TYR est vraisemblablement le plus ancien de tous les dieux germaniques. Son nom est étroitement apparenté au thème qui a donné le terme « dieu » dans toutes les langues indo-européennes :
- germanique : *tiwaz ;
- sanscrit : dyaus
- grec : zeus
- latin : deus
Son nom plaide en faveur de son âge vénérable. Lexicalisé en Tyr, il finira par s’appliquer à n’importe quel autre dieu : ainsi, Odin est surnommé farmatyr, dieu des cargaisons. Il est présent dans bon nombre de toponymes.
Vaillant guerrier, sa popularité tient à deux points essentiels. Tout d’abord, il est le dieu du pacte : en effet, le loup Fenrir, incarnation des puissances du chaos et du désordre, s’est laissé enchaîner par un lien magique à condition qu’un dieu engage sa dextre dans sa gueule pour garantir qu’il n’y aurait pas feintise ; Tyr, qui n’est pas complètement dupe, accepte toutefois afin que Fenrir soit rendu inoffensif jusqu’au Ragnarök (ce phénomène trouve d’autres figurations dans le domaine indo-européen, comme l’a vu George Dumézil). Dieu du pacte donc, comme Mithra, puisqu’il sait que ce pacte repose sur un mensonge – mensonge nécessaire pour assurer l’ordre du monde.
Mais Tyr est aussi le dieu du Thing, cette assemblée saisonnière des hommes libres où l’on délibérait de toutes les questions juridiques et législatives intéressant la communauté. Une inscription datant du IVè s., et due à des légionnaires frisons, sur le mur d’Hadrien (Grande-Bretagne), est dédiée à « Mars thingsus » qui ne peut renvoyer qu’à lui. « Mardi », en langues germaniques (Tuesday, Dienstag), vient aussi de ce dieu ; la correspondance avec Mars (de mardi) est claire. Tyr est une déité à la fois très ancienne et fondamentale, et sans doute la plus représentative de la mentalité profonde des anciens germains férus de droit et de loi.
Dès l’âge du bronze, sur des gravures rupestres figurent des mains isolées qui pourraient symboliser Tyr. On trouve un personnage manchot sur l’une des cornes de Gallehus (Vè siècle). Sur la bractéate de Trollhättan, on peut voir Tyr, le bras pris dans la gueule de Fenrir (vers 400, Stockholm, Statens Historiska Museum).