisirent toute son infanterie. Cerialis s'échappa avec un peu de cavalerie jusqu'au camp, et fut sauvé par ses fortifications. Effrayé par ce désastre et par la fureur de la province qu'il avait poussée à la guerre par sa rapacité, le procurateur Catus s'enfuit en Gaule.
Cependant Suetonius, avec un courage splendide, marcha à travers une population hostile jusqu'à Londinium qui, bien que n'étant pas encore considéré comme une colonie, était très fréquenté par un grand nombre de marchands et de bateaux de commerce. Se demandant s'il devait le choisir comme base de guerre, car il ne voyait autour de lui que sa faible force de soldats, et se rappelant par quelle terrible leçon la témérité de Petilius avait été punie, il résolut de sauver la province au prix d'une seule cité. Ni les larmes ni les lamentations des gens, qui imploraient son aide, ne le dissuadèrent de donner le signal de départ, prenant dans sa colonne tous ceux qui voulurent partir avec lui. Tous ceux qui étaient attachés au lieu par la faiblesse de leur sexe, ou par l'infirmité de l'âge, ou par les attraits de l'endroit, furent massacrés par l'ennemi. Le même désastre s'abattit sur la cité de Verulamium, car les Barbares, qui se complaisaient au pillage et étaient indifférents à tout le reste, négligeaient les fortins ayant des garnisons militaires, et attaquaient tout ce qui offrait le plus de richesse aux pillards, et était sans défense. Environ 70 000 citoyens et alliés, semble-t-il, tombèrent aux endroits que j'ai mentionné. Car ce n'était pas en faisant des prisonniers et en les vendant, ni par quelque trafic de guerre, que l'ennemi était occupé, mais par le massacre, le gibet, le feu et la croix, comme des hommes devant bientôt recevoir leur châtiment, et voulant cependant se venger par avance.
Suetonius avait sous ses ordres la 14ème Légion avec les vétérans de la 20ème, et des auxiliaires venant du voisinage, faisant un total d'environ 10 000 hommes armés, lorsqu'il se prépara à partir sans délai et à livrer bataille. Il choisit une position ouverte sur un étroit défilé, fermée sur l'arrière par une forêt, s'étant d'abord assuré qu'il n'avait d'ennemis qu'en face de lui, où une large plaine s'étendait sans aucun danger d'embuscades. Ses légions étaient en rangs serrés ; autour d'elles, les troupes légèrement armées, et la cavalerie rassemblée sur les ailes. En face, l'armée des Britanniques, avec ses masses d'infanterie et de cavalerie, manifestait sa confiance, une vaste foule s'était rassemblée comme jamais auparavant, et si fière d'esprit qu'ils avaient même emmenés avec eux, pour assister à leur victoire, leurs femmes juchées sur des chariots, qu'ils avaient placés à l'extrémité de la plaine.
Boadicea, montée sur un char avec ses filles devant elle, allait de tribu en tribu, proclamant qu'il était habituel pour les Britanniques de combattre sous la direction des femmes. "Mais à présent" disait-elle, "ce n'est pas en tant que femme de noble ascendance, mais comme une femme du peuple, que je veux venger la liberté perdue, mon corps fouetté, la chasteté outragée de mes filles. L'avidité romaine est allée si loin que ni nos personnes, ni l'âge ni la virginité, n'ont été épargnés par la souillure. Mais les dieux sont favorables à une juste vengeance ; une légion qui avait osé combattre, a péri ; les autres se cachent dans leur camp, ou pensent à s'enfuir. Ils ne pourront même pas soutenir le vacarme et les cris de tant de milliers d'hommes, encore moins notre assaut et nos coups. Si vous pesez bien la force des deux armées, et les causes de la guerre, vous verrez que dans cette bataille vous devez vaincre ou mourir. Cela est la résolution d'une femme ; quand aux hommes, ils peuvent préférer vivre et être esclaves." Suetonius ne restait pas non plus silencieux en un tel moment. Bien qu'il fût confiant dans la valeur de ses soldats, il mêlait cependant les encouragements et les prières pour qu'ils dédaignent les clameurs et les vaines menaces des Barbares. "Vous voyez ici", dit-il, "plus de femmes que de guerriers. Incapables de combattre, sans armes, ils lâcheront pied dès qu'ils reconnaîtront le glaive et le courage de leurs conquérants, qui les ont si souvent mis en déroute. Même parmi de nombreuses légions, c'est un petit nombre qui décide réellement de la victoire, et votre gloire sera encore plus grande si une petite force peut assurer la renommée d'une armée entière. Serrez les rangs, et après avoir lancé vos javelots, alors avec vos boucliers et vos glaives continuez à verser le sang et à détruire, sans une pensée pour le pillage ! Dès que la victoire aura été acquise, tout sera en votre pouvoir." Un tel enthousiasme suivit le discours du général, et les soldats vétérans, avec leur longue expérience de la bataille, se préparèrent si rapidement à lancer leurs javelots, que ce fut avec confiance dans le résultat que Suetonius donna le signal de la bataille.
