Armée française au TchadPréfacé par le général Foucaud, ce petit livre est tout particulièrement intéressant. En phrases sobres, et avec une très riche culture historique, Frédéric Jordan nous raconte sa mission vers le nord du Niger au premier semestre 2014.

Pour réaliser dans les meilleures conditions possibles ce raid de près de 1.500 kilomètres en zone (très) désertique, l’auteur doit planifier soigneusement sa mission, en accord avec les chefs des contingents tchadien et nigérien qui lui sont subordonnés. Dès le début, il fait référence à ses lectures, et en particulier aux récits historiques : au fil des pages, son « raisonnement s’accompagne de références historiques et d’une analyse de situations comparables puisées dans le passé mais aux enseignements contemporains pertinents ». Vous saurez tout d’une telle planification et de ses caractéristiques en bande sahélienne (« Sans logistique et sans interarmées, point de salut »), et ici aussi les références au passé sont riches de leçons. La colonne prend la route le 14 avril au petit matin et le récit fait la part belle aux contraintes opérationnelles (respect des délais et gestion du temps, ensablement des véhicules, bivouac en ambiance d »insécurité, réparations de fortune, manoeuvre logistique, etc.). Après Zouar, occasion de quelques belles lignes sur la colonne Leclerc mais aussi sur les Toubous et une rencontre avec leur chef politique et spirituel, c’est la poursuite de la route pour l’ultime partie du trajet. Frédéric Jordan en profite pour rappeler quelques notions (qu’est-ce que la manoeuvre ?), puis l’arrivée assez émouvante au petit matin sur le vieux fort colonial : « Son architecture est typique, une cour intérieure, des murs épais pour se préserver de la chaleur, des tours de guet, des meurtrières arrondies à la mode orientale et des espaces pour chacun. Il y a un air de Fort Saganne ». Entre quelques rappels de témoignages d’officiers coloniaux ayant été en poste à Madama, l’auteur raconte ses premières décisions, ses raids pour contrôler la zone, et la fin de la mission, avec la cérémonie entre les trois nations, en présence du préfet et du chef des Toubous, et le retour vers N’Djaména.

Pas de grands combats, pas de chasse aux bandes armées : une mission presque « ordinaire », mais rude, exceptionnelle et intensément vécue. Frédéric Jordan termine sur quelques solides et réalistes considérations sur différents sujets (la communication, la condition militaire), mais surtout sur l’importance de l’histoire et des traditions, « une véritable source d’inspiration ». Un livre tout à fait utile, pour les opérationnels comme pour tous ceux qui s’intéressent à ces questions, qui d’une part complète très utilement notre connaissance des opérations en BSS et d’autre part illustre d’excellente façon ce lien essentiel entre culture historique et rôle du soldat.

Editions Nuvis, Paris, 2015, 159 pages, 19 €

Source : Guerres et Conflits