dimanche, 30 avril 2006
Theatrum Belli
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samedi, 29 avril 2006
Une biographie magistrale !!!
Familier du bivouac du troupier comme du palais impérial, on retrouve à travers lui la réalité quotidienne, terre-à-terre, des "vrais soldats de Napoléon", avec leurs joies et leurs souffrances.
Bonaparte s'attacha Dominique Larrey (1766-1842), praticien d'exception, dès la campagne d'Egypte. Après le sacre, Larrey est nommé chirurgien en chef de la garde impériale ; commence alors pour cet homme au destin de légende une fantastique chevauchée, du moulin d'Austerlitz à la grange d'Eylau, de Madrid aux ponts du Danube, de l'incendie de Moscou aux passerelles de la Bérézina. Familier de la paille des bivouacs comme des ors des palais, ce commensal de l'Empereur fut aussi l'un des rares à lui tenir tête lorsque le bien des hommes l'exigeait.
Il créa une œuvre médicale immense dont les dogmes chirurgicaux sont toujours d'actualité. Il fut l'inventeur du bouche-à-bouche, des ambulances volantes et des soins immédiats aux blessés, et le précurseur de la médecine humanitaire.
Homme intègre et attachant, soldat de toutes les campagnes, savant visionnaire : tels sont les aspects développés par le présent ouvrage qui s'appuie sur des faits inédits suscitant de nouvelles hypothèses.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Livres-Revues, > Période napoléonienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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mercredi, 26 avril 2006
La guerre urbaine à l'âge de l'information
Il est temps de révolutionner notre pensée sur la guerre urbaine. Pendant trop longtemps, l'establishment des Forces armées a lu la mauvaise histoire, s'est préparé au mauvais combat et s'est réfugié dans la sagesse des mauvais philosophes. La guerre urbaine est le combat du futur – un futur très proche – et nous ne sommes pas prêts. Nos réflexions à ce sujet ont été détournées par des principes anachroniques et désormais inapplicables.
Nous ne vivons pas dans le monde de Sun Tzu, ni même dans celui de Clausewitz, Fuller ou Liddell Hart. Le monde moderne s'est urbanisé à un degré sans précédent, et il est inconcevable que les missions militaires futures n'impliquent aucune opération en milieu urbain. A condition qu'il ait réellement existé, Sun Tzu vivait et écrivait à l'âge agraire, lorsque l'essentiel des terres étaient sauvages ou cultivées. De larges portions des populations vivaient en-dehors des villes, et la guerre était principalement menée dans des terrains plats et ouverts. De tels champs de bataille, foulés par tous les guerriers de Sun Tzu à Napoléon, se raréfient chaque jour davantage. De plus, l'efficacité des opérations interarmées américaines – et notamment des feux interarmées – font qu'un adversaire intelligent ira dans les cités pour se protéger. Le champ de bataille moderne est urbain.
Comme c'est souvent le cas avec les bureaucraties militaires, la doctrine de combat américaine n'a pas suivi le rythme des évolutions. La Joint Publication 3-0 accorde une bonne page aux opérations urbaines, et leurs proches associées, les opérations interagences, ne reçoivent qu'une allusion polie dans la doctrine. La guerre urbaine continue d'être considérée comme une anomalie, quelque chose à éviter – ou à n'engager qu'à contrecœur. Ralph Peters et d'autres ont clairement montré que l'éviter est presque impossible, mais nous continuons à ne pas pleinement embrasser l'art de la guerre urbaine. Au lieu d'une doctrine dynamique sur le combat en ville, nous avons un dogme nourri de mythes sur la manière de l'éviter, parfumé de quelques idées sur la méthode pour nettoyer des pièces avec des mitrailleuses. Ce qui est totalement insuffisant.
Installations, doctrines et structures insuffisantes
Les zones urbaines devraient devenir notre moyen de combat préféré. Nous devrions optimiser les structures des forces dans ce but, plutôt que de le reléguer à l'appendice Q de notre doctrine combattante en le traitant comme une exception à la norme. En réalité, l'appendice Q devrait traiter du combat en terrain ouvert – un événement du plus en plus rare – pendant que notre doctrine principale s'appliquerait au combat en ville.
En considérant la guerre urbaine, nous devons cesser de la voir uniquement comme un obstacle. En fait, les combats urbains présentent de nombreux avantages pour les groupes interarmées et interagences américains, parmi lesquels l'accès permanent à la population, à l'infrastructure, à l'eau, au carburant, aux abris, aux communications et au pouvoir. Les villes sont un trésor accessible d'informations et de renseignements, si nous développons les bons outils pour extraire ces ressources des plus précieuses. Bien que les villes présentent effectivement des obstacles et des désavantages pour les guerriers modernes, il faut se rappeler que l'ennemi est également désavantagé. En bref, les opérations en milieu urbain sont en mesure de donner lieu à des succès militaires et interagences durables, pour autant que nous nous adaptons à la réalité au lieu de nous cramponner au mauvais conseil de Sun Tzu. La ville est une opportunité pour manœuvrer.
Quelle est la différence entre 1000 miles et 500 miles ? La réponse est 8 millions de personnes. Le National Training Center (NTC) de Fort Irwin, en Californie, offre aux commandants de brigade 1000 miles carrés de défis. Probablement la plus grande installation d'entraînement pour les forces terrestres au monde, le NTC représente également une transition fondamentale dans la méthodologie pour l'instruction qui a révolutionné l'US Army. Il reste aujourd'hui l'expérience formative pour les officiers de l'Armée – un challenge souvent plus difficile que le combat réel.
Cependant, ce millier de miles carrés de terrain désertique et montagneux est virtuellement vide de toute population. Lorsqu'une task force de brigade se déploie dans le carré de manœuvre, le commandant doit se concentrer sur les opérations offensives et défensives, la reconnaissance, la planification des feux, la défense antiaérienne, la défense nucléaire, biologique et chimique, ainsi qu'une foule d'autres problèmes tactiques – sans oublier bien entendu la fameuse tortue des sables du NTC. Ces problèmes d'entraînement ne sont pas insignifiants, comme le sait chaque vétéran du NTC. Au sens large, ils le deviennent cependant lorsqu'on les superpose au champ de bataille urbain moderne.
Mexico City ne recouvre que 500 miles carrés, la moitié du NTC, mais les opérations militaires dans un cadre urbain de cette taille dépassent rapidement l'instruction et la compétence du commandant de brigade capable de maîtriser le corridor central de Fort Irwin. En plus des problèmes tactiques familiers décrits ci-dessus, le combattant urbain doit prendre en compte les réfugiés, les médias, les couvre-feux, le contrôle des foules, l'administration communale, les gangs des rues, les écoles, les citoyens armés, la maladie, les pertes massives, la police, les sites culturels, les milliards de dollars de propriété privée, les infrastructures et la religion, pour ne citer que quelques facteurs. Dans ce contexte, le groupe de combat de brigade qui domine le corridor central est malheureusement inadéquat, de même que la doctrine et les structures qui le sous-tendent.