D'abord, la légion resta immobile sur sa position, s'appuyant sur l'étroit défilé pour la défense ; lorsqu'ils eurent épuisés leur projectiles, qu'ils lançaient à coup sûr sur l'ennemi qui s'était approché tout près, ils se ruèrent en colonne formée en coin. L'attaque des auxiliaires fut similaire, pendant que la cavalerie avec les lances pointées en avant brisait tous ceux qui offraient une forte résistance. Le reste tourna le dos et prit la fuite, qui se révéla difficile, parce que les chariots tout autour avaient bloqué la retraite. Nos soldats n'épargnèrent même pas les femmes, pendant que les bêtes de somme, transpercées de traits, accroissaient les tas de cadavres. Une grande gloire, égale à celle de nos anciennes victoires, fut gagnée ce jour-là. Certains disent en effet que guère moins de 80 000 Britanniques tombèrent, alors que nos soldats perdaient environ 400 hommes, et pas beaucoup plus de blessés. Boadicea mit fin à sa vie par le poison. Et Poenius Postumus, préfet de camp de la 2ème Légion, lorsqu'il apprit le succès des hommes des 14ème et 20ème Légions, sentant qu'il avait privé sa propre Légion de cette gloire, et qu'il avait, contrairement à tous les usages militaires, désobéi aux ordres de son général, se transperça lui-même de son épée.
Tacite
Annales (XIV, 29-37)
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Le spectre de l'état d'urgence resurgit chez les Kurdes turcs
L'armée turque a décrété depuis le 9 juin des zones de sécurité dans le Sud-Est pour traquer les rebelles du PKK.
Les garçons dansent en ronde ; les filles, le foulard blanc traditionnel rejeté en arrière, sautent les bras en l'air et reprennent en chœur les paroles. La jeunesse de Sirnak a pris d'assaut la place principale pour assister au concert organisé par la municipalité : les chanteurs s'y produisent en langue kurde, un droit culturel acquis grâce à l'Union européenne. Mais les festivités sont strictement encadrées : un blindé léger est posté à l'entrée du concert et des policiers en civil se mêlent au public. « Ça grouille de partout, lâche un jeune, la nouveauté c'est qu'ils se promènent avec leur pistolet en évidence à la ceinture. » Derrière la scène, les montagnes qui se dessinent comme des ombres chinoises dans le soleil couchant sont quadrillées par les militaires.
La petite ville du Sud-Est turc, proche de la frontière irakienne, se trouve dans l'une des trois provinces où l'armée a décrété le 9 juin des zones de sécurité pour traquer les rebelles kurdes du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). Cette mesure spéciale fait resurgir le spectre de l'état d'urgence qui frappa la région aux heures les plus sanglantes de la guerre civile dans les années 1980-1990 qui fit 37 000 morts. Depuis le printemps, la multiplication des attaques contre des soldats, attribuées au PKK, les menaces d'intervention des forces turques dans le nord de l'Irak entretiennent une crainte diffuse dans la population et nourrissent la colère des plus radicaux. Hier, les autorités ont annoncé que six rebelles avaient été tués lors d'accrochages avec des militaires dans l'est du pays ce week-end.
