lugan-osons-dire-la-verite-couv-copieDans ce nouveau volume, Bernard Lugan lance une véritable charge pour défendre ses analyses sur la situation de l’Afrique. A l’encontre des idées reçues. Dérangeantes. Certains, parmi les spécialistes de la sculpture de fumée, ne vont pas aimer.

La première partie est consacrée à un démontage en règle des rapports généraux et des statistiques globales. Détaillant les chiffres du PIB, de la croissance, de la pauvreté, des exportations, etc., il veut démontrer qu’il s’agit d’un trucage, d’un mensonge, qui ne favorise en fait que ceux qui comptent continuer à exploiter le continent noir.

Prenant l’exemple de l’Algérie et de l’Afrique du Sud, il témoigne, chiffres à l’appui, de la dégradation de la situation des peuples concernés depuis les indépendances (ou changements de régime), les tensions sociales, l’accaparement des richesses par une minorité, un pouvoir confisqué par un clan, etc. La deuxième partie dresse le bilan selon Bernard Lugan des « mauvaises ‘bonnes’ solutions » mises en oeuvre (parfois imposées) à l’Afrique depuis les années 1970, dans les domaines économique et financier comme politique et diplomatique ; ainsi que du rôle néfaste des Etats-Unis et de la Chine, pour (est-ce si surprenant ?) le contrôle des ressources minières et des voies de communication. La troisième et dernière partie enfin affirme proposer des solutions en disant la vérité.

Tous les poncifs généralement mis en avant dans les grands médias et les discours officiels sont étrillés. Bernard Lugan traite du « suicide démographique » avec l’explosion des chiffres d’une population aussi jeune que misérable, du noyautage des Etats par une ethnie plus nombreuse (il précise à ce propos : « Certes, l’ethnie n’explique pas tout, et loin de là, mais rien ne peut être expliqué sans elle ») et des ingérences politiques et intellectuelles d’idéologues européens, du credo réciproque de la victimisation de l’Afrique et de la culpabilisation européenne (traite des esclaves, pillage colonial, etc.).

Pour Bernard Lugan, « loin de ‘démarrer’, l’Afrique sub-saharienne revient au contraire au XVIIIe siècle et à l’économie de comptoir, qui enrichit une poignée d’Africains tandis que l’immense majorité de la population tente de simplement de survivre »

Gageons que si le silence n’est pas fait sur le livre, les détracteurs seront sans doute majoritaires. Il est tellement plus facile de se draper dans sa « dignité outragée » que de contester les chiffres donnés par Lugan, de multiplier les déclarations théoriques plutôt que de critiquer point par point les exemples concrets. Je ne sais pas si Bernard Lugan a de façon générale raison ou non, en totalité ou en partie, mais sa démonstration est méthodique, argumentée, souvent convaincante par sa précision, loin des théories et proche du terrain.

Ceux qui ont servi et travaillé en Afrique y retrouveront nombre de constats qu’ils auront faits eux-mêmes ici ou là. Et ce n’est pas toujours en l’honneur de nos élites… Un livre qui tranche parmi les publications sur ce thème et qui, pour cela au moins, mérite d’être connu et lu.

Editions du Rocher, Monaco, 2015, 223 pages, 21 euros.

Source : Guerres & Conflits