Le Joint Readiness Training Center (JRTC) de Fort Polk, en Louisiane, a bien plus rapproché l'Armée des réalités de demain. Depuis sa mise en service en 1993, le JRTC est passé d'une priorité initiale accordée aux unités légères à une approche davantage interarmes impliquant aussi bien des forces lourdes que des forces spéciales ou d'autres éléments des forces interarmées actuelles. C'est un véritable progrès, et l'intensité d'une rotation au JRTC est difficile à surpasser. Malgré tout, la surface urbaine ne recouvre que 56 kilomètres carrés – ce qui est minuscule par rapport à ce qu'impliquerait un engagement réel ; et si le JRTC inclut des non combattants au programme d'entraînement, même cette innovation ne fait qu'effleurer la complexité des opérations urbaines futures.
Vers les groupes de forces interagences
Les 500 miles carrés de combat urbain sont si
radicalement différents des 1000 miles carrés de combat en terrain ouvert que nous devons redéfinir les niveaux de la guerre. Il est devenu commun de penser que la guerre se déroule en trois niveaux – tactique, opératif et stratégique. J'ai précédemment tenté de démontrer que le niveau opératif (Les facteurs de conflits au début du XXIe siècle) devient un anachronisme, parce que l'idée d'une campagne militaire de théâtre n'est plus adaptée. Les opérations sont devenues tellement entrelacées de considérations globales, et les facteurs militaires tellement intégrés avec les facteurs diplomatiques, économiques et culturels, que la guerre de théâtre ne peut plus être dissociée de la grande stratégie. De manière similaire, le défi des opérations urbaines servira à redéfinir le niveau tactique de la guerre.
A quel niveau de la guerre s'intègrent les éléments de la puissance nationale ? Si nous posons cette question dans le contexte de la dynamique propre à la guerre froide du XXe siècle, la réponse pourrait bien être les niveaux stratégique ou opératif de la guerre. Dans la guerre urbaine du XXIe siècle, cependant, cette intégration peut se produire au niveau tactique. Au cours d'un combat en ville, traiter avec le Département d'Etat ne sera plus le souci du commandement unifié, mais celui du commandant de bataillon.
Le groupe de forces interagences, plutôt que la force interarmées, doit devenir la base des opérations futures. Avec des éléments de la puissance nationale qui s'unissent au niveau tactique de la guerre, une large confédération d'agences gouvernementale autour du commandant unifié est simplement insuffisante. Un examen honnête des récentes opérations en Afghanistan montre une superbe performance des Forces armées, mais une participation à contrecœur et mal intégrée des autres agences du Gouvernement américain. En conséquence, la politique étrangère américaine apparaît composée à 90% de force militaire, avec quelques ajouts économiques et diplomatiques. Ceci est l'assurance d'un désastre dans la future guerre urbaine. Nous devons parvenir à former des groupes de forces interagences.
Ceux-ci seraient construits autour d'une unité expéditionnaire de Marines ou d'une brigade de l'Armée renforcée de feux interarmées. De plus, elle aurait une participation active des Département d'Etat, du Trésor, du Commerce et de la Justice, de la CIA, du FBI, et au besoin des services de l'Agriculture et de la Santé, ou du Bureau des Conseillers en Economie et du Travail. Elle aurait également des équipes de liaison parlementaires. A présent, la plupart de ces agences gouvernementales n'ont pas pour mission d'appuyer la politique étrangère, mais cela doit changer. Les éléments de la puissance nationale, dont l'intégration est cruciale pour l'efficacité de la grande stratégie, résident dans ces agences. Ils doivent être des acteurs dans la guerre comme dans la paix.
Que fera le groupe de forces interagences ? Il agira d'abord dans tout le spectre des opérations militaires. Il accomplira également d'autres fonctions, comme l'entraînement et la gestion de forces de police, la propagation d'argent pour des armes et des renseignements, le fonctionnement de l'administration publique, l'aide au développement économique, le prise de contact et la cooptation avec les gangs et les classes moyennes en ville, la facilitation des échanges culturels, la création et l'administration d'écoles, la conduite de campagnes médiatiques et d'opérations psychologiques, ainsi que la planification et l'exécution de transferts interagences des militaires aux civils. En résumé, le groupe de forces interagences projette la puissance de la grande stratégie au niveau tactique des guerres en ville.
Le défi que constitue la concrétisation d'une telle vision est écrasant, mais il existe un modèle pour le succès : le Goldwater-Nichols Act de 1986. Pour faire adopter cet article de loi hautement controversé, la Commission des Forces armées du Sénat a poussé le projet par-dessus les têtes de la plupart des officiers généraux, qui l'avaient franchement condamné. Rétrospectivement, cette loi marquante s'est avérée être un succès monumental qui s'est notamment manifesté dans les opérations "Just Cause" et "Desert Storm". Par la législation, le Gouvernement a changé la manière dont se bat l'Amérique.
La lutte pour une véritable intégration des opérations interagences doit suivre la même voie. Jusqu'ici, la coopération parmi les agences gouvernementales dans les crises militaires s'est appuyée sur des mandats exécutifs – une approche pratique mais somme toute à courte vue. De même que Goldwater-Nichols a entraîné une doctrine, des exercices et une éducation interarmées, une nouvelle loi analogue doit faire naître une doctrine, des exercices, des expériences et une éducation interagences. De même que le premier Reorganization Act a renforcé l'intégrité structurelle des commandements unifiés, la deuxième loi doit organiser les groupes de forces interagences. Un tel progrès serait important sans égard au terrain sur lequel se dérouleront les futurs engagements ; il est doublement important dans les opérations urbaines.
Le besoin de maîtriser la violence
Au niveau tactique de la guerre, notre approche de la guerre urbaine reste anachronique et s'inspire des mauvais exemples historiques. Stalingrad n'est pas un modèle pour les opérations modernes, alors que Grozny n'est pas non plus un bon exemple – sauf peut-être comme contre-exemple. Mogadiscio est un meilleur cas – non pas pour les succès ou les échecs, mais parce que les missions étaient plus typiques des engagements futurs. La combinaison de tâches de combat et de promotion de la paix ainsi que la transition rapide entre eux sont typiques des défis que le futur nous opposera.
En considérant les scénarios pour les opérations urbaines de demain, il faut éviter les paradigmes avec lesquels nous sommes à l'aise. J'ai été le témoin de centaines de wargames et d'exercices qui avaient la prétention de traiter d'engagements futurs, mais qui commençaient presque invariablement par une approche de type Overlord. Les forces bleues et rouges débutent en étant commodément séparées, et les officiers d'état-major bleus concentrent leur expertise considérable et leur talent de planificateurs sur l'arithmétique de la projection des forces. Nous aimons considérer les opérations d'entrée en force comme appartenant aux plus difficiles, mais en fait nous évitons de nous fatiguer si nous pensons que l'avenir se limite à la projection des forces.