Au-dessus d'un garage de fortune, dans le local du DTP (Parti pour une société démocratique), la vitrine politique du PKK, les anciens ont repris les réflexes des années sombres : l'anonymat est de rigueur dans l'assemblée. « Nous sommes tous des cousins du PKK », lance un homme qui a « un fils dans la montagne ». Ici, tout le monde déplore la détérioration de la situation. Et accuse l'armée d'en être l'unique responsable. « Le PKK ne fait que se défendre, il réagit à la provocation. Pourquoi ne demandez-vous pas le nombre de tués dans ses rangs ? Eux aussi sont des martyrs ! », s'offusque son voisin. Il y a quinze jours, une manifestation a été organisée dans les rues de Sirnak par l'Association des familles de martyrs (le nom donné aux soldats et aux gardiens de village - les supplétifs de l'armée -, morts en combattant les « terroristes ») pour réclamer un déploiement de l'armée dans la région autonome du Kurdistan d'Irak, où est retranchée une partie de la guérilla.
Réflexes des années sombres
Mehmet Düngör, le président de l'association, a épinglé dans son bureau une carte englobant tous les pays turcophones, sur lesquels règnent Gengis Kahn et Attila. Un condensé de la mythologie pantouranique qui exalte la supériorité de la race turque. « Le problème entre les Kurdes et les Turcs n'existe pas, il n'y a que des Turcs unis sous le drapeau turc », déclare-t-il en cliquant sur des photos de bébés éventrés que montre son ordinateur, pour donner du poids à sa démonstration sur « les atrocités commises par le PKK ». Mehmet Düngör, qui jure compter treize « martyrs » dans sa famille, assure que « 20 000 personnes sont venues manifester contre la terreur ».
Une provocation pour le maire de Sirnak, Ahmet Ertak : « Il n'y avait que des gens qui travaillaient pour l'armée, essentiellement des gardiens de village. » Selon cet édile pro-DTP, moustache bonhomme et discours imperturbable malgré l'hélicoptère qui passe devant sa fenêtre, « la peur de la Turquie face à la construction d'un État kurde en Irak » explique la multiplication des opérations.
Si les rangs se resserrent derrière le PKK en période trouble, toute la population est loin de lui apporter un soutien aveugle. Même s'il se trouve peu de volontaires pour le dire. À voix basse, dans un restaurant de grillades, à une heure creuse de l'après-midi, Ahmet et Mahmut renvoient dos-à-dos les belligérants : « Pour déstabiliser l'AKP (le parti islamo-conservateur au pouvoir), l'armée et les nationalistes ont joué les cartes de Chypre, des Arméniens, du danger islamiste et maintenant celle des Kurdes. Ils sont prêts à créer le chaos pour garder le pouvoir. De son côté, le PKK manipule aussi les gens. C'est comme les fidèles des leaders religieux, on ne conteste pas les décisions. » Un inconnu s'installe à une table à proximité. Fin de la conversation.
À la terrasse du jardin à thé surplombant la vallée, les vieux paysans ont les yeux couleur de miel comme les terres qu'ils ont dû abandonner. « Ils ont remis des mines partout, nous n'osons plus sortir de la ville », se plaint l'un d'eux. Vaches, ânes, oies, les ruelles tortueuses de Sirnak ressemblent à une basse-cour citadine. Dans les années 1990, l'armée a vidé les villages dans les montagnes alentours. Les hommes et les bêtes sont venus se réfugier en ville.
Dès la sortie de Sirnak, les check-points se multiplient. Les flancs des montagnes ont été réquisitionnés : on peut y lire en grandes lettres des slogans comme « La nation est indivisible », ou « Heureux celui qui se dit Turc ». Planté près d'une guérite, un panneau vante le financement par l'Union européenne d'un programme d'aide à la production laitière. « Avec les réformes de l'Europe, nos droits ont augmenté et nous avons peur de tout perdre, l'espoir du changement avec », résume Fikret Kaya, le maire de Tasdelen. Le jeune représentant de ce hameau à quelques encablures de l'Irak s'accroche au printemps européen et repousse la menace d'une guerre régionale contre le Kurdistan irakien : « Les gens de l'ouest de la Turquie (les pro-interventions) doivent comprendre qu'ils sont dans le même bateau que ceux de l'est. S'il y a un trou, nous coulerons tous ensemble. »
Source du texte : FIGARO.FR
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Les communistes indiens opposés à l'escale d'un porte-avions américain
Le Parti communiste indien s'élève contre la première escale d'un porte-avions américain dans un port indien, accusant Washington d'utiliser l'Inde pour contrer la puissance de la Chine et de l'Iran.
