Bien qu’ayant travaillé il y a quelques années sur la fin de l’empire romain, Philippe Richardot nous était indiscutablement plus connu ces derniers temps pour ses ouvrages sur la période de la Seconde guerre mondiale. Il revient en quelque sorte à ses préoccupations antérieures avec ce livre tout-à-fait atypique qui nous propose un très vaste panorama des guerres et des opérations militaires durant cette époque charnière qui va de la fin de l’empire romain d’Occident à la disparition du royaume wisigoth d’Espagne.

Le livre s’ouvre sur une chronologie détaillée de ces quelques deux cent cinquante ans, puis s’organise ensuite en huit grandes parties chrono-thématiques : « Bouleversement géopolitique et changement de civilisation » (en particulier le chapitre 2 consacré aux sources sur la période), « Les armées de Byzance : toujours romaines ? » (dans son organisation, son recrutement, son commandement, son emploi et sa tactique), « Contenir l’empire perse et les montagnards d’Asie » (autour de l’empire perse, de son armée et des combats en Mésopotamie et en Syrie), « Refouler les hordes des steppes » (les Huns, les Avars, mais aussi les Slaves et bientôt -déjà- les questions balkaniques), « Combattre les tribus du désert et du djebel » (les Maures d’Afrique du Nord d’abord, puis les Sarrasins « glaive de l’Islam »), « Résister encore aux Germains dans l’Occident latin » (avec les cas particuliers des Bretons, des Basques et la question de l’héritage militaire romain des royaumes barbares), « Jusqu’où reconquérir l’Occident latin ? » (question posée à Byzance, en guerre en Afrique du Nord, en Italie et plus marginalement en Espagne, et place des Lombards en Italie du Nord), « Guerres entre barbares blonds » (car Francs, Burgondes, Angles et Saxons ne cessent pratiquement jamais de se faire la guerre).

Philippe Richardot s’interroge en conclusion sur « la guerre médiévale » et son rapport à « la guerre antique », sur les héritages et les ruptures, sur les fractures géopolitiques nouvelles : « 711 ne marqe pas seulement l’intrusion arabe en Espagne, elle date la fin des Goths  comme puissance politique en Europe. Ce peuple qui a contribué à la chute de l’empire d’Occident disparaît de l’histoire. La transition est achevée, une ère nouvelle est née, émondée par le glaive ».

Un livre volumineux, extrêmement dense, dont les développement s’appuient sur de très nombreuses citations et références. Un ouvrage qu’il faut « assimiler » progressivement, tant le nombre d’informations est important sur des lieux et des hommes au sujet desquels nous n’avons souvent que des connaissances assez vagues. L’auteur fait ainsi régulièrement la critique des sources contemporaines des événements, aussi bien que de la mémoire qui nous en est restée. Il faut donc, à chaque fois, revenir autant que possible aux faits, ce qui n’est pas toujours facile. Mais indiscutablement un ouvrage absolument essentiel pour quiconque s’intéresse à la période.

Centre littéraire d’impression provençal, 2016, 694 pages, 30,- euros.

Source : Guerres & Conflits