Même si de tels scénarios peuvent effectivement se produire, il est bien plus probable que les engagements futurs auront lieu avec des forces bleues déjà entremêlées aux forces rouges et distraites par des opérations de maintien de la paix, comme cela s'est produit à Mogadiscio. Plutôt que le football américain, dans lequel les deux équipes s'alignent dans des camps opposés sur une ligne, et attendent poliment le coup d'envoi, la guerre future sera un jeu de football – le mouvement continu de forces entremêlées.
Pour cette raison, il faut s'intéresser à l'art délicat de la maîtrise de la violence plutôt que reconstituer le jour J. La force interarmées qui mène aujourd'hui des opérations d'entrée sera remplacée demain par un groupe de forces interagences qui fera soudainement la transition d'une opération de maintien de la paix à un conflit de haute intensité – pour y revenir ensuite.
Les tactiques militaires dans les opérations urbaines ont également besoin d'être sérieusement révisées. Dans la longue histoire du combat en ville, un fait limpide et un problème primordial apparaissent : le camp qui mène l'assaut subit les pertes. Traverser la zone mortelle dans les opérations urbaines est la principale cause de blessure et de mort. Parce qu'un ennemi statique a d'innombrables occasions de prendre en embuscade tout ce qui entre dans son secteur de feu, l'attaque urbaine est probablement la tâche la plus mortelle à entreprendre.
Logiquement, nous avons deux possibilités : développer une méthode pour diminuer le coût des attaques, ou rechercher une forme de tactique urbaine qui a pour règle d'éviter l'attaque. Cette seconde approche est cependant compliquée, car les missions futures vont le plus souvent exiger des opérations offensives. Comment une force armée peut-elle dès lors mener des opérations offensives sans avoir recours à l'assaut ? La réponse vient de l'histoire : le siège. Plutôt qu'établir un siège médiéval de toute une ville emmurée, toutefois, la force interarmées moderne mènera des opérations de siège à l'âge de l'information.
Le siège à l'âge de l'information
La condition sine qua non d'un tel siège est le renseignement. L'efficacité unique la plus importante d'un groupe de forces interagences est celle des opérations de renseignement. Des renseignements mis en réseau, multidisciplinaires et détaillés sont l'âme des futures tactiques urbaines. La difficulté provient du fait que notre infrastructure de renseignement – en particulier dans le monde militaire – est optimisée pour la guerre en terrain ouvert. Le renseignement visuel, électronique et radio est parfait lorsque vous recherchez un groupe d'artillerie d'armée sur un front de style soviétique, mais il est presque inutile lorsque vous essayez de savoir dans quel immeuble se cachent les méchants. Plutôt qu'abandonner notre approche actuelle en matière de renseignement, nous avons besoin de développer nos prouesses technologiques et multiplier notre capacité à exploiter les renseignements de source humaine.
Sherlock Holmes peut nous être d'une certaine utilité. Le détective fictif d'Arthur Conan Doyle évoluait dans la zone urbaine tentaculaire du Londres victorien. Pour trouver le criminel ou l'indice qu'il recherchait, Holmes employait souvent les fameux Irregulars de Baker Street – un gang amorphe de gamins des rues qui pouvait tapisser les rues d'yeux et d'oreilles, le tout dans l'espoir de mériter un shilling du grand détective. De manière similaire, nous devons apprendre à considérer la ville comme un moteur à information. Cela pourrait nous coûter davantage qu'un shilling, mais exploiter les renseignements de source humaine est le premier pas vers un siège réussi à l'âge de l'information.
Les opérations de renseignements dans la guerre urbaine vont produire, parmi d'autres choses, une indication montrant où se trouve l'ennemi et – tout aussi important – où il n'est pas. En réalité, une force ennemie ne peut occuper qu'une petite partie de toute cité majeure. Notre service de renseignements doit trouver l'ennemi ainsi que des itinéraires sûrs pour l'encercler. Une fois qu'un ennemi est localisé, le groupe de forces interagences l'entoure avec une combinaison de forces, de robots de surveillance, de feux et au besoin de médias.
A cet instant, nous devons en appeler à des technologies qui n'existent pas encore. En particulier, nous devons développer une capacité de cartographier de manière dynamique un immeuble dès que nous savons qu'il est occupé. Essayer de résoudre le problème de la cartographie par des bases de données ne fonctionnera pas. Cela coûte trop cher, et les bases de données seront certainement périmées. A la place, nous devons être à même de cartographier sur place les caractéristiques importantes de différents bâtiments. Celles-ci comprennent les ouvertures, le câblage, le chauffage, la lumière, l'eau et ainsi de suite. L'objectif de la cartographie dynamique est de faciliter le prochain pas du siège à l'âge de l'information : rendre intenable la position ennemie.
Parce que nous avons l'intention d'éviter l'assaut à
travers la zone mortelle, nous devons inciter l'ennemi à se déplacer. Nous le ferons en déclenchant des feux létaux et non létaux sur sa position en évitant les pertes civiles et les dommages à la propriété. Les moyens utilisés dépendront de la situation. Les feux conventionnels peuvent être la réponse. Alternativement, l'usage de micro-ondes à haute puissance, d'armes acoustiques ou d'agents chimiques non létaux pourrait être nécessaire. A cette fin, nous devons changer les règles anachroniques s'opposant à l'usage de substances pour le contrôle d'émeutes. Les vieilles lois qui nous permettent de déchiqueter un corps humain avec des mitrailleuses mais qui interdisent l'usage d'agents étouffants non létaux ne sont rien moins qu'immorales et ridicules. Le gaz lacrymogène est une arme superbe en combat urbain, et chaque soldat dans les villes devrait demain en disposer.
Quoi qu'il en soit, nous devons parvenir à contraindre l'ennemi à quitter sa position. Lorsque celui-ci en sortira, nous l'engagerons. Cette engagement pourrait prendre la forme d'une arrestation, d'une dispersion ou d'une destruction, selon la situation, mais la clef consiste à construire un système tactique d'attaque qui évite l'assaut. Il y aura bien entendu des exceptions à cette technique, des scénarios dans lesquels les assauts seront inévitables, mais l'approche générale visera à les éviter pour minimiser les pertes amies.
