lundi, 31 juillet 2006

L'officier allemand

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William Shirer a reconnu le caractère exceptionnel au XXè s. de la façon dont le jeune corps des officiers allemands livraient bataille au temps de son apogée, en France, en 1940 :

"Les généraux allemands étaient les plus jeunes : quelques-uns n'avaient pas encore 40 ans, quelques-uns, au sommet de la hiérarchie, venaient d'entrer dans la cinquantaine. Mais cela leur donnait les qualités de la jeunesse : la fougue, l'audace, l'imagination, l'adaptabilité, la capacité d'entreprendre, la vaillance physique. Le général von Reichenau fut le premier de son armée à traverser la Vistule pendant la campagne de Pologne. Il le fit à la nage. Guderian, Rommel et les autres commandants en chef des divisions Panzer menèrent en personne beaucoup de leurs attaques. Ils ne restaient pas, comme les Français avaient tendance à le faire, en sûreté à l'arrière, dans leur poste de commandement."

(p 547-548)

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Que le glaive décide (Tyrtée)

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"Quels que soient l'ennemi, le nombre, les hasards

De ton sort aujourd'hui que le glaive décide.

Arme-toi ; de la vie abjure un lâche amour

Et que les noirs sentiers de la parque homicide

Soient aussi beaux pour toi que les rayons du jour."

 

Tyrtée (II, 3-6)

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Endurance

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 "L'on frappe dur ici, messieurs. Voyons qui frappera le plus longtemps"

 Duc de Wellington

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dimanche, 30 juillet 2006

Ernst von Salomon : La guerre est finie ; les guerriers marchent toujours

1356588935.jpgAu milieu de décembre les troupes allemandes rentrant du front traversèrent notre ville. Ce n'était qu'une division qui venait de la région de Verdun. (...)

Les unes après les autres les compagnies passaient, des groupes pitoyablement petits, mais qui apportaient avec eux un souffle redoutable, une atmosphère de sang, d'acier, de matières explosives et de décisions immédiates. Haïssaient-ils la révolution, marchaient-ils contre elle ? Se rangeront-ils, eux, ouvriers, paysans, étudiants, dans notre monde, deviendront-ils tels que nous, adopteront-ils nos soucis, nos volontés, nos luttes et nos buts ? 

Et soudain la lumière se fit en moi : allons-donc, ceux-là n'étaient pas des ouvriers, des paysans, des étudiants, ils n'étaient pas des artisans, des employés, des commerçants, des fonctionnaires, ils étaient des soldats ! Non pas des hommes déguisés, non pas des hommes qui obéissaient à un commandement, non pas les délégués d'autres hommes, ils étaient des hommes qui obéissaient à un appel intérieur, à l'appel secret du sang et de l'esprit, ils étaient des volontaires d'une façon ou d'une autre, des hommes qui avaient appris une rude fraternité et appris à connaître ce qu'il y a derrière les choses et qui avaient trouvé dans la guerre une patrie. Patrie, peuple, nation. Voilà de grands mots, mais quand nous les prononcions, ils sonnaient faux. Et c'était pour cela qu'ils ne voulaient pas être des nôtres, et cela expliquait cette entrée muette, imposante, fantomale. 

Car la patrie était en eux et en eux la nation. Ce que nos voix proclamaient, ce dont nous nous vantions devant le monde, avait revêtu chez eux un sens secret ; c'était pour cela qu'ils avaient vécu, c'était pour cela qui leur avait commandé de faire ce que nous plaisions à appeler le devoir. Subitement la patrie était en eux, elle avait changé de place, elle avait été saisie par le tourbillon gigantesque des dernières années et emportée au front. Le front, c'était leur pays, c'était leur nation, leur patrie. Et jamais ils n'en parlaient. Jamais ils n'avaient cru aux paroles, ils ne croyaient qu'en eux-mêmes. La guerre les tenait, la guerre les dominait, la guerre ne les laisserait jamais échapper et jamais ils ne pourraient revenir ni nous appartenir tout à fait. Ils auront toujours la guerre dans le sang, la mort toute proche, l'horreur, l'ivresse et le fer. Ce qui se passait maintenant, ce retour, cette rentrée dans le monde paisible, ordonné, bourgeois, c'était une transplantation, une fraude et qui ne pouvait pas réussir. La guerre est finie ; les guerriers marchent toujours.
 

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Ernst von Salomon

In Les Réprouvés 

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jeudi, 27 juillet 2006

World War Web

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Depuis plusieurs semaines, Microsoft a entrepris une croisade contre les versions "craquées" à travers le système des mises à jour en ligne. Un programme clandestin est introduit dans votre ordinateur provoquant des dégâts irrémédiables. La France et l'Europe sont particulièrement visées suite aux diverses amendes infligées à Microsoft par Bruxelles.

En bas de votre écran, s'affiche une étoile durant une quinzaine de jours, vous indiquant que votre installation n'est pas conforme. Nous vous conseillons de télécharger gratuitement OPEN OFFICE et à désinstaller Microsoft Office, voire Windows.

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mercredi, 26 juillet 2006

Liban - Israël : carte des combats

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mardi, 25 juillet 2006

Le Carnyx

medium_Gaulois_et_Carnyx.jpgLe Carnyx est une trompette de guerre des Celtes au long tube vertical doté d'un pavillon perpendiculaire qui avait généralement la forme de la hure d'un sanglier, plus rarement d'une autre protomé animale. Des éléments attribués à un carnyx sont connus du dépôt de Kappel, un pavillon bien conservé en tôle de bronze représentant une tête de sanglier  provient de Deskford en Ecosse (le remontage en carnyx proposé par les éléments de bronze de Castiglione delle Stiviere paraît difficelement acceptable). Les représentations du carnyx sont nombreuses: des joueurs de carnyx participent à un défilé militaire sur une des plaques du chaudron de Gundestrup; ils font partie des trophés d'armes galates et gauloises (Pergame, Orange); ils figurent sur des monnaies (par exemple, le personnage tenant une enseigne militaire et un carnyx figure sur le revers d'une monnaie éduenne au nom de Dumnorix ou le cavalier brandissant un carnyx des monnaies des Trinovantes aux noms de Tasciovanus et de Sego) et apparaissent également sous la forme réduite de pendeloque.
Une réplique complétée du carnyx de Deskford, au pavillon doté, comme lors de la découverte, d'une languette de bois mobile, a été réalisée récemment et utilisée avec succès pour des prestations musicales. medium_celte_avec_carnyx.jpgmedium_Dekfort_Carnyx_3.jpgmedium_carnyx1b.jpg

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lundi, 24 juillet 2006

L’Union européenne osera-t-elle conclure une alliance énergetique avec la Russie ?