Le porte-avions nucléaire USS Nimitz doit jeter l'ancre dans le port de Madras (rebaptisée Chennai) début juillet, soit plusieurs semaines après la fin des manœuvres navales auxquelles le bâtiment a pris part au large des côtes iraniennes, dans le Golfe persique.
Cette initiative est un signe de l'amélioration des relations américano-indiennes, difficiles depuis plusieurs décennies mais qui se sont renforcées au plan diplomatique, commercial et militaire sous le Premier ministre indien Manmohan Singh.
"Nous sommes fortement opposés à cette visite et nous allons en parler au gouvernement", a déclaré Nilotpal Basu, porte-parole du Parti communiste d'Inde (marxiste) (CPI(M)), qui apporte un soutien crucial à la coalition fédérale au pouvoir, dominée par le Parti du Congrès.
"Les Américains sont en difficulté en Irak, ils n'arrivent pas à se faire entendre par l'Iran et ils craignent la puissance croissante des Chinois. Ils veulent à tout prix enrôler l'Inde dans leur campagne globale visant à contenir la Chine et d'autres pays."
Le CPI(M) et d'autres partis de gauche sont mécontents du penchant pro-américain qu'ils disent avoir observé dans la politique étrangère de l'Inde ces dernières années, symbolisé notamment par un accord controversé entre les deux pays sur le nucléaire civil.
Le ministre de la Défense A.K.Anthony a déclaré aux journalistes qu'il n'y avait "rien de nouveau" dans cette escale de l'USS Nimitz, qui selon lui s'inscrit dans la coopération américano-indienne en matière de défense. L'ambassade des Etats-Unis à New Delhi l'a en revanche qualifiée "d'événement historique".
Source du texte : REUTERS
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Les bases militaires étrangères en Eurasie (en anglais)
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lundi, 25 juin 2007
Le "YAMATO", le plus grand cuirassé de l'histoire !
Le début de la conception du Yamato remonte à 1934 ; les plans finals, après modifications, furent acceptés en mars 1937, pour un vaisseau de 68.000 tonneaux. La construction commença le 4 novembre 1937 aux chantiers navals de Kure (préfecture de Hiroshima) dans un bassin spécialement conçu. Le lancement eut lieu le 8 août 1940 et il entra en service le 16 décembre 1941. Quatre navires de ce type étaient initialement prévus, mais le troisième de la série, le Shinano, fut converti en porte-avions en cours de construction ; la construction du quatrième, jamais baptisé et connu seulement comme le "navire de guerre numéro 111", fut annulée alors que le vaisseau n'était construit qu'à un tiers. Les plans pour le type "Super-Yamato", armé de canons de 508 mm, qui devait succéder au Yamato et maintenir l'avance des cuirassés japonais sur leurs rivaux américains, furent abandonnés.
Le Yamato était conçu pour surclasser tout navire susceptible d'être construit par les États-Unis d'Amérique. Le choix du calibre de 457 mm pour l'armement principal (plutôt que le 406 mm) était motivé par la largeur du canal de Panama, car il aurait été impossible pour la marine américaine de contruire un navire portant un calibre équivalent sans de graves restrictions dans l'arrangement ou le blindage du navire (plus le blindage est lourd, plus la coque est volumineuse, et plus grand est le calibre de l'armement principal, plus longue est la portée). Pour renforcer le secret, les canons furent officiellement appelés "canons de 406 mm", et les autorités civiles ne furent pas informées de leur mise en service. Le budget de construction fut divisé et réparti sur de nombreux projets, de façon à ne pas donner l'éveil.
