empire-romainEdition revue et augmentée d’un livre paru en 2014, et alors même que la production d’ouvrages sur le sujet reste régulière (ici et ici par exemple). Un livre volumineux et qui multiplie les références en appui de la thèse de l’auteur, dont la citation choisie en ouverture donne le sens général : « Aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même ».

Michel De Jaeghere, directeur du Figaro Histoire, précise utilement dans les premières pages le point historiographique des interprétations données depuis fort longtemps sur cet événement majeur, mais n’en oublie pas ses idées personnelles lorsqu’il critique (par ailleurs justement) la comparaison établie depuis 2008 au moins au nom de « l’immigration salutaire » entre l’entrée en scène des peuples barbares et la période actuelle. Et il résume : « Sa chute ne se limita pas à un changement de régime, la substitution des royaumes barbares au beau rêve d »empire universel. Elle s’inscrivit  dans un cadre autrement plus vaste : celui d’une altération profonde de la civilisation du monde antique, dans ses manifestations matérielles, dans ses instruments juridiques comme dans son héritage moral et spirituel, au point d’apparaître comme un effondrement ».

L’auteur ne se contente donc pas d’un récit politique ou militaire, et les aspects culturels ne sont jamais bien loin. Il aborde tous les thèmes au fil des années, car bien sûr cette disparition n’est pas survenue en un jour. De la crise du IIIe siècle aux empereurs illyriens, de la question religieuse à la crise démographique, du déploiement des légions à cet étranger aller-retour que fut la « barbarisation des esprits » mais aussi la « romanisation des vaincus », il nous entraîne dans un vaste périple européen, méditerranéen, balkanique et oriental. L’arrivée des différentes tribus Goths marque une évolution nouvelle, amplifiée par l’irruption des Vandales et bientôt des hordes d’Asie centrale. Désormais l’empire survit à Constantinople et le dernier empereur d’Occident n’est plus qu’un exilé dans la région de Naples.

L’ensemble du texte s’appuie sur un important appareil de notes, les citations sont nombreuses et en fin de volume l’auteur revient sur le méconnu traité de 382 entre Théodose et les Goths, événement majeur dans l’effondrement de l’empire, en s’efforçant d’en reconstituer le but et les termes. Enfin, une très abondante bibliographie finale, assez exemplaire, permettra à chacun d’aller plus loin sur tous les sujets, des questions successorales ou militaires à celle du paganisme et de la place de l’église, de l’établissement par les armes des royaumes barbares, des « faux » empereurs aux « vrais » usurpateurs et prétendants. Pendant que les provinces des Gaules sont dévastées, les armées élisent leurs propres empereurs, mais « la frontière du Rhin est abandonnée à la garde des Francs et des Alamans ».

Un ouvrage indiscutablement important, agréable à lire, qui devrait marquer durablement les études sur ce thème presque éternel : pourquoi et comment meurent les empires.

Source : Guerres & Conflits