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Alors que les Anglo-saxons occupent l’Irak pour s’emparer de son pétrole, la question de la sécurité énergétique mondiale dominera le sommet du G8 à Saint-Petersbourg. La paix n’est en effet possible que si les ressources énergétiques des grandes puisances militaires leur sont garanties. Dans cette optique, la Russie - premier pays exportateur du monde en ce domaine - souhaite présenter une palette de solutions possibles. Parmi celles-ci, une alliance économique entre l’Union européenne et la Russie. Elle assurerait le développement pacifique des deux blocs. C’est le sens d’un rapport secret co-rédigé par Total et l’Académie des sciences de Russie dont Ria-Novosti a eu connaissance.

Le français Total et l’Institut de prévisions économiques relevant de l’Académie des sciences de Russie (RAN) ont présenté un rapport sur le thème : La Russie et l’Europe : alliance économique ou conflit énergétique. Cette étude permet de se faire une idée plus précise des rapports présents et futurs entre fournisseurs et consommateurs de pétrole et de gaz.

Une méfiance réciproque

L’académicien Viktor Ivanter, directeur de l’Institut de prévision économique (IPE), et le vice-président senior de Total, Menno Grouvel, relèvent que le prix de l’essence à la pompe, les factures d’électricité, de gaz, de chauffage et d’eau chaude dépendront, dans un quart de siècle, de ce que nous faisons aujourd’hui. La stratégie et la prévision à long terme dans le domaine de l’énergie sont nécessaires pour définir les approches à retenir en matière d’extraction des hydrocarbures et de création d’axes de transport. Aujourd’hui, la Russie engrange des sommes considérables provenant de l’exportation de matières premières et de produits énergétiques. Toutefois, les carences institutionnelles, l’absence de volonté politique, la méfiance réciproque des milieux d’affaires, de l’Etat et de la société ne permettent pas de dynamiser les investissements, malgré les réserves qui se sont accumulées dans les secteurs aussi bien privé que public.

Après la crise de 1998, l’économie russe n’a pas été en butte à des restrictions énergétiques, la demande d’énergie n’étant pas un facteur limitatif de la croissance économique. Cependant, la Russie produit-elle suffisamment de pétrole et de gaz pour approvisionner en énergie sa propre économie ? Ne va-t-il pas falloir réduire les exportations pour pouvoir satisfaire la demande intérieure, en hausse rapide ? D’autre part, combien coûtera la tonne de brut dans 25 ans, si les gisements connus arrivent à épuisement et si l’on est obligé d’extraire le pétrole sur les plateaux continentaux des mers septentrionales et en Sibérie orientale et d’y créer une infrastructure réclamant des milliards de dollars d’investissements ?

Les dépenses d’extraction ne figurent pas parmi les problèmes préoccupant outre mesure l’Etat russe. Les esprits étant hantés par une chute éventuelle des prix du brut, l’argent s’accumule dans le Fonds de stabilisation qui a été créé à l’étranger, car les autorités se méfient de leurs propres économie et système bancaire. Mais comme le soulignent MM. Grouvel et Ivanter, un autre aspect du problème est plus actuel aujourd’hui : que se passera-t-il si les prix du pétrole ne baissent pas, si les gisements bon marché s’épuisent et qu’il s’avère nécessaire d’extraire du pétrole et du gaz devenus onéreux, car extraits sur le plateau continental ?

Ces derniers temps, Gazprom a opté pour la tactique de la négociation conflictuelle, menaçant l’Union européenne de diriger les ressources vers l’Orient et non vers l’Europe, alors que l’UE invoque de son côté la nécessité de s’affranchir de sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Dans le cadre de cette stratégie conflictuelle, des tentatives sont effectuées périodiquement pour empêcher les sociétés russes d’accéder aux réseaux de distribution au sein de l’UE, et les compagnies étrangères aux ressources russes. Nous assistons à une collision des ambitions des bureaucrates européens et du monopole gazier russe : les premiers veulent convaincre l’opinion que la monopolisation du marché européen par la Russie recèlerait de grands risques, tandis que les seconds prétendent que l’Europe imposera ses prix aux fournisseurs de produits énergétiques et que cela se traduira par une perte de revenus pour Gazprom. Selon la déléguée du groupe Total pour la Russie, Inessa Varchavskaïa, ces méthodes ne sont pas productives, et dans la situation présente, il faut passer à la mise en place d’une alliance énergétique fondée sur des rapports stratégiques entre fournisseurs et consommateurs d’hydrocarbures.

Il serait constructif de rechercher une alliance énergétique conventionnelle, qui garantirait la stabilité économique et politique dans les rapports énergétiques entre la Russie et l’Europe et, partant, la sécurité énergétique. L’étude montre qu’un espace pour une alliance énergétique existe bien. Pour couvrir la pénurie d’énergie en Europe avec des livraisons russes, les compagnies extractives sont contraintes de passer sur le plateau continental, où le gaz est d’accès plus difficile et où le pétrole est composé de fractions lourdes. Le problème qui se pose dans ce cas, c’est celui du manque de technologies et pas simplement de moyens financiers. Selon Total et la RAN, « la Russie a besoin de capitaux amendés par des technologies et de l’expérience de leur utilisation ». A partir de ce principe, dans la nouvelle alliance énergétique, l’objectif numéro un serait non pas des bénéfices immédiats, mais un système stratégique de rapports mutuels.