Sun Tzu doit se rasseoir
La robotique semble offrir un grand potentiel pour la guerre urbaine future. Le développement de robots dans les forces armées a été lent, notamment dans le domaine des robots terrestres. Du point de vue du développement, le grand fléau des robots est que dès qu'un appareil simple est conçu, le système d'acquisition bureaucratique ne peut pas s'empêcher de lui ajouter n'importe quel instrument, du baromètre au fusil sans recul. Les robots terrestres du groupe de forces interagences, plutôt qu'être conçus pour approcher une "solution parfaite" qui sera trop lourde et trop légère à utiliser, ont besoin d'être des appareils simples et modulaires pour entrer par les portes et les fenêtres. Le commandant au sol pourra utiliser de tels appareils pour la cartographie, la reconnaissance, la diffusion de gaz lacrymogène ou pour placer selon les besoins une charge explosive sous un immeuble.
L'un des aspects les plus paradoxaux du combat urbain est le thème des règles d'engagement (ROE). Parce que les ROE s'appliquent au domaine des interactions humaines, elles ne fonctionnent pas selon une logique linéaire. En physique, si l'on veut déplacer une masse du point A au point B, on applique une force et la masse bouge dans la direction donnée. En science sociale, appliquer une force peut amener la masse à avancer, à reculer ou simplement à rester en plan et pleurer. Les humains ne réagissent pas selon une logique linéaire. Les ROE, qui visent à protéger les non combattants des dangers du combat, ont donc souvent un effet opposé : mettre les gens en danger. Ceci est devenu évident à Mogadiscio lorsque l'ennemi a utilisé des femmes et des enfants comme boucliers humains. Sachant que les soldats américains éviteraient de blesser des non combattants, l'ennemi trouve refuge derrière. L'image perverse d'un voyou tirant avec son AK-47 entre les jambes de son fils adolescent est le produit de ces mêmes règles d'engagement qui s'efforcent de protéger le jeune garçon.
En s'attaquant enfin à ce paradoxe, nous pouvons progresser dans l'art et dans la science de la guerre urbaine. L'usage d'armes non létales pour vider les combattants de la zone dangereuse est un pas dans la bonne direction, mais un autre nécessite la modération des ROE. Les forces futures devraient appliquer une politique généralement bienveillante pour éviter les pertes en non combattants. Nous devrions cependant rendre tout le monde attentif au fait que n'importe qui en danger dans la zone rouge, et que nous ne risquerons par les forces amies en la limitant excessivement par des ROE. Lorsqu'il devient clair pour les non combattants qu'ils sont tout près de la mort ou du démembrement en approchant du combat, ils essaieront d'éviter de telles zones – et accomplissant ainsi ce dont nos fameuses ROE sont incapables.
La voie vers la création de groupes de forces interagences qui excellent dans les opérations urbaines appelle une approche institutionnelle. Au sein du Commandement de l'Entraînement et de la Doctrine de l'Armée (Training and Doctrine Command, TRADOC), plusieurs centres et écoles obtiennent souvent une compétence pour différents problèmes. L'une des clés des opérations urbaines réussies consiste à assigner la compétence aux bonnes écoles. Malheureusement, parce que nous voyons le combat urbain à travers les lentilles de la Seconde guerre mondiale, nous avons tendance à le réduire à un problème de nettoyage de pièces. Les centres et les écoles des armes ont par conséquent une trop grande influence sur le développement d'une doctrine urbaine dans le TRADOC.
Pour un fantassin, les opérations militaires en terrain urbanisé impliquent sous une certaine forme l'ouverture d'une porte et le mitraillage d'une pièce. Même si de telles tactiques peuvent effectivement être une partie – mais minuscule – des opérations urbaines futures, elles n'en seront aucunement la totalité. La compétence pour les opérations urbaines au TRADOC devrait appartenir à la branche du renseignement. Les futures opérations urbaines se joueront avant tout sur le renseignement, et pas sur les assauts.
En matière de structures, nous devons aller au-delà du grand mythe selon lequel les combats en ville nécessitent de l'infanterie légère. Autre produit d'une histoire militaire mal lue, ce mythe envahit aujourd'hui presque chaque discussion sur les opérations militaires en zone bâtie. Les forces légères ne sont pas la réponse à l'environnement urbain. Les forces lourdes sont tout aussi souvent la bonne solution, mais la solution optimale est une force mécanisée moyenne. Le siège à l'âge de l'information nécessite que l'ennemi, une fois détecté, soit rapidement encerclé. Une grande mobilité et un mouvement à l'abri sont essentiels pour des sièges réussis, et les forces légères sont incapables de telles choses dans la plupart des cas. La mobilité et le blindage de l'infanterie mécanisée, combinés avec la puissance de feu et la mobilité des chars de combat, sont une bonne base pour la structure des forces. De manière à être pleinement efficace, cependant, cette base doit se transformer en un groupe de forces interarmées et interagences complètement intégré.
Il est temps de dire à Sun Tzu de se rasseoir. Prendre d'assaut les murailles d'une cité à l'époque agraire doit sans doute avoir été à la fois imprudent et évitable, mais combattre au XXIe siècle exige absolument des opérations urbaines. En suivant le mauvais conseil de Sun Tzu, nous continuerons à mener des opérations urbaines à contre-cœur, en utilisant une doctrine d'assauts tactiques visant à les éviter. Nous devons au contraire considérer le combat en ville comme un scénario optimal et cultiver l'art et la science des tactiques de siège à l'âge de l'information. De même que l'Armée a appris à posséder la nuit au lieu de la craindre, nous devons posséder la ville. L'objectif de demain ne sera pas le sommet d'une colline : il se trouvera au milieu d'un immeuble, entouré de non combattants.
Lt. Col. Robert R. Leonhard (Ret.)
"Sun Tzu's Bad Advice: Urban Warfare in the Information Age"
Army Magazine, April 2003
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France - Ecosse : 7 siècles d'alliance
ENTRE PHILIPPE LE BEL ROI DE FRANCE

ET JOHN BALLIOL ROI D'ECOSSE

Philippe, par la grâce de Dieu Roi de France, à tous ceux qui verront ces lettres, salut.
Parmi tous les moyens qui existent pour conforter la gloire des rois et des royaumes et pour leur procurer les bienfaits de la paix et de la tranquillité ainsi que la prospérité de leur Etat, celui qui, après mure considération, parait être le plus efficace est de conclure entre rois et royaumes des traités d'alliance garantissant leur amitié fidèle et leur union solide.
Aussi, pour remédier aux injures et aux violences injustifiées des méchants, comme pour repousser les attaques qui sont lancées contre eux au mépris de la justice, les rois et les princes ne peuvent-ils mieux faire que de s'unir par une amitié sincère, grâce à laquelle ils s'entraident dans la prospérité comme dans l'adversité, afin de réprimer les entreprises de ceux qui haïssent la paix et de procurer la douceur de la concorde (... ).
