samedi, 12 mai 2007

Le mur d'Hadrien

Le mur d'Hadrien est une fortification en pierre et en tourbe construit à partir de 122 par les Romains sur toute la largeur de l'Angleterre pour protéger le Sud de l'île des attaques des tribus de l'actuelle Écosse. Le nom est également parfois employé pour désigner la frontière entre l'Écosse et l'Angleterre, même si la frontière actuelle ne le suit pas. 

medium_mur_Hadrien_2.jpgLe mur a marqué le nord de l'empire romain en Grande-Bretagne pendant très longtemps, et c'était également la frontière la plus somptueuse de l'empire. En plus de son utilisation comme fortification militaire, on pense que les portes du mur auraient également servi de postes de contrôle pour la perception de taxes sur les produits importés. 

Une importante partie du mur existe toujours, en particulier dans la partie centrale et le mur est encore praticable à pied sans danger. C'est aujourd'hui l'attraction touristique la plus populaire du nord de l'Angleterre. En 1987, l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine historique mondial. 

Le mur d'Hadrien s'étend sur environ 120 km, il commence à l'est du fleuve Tyne jusqu'au Solway Firth à l'ouest. Il longe au sud la frontière actuelle entre l'Angleterre et l'Écosse et en est le plus proche à son extrémité occidentale. 

Le mur d'Hadrien fut construit à la suite de la visite de l'empereur romain Hadrien (règne de 117 à 138) dans la province de Bretagne. 

La construction du mur a commencé en 122 après J.-C. et il fut renforcé au cours des années grâce aux soldats des trois légions romaines qui ont participé à la tâche. L'itinéraire choisi a largement été inspiré de la voie romaine de Stanegate qui va des villes de Carlisle à Corbridge, qui a toujours été protégé par un limes et par de nombreux forts, dont le fort Vindolanda

Le mur était initialement haut de 3 à 5 mètres, mais quelques sections ne dépassent pas 2,5 mètres. On estime la largeur à environ 3 mètres. Pour le protéger, quatorze forts étaient positionnés sur sa longueur, comme ceux de Housesteads et Birdoswald. Il y avait 80 tours milliaires (Milecastles en anglais) parce qu'elles étaient disposées tous les miles romains, environ 1500 mètres. Ces tours servaient à la fois pour la surveillance à distance et d'abris pour les sentinelles.

Le mur faisait partie d'un système défensif qui, en allant du nord (côté Écosse) vers le sud (côté de l'empire), incluait : 

  • un glacis et un fossé profond armé de rangées de pieux taillés en pointe,
  • le mur proprement dit avec son chemin de ronde,
  • une route militaire (la "Military Way" ou "Voie Militaire"),
  • le vallum - deux rives avec un énorme fossé qui les sépare.

medium_photo_reconstruction_Vindolanda.jpgLe vallum servait probablement à délimiter la zone militaire plus qu'à être une fortification, même si les tribus britanniques du sud n'étaient pas protégées par elles-mêmes. 

Le mur était gardé par les unités auxiliaires de l'armée (des non-citoyens). Leur nombre a bien sûr varié au cours du temps mais ils étaient environ 9 000 hommes en comptant infanterie et cavalerie. Ils ont subi une grave attaque en 180, et plus encore en 196 et en 197. La garnison avait alors été sérieusement affaiblie après ces attaques ; après la principale reconstruction du mur, l'empereur Septime Sévère mena une implacable répression à l'encontre des populations hostiles. Après cette "pacification" brutale des tribus sous Septime, la région autour du mur est demeurée paisible pour la plus grande partie du reste du IIe siècle. Il semble que la majorité des hommes de la garnison se soient intégrés dans les communautés locales. 

Au début du Vè siècle de l'ère chrétienne, l'empire romain en plein déclin négligea cette frontière si lointaine. Les soldats, petit à petit, abandonnèrent leur poste s'installant pour la plupart dans la région pour devenir de simples paysans. Au cours des siècles qui suivirent, le mur fut laissé à l'abandon, livré au pillage des villageois qui récupérèrent une grande partie des pierres pour construire d'autres murs, leurs maisons, leurs églises. Ainsi, on trouve dans les fondations de l'abbaye d'Hexham, des pierres romaines.

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medium_hadrian.jpgExemple même du concept défensif du limes, le mur d’Hadrien marque la limite de l’empire romain en Bretagne et établit une séparation stricte entre le monde civilisé et celui barbare. La fin de l’autorité romaine en Bretagne ne vint que sanctionner l’inutilité d’un édifice incapable de contenir le flots des peuples barbares. Un exemple toujours d’actualité ?
 