La demande mondiale d’hydrocarbures

La situation qui prévaut sur le marché énergétique mondial et les prévisions pour l’avenir prévisible donnent à penser que les hydrocarbures demeurent l’assise du fonctionnement de l’industrie et du secteur énergétique mondiaux. Les bilans énergétiques des grandes économies de l’Union européenne annoncent une pénurie de l’énergie locale. D’autre part, l’augmentation de la demande d’énergie émane dans une mesure toujours plus grande des pays asiatiques émergents. Jusqu’en 2030, la demande mondiale progressera d’environ 2 % par an. La RAN et Total prévoient un accroissement insignifiant des potentialités de l’électronucléaire et une réduction de la part de ce dernier dans la production de courant.

Actuellement, l’UE importe la moitié des produits énergétiques dont elle a besoin (73 % du pétrole et 44 % du gaz). En 2030, la part des importations d’hydrocarbures sera de 70 % (92 % du pétrole et 81 % du gaz). Le rôle du gaz naturel augmentera sensiblement, tandis que sa production locale diminuera. Par conséquent, les pays de l’UE vont devoir faire passer leurs importations de gaz de 180 milliards de mètres cubes en 2005 à 650 milliards en 2030. Les pays de l’UE sont donc les premiers intéressés à régler le problème de l’approvisionnement en produits énergétiques sur le long terme, sur une base transparente.

A l’heure qu’il est, environ 20 % du pétrole et plus de 25 % du gaz naturel consommés par l’Union européenne sont d’origine russe. La Russie entend rester un important partenaire énergétique des pays de l’UE durant le premier tiers du XXIe siècle. Elle possède, pour cela, des réserves de produits énergétiques considérables.

L’énergie et la politique

medium_gazprom.jpgA la différence du commerce des articles industriels réalisé dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, la vente des produits énergétiques se fait dans le cadre de règlement établis et sans cesse modifiés par des régions, des pays, des associations de producteurs et de consommateurs. Prenons l’exemple de la Bolivie qui, au mois de mai, a nationalisé la totalité de son secteur énergétique et confié à une seule société la vente des hydrocarbures. Selon Viktor Ivanter et Menno Grouvel, la Charte énergétique, qui n’a pas été ratifiée ou signée par les plus grands pays exportateurs d’hydrocarbures, « lèse manifestement les intérêts des pays producteurs de pétrole et de gaz (…)Le problème, ce n’est pas que la Russie ne ratifie pas la Charte énergétique. Ce que l’on ne comprend pas, c’est pourquoi la Russie a signé ce document boiteux », lit-on dans leur rapport. D’un autre côté, malgré le caractère inacceptable de la charte sous sa forme actuelle, le commerce de l’énergie ne saurait se faire sans règles générales. C’est pourquoi les chercheurs relèvent que les pays consommateurs et les pays producteurs d’hydrocarbures doivent instaurer un dialogue, qui doit déboucher sur l’élaboration d’un nouveau document énonçant des règles générales du commerce.

Le niveau actuel des rapports avec les fournisseurs d’hydrocarbures, dont la Russie, ne permet pas d’assurer la fiabilité et la pérennité requises des approvisionnements. Par exemple, la tension observée en janvier-février 2006 dans les livraisons de gaz à l’Europe était due notamment aux lacunes des rapports juridiques entre les fournisseurs, les pays de transit et les consommateurs de gaz. Et aujourd’hui encore, rien ne garantit que cela ne se reproduira plus.

La tension politique dans les liens énergétiques internationaux recèle de nombreuses composantes économiques. Par exemple, le réseau de gazoducs actuel, constitué de conduites très longues, bordées de nombreux consommateurs, avec un débit fixé et une demande en hausse, ne peut pas ne pas être à l’origine de conflits, surtout en période de grands froids. Des investissements opportuns dans les structures de stockage de pétrole et de gaz permettraient de régler bon nombre de questions, sans qu’il soit besoin de les porter au niveau de la géopolitique. Il faut, par conséquent, aménager de grands dépôts dans les pays consommateurs d’Europe, de manière à pouvoir faire face aux fluctuations de la demande. La participation de la Russie à ces projets est envisagée comme l’un des volets obligatoires de l’alliance énergétique.

Les technologies économisant l’énergie

Les sociétés productrices de pétrole et de gaz devant disposer de certaines garanties politiques dans le choix des projets d’investissement, il faut donc élaborer une stratégie énergétique à long terme définissant les priorités dans les relations internationales. Il est indispensable de définir des règlements identiques pour les investisseurs disposés à faire l’acquisition d’actifs ne présentant pas un intérêt stratégique pour la Russie et l’Europe. Aussi Inessa Varchavskaïa estime-t-elle indispensable de définir des critères de l’« importance stratégique » des actifs, acceptables par la Russie, la France et les autres pays de l’UE, de manière à passer de la méfiance réciproque à un partenariat énergétique à long terme. Pour la Russie, les actifs stratégiques sont ceux qui assurent l’approvisionnement régulier des consommateurs russes de combustibles et d’énergie dans le respect des engagements contractuels.

Maintenant, une question se pose : l’extraction des produits énergétiques en Russie peut-elle couvrir les besoins du pays et la demande de l’Europe ? La thèse selon laquelle l’économie russe consommerait beaucoup plus d’énergie que ne le permettent ses potentialités doit être perçue comme une critique. Les chercheurs font remarquer que les pertes d’énergie s’observent surtout dans le chauffage. L’implantation de technologies économisant l’énergie réclame un rééquipement fondamental des immeubles et du réseau de chauffage dans l’ensemble du pays, une révision du paradigme de la production/distribution de chaleur. L’insuffisance des investissements dans la prospection et l’aménagement des gisements, dans l’extraction et la production, a pour corollaire une pénurie d’énergie pour les consommateurs intérieurs, compte tenu de la dynamique du développement économique. Rappelons que dans quatre entités de la Fédération de Russie, la pénurie d’énergie se chiffre déjà à 12 000 MW, et que d’ici quelques années, ce sont 16 entités russes qui devront faire face à un déficit de même importance.

