vendredi, 09 mars 2007
La Russie sur les marchés des armes : de record en record
Mikhaïl Dmitriev, directeur du Service fédéral de coopération technique et militaire pour l'étranger, a annoncé récemment qu'en 2006 la Russie avait exporté des armes et des armements pour 8 milliards de dollars (dont des armements pour 6,5 milliards et des pièces détachées plus des services de défense pour 1,5 milliard). A la fin de l'année dernière, les ventes d'armes russes à l'étranger étaient estimées à 6,3 milliards (on parlait alors de record). Début février, on évoquait déjà un chiffre de 6,5 milliards.
Rien d'insolite ni de publicitaire dans cette "hausse des prix". A la fin de l'année, on ne fait qu'estimer les ventes réelles, puis les recettes et enfin l'argent versé sur les comptes de Rosoboronexport, unique fournisseur public d'armes et de matériels de guerre en Russie. On cesse de passer des écritures en février. On peut donc être sûr que ce dernier record - 8 milliards de dollars - ne "tombera" pas avant la fin de l'année.
Car les vendeurs russes d'armes semblent avoir le vent en poupe. Selon Mikhaïl Dmitriev, le carnet des commandes des industries de défense russes - des contrats en option mais pas encore signés - "pèsent" près de 30 milliards de dollars. Tous ne deviendront pas des contrats réels, l'expérience est là pour le prouver, mais ce carnet montre que les armements russes continuent d'être demandées sur les marchés internationaux.
Et on sait bien quelles des armes russes sont les plus sollicitées. C'est d'abord le matériel aéronautique (57% du total des ventes) et naval (39%), le reste étant partagé entre les systèmes de DCA et les systèmes de combat interarmes. Il est vrai qu'il est pratiquement impossible de savoir de quel système il s'agit précisément et son prix. C'est une information secrète, en vertu de contrats bilatéraux. Même si, conformément aux règles internationales, la Russie informe régulièrement l'Organisation des Nations unies de ses exportations d'armes. Dans quelques mois, tant les experts militaires que les chercheurs les plus curieux sauront tout, en consultant le registre de l'ONU sur l'import-export d'armements conventionnels qui est régulièrement publié.
Et pourtant, on sait dès à présent que les plus gros contrats russes ont porté en 2006 sur la vente à l'Inde de trois bombardiers Tu(Tupolev)-22M3, de deux avions anti-sous-marin Il-38SD (Iliouchine) et de 13 lots d'assemblage pour les chasseurs Su-30MKI(Sukhoi). Pékin a également figuré parmi les clients les plus actifs de Moscou : un sous-marin du projet 636 et un destroyer 956EM, les systèmes de missiles DCA embarqués Rif-M et Chtil-1, près de 150 missiles anti-sous-marin et anti-bâtiment ont été expédiés en Chine. Mais se sont les ventes d'armes au Venezuela qui ont fait l'an dernier le plus de bruit : Caracas s'est porté acheteur de quatre chasseurs polyvalents Su-30MK2 et de 18 hélicoptères (six Mi-17V-5, trois Mi-172, huit Mi-35 et un Mi-26T) et d'une usine de fusils d'assaut Kalachnikov AK-101 et AK-104. A ne pas oublier la livraison, à Téhéran, de 29 systèmes de missiles sol-air à rayon d'action rapproché Tor-M1 et, à Alger, de deux chasseurs MiG-29SMT(Mikoïan-Gourévitch). C'est ce qui s'est produit contrairement aux pressions de Washington et malgré les sanctions décrétées par le Département d'Etat américain contre les sociétés qui coopèrent avec le russe Rosoboronexport.
Ce qui est à son tour significatif. Les exemples cités montrent que la Russie n'a pas l'intention de réagir aux "remontrances" venant d'outre-Atlantique. D'autant plus que ces "critiques" ne dissimulent rien d'autre que la concurrence acharnée sur les marchés internationaux des armements.
Mais il faut rappeler que Moscou, malgré ses succès indéniables dans ce domaine, n'est pas un champion sur ce marché, cédant sérieusement à Washington qui a vendu des armes en 2005 - les chiffres pour 2006 font encore défaut - pour 11,55 milliards de dollars. Et ce total ne tient pas compte du coût des pièces de détachées et d'autres services fournis. La France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et Israël talonnent la Russie. Tel-Aviv, on le sait, vend moins des armes que des systèmes de sûreté : de reconnaissance, de transmission, de désignation des objectifs, de navigation, proposant également de moderniser des matériels et de les rendre plus efficaces. Bref, des choses purement "intellectuelles", coûtant souvent bien plus cher que les moyens de feu proprement dits.
La Russie, pour l'instant, accuse encore du retard dans ce secteur des industries de défense. Mais les efforts déployés ces derniers temps par le gouvernement et sa commission militaro-industrielle font naître l'espoir que les armes "made in Russia", pas très chères mais sans doute meilleures, seront dotées de moyens de sûreté ultra-perfectionnés et portant aussi la même inscription.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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