C'est pourquoi l'illustre prince Jean, roi d'Écosse, notre spécial ami, soucieux avec prudence de l'utilité et des besoins de son royaume, nous a envoyé les vénérables pères Guillaume, évêque de Saint Andrews, et Mathieu, évêque de Dunkeld, ainsi que les chevaliers Jean de Soule et Ingelram d'Umfranville, comme ses ambassadeurs et procureurs, avec pleins pouvoirs pour le représenter, comme il apparaît plus au long dans les lettres de mission qui leur ont été délivrées sous le sceau dudit Roi et dont la teneur est jointe aux présentes, afin de conclure avec nous un traité formel de confédération et d'amitié.
Donc nous, approuvant pleinement ce souhait louable dudit roi, et partageant son désir de voir notre amitié et confédération étroitement nouée pour l'avenir sous les meilleurs auspices, avons convenu et accordé (avec le plein accord de notre cher frère et fidèle Charles, comte de Valois et d'Anjou), que le prince Edouard, fils aîné dudit roi d'Écosse et son héritier, épousera Jeanne, fille aînée de notre dit frère Charles. (... ).
De même ledit roi d'Ecosse, en prince juste et pacifique, mû par sa sincère amitié pour nous, notre royaume et notre peuple, considérant les graves injures, énormes excès, attaques injustifiées et agressions iniques que le roi d'Angleterre, en violation de son serment de fidélité, commet chaque jour contre nous et nos sujets (... ), promet expressément que, dans la présente guerre que nous menons contre ledit roi d'Angleterre et ses complices, tant le roi d'Allemagne que les autres, il mettra à notre disposition, et à celle de nos successeurs si cette guerre se prolonge jusqu'à leur règne, toutes les forces de son royaume, tant de terre que de mer, afin de nous aider ouvertement et publiquement en Angleterre (... ).
En outre, afin de mieux réprimer les injures dudit roi d'Angleterre et de le contraindre à cesser ses attaques contre nous, ledit roi d'Ecosse s'engage à nous envoyer de l'aide, dans toute la mesure de ses moyens et à ses propres frais (... ) .
Lesdits procureurs du roi d'Ecosse, au nom de leur souverain, promettent que ce présent traité sera ratifié et accepté par les prélats, comtes, barons et autres nobles et villes du royaume d'Ecosse, qui s'engageront à nous aider dans notre guerre contre le roi d'Angleterre, comme il est dit ci-dessus, et que lesdits prélats, comtes, barons, nobles et villes notables d'Ecosse nous enverront leur accord par lettres munies de leurs sceaux le plus tôt possible.
En contrepartie, si le roi d'Angleterre s'avisait d'envahir le royaume d'Ecosse, personnellement ou par d'autres sur son ordre, après la fin de la présente guerre qu'il mène contre nous, nous apporterions notre aide au roi d'Ecosse, soit en tenant le roi d'Angleterre occupé par ailleurs, soir en envoyant des secours directement en Ecosse à nos frais.
Si enfin le roi d'Angleterre venait à quitter personnellement son royaume (pour envahir le notre), le roi d'Ecosse s'engage à entrer à son tour en Angleterre, le plus loin possible, et à y mener la guerre par tous les moyens,
batailles, sièges, dévastations, le tout à ses propres frais.
Il a été convenu, par accord exprès entre nous et lesdits procureurs du roi d'Ecosse, que si une guerre advient entre ledit roi d'Ecosse et le roi d'Angleterre (comme suite au présent traité), nous ne conclurons avec le roi d'Angleterre aucune paix ou trêve sans l'accord du roi d'Ecosse notre allié, et que lui-même, de son côté, ne conclura aucune paix ou trêve avec le roi d'Angleterre sans notre accord et sans que nous y soyons compris (... ).
Fait à Paris, le 23 du mois d'octobre, l'an du Seigneur 1295.
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Bruxelles - Washington (par Florence Autret)
En quelques décennies s'est forgée entre les Etats-Unis et l'Union européenne une relation distincte, sinon indépendante, de celle que les premiers entretiennent avec les Etats européens eux-même. La relation transatlantique n'est plus bilatérale, mais trilatérale. C'est précisément à l'exploration de ce troisième coté du triangle atlantique - celui qui relie Washington - qu'est consacrée cette note.
Longtemps la relation euro-atlantique a été placée sous le signe de l'alliance. En 2005, l'heure est à la confrontation, voire à la défiance et à la domination. Cette situation inédite pose deux questions : les Etats-Unis sont-ils prêts à accepter l'émancipation de l'Europe? Les Européens sont-ils prêts à relever le défi de l'autonomie? Pour répondre à ces questions, il faut s'interroger non seulement sur les nouveaux défis de la relation euro-atlantique et sur les conséquences d'un éventuel blocage du processus communautaire, mais en même temps sur la nature "pratique" de l'UE et sur les formes de l'influence américaine à Bruxelle.
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dimanche, 23 avril 2006
Pour Arès
Arès Plus-que-Fort, Ecrase-Chars,
Casque-d'or,
Coeur vaillant, Porte-Targe,
Sauveur-de-Villes, Armure-de-Bronze,
Main-Puissante, Infatigable,
Force-des-Lances, Rempart-d'Olympe,
Père Victoire la guerrière,
auxiliaire de Thémis,
maître de tes ennemis,
chef des hommes justes,
porte-sceptre du courage,
faisant rouler ton char de feu
dans les Signes des Sept Chemins
de l'Ether où tes chevaux
coruscants se tiennent toujours
au-dessus du Tiers Cercle,
écoute, toi qui aides les mortels,
qui donne la jeunesse
hardie, qui fais couler ta lueur
douce sur notre existence,
avec ta force d'Arès.
Oh! si je pouvais
secouer de ma tête
la sinistre couardise,
et dompter l'élan de l'âme
qui trompe mon esprit,
et retenir la fureur excessive
de mon coeur, qui m'excite
à me lancer dans la mêlée
où l'on a le frisson.
Bienheureux, apprends-moi la confiance
à rester dans les liens tranquilles
de la paix, loin des ennemis,
de la violence des Tueuses.
Hésiode
(VIIIè siècle avant J.-C.)
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vendredi, 21 avril 2006
Le nerf de la guerre
Nicolas Machiavel (1469-1527)
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jeudi, 20 avril 2006
Amour et Guerre
1. Parallélisme des formes
Du désir à la mort par la passion, telle est la voie du romantisme occidental; et nous y sommes tous engagés pour autant que nous sommes tributaires - inconsciemment bien entendu - d'un ensemble de moeurs et de coutumes dont la mystique courtoise a créé les symboles. Or passion signifie souffrance.
Notre notion de l'amour, enveloppant celle que nous avons de la femme, se trouve donc liée à une notion de la souffrance féconde qui flatte ou légitime obscurément, au plus secret de la conscience occidentale, le goût de la guerre.