Le Yamato fut le navire amiral de l'amiral Isoroku Yamamoto à partir du 12 février 1942. Remplacé par le Musashi, il resta au port à Truk pendant le plus clair de 1943. On y renforça notablement les défenses anti-aériennes, à Kure. De retour vers Truk, il fut gravement endommagé par une torpille du sous-marin USS Skate, et ne fut complètement réparé qu'en avril 1944. Deux des tourelles de 155 mm furent remplacées par des plateformes anti-aériennes. Il se replongea dans le conflit en rejoignant la flotte japonaise à la bataille de la mer des Philippines (en juin), à la bataille du golfe de Leyte, en octobre, où il eut pour la première fois l'occasion de faire donner de son armement principal. Il retourna à son port d'attache en novembre, où l'armement anti-aérien fut une nouvelle fois renforcé durant l'hiver. Attaqué le 19 mars 1945 par l'aéronavale de la Task Force 58 qui attaquait Kure, il ne subit que de légers dommages.
Sa dernière mission fut l'opération Ten-Go, dans le contexte de la bataille d'Okinawa, début avril 1945. Le Yamato fut envoyé en mission suicide attaquer la flotte américaine qui soutenait le débarquement des troupes sur l'ouest de l'île. Le plan consistait à causer un maximum de dégâts aux navires de soutien, puis d'aller s'échouer pour servir de batterie côtière avant de faire sauter le navire. Le 6 avril, le Yamato, avec un équipage renforcé, quitta le port de Tokuyama avec son escorte. La flotille fut repérée le lendemain faisant route au sud. La Task Force 58 lança 400 avions pour l'intercepter, qui engagèrent le combat en début d'après-midi. Le Yamato, frappé par au moins 8 bombes et 13 torpilles, explosa à 14 heures 20. Il chavira sur babord et coula à quelques 200 km d'Okinawa. Environ 2.475 hommes d'équipages périrent et 269 survécurent.
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Un nouvelle avancée de l’atlantisme : le "Transatlantic Economic Council"
Lors du sommet annuel USA-UE qui s’est tenu à Washington le 30 avril, Georges W. Busch, Angela Merkel et Jose Manuel Barroso ont signé un accord-cadre en vue de renforcer l'intégration économique transatlantique avec une attention particulière pour l'harmonisation des règlements, des normes et des critères dans ces deux espaces économiques. A cette occasion, la chancelière fédérale a souligné qu'un marché commun doit être créé à long terme et le président de la Commission européenne a déclaré que les deux espaces économiques devraient être davantage intégrés.
Même si elle répond à une attente plusieurs fois formulée par la majorité des chrétiens- démocrates et des sociaux-démocrates du Parlement européen sous l’impulsion de la très influente députée allemande Erika Mann, du Groupe du Parti Socialiste Européen (voir JdM du 7 mars 2006), la création de ce « Conseil économique transatlantique » n’a bien entendu fait l’objet d’aucun débat parlementaire dans les 27 Etats membres. Pas davantage que le principe de la création d’un marché commun USA-UE annoncée par Mme Merkel.
Ce Conseil économique transatlantique sera coprésidé par l’Américain Allan Hubbard et Gunther Verheugen, vice-président de la Commission européenne. Il sera composé de représentants des pouvoirs publics, mais également des entreprises privées. Il supervisera l’application de l’accord-cadre, établira des objectifs et fixera des échéances et se substituera aux négociations sur les mêmes questions se tenant dans d’autres cadres.
Cette nouvelle institution menace gravement l’espérance d’une Europe européenne veillant en priorité aux intérêts des peuples d’Europe dans le respect des modes d’organisation en commun qu’ils se sont donnés au fil des siècles. Car son objectif, « l’harmonisation des règlements, des normes et des critères », signifie en fait la remise en cause de la manière dont les pays d’Europe, en particulier ceux de l’Europe occidentale, ont conçu et mis en œuvre le droit, la comptabilité nationale, l’économie et les relations sociales depuis environ 150 ans. Il s’agit d’une nouvelle étape dans la voie d’une normalisation aux standards américains. Avec la complicité active des 27 gouvernements européens.
Les matières prioritaires qui vont faire l’objet d’une négociation en vue d’une « harmonisation » d’ici au sommet de l’an prochain ont été arrêtées sur la base des recommandations de lobbies tels que le TransAtlantic Business Dialogue. Il s’agit des droits de propriété intellectuelle, de l’innovation et la technologie, de l’investissement, des marchés financiers et de la sécurité du commerce. Quatre secteurs spécifiques vont faire immédiatement l’objet de négociations en vue de standardiser les réglementations : les produits cosmétiques, les appareils médicaux, les produits médicaux et le secteur de l’automobile.
