Traumatisme irakienUn tout petit volume, aussi bien en format qu’en pagination, mais un volume qui indiscutablement comptera : Marie-Hélène Labbé revient sur les conditions de l’engagement britannique en Irak en 2003.

Constatant que la puissante commission d’enquête parlementaire n’a toujours pas rendu son rapport cinq ans après avoir entendu les derniers responsables politiques, elle mène sa propre enquête et, s’appuyant sur de très nombreuses citations, met directement en cause l’ancien Premier ministre britannique. Qu’il s’agisse du fonctionnement du gouvernement, des rapports des services de renseignement, des relations avec les Etats-Unis. Ainsi, le « dossier » initial d’accusation contre Saddam Hussein n’est-il qu’un « collage de paragraphes repris de thèses d’étudiants, sans même en corriger les fautes de typographie et surtout sans citer leurs auteurs », et n’a jamais été soumis en amont aux services de renseignement ou aux Affaires étrangères. Globalement, parce que le chef du gouvernement a personnellement décidé de lancer son pays dans la guerre, toutes les fautes, y compris éthiques les plus graves, et tous les dysfonctionnements dans le processus de prise de décision au sommet de l’Etat (quand les « communicants » remplacent les spécialistes…) se retrouvent ici.

En résumé, l’intervention en Irak était « fondée sur un mensonge », à la fois injustifiée et illégale : « La légèreté avec laquelle cette décision d’entrer en guerre fut prise, les conséquences catastrophiques pour la région en cause, l’inhibition subséquente du Royaume-Uni sont durablement gravés dans les esprits des décideurs ». Le fameux rapport de la commission Chilcot devrait être publié… Quelles seront les conséquences sur le monde politique britannique ? Les responsables seront-ils poursuivis ? Si, pour éviter d’être mis en cause, les politiques devaient faire reposer la responsabilité sur les militaires, une grave crise pourrait s’ouvrir : « Les responsables des services de renseignement ont déjà écrit leurs mémoires -où ils ont consigné leur vérité. Celles-ci sont pour le moment dans leurs tiroirs, mais elles en sortiraient s’ils étaient mis en cause et si les responsables politiques -entendez Blair- échappaient à tout blâme ».

On attend avec impatience la suite…

Source : Guerres & Conflits

PUPS, Paris, 2016, 116 pages. 7,90 euros.