Contexte historique

Au IIème siècle, l’Empire romain a atteint son apogée. Son extension terrestre est maximale, sa puissance militaire incontestée, sa richesse et sa puissance économique sans précédents et ses frontières marquent, pour les romains, la séparation entre le monde civilisé et la barbarie. En 83, Agricola, gouverneur de la Bretagne écrase les 30.000 guerriers de Calagatus. Néanmoins, dès 77, la conquête complète de l’île relève de l’utopie car la IIème légion, basée à Chester, est déplacée pour défendre les frontières continentales de l’Empire. 

L’accession au pouvoir d’Hadrien, en 117, marque la fin de l’expansion. Le nouvel empereur préfère, par réalisme, consolider les frontières de plus en plus difficiles à défendre. Hadrien abandonne tout de suite les territoires annexés au nord de l’Euphrate et renforce les limes de l’Empire. La frontière devient une base strictement défensive destinée à séparer le monde civilisé de la barbarie comme le note Patrick Guillou : "Le limes n’était pas une simple protection linéaire, mais une zone de défense en profondeur, parfois large de deux à trois kilomètres et formé de points forts échelonnés en longueur et et en largeur, castra pour les légions, fortins pour les troupes auxiliaires et d’une rocade permettant des déplacements aisés et rapides vers tout point menacé par l’ennemi."

 

Le mur d’Hadrien

C’est en 122, que l’empereur Hadrien décide de l’amélioration des fortifications voulues par Agricola quelques 40 années plus tôt entre les estuaires de la Tyne et de la Solway, afin de stopper les raids de plus en plus fréquents des barbares du nord. Le mur coupe ainsi l’Angleterre sur près de 120 km dans la région des Borders, sa construction demandant 3 légions, soit 18.000 hommes, des auxiliaires et s’étalant sur 6 années. 

Le romains surent exploiter le relief afin d’en tirer le meilleur parti. Le mur est constitué d’un cœur d’argile et d’un remblai recouvert de pierres taillés d’une épaisseur de 3 mètres pour une hauteur, moyenne, de 4 mètres. Tous les milles, on édifia des fortins abritant des garnisans comprenant de 25 à 50 hommes. 

Le mur d’Hadrien matérialise la frontière entre les deux mondes, celui romanisé et civilisé et celui des bretons du nord. Au mur viennent s’adjoindre aussi 16 forteresses espacées de 11 à 12 km pouvant abriter quelques 500 hommes soit une cohorte d’infanterie soit 16 escadrons de 32 cavaliers. 

Les trois légions se trouvaient stationnées en retrait du mur gardé par quelques 12.000 auxiliaires et qu’un fossé de 6 mètres de large et 3 de profondeur venait renforcer. Plus à l’Ouest, les Scots avaient l’habitude de conduire des raids maritimes, le mur fut donc prolongé par un réseau de forts côtiers. Enfin, la tactique employée par les barbares reposait sur le harcèlement et le refus de tout choc frontal, aussi, pour tirer bénéfice de sa mobilité, l’armée romaine pratiqua de nombreuses ouvertures dans le mur pour permettre de rapides raids contre les ennemis.
 

Un point de contact fécond

Le mur n’est pas une frontière étanche à l’image de certaines frontières contemporaines. Les auxiliaires utilisés par Rome sont des germains, des Nerviens ou des Celtibères avant d’être recrutés sur place. Le mur favorise par ailleurs les rencontres commerciales et le troc. Enfin, les soldats romains eux-même s’établissent souvent, après 25 années de service, dans de villages en arrière du mur.
 

Nouveau mur et déclin

Antonin le Pieux succède à Hadrien et décide d’édifier un mur plus au nord, en Ecosse, entre les estuaires du Forth et de la Clyde. Une ligne de défense de seulement 58 km de long précédée d’un fossé de 13 mètres de large et 4 de profondeur. Le mur repose sur des pierres larges de 5 mètres et s’élève à 3 mètres de hauteur avec un chemin de ronde large de 2 mètres. Tout le long de ce mur on compte 20 forteresses. 

Ce mur, achevé vers 145 est progressivement abandonné autour de 158 alors que le mur d’Hadrien reprend du service. L’empire est désormais sur la défensive sauf lors des campagnes conduites entre 208 et 211 par Septime Sévère contre les peuples d’Ecosse. 

En 367, une confédération des Pictes, Scots et Saxons se lance contre les provinces romaines affaiblies par les guerres civiles à répétition de l’empire où les généraux se combattent pour une gloire éphémère et dangereuse. En 410, l’empereur Honorius décide d’abandonner la Bretagne et le mur tombe peu à peu en désuétude les troupes locales préférant retourner à la vie civile. 

Le mur d’Hadrien symbolise la faiblesse même du concept de limes que les byzantins reprendront à leur compte dès le Vème siècle. Il prouve aussi combien l’édification d’un mur, pour contenir un mouvement naturel de l’Histoire, peut être vaine. Un exemple qui demeure d’actualité...

Écrit par SG (Webmaster) dans Fortifications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | | |  Facebook | |  Imprimer |

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