Cette liaison singulière d'une certaine idée de la femme et d'une idée correspondante de la guerre, en Occident, entraîne, de profondes conséquences pour la morale, l'éducation, la politique. Un fort gros livre ne serait pas de trop pour en démêler les aspects. On doit souhaiter que ce livre soit écrit, mais sans se dssimuler l'extrême difficulté de la tâche. Car en effet, pour la mener à bien, il s'agirait de posséder à fond la matière rapidement explorée dans les pages qui précèdent, puis une solide culture militaire, enfin la somme des recherches psychologiques entreprises depuis le XIXè siècle sur la question de "l'instinct combatif" dans ses relations avec l'instinct sexuel. Faute de quoi, je me bornerai à soulever un certain nombre de questions, et surtout à les situer dans la logique du mythe, qui est mon vrai sujet.
On peut penser d'ailleurs que l'examen des formes n'est pas moins instructif, en ce domaine, que la recherche des causes, et qu'il est certainement moins trompeur. Il n'est pas nécessaire par exemple de recourir aux théories de Freud pour constater que l'instinct de guerre et l'érotisme sont fondamentalement liés: les figures courantes du langage le font voir avec plus d'évidence. Laissant donc de côté les hypothèses multiples et changeantes relatives à la genèse des instincts, je m'en tiendrai à quelques rapprochements formels entre les arts d'aimer et de guerroyer du XIIè siècle jusqu'à nos jours. Mon propos étant simplement de marquer un parallélisme entre l'évolution du mythe et l'évolution de la guerre, sans préjuger d'ailleurs de la priorité de l'une ou de l'autre.
2. Langage guerrier de l'amour
Dès l'Antiquité, les poètes ont usé de métaphores guerrières pour décrire les effets de l'amour naturel. Le dieu d'amour est un archer qui décoche des flèches mortelles. La femme se rend à l'homme qui la conquiert parce qu'il est le meilleur guerrier. L'enjeu de la guerre de Troie est la possession d'une femme. Et l'un des plus anciens romans que nous possédions, le Théagène et Chariclée d'Héliodore (IIIè siècle) parle déjà des "luttes d'amour" et de la "délicieuse défaite" de celui "qui tombe sous les traits inévitables d'Eros". Plutarque fait voir que la morale sexuelle des Spartiates s'ordonnait au rendement militaire de ce peuple. L'eugénisme de Lycurgue, et ses lois minutieuses réglant les relations des époux, n'ont d'autre but que d'augmenter l'agressivité des soldats.
Tout cela confirme la liaison naturelle, c'est-à-dire physiologique, de l'instinct sexuel et de l'instinct combatif. Mais il serait vain de chercher des ressemblances entre la tactique des Anciens et leur conception de l'amour. Les deux domaines restent soumis à des lois tout à fait distinctes, et privées de commune mesure.
Il n'en va plus de même dans notre histoire à partir des XIIè et XIIIè siècles. On voit alors le langage amoureux s'enrichir de tournures qui ne désignent plus seulement les gestes élémentaires du guerrier, mais qui sont empruntés d'une façon très précise à l'art des batailles, à la tactique militaire de l'époque. Il ne s'agit plus, désormais, d'une origine commune plus ou moins obscurément ressentie, mais bien d'un minutieux parallélisme.
L'amant fait le siège de sa Dame. Il livre d'amoureux assauts à sa vertu. Il la serre de près, il la poursuit, il cherche à vaincre les dernières défenses de sa pudeur, et à les tourner par surprise; enfin la dame se rend à sa merci. Mais alors, par une curieuse inversion bien typique de la courtoisie, c'est l'amant qui sera son prisonnier en même temps que son vainqueur. Il deviendra le vassal de cette suzeraine, selon la règle des guerres féodales, tout comme si c'était lui qui avait subi la défaite (1). Il ne lui reste qu'à faire la preuve de sa vaillance, etc. Tout ceci pour le beau langage. Mais l'argot soldatesque et civil nous fournirait une profusion d'exemples d'une verdeur encore plus significative. Et plus tard, l'introduction des armes à feu devait donner lieu à d'innombrables plaisanteries à double sens.
Ce parallélisme d'ailleurs est complaisamment exploité par les écrivains. C'est un thème rhétorique inépuisable. "O! trop heureux capitaine, écrit Brantôme, qui avez combattu et tué tant d'hommes ennemis de Dieu dans les armées et dans les villes! O! trop heureux encore une fois, et plus, qui avez combattu et vaincu à tant d'autres assauts et de reprises une si belle Dame entre les pavillons de votre lit!" Il ne faudra pas s'étonner si les auteurs mystiques reprennent ces métaphores devenues banales, et les transposent selon le processus décrit plus haut, dans le domaine de l'amour divin. Francisco de Ossuna (l'un des maîtres de sainte Thérèse les plus imbus de rhétorique courtoise) écrit dans son Ley de Amor: "Ne pense pas que le combat de l'amour soit comme les autres batailles où la fureur et le fracas d'une guerre épouvantable sévit des deux cotés, car l'amour ne combat qu'à force de caresses et n'a d'autres menaces que ses tendres paroles. Ses flèches et ses coups sont les bienfaits et les dons. Sa rencontre est une offre de grande efficacité. Les soupirs composent son artillerie. Sa tuerie est de donner la vie pour l'aimé".
***
On a vu que la rhétorique courtoise traduit, à l'origine, la lutte du Jour et de la Nuit. La mort y joue un rôle central: elle est la défaite du monde et la victoire de la vie lumineuse. Amour et mort sont reliés par l'ascèse, comme par l'instinct sont reliés désir et guerre. Mais ni cette origine religieuse, ni cette complicité physiologique des instincts de combat et de procréation ne suffisent à déterminer l'usage précis des expressions guerrières dans la littérature érotique d'Occident. Ce qui explique tout, c'est l'existence au Moyen Age d'une règle effectivement commune à l'art d'aimer et à l'art militaire, et qui s'appelle la chevalerie.
3. La chevalerie, loi de l'amour et de la guerre
"Donner un style à l'amour", telle est, selon J. Huizinga, l'aspiration suprême de la société médiévale dans l'ordre éthique. "C'est une nécessité sociale, un besoin d'autant plus impérieux que les moeurs sont plus féroces. Il faut élever l'amour à la hauteur d'un rite, la violence débordante de la passion l'exige. A moins que les émotions ne se laissent encadrer dans des formes et des règles, c'est la barbarie. L'Eglise avait pour tâche de réprimer la brutalité et la licence du peuple, mais elle n'y suffisait pas. L'aristocratie, en dehors des préceptes de la religion, avait sa culture à elle, à savoir la courtoisie, et elle y puisait les normes de sa conduite." (Nous savons en effet que la courtoisie non seulement ne devait rien à l'Eglise, mais s'opposait à sa morale. Voilà qui peut nous inciter à réviser bien des jugements sur l'unité spirituelle de la société médiévale!) Or s'il est vrai que cette morale courtoise ne parvint guère à transformer les moeurs privées des hautes classes, qui demeuraient d'une "rudesse étonnante", du moins joua-t-elle le rôle d'un idéal créateur de belles apparences. Elle triompha dans la littérature. Et par ailleurs, elle réussit à s'imposer à la réalité la plus violente du temps, celle de la guerre. Exemple unique d'un ars amandi, qui donne naissance à un ars bellandi.