La base technico-technologique de l’économie russe, créée en URSS, prend appui sur une consommation d’énergie bon marché, ce qui permet d’exporter de Russie des produits industriels relativement peu chers, tel l’aluminium. D’où la lenteur de la modernisation des équipements et la consommation d’énergie par article beaucoup plus grande que dans les pays où l’électricité et le gaz sont plus chers. Parallèlement, étant donné que la croissance industrielle implique une augmentation de la consommation d’énergie, l’industrie russe pourrait très prochainement se heurter à un manque général de ressources énergétiques.

Cette situation réclame l’implantation de technologies économisant l’énergie pour contenir la hausse spontanée de la demande d’énergie. Faute de quoi, une augmentation incontrôlée de la demande provoquera inévitablement une flambée des tarifs de l’énergie. C’est d’ailleurs ce que ne cesse de dire le gouvernement russe. Le retard dans l’implantation de nouvelles technologies de production de courant pourrait entraîner un ralentissement du développement des autres secteurs économiques et de l’amélioration du niveau de vie.

Pour que le gaz continue de faire tourner l’industrie et la plus grande partie des centrales électriques, les prix de l’énergie seront articulés sur les prix intérieurs des hydrocarbures. Relevant que les technologies mondiales de production de courant reposent dans une grande mesure sur la combustion d’hydrocarbures, autrement dit sur l’intercomplémentarité du pétrole et du gaz et d’investissements relativement peu importants (entre autres, pour le passage à une utilisation propre du charbon), MM. Grouvel et Ivanter réfutent le point de vue selon lequel le rattachement du prix du gaz à celui du pétrole n’a plus sa raison d’être et qu’il faut passer désormais à la fixation des prix du gaz selon les principes de marché. D’après eux, même dans le cadre du commerce boursier du gaz, le « détachement » des prix n’est pas pour demain, il ne pourra s’effectuer qu’après le remplacement de toute une génération de technologies.

Le scénario du développement de l’économie russe

Prenant en compte l’évaluation de la demande d’énergie de l’UE ainsi que les prévisions concernant les exportations d’énergie de la Russie dans le cadre du scénario économique de base du ministère russe du Développement économique et du Commerce (MERT) pour la période allant jusqu’en 2015, l’Institut de prévision économique relevant de la RAN a fait quelques prévisions concernant le développement macroéconomique. Avec une augmentation de la production de pétrole et de gaz de l’ordre de 1-1,6 % l’an, la consommation intérieure sera prioritaire par rapport aux exportations, si bien qu’en 2015 des sociétés européennes mettront en valeur des gisements que les sociétés russes n’auraient pas commencé à exploiter avant 2030. La logique de cette décision est simple : puisque les autorités russes entendent satisfaire la demande de l’UE, elles doivent laisser les Européens investir dans l’extraction des ressources énergétiques russes pour que cela se traduise par l’utilisation de technologies pointues destinées à mettre en valeur des gisements coûteux. Selon les estimations de l’Institut de prévision économique et de Total, en 2015 les sociétés européennes investiront pas moins de 450 dollars par tonne d’extraction annuelle de brut et de 255 dollars par millier de mètres cubes d’extraction annuelle de gaz.

Le maintien d’une croissance économique acceptable est prévu dans un scénario "économique" orienté sur l’essor de l’industrie de transformation et les économies d’énergie. Selon ce scénario, basé sur une croissance économique d’environ 7 % et des économies d’énergie substantielles (baisse de l’intensité énergétique de 3,4 % par an), le déficit des livraisons d’hydrocarbures russes (différence entre les besoins de l’Europe en énergie russe et les potentialités des exportations de la Russie vers l’Europe) serait en 2015 de 62 à 91 millions de tonnes de pétrole et de 24 milliards de mètres cubes de gaz, en fonction de la dynamique de la demande européenne. Pour combler ce déficit, il est envisagé de drainer entre 29 et 46 milliards de dollars de capitaux européens dans la prospection et l’extraction d’hydrocarbures.

Les autres scénarios révèlent des risques probables dans la période concernée par les prévisions. Ce pourrait être un ralentissement de la croissance économique, permettant une réduction de la consommation d’énergie intérieure au profit d’une augmentation des exportations. Si les tendances actuelles se maintenaient, et en l’absence d’investissements importants dans le secteur énergétique, cela pourrait aussi déboucher sur une pénurie accrue d’énergie en Europe et des conflits de toutes sortes liés à la répartition des exportations d’hydrocarbures en quantités restreintes.

La politique économique de la Russie en matière d’énergie

Dans le processus de formation des diverses associations régionales, il faut préserver les intérêts du pays et, pour ce faire, les énoncer clairement aux partenaires. Actuellement, les prix sur le marché intérieur de la Russie sont sous-évalués par rapport aux prix européens et aux prix mondiaux moyens. Il y a deux raisons à cela : le niveau peu élevé des revenus de la population et la faible efficacité de l’industrie de transformation. Les auteurs du rapport estiment que les prix intérieurs vont se hisser graduellement au niveau des prix mondiaux, mais que cela ne se produira pas instantanément, à coup d’arrêtés gouvernementaux. La dynamique des prix sera déterminée par l’augmentation des revenus de la population et les lois du commerce boursier. Selon eux, bien que leur courbe soit à la hausse, les prix du gaz seront longtemps encore maintenus à un bas niveau par le faible rendement énergétique de la production.

Pour les auteurs du rapport, l’implication de l’Etat dans le secteur pétrogazier, y compris dans le problème de la division de Gazprom, correspond objectivement aux tendances mondiales et au niveau de développement de l’économie russe. Gazprom est une société exceptionnelle, disposant de réserves record de gaz et pouvant planifier son extraction sur le long terme, en prenant en compte les intérêts du pays. Aussi sa division n’interviendra-t-elle pas dans un avenir visible.

