En trois volumes d’un peu moins de 200 pages, l’auteur nous propose de retrouver l’origine et le sens de certains mots qui ont été (et parfois sont encore) fréquemment en usage dans les armées. Comme le souligne le chef d’état-major de l’armée de Terre dans son introduction, il « offre au lecteur, qu’il soit expert ou novice de la chose militaire, l’assurance d’un excellent moment ».

Institutions, grades, fonctions, cérémonial

De A comme « adjudant » (l’officier en second, celui qui aide), à Z comme « Zouave » (y compris pontificaux), ce volume nous invite à (re)découvrir l’origine et les évolutions d’un large panel de mots liés aux sujets institutionnels. Autant que possible, l’auteur nous en donne également l’étymologie. Si les origines latines sont nombreuses, on note la présence de nombreux mots d’origine italienne ou germanique (fin du Moyen-Âge et Renaissance en particulier), mais aussi nord-africaine, ce qui n’est pas surprenant au regard de notre histoire militaire. Plus étonnant, l’origine du mot « vaguemestre » : « Avant de désigner le préposé du service postal (début du XIXe siècle), le vaguemestre est au XVIIe siècle l’officier chargé de la circulation des convois militaires. Le terme vient du néerlandais ‘wagenmeester’, littéralement : maître des voitures ». Hugues Vial en profite également, souvent, pour souligner les expressions dérivées ou argotiques propres à la vie interne de la communauté militaire : si « fayot vient du provençal faiol ou fayol (XVe siècle)« , l’expression « la fin des haricots » est bien d’origine militaire pour marquer « l’épuisement des vivres ».

Champ de bataille

Le principe retenu est bien sûr le même, de A comme « Abri » à V comme « Victoire ». On y apprend par exemple que l’étymologie de « Tuer » est incertaine, que les Anglo-Saxons utilisent le « Walkie-Talkie » au lieu et place du« Talkie-Walkie » français, que la « Guitoune » prend son sens actuel sous le Second empire à partir de l’arabe« qaitun » (de même de « Chouf », venu de l’arabe « Choufa » pour désigner l’action du guetteur), ou qu’une « Echauffourée » « fait référence au travail du ‘chaufournier’, chargé d’alimenter et d’entretenir les fours à chaux », le sens militaire prenant celui de brièveté.

Armes, équipements et uniformes

De A comme « Affut » et « Alidade » à Z comme « Zinc », nous rentrons essentiellement avec ce volume dans le monde du matériel et de la technique, en passant par la boussole, la carabine, le dolman, la gourde, le havresac, etc. On y apprend par exemple que la « Fourragère » a d’évidence la même racine que le fourrage pour les chevaux (« La fourragère est au XVIe siècle une cordelette que portent à l’épaule les dragons autrichiens de façon à pouvoir constituer aisément une botte de foin ou de paille pour leur monture »), mais signifie aussi au XIe siècle « se livrer au pillage ». Nous sommes alors loin du sens des XIXe et XXe siècles. De même, l’origine de « Musette », « le sac de toile où le soldat range indifféremment son casse-croûte, ses grenades ou son bâton de maréchal », est à rechercher « par analogie de taille et de forme » dans un instrument de musique du XVIIe siècle.

Au bilan, un ensemble plaisant et instructif. Il n’est bien sûr pas question de lire ces ouvrages de la première à la dernière ligne d’une traite et dans l’ordre, mais il faut prendre le temps de musarder d’un volume à l’autre, d’une page à l’autre, progressivement, au hasard des idées, des interrogations et des coups de coeur. On apprécie enfin l’index final qui, pour chaque volume, liste les mots présentés dans les trois tomes.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2016. 12,90 euros le volume.

Source : Guerres & Conflits