Ce n'est pas seulement dans le détail des règles de combat individuel que se fait sentir l'action de l'idéal chevaleresque, mais dans la conduite même des batailles, et jusque dans la politique. Le formalisme militaire revêt à cette époque une valeur d'absolu religieux. Il est fréquent qu'on se laisse tuer pour respecter des conventions d'une merveilleuse extravagance. "Les chevaliers de l'ordre de l'Etoile jurent que dans le combat ils ne reculeront jamais de plus de quatre arpents; sinon ils devront mourir ou se rendre" Et, cette règle étrange, si l'on en croit Froissart, coûta la vie, dès le début de l'ordre, à plus de quatre-vingts d'entre eux". De même, les nécessités de la stratégie sont sacrifiées à celles de l'esthétique ou de l'honneur courtois. "En 1415, Henri V d'Angleterre va à la rencontre des Français avant la bataille d'Azincourt. Par erreur, le soir, il dépasse le village que les fourrageurs lui ont assigné pour y dormir cette nuit-là. Or le roi "comme celuy qui gardoit le plus les cérémonies d'honneur très loables" vient hustement d'ordonner que les chevaliers en reconnaissance abandonnent la cotte d'armes afin de ne pas être, en revenant, obligés de reculer en vêtements guerriers. Maintenant, revêtu de sa cotte d'armes, il ne peut donc revenir sur ses pas; il passe la nuit dans l'endroit où il est, et fait ranger l'avant-garde conformément à ce nouveau plan." Les exemples abondent de carnages inutiles provoqués par des voeux d'une folle outrecuidance et que l'on tente d'accomplir au plus grand des périls possibles. C'est bien le péril qu'on recherche pour lui-même, car on n'est pas inapte en d'autres cas à trouver des prétextes pour esquiver ses engagements. La casuistique courtoise en offre d'excellents. Cette casuistique "ne régit pas seulement la morale et le droit; elle s'étend à tous les domaines où le style et la forme sont choses essentielles: les cérémonies, l'étiquette, les tournois, la chasse et surtout l'amour". Elle a même exercé une influence déterminante sur le droit des gens à sa naissance. "Droit de butin, droit d'attaque - fidélité à la parole donnée sont régis par des règles semblables à celles qui gouvernent le tournoi et la chasse." L'Arbre des Batailles d'Honoré Bonet est un traité sur le droit de guerre où l'on trouve discutées pêle-mêle à coups de textes bibliques et d'articles de droit canonique des questions de ce genre: "Si l'on perd dans la mêlée une armure empruntée, est-on tenu de la rendre? - Est-il permis de livrer bataille un jour de fête? - Vaut-il mieux se battre après les repas ou à jeun? - Dans quels cas peut-on s'évader de captivité?" Dans un autre ouvrage, on voit deux capitaines se disputer un prisonnier devant le chef : "C'est moi qui l'ai saisi le premier dit l'un, par le bras et par la main droite, et lui ai arraché le gant. - Mais à moi, dit l'autre, il a donné cette même main avec sa parole".
Quant aux idées politiques inspirées au Moyen Age par la conception chevaleresque, ce sont essentiellement selon Huizinga: la lutte pour la paix universelle basée sur l'union des rois, la conquête de Jérusalem et l'expulsion des Turcs. Idées chimériques mais dont l'empire ne cessera de s'exercer sur les princes jusqu'au XVè siècle, en dépit des transformations de tous ordres survenues entre-temps en Europe, et à l'encontre des intérêts réels les plus urgents.
C'est ici que se marque le mieux le caractère particulier de l'idéal courtois, radicalement contradictoire avec la "dure réalité" de l'époque: il représente un pôle d'attraction pour les aspirations spirituelles brimées. C'est une forme d'évasion romantique, en même temps qu'un frein aux instincts. Le formalisme minutieux de la guerre s'oppose aux violences du sang féodal comme le culte de la chasteté, chez les troubadours, s'oppose à l'exaltation héroïque du XIIè siècle. "Dans la conscience du Moyen Age, se forment pour ainsi dire l'une à côté de l'autre deux conceptions de la vie: le conception pieuse, ascétique, attire à elle tous les sentiments moraux; la sensualité, abandonnée au diable, se venge terriblement. Que l'un ou l'autre de ces penchants prédomine, nous avons le saint ou le pécheur; mais en général, ils se tiennent en équilibre instable avec d'énormes écarts de la balance".
4. Les tournois, ou le mythe en acte
Il est pourtant un domaine où s'opère la synthèse à peu près parfaite des instincts érotiques e guerriers et de la règle courtoise idéale: c'est le terrain nettement circonscrit de la lice où se jouent les tournois.
Là, les fureurs du sang se donnent libre cours mais sous l'égide et dans les cadres symboliques d'une cérémonie sacrale. C'est un équivalent sportif de la fonction mythique du Tristan telle que nous la définissions: exprimer la passion dans toute sa force, mais en la voilant religieusement de manière à la rendre acceptable au jugement de la société. Le tournoi "joue" le mythe, physiquement: - "Les transports de l'amour romanesque ne devaient pas seulement être présentés sous forme de lecture, mais surtout donnés en spectacle. Ce jeu peut revêtir deux formes: la représentation dramatique et le sport. Celui-ci est, au Moyen Age, de beaucoup le plus important. Le drame ne traitait encore, en général, que la matière sacrée; l'aventure amoureuse n'y était qu'exceptionnelle. Le sport médiéval, au contraire, et surtout le tournoi, était lui-même dramatique au plus haut point et contenait, en outre, une forte dose d'érotisme. Partout et toujours, le sport a associé ces deux facteurs: dramatique et amoureux; mais tandis que les sports modernes sont presque retournés à la simplicité grecque, le tournoi de la fin du Moyen Age, avec ses riches ornements et sa mise en scène, pouvait remplir les fonctions du drame lui-même".
Rien ne me paraît plus propre à restituer l'atmosphère de rève du Roman de Tristan que les descriptions de tournois qu'on peut lire dans les oeuvres de Chastellain et les Mémoires d'Ollivier de la Marche, tous deux historiographes du fastueux et chevaleresque duché de Bourgogne au XVè siècle.