Dans le même temps, l’efficacité de la gestion de Gazprom demeure un problème d’actualité. MM. Ivanter et Grouvel estiment que la décentralisation de la direction et la séparation des centres de profit à l’intérieur de la compagnie amélioreraient son rendement. Quant à l’introduction des principes modernes de gestion corporative d’une entreprise publique, telle que Gazprom apparaît formellement après la libération du marché des valeurs, ils la considèrent comme absolument indispensable. Et dans la mesure où c’est l’Etat qui doit déterminer le rôle de Gazprom dans la prise des décisions stratégiques, et non le contraire, la tendance à la transformation des grandes sociétés énergétiques en véritables sociétés publiques, ayant une comptabilité transparente et un management soucieux des intérêts à long terme de tous les actionnaires, est irréversible. Sur ce plan, l’Etat peut aiguillonner les sociétés nationales et créer des stimulants pour canaliser le secteur privé dans ce processus. C’est d’ailleurs ce que le président russe, Vladimir Poutine, a tenu à souligner dans le message qu’il a adressé au Parlement le 10 mai 2006.

La création d’une alliance énergétique avec la Communauté européenne ne suppose pas seulement un approvisionnement fiable en hydrocarbures, la transmission de technologies et des investissements. Pour Inessa Varchavskaïa, des rapports d’alliance impliquent aussi un transfert des productions grandes consommatrices d’énergie vers les lieux d’extraction des hydrocarbures. La Russie souhaite que l’on implante sur son territoire de telles unités de production, dotées de hautes technologies, écologiquement propres, gérées selon le principe corporatif et dans la plus grande transparence. Actuellement, la plupart des raffineries de pétrole utilisent des équipements obsolètes et ne sont pas à même de fabriquer des produits pétroliers compétitifs dans l’UE.

Pour affranchir l’économie russe de sa dépendance des hydrocarbures et des prix en vigueur sur le marché mondial du pétrole, la RAN et Total recommandent d’autoriser les sociétés pétrolières étrangères à opérer sur les gisements difficilement accessibles et coûteux, à condition qu’elles transforment de plus en plus les hydrocarbures extraits dans des raffineries de pétroles russes ou, pourquoi pas, dans des raffineries modernes qu’elles auront construites elles-mêmes. D’autre part, les chercheurs estiment que la construction de ces raffineries devrait être confiée partiellement à des sous-traitants russes. MM. Grouvel et Ivanter soulignent que s’il n’est pas absolument nécessaire d’associer les investisseurs à un fournisseur concret, il faut néanmoins permettre aux sociétés russes d’accéder librement aux appels d’offres lancés par les investisseurs étrangers. Cela doperait l’industrie du bâtiment et celle des constructions mécaniques. Les auteurs du rapport pensent que si des sociétés étrangères étaient autorisées à exploiter le sous-sol et des raffineries de pétrole, rien de redoutable ne s’ensuivrait : l’industrie russe entrerait en possession de technologies modernes qui pourraient être utilisées également par les pétroliers russes.

Ce serait aussi rester dans la logique que d’inciter les sociétés étrangères à construire des entreprises pétrochimiques à même d’inonder le marché russe en produits modernes. Cela permettrait d’implanter en Russie des unités de production hautement technologiques. Selon les auteurs du rapport, les pouvoirs publics des pays membres de l’UE y sont directement intéressés. Par exemple, si des usines grandes consommatrices d’énergie sont transférées en Asie, la hausse de la demande dans cette région incitera les sociétés russes à accroître leurs exportations d’hydrocarbures vers l’Orient.

Un autre principe d’alliance existe dans le secteur énergétique : l’implantation par les sociétés étrangères de technologies économisant l’énergie. Compte tenu du déficit prévu d’hydrocarbures pour l’exportation, on pourrait admettre la remise de sites grands consommateurs d’énergie (réseaux de distribution de chaleur et d’électricité, etc.) en concession à des sociétés étrangères disposant de technologies économisant l’énergie. Les quantités d’hydrocarbures économisées à l’échelle nationale pourraient être exportées.

Les technologies génératrices d’économie d’énergie pourraient être implantées en priorité dans le secteur du logement. En effet, les experts estiment que les plus grandes déperditions de chaleur en Russie sont dues à la mauvaise isolation thermique des logements et des conduites de chauffage central.

La réponse à la question de savoir s’il faut ou non autoriser les sociétés étrangères à accéder au secteur énergétique russe et admettre des investissements européens dans l’extraction des hydrocarbures en Russie dépendra notamment de l’assise sur laquelle sera bâtie la stratégie de relations entre la Russie et l’Europe. L’argument selon lequel les consommateurs étrangers assurent aux sociétés pétrogazières russes la plus grosse part de leurs bénéfices pourrait très prochainement ne plus être valable car, en raison de la hausse de la consommation intérieure de produits énergétiques et de la demande extérieure, les sociétés russes ne seront plus en mesure, même si les prix mondiaux restent élevés, d’accroître sensiblement leurs exportations vers l’Europe. Aussi la stratégie de l’alliance énergétique est-elle préférable aussi bien pour les pays européens que pour la Russie. La croissance de 3 ou 4 % de l’économie mondiale s’accompagne de celle de la consommation de pétrole de 1,5 à 2 %. Actuellement, toutes les conditions existent pour que les liens énergétiques de la Russie et de l’Europe se transforment en facteur de stabilisation de l’économie de l’Union européenne et de croissance économique de la Russie.

 

Source : Ria NOVOSTI

1er juillet 2006

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dimanche, 23 juillet 2006

Qu'est-ce qu'un Empire?

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Un Empire est le plus grand corps politique conçu par l'Homme. Mais au-delà de cette généralité, la définition de l'Empire n'est pas facile. Ainsi, l'URSS était au plan géopolitique un Empire, mais refusait ce qualificatif qui l'assimilait à l'Ancien Régime Tsariste, ou au camp qu'elle qualifiait "d'impérialiste". Le Brésil s'est autoproclamé abusivement Empire de 1822 à 1889, alors qu'il n'était qu'une grande nation, essentiellement par la taille. N'est pas Empire qui veut.