L’objectif de cette nouvelle institution est de favoriser une intégration économique transatlantique toujours plus poussée. Au vu de telles intentions, une question s’impose : pourquoi les gouvernements des 27 Etats de l’Union européenne et la Commission de Bruxelles ne transfèrent-ils pas immédiatement la souveraineté des peuples d’Europe aux Etats-Unis d’Amérique ? Parce qu’il faut le faire progressivement pour éviter la révolte ?
Raoul Marc Jennar
chercheur altermondialiste
Écrit par SG (Webmaster) dans > États-Unis, > Europe, > Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Conseil Economique Transatlantique, Transatlantic Economic Council |
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Six Casques bleus de la Finul tués au Liban
Six soldats de la Finul, la force de l'ONU au Liban-Sud, ont été tués et trois autres blessés hier dans l'explosion d'une voiture piégée.C'EST le premier attentat contre les Casques bleus depuis la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah chiite de l'été 2006. Selon un officier de liaison du bataillon espagnol, l'attaque avait été « très bien préparée », projetant les corps de deux des victimes « à plusieurs mètres ». Cet événement, potentiellement lourd de conséquences, survient alors que le Liban est plongé dans les violences.
Des affrontements opposent depuis le 20 mai l'armée libanaise au groupe sunnite Fatah al-Islam dans le nord du Liban. Beyrouth et ses environs ont été secoués par une série d'attentats, dont l'un a coûté la vie le 13 juin au député antisyrien Walid Eido et à son fils. La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, et son homologue français, Bernard Kouchner, ont condamné à Paris l'attentat contre les Casques bleus. Israël a exprimé ses « vifs regrets ». L'attaque a eu lieu à 10 kilomètres de la frontière libano-israélienne. La voiture piégée, une Renault, était garée sur le bas-côté de la route entre les villes de Marjayoun et Khiam.
Cette méthode était autrefois une spécialité du Hezbollah, mais ce dernier a condamné l'attentat, le qualifiant d'« agression suspecte qui porte atteinte au Liban-Sud et à ses habitants ». Les djihadistes du Fatah al-Islam figuraient hier en tête de la liste des suspects. Des sources judiciaires libanaises avaient affirmé le 8 juin que le groupe, retranché dans le camp de Nahr al-Bared, projetait de mener des attentats contre la Finul, citant des aveux d'islamistes arrêtés.
Un porte-parole du Fatah al-Islam avait en outre menacé, début juin, d'attaquer les Casques bleus.
L'armée libanaise et la Finul étaient en état d'alerte depuis les tirs le 17 juin de roquettes à partir du territoire libanais sur le nord d'Israël, qui n'avaient pas fait de victimes. Israël avait estimé que ces tirs étaient l'oeuvre d'un groupuscule palestinien. Le Hezbollah avait assuré n'avoir rien à voir avec ces tirs.
Mauvaise nouvelle
Si la voiture piégée a réellement été déclenchée par les djihadistes, ce serait une très mauvaise nouvelle pour toutes les parties. Cela signifierait que le Fatah al-Islam est présent non seulement au nord mais aussi au sud, et qu'il a la possibilité d'y perpétrer des actions à l'insu du Hezbollah, dont c'est le fief, et de l'armée libanaise, censée y faire régner l'ordre avec la Finul. Aux termes de la résolution 1701, environ 13 000 Casques bleus sont déployés au Liban-Sud entre le fleuve Litani et la frontière libano-israélienne. L'armée libanaise s'est aussi déployée le long de la frontière internationale.
Le ministre espagnol de la Défense, José Antonio Alonso, a annoncé hier que l'Espagne maintiendrait son contingent au Liban-Sud. « L'Espagne soutient et continuera à soutenir la mission de la Finul », a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse télévisée. Trois des soldats tués étaient des Colombiens servant dans l'armée espagnole et les trois autres étaient des Espagnols, a indiqué M. Alonso.
Les soldats décédés étaient âgés de 18 à 21 ans, a-t-il précisé. Pour le ministre, « il s'agit sans aucun doute d'une attaque préméditée », et l'hypothèse d'une mine qui aurait explosé accidentellement « est écartée ».
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