Spartacus-Yann-Le-BohecBien connu de tous les amateurs d’histoire militaire et en particulier d’histoire antique, Yann Le Bohec nous livre aujourd’hui un (treizième !) ouvrage original qui s’intéresse aux caractéristiques militaires de la révolte de Spartacus et des opérations qui s’échelonnent entre -73 et -71 av. J.-C.

En onze denses chapitres chrono-thématiques, il nous entraîne (avoir présenté son héros, ses origines, sa vie sa famille, etc., mais aussi l’armée romaine dans son organisation, son encadrement, sa tactique, etc., avant les événements étudiés) du milieu des esclaves et des gladiateurs dans la Rome ancienne et du cadre général des guerres serviles qui se prolonge, à partir de la Sicile, à partir de -132. Pour Spartacus, tout commence en Campanie lorsqu’il devient chef d’une bande de révoltés de quelques dizaines d’hommes, d’origines et de statuts différents. Peu à peu, s’équipant sur les voyageurs rencontrés et les premières troupes romaines vaincues, les effectifs augmentent par le ralliement d’autres esclaves en rupture de ban, et l’affaire dépasse le cadre des autorités locales avec sa prise en compte par les autorités romaines. Echapant à ses premiers poursuivant, Spartacus commence à organiser sa troupe, mettre en place une hiérarchie, se préoccupe de son ravitaillement, envisage les actions futures à conduire : il n’est plus simplement un chef de bande mais devient un chef de guerre, qui fait preuve de réelles capacités tactiques, en fonction des ressources de la zone traversée et de la menace des troupes lancées à sa poursuite (4.000, puis 6.000 hommes à l’hiver -73 / -72). Spartacus bénéficie d’ailleurs d’un avantage intellectuel et moral : le Sénat romain sous-estime et méprise les esclaves, alors que l’effectif révolté passe progressivement de 70 hommes à 7.000, puis 60.000, enfin autour de 100.000. Spartacus « avait su organiser une vraie armée, avec infanterie lourde, légère et cavalerie ; il prévoyait la logistique, il utilisait le renseignement », mais il « ne sut jamais recourir à la poliorcétique ni créer une marine. Ce nouveau chef de guerre se conduisait en homme intelligent et en ennemi implacable », allant jusqu’à s’allier avec un grand adversaire de Rome, Mithridate, roi du Pont. Yann Le Bohec cherche ensuite à déterminer les « buts de guerre » du chef révolté et détaille, autant que possible, l’organisation, la composition (il y avait des Italiens hommes libres dans son armée, y compris des déserteurs des légions) et les structures de commandement mise en place. Il s’intéresse ensuite à la tactique employée (en ayant toujours soin de replacer ses analyses dans le cadre culturel et intellectuel de l’époque), tout en soulignant les faiblesses de l’armée des esclaves (Spartacus « n’a jamais emporté une ville, … par le manque de matériel et de personnel compétent »). Il suit ensuite longuement les révoltés à travers l’Italie, du Nord au Sud au cours de l’année -72, puis termine ce récit sur l’échec du passage en Sicile et les derniers combats de l’hiver -72 / -71, avec les victoires de Crassus et de Pompée (ce dernier sachant habilement valoriser son rôle). Le dernier chapitre s’intéresse à « Spartacus après Spartacus », le souvenir de ces campagnes et leur influence sur la situation des esclaves.

On apprécie en particulier la critique des textes antiques que fait Yann Le Bohec au fur et à mesure des pages, donnant au fil des paragraphes les raisons pour lesquelles il accorde davantage de crédit à l’un qu’à l’autre des auteurs de l’époque. On note également le côté très pédagogique du livre, chaque chapitre se terminant par une conclusion partielle clairement identifiée. Un volume facile à lire et très riche qui passionnera tous les amateurs.

Tallandier, Paris, 2016, 220 pages. 17,90 euros.

Source : Guerres et Conflits