 

 

 

 

 

La conception universitaire actuelle de l'Empire sous-entend un modèle "centre-périphérie", "dominants-dominés". Il s'agit d'un modèle déterministe qui s'appuie sur le tissu socio-économique. Il est né des travaux de Samir Amin et de André-Gunder Frank dans les année 1970. Le centre donne l'impulsion créatrice de l'Empire. Il peut s'agir d'une ville (Rome), d'une Nation (les Russes de Moscovie), de sociétés marchandes (les Compagnies des Indes anglaises, françaises et hollandaises) ou encore d'une dynastie (les Habsbourgs), voire même d'un homme (Alexandre le Grand ou Napoléon). Ephémère ou de longue durée, il y a toujours une base territoriale minimale à l'origine d'un Empire (les Septs collines de Rome, le fief des Habsbourgs, quelques comptoirs aux Indes). Un Empire ne se construit jamais par consentement mutuel, mais par la conquête éclair ou progressive de territoires périphériques. Exceptionnellement, le jeu féodal des mariages et des héritages peut créer un Empire comme celui des Habsbourgs. La périphérie, conquise militairement ou rattachée par le jeu des alliances dynastiques, s'inscrit dans une culture ou une ethnie souvent du Centre. L'âpreté des luttes actuelles dans les Balkans montre rétrospectivement toute la difficulté que les Ottomans ou les Habsbourgs avaient pour se maintenir dans la région.

 

Le modèle centre-périphérie, qui séduit par son côté simplificateur, n'est pas toujours approprié. L'Histoire fournit de nombreux contre-exemples. L'Empire d'Alexandre, conquis par les Macédoniens, ne survit plus, trois siècles après la mort du conquérant, que sous la forme de l'Egypte des Ptolémés, soit une province périphérique. Cléopâtre, qu'il faut se figurer sous les traits d'une Grecque et non d'une Egyptienne hollywoodienne, était la descendante du général Ptolémé, compagnon d'Alexandre. Autre exemple, celui de l'Empire romain mourant. Vers le milieu du IIIè s. de notre ère, Rome cesse d'être la résidence de l'empereur qui devient itinérant et cherche avant tout une ville proche de frontières immenses, menacées par les Barbares. De 284 à 305, il n'y a plus ni centre ni périphérie, mais quatre régions militaires décentralisées: c'est la Tétrarchie ou pouvoir à quatre. Byzance devient Constantinople en 330, seconde capitale de l'Empire. Dans ce cas, une cité périphérique double l'ancien centre. "Rome n'est plus dans Rome". La ville du Tibre, délaissée par le pouvoir, est pillée en 410, puis par deux fois avant la chute de l'Empire romain en Occident (476). Parallèlement, Byzance, la cité grecque du Bosphore résiste à toute agression jusqu'en 1204 avant de succomber en 1453. Elle redevient aussitôt le centre d'un nouvel Empire, turc cette fois, sous le nom d'Istanbul. Dans ce cas, les Ottomans avaient abandonné leur centre d'origine pour faire d'une conquête périphérique leur capitale. La confusion du centre et de la périphérie caractérise également l'Histoire russe. Le coeur historique de la culture russe est au Moyen Age, le Royaume de Kiev, aujourd'hui capitale de l'Ukraine. Au XIè s., la Moscovie n'était qu'une périphérie. Au XVIè s., les choses se sont inversées: Moscou triomphe de Kiev et lui impose le nom de "Marche", "Région-frontière" ("Ukraine")... autrement dit périphérie. Moscou elle-même voit sont statut de capitale disputé de 1712 à 1917 par Saint-Pétersbourg, ville nouvelle créée par Pierre le Grand sur la Baltique. Même la France, caractérisée par son centralisme parisien, s'est échappée plusieurs fois de l'orbite centre-périphérie. Dans la dernière partie de la guerre de Cent Ans, Paris tête du royaume était non seulement aux mains des Anglais jusqu'en 1435, mais hostile au Dauphin réfugié à Bourges. Les campagnes de Jeanne d'Arc, la reconquête de Paris puis de Bordeaux ont été financées par les villes de Toulouse et de Narbonne. Pendant la période 1940-1944, où était le centre de la France? A Vichy, à Londres, à Alger ou à Berlin? Historiquement, le centre d'un Empire, d'une Nation, peut changer, voire disparaître. Le modèle centre-périphérie n'est pas immuable, la substance d'un Empire est fluide.

 

Un Empire est donc une mosaïque de peuples rassemblés sous une autorité centrale. Est-ce à dire qu'un Etat multinational ou pluriethnique est un Empire? La Suisse, qui comprend quatre ethnies et quatre langues oficielles, n'est pas un Empire, mais une confédération démocratique. Un Empire ne se limite pas à un Etat pluriethnique ou multinational. Alors, est-ce la superficie qui détermine l'Empire? On peut remarquer que le Canada ou l'Union Indienne ont une superficie comparable ou supérieure à celle de l'ancien Empire romain. Toutefois, il ne s'agit pas d'Empires, mais là aussi de fédérations pluiethniques. Le Canada, ex-partie de l'Empire colonial britannique, a un centre (l'Etat de l'Ontario) et une capitale (Ottawa), une périphérie dominée avec le Québec francophone, la façade pacifique et les immensités glacées laissées à quelques tribus indiennes. L'Union Indienne est une mosaïque d'ethnies et de religions reliées à une culture commune, reconnaissable de l'extérieur - exception faite des minorités musulmanes, shamanistes et tibétaines. Elle a toutes les caractéristiques de l'Empire et lui manque le principe dynastique, car la culture démocratique renie le qualificatif impérial. L'Inde est désormais une super-nation. Une superficie supérieure aux Etats voisins, une forte population pluriethnique sont les signes matériels de l'Empire. L'Empire est toujours un géant géopolitique. Son gigantisme est relatif à son voisinage et à son époque.