L'amour et la mort s'y marient dans un paysage artificiel et symbolique de très haute mélancolie. "L'héroïsme par amour - voilà le motif romanesque qui doit apparaître partout et toujours. C'est la transformation immédiate du désir sensuel en un sacrifice de soi-même qui semble faire partie du domaine de l'éthique... L'expression et la satisfaction du désir, qui paraissent tous deux impossibles se transforment en une chose plus élevée: l'action entreprise par amour. La mort devient alors la seule alternative à l'accomplissement du désir, et la délivrance est donc de toute manière assurée".
La mise en scène des tournois emprunte ses idées aux Romans de la Table Ronde. Ainsi, au XVè siècle, le Pas d'Armes dit de la Fontaine des Pleurs est basé sur une aventure romanesque imaginaire. "La Fontaine est construite à cet effet. Pendant une année entière, tous les premiers du mois, un chevalier anonyme viendra déployer, devant la fontaine, une tente dans laquelle est assise une dame (en effigie naturellement); celle-ci tient une licorne qui porte qui porte trois écus. Tout chevalier qui touche l'écu s'engage à un combat dans les condtions décrites par les "chapitres" du pas d'armes. C'est à cheval qu'il faut toucher les boucliers: les chevaliers trouveront toujours des chevaux prêts à cet usage".
...à suivre
Denis de Rougemont
In L'amour et l'Occident
1938
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L'armée américaine rachète des renseignements sur clé USB
Les militaires américains font leur courses en Afghanistan. Ils y rachèteraient des clés USB contenant des renseignements militaires volés, selon l'Associated Press. Une faille de sécurité du réseau informatique de la base de Bagram (au nord-est du pays) aurait permis à certains de récupérer, entre autres, des numéros de sécurité sociale de généraux américains ainsi qu'une liste d'espions afghans travaillant pour le compte de l'armée de l'Oncle Sam.
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Ces renseignements sont rapidement réapparus sur les marchés de la ville. Un marchand aurait déclaré avoir vendu une cinquantaine de clés USB à des militaires qui voulaient acquérir toutes celles en sa possession. Quel qu'en soit le prix. Une enquète est en cours. Mike Cody, un porte-parole de l'armée, s'est refusé, pour sa part, à tout commentaire.
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mercredi, 19 avril 2006
Europe otanisée
« La future défense européenne est un livre ouvert pour les États-Unis »

Mai 2005
Le général Henri Paris, président de la Fédération des officiers de réserve républicains, explique ses raisons de voter « non » le 29 mai.
Pourquoi vous prononcez-vous contre le traité constitutionnel ?
Henri Paris. — Le traité constitutionnel fait explicitement référence à l’OTAN comme le « fondement » d’une éventuelle défense européenne. Quand l’Alliance Atlantique a été fondée, en 1949, elle répondait à deux critères. D’une part, une aire géographique précise : l’Atlantique-Nord. D’autre part, elle était fabriquée pour répondre à un adversaire identifié : le bloc de l’Est et le pacte de Varsovie. En 1991, il n’y a plus de pacte de Varsovie, plus d’ennemi identifié, pourtant l’OTAN continue d’exister, quitte à contredire le cadre géographique de l’Atlantique Nord. Il est par exemple contre nature de voir l’OTAN intervenir en Afghanistan. L’OTAN n’est plus qu’un simple supplétif des États-Unis. Il me semble donc inconcevable de lier structurellement une défense européenne à l’Alliance Atlantique.
Le traité empêche donc, selon vous, toute défense européenne indépendante ?
H. P. — Effectivement. D’autre part, il faut bien mesurer toutes les implications si le « oui » l’emporte. Pour mémoire, l’article 5 du traité de l’Atlantique-Nord — indique que « les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et, en conséquence, elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles [...] assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et en accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée. » Le projet de constitution européenne va plus loin. Il oblige les États membres, dans son article 1-41-7, à apporter « aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir [...] au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire ». La nuance entre les deux articles est d’importance. D’une part, elle risque d’entraîner la France dans des conflits qui ne la concernent pas ; d’autre part, cela pose la question de l’arme nucléaire. Il faut bien mesurer que la France est la seule puissance nucléaire européenne indépendante. Quant à l’armement nucléaire britannique, il est sous sujétion américaine, puisque les missiles sont de fabrication américaine.
L’arme nucléaire à la disposition des Vingt-Cinq ? Pourquoi pas ? Mais cela implique de définir une stratégie commune de dissuasion adaptée à l’espace géographique des Vingt-Cinq, de définir des cibles communes... Or quelle peut être une stratégie commune ? La dissuasion se réfléchit dans un cadre du « faible au fort », qui voudrait-on « dissuader » aujourd’hui ? la Chine ? C’est absurde. Une stratégie nucléaire européenne commune implique une refonte des concepts stratégiques. Or la constitution, en posant le cadre de l’OTAN comme fondement de la défense européenne, donne déjà un cadre stratégique et empêche de développer une politique de défense indépendante.
Pourtant, on avance l’idée que le Traité permet de lutter plus efficacement contre les « nouvelles menaces » ?
H. P. — Absurde ! Il n’y a pas besoin d’une constitution pour organiser la lutte commune contre le terrorisme. Par contre, je note que le traité est étrangement muet concernant les paradis européens de blanchiment d’argent sale. Cet argent est le nerf de la guerre des terroristes. Il est plus efficace de mettre en place des règlements et des outils permettant de lutter contre ces paradis que de s’aligner derrière la conception américaine de la lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, à peine cinq pays en Europe disposent de ce que l’on peut appeler une défense organisée autour d’industries de défense. Les trois principaux sont la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Loin derrière, on trouve l’Espagne et l’Italie. La constitution, en obligeant les pays européens à augmenter leurs capacités militaires, pousse tous les autres pays de l’UE à acheter des « matériels sur étagères ». On voit le résultat lorsque la Pologne décide d’acquérir des F16 américains, renforçant du même coup sa dépendance à l’Oncle Sam.
Pour être indépendante, l’Europe a besoin d’une indépendance technologique. Or l’alignement derrière l’OTAN, le concept d’interopérabilité sous critères de l’OTAN mettent à mal cette indépendance. L’interopérabilité, ce n’est pas simplement la standardisation du calibre des armes et des munitions, c’est aussi la normalisation aux standards de l’OTAN, donc américains, des systèmes de communication, de transmission y compris du chiffre, et de commandement. Autant dire que la future défense européenne est un livre ouvert pour les États-Unis. Ce ne sont pas les coopérations renforcées que vous évoquez qui changent quoi que ce soit. Tel qu’il est conçu dans la constitution, ce système donne à la Grande-Bretagne un rôle d’arbitre et le pouvoir de s’opposer à toute coopération. Elle le fait déjà concernant les applications militaires du système Galiléo, qui pourrait être une alternative au GPS américain. Quand on connaît les penchants atlantistes de ce pays, on a du mal à imaginer qu’il appuie des programmes de recherche qui heurteraient les intérêts des États-Unis.
Écrit par SG (Webmaster) dans > Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, otan |
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