 

medium_charlemagne.jpgL'Empire est-il alors réductible à une puissance territoriale, comme les étudiait Léopold von Ranke dans son essai de 1833, intitulé Die Grossen Mächte (Les grandes puissances)? Dans cet ouvrage, von Ranke étudiait le déclin de l'Empire espagnol parallèlement à la montée des Pays-Bas, de la France et de la Grande-Bretagne aux XVIè-XVIIIè s. L'idée de puissance, de la possibilité d'action, domine l'analyse de von Ranke. Les moyens d'action sont avant tout militaires dans cette vision traditionnelle. Dans un Empire, l'immensité du territoire assure celle des effectifs et des ressources. Toutefois la masse démographique et géographique ne fait pas tout, car il est des puissances pauvres comme en témoignent les trois géants eurasiatiques (Russie, Chine, Inde). La qualité des hommes est encore plus fondamentale dans la capacité d'action. Au sommet, les personnages historiques les plus connus sont généralement des fondateurs d'Empires, éphémères ou pas: le Perse Cyrus, Alexandre le Grand, Charlemagne, Gengis Kahn, Napoléon. Ils ont tous disposé d'outils militaires rodés préalablement et qu'ils ont portés à leur plus haut point de puissance. Les Empires coloniaux, souvent le fruit d'aventuriers mal soutenus, ont puisé dans le temps sur la richesse humaine et matérielle de la Métropole. La valeur des hommes qui est toujours à la base d'une construction impériale reste nécessaire au maintien de l'Empire. Cette même valeur chez les adversaires, menace la construction impériale. Une puissance militaire comme celle du roi Frédéric II; de Prusse au XVIIIè s. est capable de tenir tête à l'Empire russe et à l'Empire autrichien. Les 500 conquistadores de Cortès ont suffi pour détruire l'Empire aztèque en 1521. Dans ces deux cas, la puissance n'est pas du côté de l'Empire. La conduite impériale (conquêtes adventices, police internationale, influence extérieure) marque la capacité d'action. Cette conduite n'est pas toujours le fait d'Empires, mais aussi de super-nations. Il s'agit là d'impérialisme. La capacité d'action n'est donc pas une mesure réservée aux Empires. Au contraire, le surextension, la dilution des ressources affaiblissent la puissance militaire impériale. Cette faiblesse se vérifie quand l'Empire ne parvient pas à pacifier une périphérie menacée ou pire quand la frontière cède. Muraille de Chine, limes romain, confins austro-turcs, frontière du Nord-Ouest des Indes: le thématique de la frontière menacée est très liée à la notion d'Empire. Les cas de la "ceinture de fer" de Vauban et de la ligne Maginot, très particuliers à la France des XVIIè-XXè s. rejoignent la problématique de marches issues de la conquête et donc contestées. La nation impérialiste, sans être un Empire, se trouve confontée aux mêmes problèmes stratégiques.

 

La notion dominante est celle de pouvoir, de commandement que recèle à l'origine le mot lation Imperium. L'Imperium est l'autorité qui revêt un chef d'armée d'ailleurs nommé imperator, origine du mot "empereur". L'Imperium devient également à la fin de la République romaine l'autorité d'un gouverneur de province. L'Empire est un pouvoir suprême qui s'étend par voie de conquête militaire sur des ethnies différentes. Sa puissance est supérieure à celle des Etats qui l'entourent ou le constituent. L'empereur perse n'est-il pas le "Roi des rois"? Pour ne pas être en reste avec le Saint Empire romain germanique, le roi de France à la fin du Moyen Age était déclaré par ses légistes "empereur en son royaume". L'agrégation d'anciens Etats souverains est la marque historique de l'Empire. La notion de pouvoir impérial recouvre celle de régime autoritaire sur le modèle romain ou oriental. Toutefois, lorsqu'un régime démocratique possède un Empire (Grande-Bretagne, France républicaine) il maintient une inégalité civique entre colonisés et colonisateurs. La démocratie butte toujours sur la notion d'Empire toujours autoritaire ou inégalitaire.

 

Il  a plusieurs formes d'Empire, toutes caractérisées par le gigantisme. Un Empire est un Etat hétérogène où l'élément fondateur est noyé démographiquement ou spacialement par ses conquêtes. C'est aussi l'amalgame fédéral d'Etats souverains regroupant une ethnie nombreuse. L'impérialisme est la volonté de domination.

 

Projet et durée des Empires

 

L'action impériale première est la conquête. La seconde est l'administration des conquêtes. Cette dernière a deux volets: tirer des ressources pour maintenir le pouvoir impérial, éventuellement imposer une colonisation culturelle (civilisation) ou humaine.

Rome avait un projet de civilisation universaliste indissociable de son mode d'administration des conquêtes. L'Empire ottoman créé par une ethnie nomade proche des Huns et des Mongols a trouvé un projet de civilisation dans l'islam, mais a négocié le maintien de ses conquêtes chrétiennes par le communautarisme. Projet similaire dans la construction dynastique des Habsbourgs qui n'ont pas héradiqué le montée du protestantisme. Ils ont dû négocier avec lui pour se maintenir après l'échec d'un retour au catholicisme par les armes. Leur projet fédérateur était d'être le bastion de la chrétienté face aux Ottomans; idée acceptable par les catholiques autrichiens et par les protestants hongrois tant que les Turcs ont représenté une menace. Les Empires coloniaux voulaient imposer leur religion et leur culture, certains d'incarner une "mission civilisatrice". La foi catholique fut imposée par les armes en Amérique latine et l'action plus pacifique des missionnaires a joué en Afrique et dans le Pacifique. La langue du colonisateur s'est imposée aux dialectes locaux. Mais l'inégalité juridique entre colonisés et colonisateurs n'a pas permis un véritable universalisme à la romaine, et au contraire a servi de socle à la décolonisation. Les Empires coloniaux étaient par essence communautaristes. Par contre, Huns, Mongols n'avaient pas de projet civilisateur. Seul le pouvoir les intéressait. Les Huns se sont installés et partiellement fondus avec les peuples germains avoisinants pour former la Hongrie. Les Mongols se sont dilués culturellement dans leur conquête chinoise. Labsence d'un projet de civilisation explique le côté éphémère de leurs Empires.

 

Les colonies de peuplement sont le moyen ultime d'appropriation des conquêtes. La Rome républicaine créait des colonies agricoles avec des citoyens sur des terres conquises, mais son but était d'installer les plus pauvres dans des cités ponctuelles. Le peuplement n'était qu'un moyen très annexe de la romanisation. Les Ottomans ont colonisés ponctuellement les Balkans, laissant des communautés musulmanes après leur départ. Les Etats-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande ont vu triompher le peuplement anglo-saxons. Après trois siècles de colonisation forcée de la Sibérie, les Russes tendent au retour vers la région de Moscou depuis 1991. Limite ou vanité de la colonie de peuplement.

La durée d'un Empire ou d'un impérialisme est liée au projet qu'ils portent. Plus le projet de civilisation est fort ou plus la cohérence du peuple impérial est forte, plus la durée est grande.

La volonté de domination n'est pas forcément accomplie dans la conquête territoriale. Jean-Baptiste Duroselle a évoqué la notion "d'Empire clandestin" qui se trouve dans l'impérialisme économique. Certaines firmes mutinationales comme les Médicis aux XIVè-XVè s. ou Coca-Cola aujourd'hui peuvent être qualifiés d'Empires commerciaux. Maîtriser les relations internationales, influencer les choix politiques de certains Etats sont des voies de puissance effectives. De 1870 à 1890, c'est la voie qu'à choisie l'Allemagne bismarckienne. Ce fut la stratégie adoptée au cours des trois derniers siècles par la Grande-Bretagne en Europe continentale. Aujourd'hui, c'est la voie que suivent les Etas-Unis qui recherchent lez contrôle plutôt que l'annexion. Le qualificatif "d'impérialisme", que leur appliquait la propagande soviétique, est donc mieux adapté que celui "d'Empire". Pourtant, aucun Empire dans l'Histoire n'a eu la richesse matérielle ou l'hyperpuissance des Etats-Unis.

 

Qu'est-ce qu'un après-Empire?

 

Selon le précepte scolastique "la nature a horreur du vide"; la politique aussi. La désagrégation d'un Empire ouvre un après-Empire qui est une période de réorganisation politique. Cinq modèles d'après-Empire se dégagent:

 

Premier modèle : l'éclatement

L'Empire se désagrège en laissant renaître les Nations qu'il avait digérées. C'est le cas de l'Empire d'Autriche-Hongrie en 19187 ou de l'implosion soviétique en 1991. 

 

Deuixième modèle : l'amalgame

L'Empire laisse la place à un nouvel édifice impérial concurrent :

  • L'Empire perse détruit et approprié par Alexandre le Grand
  • L'Empire byzantin avalé par l'Empire ottoman
  • La Chine, Empire du Milieu, occupé par les Mongols et plus tard par les Mandchous

 

Troisième modèle : la diminution

L'Empire survit partiellement. C'est le cas de l'Empire romain qui se sépare en 395 entre Orient et Occident.

En 476, l'Occident romain disparaît sous la pression des royaumes barbares concurrents tandis que l'Orient demeure jusqu'en 1453 désigné aujourd'hui sous le nom d'Empire byzantin.

 

Quatrième modèle : le renouveau

L'Empire mourant se reconstitue par une reconquête sous la férule d'un nouveau régime : c'est le cas de l'Empire russe, reconstitué manu militari par les bolcheviks entre 1918 et 1921.

 

Cinquième modèle : la renaissance idéologique

L'idée d'Empire persiste culurellement après la mort politique du corps. Elle se réincarne plusieurs siècles après à l'occasion d'une volontée politique forte : c'est le cas de l'Empire carolingien (800) qui n'est que la réactivation de l'Empire romain d'Occident, et du Saint-Empire romain germanique. Paradoxe, l'idée est reprise par un peuple périphérique qui a détruit l'Empire.

La mort d'un Empire favorise la naissance d'un autre.

 

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Philippe RICHARDOT

In Les grands Empires (Histoire et Géopolitique) 

 

 

 

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Prophétie de Fedelm aux hommes d'Irlande à propos de Cuchulainn

 

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"Je vois un homme blanc qui fera de nombreux jeux,

avec une foule de blessures dans sa belle peau;

la lumière du héros est au sommet de sa tête;

une assemblée de triomphe est sur son front.

 

Ce sont les sept joyaux des héros de la valeur

au milieu de ses deux yeux;

c'est la mise à nu de ses pointes de lances;

Il a sur lui un manteau rouge avec des crochets.

 

Il a le plus noble visage,

il rend honneur aux femmes;

c'est un jeune garçon à la belle couleur;

il montre la forme d'un dragon au combat.

 

L'aspect de son courage ressemble

à celui de Cuchulainn de Murthemne,

mais ce que je sais,

c'est que cette armée-là sera rouge à cause de lui.

 

Les quatre petites épées d'un jeu brillant,

sont dans chacune de ses deux mains;

il viendra en jouer contre l'armée.

Dans une action spéciale chacune d'elles partira de lui.

 

Il utilisera son javelot-foudre

en plus de son épée et de sa lance.

L'homme enveloppé du manteau rouge

pose son pied sur chaque champ de bataille.

 

Ses deux épées au-dessus du char brillant,

il les séparera, le contorsionniste.

La forme sous laquelle il s'est jusqu'à présent montré à moi?

Je suis sûre qu'il va en changer.

 


Il a entrepris de se rendre au combat;

si l'on ne se garde pas de lui, ce sera la destruction.

Il vous cherche au combet,

Cuchulainn, fils de Sualtach.

 

Il abattra vos armées saines

jusqu'à vous conduire à votre massacre.

Vous lui laisserez toutes vos têtes.

La prophétesse Fedelm ne le cache pas.

 

Le sang dégouttera de la peau des héros;

le souvenir en restera longtemps.

Il y aura des corps hachés, des femmes pleureront

à cause du Chien du forgeron que je vois." 


 

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Anonyme 

In La Razzia des vaches de Cooley 

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